Jean Ier Doukas
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| Naissance |
Vers |
|---|---|
| Décès |
Avant |
| Nom dans la langue maternelle |
Ιωάννης Α' Δούκας |
| Activités |
Souverain, militaire |
| Famille | |
| Père | |
| Fratrie |
Hélène Ange Doukas John Doukas (en) (demi-frère paternel) Demetrios Doukas Komnenos Koutroules (en) |
| Enfants |
Constantin Doukas Theodore Angelos (en) Helena Doukaina Angelina (en) Hélène Comnène-Doukas |

Jean Ier Doukas (en grec : Ἰωάννης Δούκας, Iōánnēs Doúkas), latinisé en Ducas, est un enfant illégitime de Michel II Comnène Doukas, Despote d'Épire entre c. 1230 et 1268. À la mort de son père, il devient le souverain de la Thessalie médiévale de c. 1268 jusqu’à sa propre mort en 1289. En raison de l’origine de sa famille paternelle, il est également connu, de manière inexacte, sous le nom de Jean Ange.
Marié à une femme valaque de Thessalie, Jean apparaît pour la première fois à la tête de troupes valaques aux côtés de son père dans les préparatifs de la bataille de Pélagonia en 1259. Sa défection au profit du camp de l’empereur Michel VIII Paléologue joue un rôle déterminant dans la bataille, qui se conclut par l’écrasante défaite des alliés latins des Épirotes et ouvre la voie à la reprise de Constantinople ainsi qu’à la restauration de l’Empire byzantin sous le règne des Paléologues en 1261. Jean rejoint rapidement son père et son frère, Nicéphore, et les aide à reconquérir Épire et la Thessalie. À la mort de Michel II, Jean Doukas devient le souverain de la Thessalie, établissant sa résidence à Néopatrie, d’où les chroniqueurs occidentaux le désignent fréquemment — et à tort — comme le « duc de Néopatrie ».
Bien que Michel VIII Paléologue le lie à lui par une alliance matrimoniale et lui confère le haut titre de sébastokrator, Jean demeure le plus important des opposants grecs au souverain tout au long de son règne. Adversaire résolu de l’Union des Églises promue pour des raisons politiques par Paléologue lors du deuxième concile de Lyon, il offre refuge à plusieurs opposants politiques de l’empereur et convoque même des synodes qui anatématisent Paléologue et les partisans de l’Union. Il résiste à plusieurs tentatives des armées byzantines de conquérir la Thessalie et s’allie aux ennemis latins de Paléologue, notamment au Duché d'Athènes et à Charles d’Anjou. Il meurt en 1289, laissant la Thessalie à ses fils Constantin et Théodore.

Jean Doukas est un fils illégitime — et apparemment l’aîné — de Michel II Comnène Doukas, le Despote d’Épire, peut-être né de sa seule maîtresse connue, une femme de la famille Gangrenos, dont le nom n’est pas conservé[1],[2]. Son nom complet est Doukas Comnène Ange, mais les sources l’appellent presque toujours simplement « Doukas ». Cette forme a d’ailleurs conduit ses contemporains occidentaux à le prendre à tort pour un « duc », et à le désigner comme le « duc de Neopatras »[3][note 1]. Son titre réel, qu’il reçoit de l’empereur byzantin Michel VIII Paléologue vers c. 1272, est celui de sebastokrator[2],[4].
Rien n’est connu de sa jeunesse avant 1259[4], lorsqu’il apparaît pour sa participation aux événements qui mènent à la bataille de Pélagonie, où il commande un contingent de Valaques[5]. À cette époque, il est déjà marié à une fille du chef valaque thessalien Taronas. Celle-ci n’est connue que par le nom monastique qu’elle adopte après sa mort : Hypomonè (« Patience »)[4]. Ce fait, ajouté à l’association ultérieure de Jean à la Thessalie, a conduit des historiens modernes à suggérer qu’il aurait gouverné la Thessalie au nom de son père, sans preuve concluante cependant. L’on ignore également si les Valaques qu’il commande appartiennent à l’armée épiriote ou s’il s’agit d’une troupe privée[6].
