Jean Borreil
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Jean Borreil est un philosophe français, attaché à ses origines catalanes, né le à Thuir, et mort le à Paris. Il a écrit sous son nom et sous le pseudonyme de Joan Borrell. Professeur de philosophie et de psychologie à l'Université de Paris-VIII, il a participé au Collège international de philosophie et à la fondation de la revue Les révoltes logiques. Militant d'extrême gauche, il a pris part à un rapprochement entre paysans et intellectuels dans les années . Il est l'auteur d'un roman, L'endroit bleu ((ca) L'indret blau), et d'une pièce de théâtre, (ca) Cronica d'Ann.
Né le à Thuir, Jean Borreil fait une grande partie de ses études primaires à Mosset où sa mère Louise Borreil, né Grau, réside pendant l'occupation allemande, puis au Lycée Arago de Perpignan et la Faculté de Lettres de Montpellier dont il est licencié[1].
Il enseigne à Béziers, puis au Lycée Montaigne à Paris où il réussit l'agrégation de philosophie. En , après son mariage avec Geneviève Sauret, il s'installe définitivement à Paris et devient professeur de philosophie et de psychologie au Centre universitaire de Vincennes, devenu Université de Paris-VIII- Saint-Denis. Il soutient en sa thèse d'Etat dans cette université[1].
Il meurt le à l'Hôpital Cochin de Paris à 54 ans[1].
Œuvre et travaux
Les écrits et la pensée de Jean Borreil sont multiples, et témoignent « d’un solide et insatiable appétit philosophique qui le faisait s’intéresser à tout ce qui lui était étranger », de la philosophie à l’histoire en passant par l’épistémologie et la politique, du sérieux du concept à la frivolité de l’anecdote[2].
Politique, celle pour certains de ses lecteurs d'un « fils du peuple »[3],[4], son œuvre aborde à la lueur de La nuit des prolétaires de Jacques Rancière les tentatives d'auto-émancipation du peuple et les processus d'instruction des prolétaires qui s'essayèrent à penser et à affirmer leur conscience sociale[3].
Son ouvrage majeur est L'Artiste-roi : essais sur les représentations, publié en . Il s'y consacre à l'identité de l'artiste après la révolution de 1848, au travers de Baudelaire, Courbet, Flaubert et Van Gogh[3], y démonte l'opposition, trop simple, du visible et du lisible dans le rapport au tableau, prend in fine le parti de l’œuvre et de l’artiste et affirme la nécessité vitale « de la remise en jeu du savoir dans l'expérience aventureuse de la création »[2].
Une partie de ses travaux sont rassemblés dans La raison nomade, publiée en avec une préface de Jacques Rancière[5].
Il a également écrit un roman, L'endroit bleu (catalan : L'indret blau) et une pièce, Cronica d'Ann, créée au Théâtre de Perpignan[1].
Activité éditoriale, séminaires et ateliers
Il a été est directeur de publication de la revue Les révoltes logiques[6], revue du Centre de recherche des idéologies de la révolte animé par Jacques Rancière, publiée entre et et animée par un collectif de rédaction composé de lui-même, Geneviève Fraisse, Jacques Rancière, Pierre Saint-Germain, Michel Souletie, Patrick Vauday et Patrice Vermeren[7].
Il a été directeur de programme au Collège International de Philosophie de à [8].
À partir de , il y a organisé avec le peintre Maurice Matieu, Regards sur le regard, une série de rencontres entre philosophes et artistes plasticiens qui constitua par la suite la rubrique Ateliers de la revue Le cahier du collège international de philosophie, devenue Rue Descartes. Y ont été publiés les Ateliers de Jean Ipousteguy, Eduardo Arroyo, Gilles Aillaud, Anselm Kiefer, Julio le Parc, Daniel Buren, Guy de Rougemont, Valerio Adami, Takis, et Hervé Télémaque[9],[10].
Il a également co-dirigé deux ouvrages collectifs, Les Sauvages dans la cité : auto-émancipation du peuple et instruction des prolétaires au XIXe siècle (), avec Jean-Claude Beaune et Lieux et transformations de la philosophie (), avec Jacques Poulain.
Engagement politique
Jean Boreil a pris part à un groupe maoïste créé par Alain Badiou et Sylvain Lazarus, l'Union des communistes de France marxiste-léniniste. Il fait partie avec Maurice Matieu de sa « commission paysanne », qui sera rapidement exclue de l'organisation[11]. Elle s'engagea dans une « lutte d'alliance de classe », avec des « brigades » composées de militants aux compétences diverses et complémentaires (étudiants à l’Agro et à l’ITPA, jeunes vétérinaires, fils et filles de paysans, médecins, juristes et avocats, chercheurs en sciences sociales...). Des liens, des luttes, des pratiques politiques nouvelles se sont nourries de ces rencontres entre paysans et intellectuels[12].
Engagement catalan
Jean Boreil a écrit en catalan aussi bien qu'en français, et c'est sous le pseudonyme catalan de Joan Borrell qu'il a publié une partie son œuvre, y compris en langue française (dont plusieurs articles dans Le Monde des livres ainsi que Dissonances et L'artiste-roi). Il a été, avec Jordi Estivill, un des premiers intervenants dans la Section d'Études Catalanes de l'Université de Perpignan, a collaboré à la revue Aines, et, de à , participé à l'Université Catalane d'Été de Prades, et créé avec Joséphine Matamoros, conservatrice du Musée d'art moderne de Céret, les journées internationales de philosophie de Céret[1].