Jean joue un rôle déterminant lors de la bataille de Pélagonie : sa défection de la coalition réunissant son père, le prince Guillaume II de Villehardouin d'Achaïe, et le roi Manfred de Sicile, contribue à la défaite des alliés face aux forces de l’empire de Nicée commandées par Jean Paléologue, frère de Michel VIII. Les raisons de cette défection ne sont pas claires, les sources étant contradictoires. Georges Pachymère et Marino Sanuto l'Ancien rapportent que, durant la marche, Jean s’offense des comportements de chevaliers achaïens qui convoitent ouvertement sa belle épouse. La situation empire lorsque Guillaume de Villehardouin omet de punir les coupables et insulte même Jean en raison de sa naissance illégitime. Jean quitte alors la coalition avant la bataille, après avoir reçu l’assurance qu’il n’aurait pas à combattre son père ; les Épirotes se retirent à leur tour, laissant les Latins être écrasés par les Nicéens[7],[8].
Après la bataille, Jean accompagne les Nicéens dans leur rapide occupation des territoires épiriotes, mais il s’éloigne bientôt d’eux. Il rejoint avec ses partisans la ville côtière de Vonitsa, d’où il contacte son père réfugié dans les îles Ioniennes. Michel accepte ses excuses et le rejoint rapidement sur le continent. Le contrôle nicéen sur l’Épire étant encore fragile, père et fils reprennent aisément la capitale épiriote Arta puis délivrent Ioannina assiégée. En peu de temps, les Nicéens sont expulsés de l’Épire[9]. Son demi-frère Nicéphore est envoyé au printemps 1260 pour reconquérir la Thessalie, mission qu’il accomplit en grande partie après avoir vaincu et capturé le général nicéen Alexis Strategopoulos[6]. Une partie de la Thessalie orientale — autour de Démétrias, Velestino, Halmyros et Pharsale — reste toutefois sous contrôle nicéen durant plusieurs années[6],[10].
Malgré l’association ultérieure de Jean avec la région thessalienne, il n’est pas mentionné dans ces événements ni dans l’administration des territoires reconquis au début des années 1260, ces derniers étant plutôt gérés par Nicéphore[11].
La bataille de Pélagonie est souvent présentée comme décisive, mais cela n’est qu’en partie exact. Les gains de Michel VIII Paléologue sont rapidement annulés et ses adversaires retrouvent vite leur puissance : Épirotes et Siciliens récupèrent la majorité des territoires perdus. Toutefois, tous les effets de la bataille ne sont pas effacés : la victoire de Paléologue, remportée notamment grâce au concours de Jean Doukas, empêche durablement la coalition épiriote-latine de 1259 de s’emparer de Thessalonique et d’une grande partie des possessions européennes de Nicée. Elle offre aussi un répit crucial dans la période précédant la reconquête de Constantinople en 1261, qui marque la restauration de l’Empire byzantin sous les Paléologues[12].
Dirigeant de la Thessalie

À la mort de Michel II, vers c. 1268, son territoire est partagé : Nicéphore reçoit les régions métropolitaines de l’Épire proprement dite, tandis que Jean prend le contrôle des possessions épirotes en Thessalie et en Grèce centrale. Selon Grégoras, son domaine s’étend du mont Olympe au nord jusqu’au mont Parnasse au sud, le fleuve Achéloos formant la frontière avec l’Épire proprement dite ; sa capitale est fixée à Néopatrie[4],[13]. Michel VIII saisit l’occasion de la mort de Michel II pour se rapprocher des deux frères. Il donne à Nicéphore sa nièce Anne en mariage et arrange l’union de son neveu Andronic Tarchaniotès avec une fille de Jean, lequel reçoit en outre le haut titre de sebastokratōr[14].
Jean, cependant, défend farouchement son indépendance et se dit prêt à s’allier avec les puissances latines hostiles à Paléologue, notamment Charles d’Anjou et le Duché d'Athènes[15],[16]. Il s’impose rapidement comme « le plus dangereux et le plus activement hostile » des petits souverains grecs contre Michel VIII. Comme l’écrit Donald MacGillivray Nicol, il « est un homme de grande ressource et d’ambition, clairement en contact avec les opposants de l’empereur à Constantinople. Sa forteresse de Néopatrie est inconfortablement proche des territoires grecs occupés par les Latins, en particulier du duché d’Athènes et de Thèbes, avec lesquels il est allié ; et il est plus facile pour les fauteurs de troubles et les réfugiés de [Constantinople] de gagner la Thessalie que l’Épire »[17],[15]. L’affaire du gendre de Jean, Andronic Tarchaniotès, l’illustre bien : irrité par la préférence accordée par l’empereur à son frère cadet Michel, il provoque un raid tatare en Thrace et, dans la confusion, se réfugie à la cour de Jean[14],[17]. Les premiers contacts documentés entre Jean et l’ennemi juré de Michel VIII, Charles d’Anjou, remontent également à cette époque (). Un traité commercial est conclu, permettant l’exportation de soie de Thessalie vers l’Apulie et l’importation de chevaux depuis l’Italie. Mais il est clair que ces contacts constituent aussi les premiers pas vers l’entrée de Jean dans la coalition que Charles prépare contre Constantinople et son souverain[18].
Michel VIII tente de contrer la menace d’une nouvelle croisade dirigée par Charles d’Anjou et visant à restaurer l’Empire latin en négociant l’union des Églises catholique et orthodoxe. L’union est conclue au concile de Lyon en 1274, où les représentants de l’empereur doivent reconnaître la primauté du pape. Cette décision suscite une opposition passionnée au sein du peuple byzantin, du clergé orthodoxe et même de la famille impériale. La sœur de Michel VIII, Eulogie, et sa fille Anne, épouse du demi-frère de Jean, Nicéphore, comptent parmi les principaux opposants. Nicéphore, Jean et même l’empereur de Trébizonde, Jean II Mégas Comnène, rejoignent bientôt la cause anti-unioniste et accueillent les opposants fuyant Constantinople[19],[20].
Michel VIII demande alors au pape Grégoire X d’excommunier Jean Doukas, mais le pape, sans doute incertain des véritables intentions de l’empereur byzantin, refuse. Michel VIII exerce la même pression sur ses successeurs, Innocent V et Nicolas III, sans davantage de succès[21],[22]. En 1275, Michel VIII envoie une armée commandée par son frère Jean Paléologue et par Alexis Kaballarios contre Jean. Les Byzantins surprennent Jean à Néopatrie et assiègent sa forteresse avant qu’il ne puisse réagir. Jean se sauve en traversant les lignes ennemies déguisé en palefrenier à la recherche d’un cheval égaré, puis rejoint le duc d’Athènes, Jean Ier de La Roche. Après avoir obtenu de lui 300 cavaliers, il retourne à Néopatrie et met en déroute l’armée byzantine[23],[24]. En échange, Jean donne sa fille au fils de La Roche, Guillaume de La Roche, avec les villes de Zetounion, Gardiki, Gravia et Sidirókastro en dot[24].
En , des légats pontificaux arrivent à Constantinople et forcent Michel VIII, son fils et héritier Andronic II Paléologue, et le patriarche Jean XI Vekkos à réaffirmer publiquement leur adhésion à l’Union lors d’un synode au palais des Blachernes. Jean rejette une nouvelle fois les ouvertures de Michel VIII et, le , convoque un synode à Néopatrie qui anathematise l’empereur, le patriarche et le pape. En réponse, un synode réuni à la Sainte-Sophie le prononce l’anathème contre Nicéphore et Jean. Jean convoque un autre synode à Néopatrie en , où un concile anti-unioniste de huit évêques, quelques higoumènes et une centaine de moines anathématise de nouveau empereur, patriarche et pape. Deux seuls évêques, ceux de Trikala et de Néopatrie, refusent et sont punis[25],[26].
Michel VIII lance alors une nouvelle invasion, dirigée par le pinkernès Manuel Comnène Raoul, le protostrator Andronic Paléologue et d’autres officiers. Au lieu d’attaquer le sebastokratōr, ils fraternisent avec lui et manifestent leur opposition à l’Union. Michel VIII les relève de leur commandement, les emprisonne et nomme de nouveaux chefs, le grand stratopédarque Jean Synadénos et le mégas konostaulos Michel Kaballarios. Jean Doukas les attire dans une embuscade et leur inflige une défaite écrasante à la bataille de Pharsale[27],[28].
Michel VIII meurt le alors qu’il prépare une nouvelle invasion de la Thessalie[29]. Après l’échec d’une invasion angevine consécutive aux Vêpres siciliennes, son successeur Andronic II Paléologue (r. 1282–1328) renonce immédiatement à la détestée Union des Églises. Les liens ecclésiastiques entre Thessalie, Épire et Constantinople sont alors rétablis[30]. Nicéphore d’Épire, souverain faible dominé par son épouse et inquiet des ambitions de son demi-frère — les sources laissent entendre que Jean convoite l’Épire et aurait attaqué Ioannina — glisse vers l’orbite byzantine. Anne visite son cousin Andronic II à Constantinople et un complot est monté contre Jean : en 1283 ou 1284, Nicéphore et Anne invitent son fils Michel en Épire pour épouser leur fille et devenir l’héritier de leur État. Michel tombe dans le piège, est arrêté et envoyé à Constantinople où il meurt en prison. Andronic lance une invasion de la Thessalie, mais ses troupes sont décimées par la malaria. L’année suivante (1284 ou 1285), Jean se venge de la trahison de son demi-frère en envahissant l’Épire et en ravageant les environs d’Arta. À la suite de cette campagne punitive, les relations entre Thessalie et Épire se stabilisent dans une paix précaire[31].
Pendant longtemps, les historiens modernes, suivant le savant du XIXe siècle Karl Hopf, ont cru à tort que Jean Doukas était mort en 1296. Il est désormais établi qu’il meurt en 1289 ou peu avant [31],[32]. Il est inhumé dans le monastère de Porta Panagia, qu’il fonde en 1283. Sa tombe se trouve sur le côté sud du katholikon, et un fresque au-dessus représente Jean « en moine présenté par un ange à la Vierge trônant »[33],[34]. Après sa mort, sa veuve est contrainte de reconnaître la suzeraineté d’Andronic II Paléologue afin de protéger la position de ses fils mineurs, Constantin et Théodore Ange, mais, comme auparavant avec Jean, cette suzeraineté reste purement nominale[16],[31].
Famille
Par son mariage, Jean eut plusieurs fils dont :
- Michel Comnène, qui mourut en prison en 1307 ;
- Constantin Doukas, qui lui succéda à la tête de la Thessalie ;
- Théodore Ange, qui assista Constantin en devenant gouverneur de Thessalie ;
- Hélène Comnène, qui se maria avec Guillaume Ier de la Roche, prince d'Athènes, puis avec Hugues de Brienne, comte de Lecce ;
- une fille anonyme, qui se maria avec Andronic Tarchaneiotes, un neveu de Michel VIII ;
- une autre fille anonyme, qui se maria brièvement avec Stefan Uroš II Milutin, roi de Serbie ;
- une autre fille anonyme, fiancée au futur empereur Théodore Sviatoslav de Bulgarie.