Vipère au poing
roman de Hervé Bazin
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Vipère au poing est un roman paru en 1948, présenté par son auteur, Hervé Bazin, comme autobiographique. Le livre relate l'enfance et l'adolescence du narrateur, Jean Rezeau dit « Brasse-Bouillon ». Ce dernier décrit ses rapports avec sa famille, et notamment avec Paule Rezeau, née Pluvignec, dite « Folcoche », sa mère indigne et cruelle. Ce roman est un huis-clos entre la mère et ses trois enfants martyrisés, le père lâche et un précepteur qui en remplace un autre au fil du récit.
| Vipère au poing | ||||||||
| Auteur | Hervé Bazin | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Genre | Roman autobiographique | |||||||
| Éditeur | Grasset | |||||||
| Lieu de parution | ||||||||
| Date de parution | Juin 1948 | |||||||
| Nombre de pages | 265 | |||||||
| Chronologie | ||||||||
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Son caractère autobiographique est remis en cause par un livre-enquête paru en 2025. Le romancier aurait en réalité bâti une légende vengeresse contre sa famille.
Résumé
Durant l'été 1922, Jean et Ferdinand sont élevés par leur grand-mère paternelle dans le château familial de la Belle-Angerie, dans la région de Segré, au nord d'Angers. La mort de leur grand-mère oblige leurs parents, Jacques et Paule Rezeau, à quitter la Chine où le père enseigne dans une université de Shanghai, pour revenir s’occuper de leurs enfants.
Avec impatience et curiosité, les deux enfants attendent leurs parents et le petit frère qu’ils ne connaissent pas sur le quai de la gare. En se jetant sur leur mère pour l’embrasser, ils se font violemment repousser par cette dernière qui souhaite descendre tranquillement du train. Leur nouveau petit frère, Marcel, leur adresse un salut presque froid. Seul leur père les embrasse.
De retour au château, les enfants et le personnel sont convoqués dans la salle à manger pour écouter la nouvelle organisation mise en place par les parents. Le père annonce un emploi du temps spartiate : la journée débute à 5 heures par une messe dans la chapelle privée et s'achève vers 21 heures 30. Elle est dominée par de longs moments d'études sous la conduite de l'abbé qui vit avec eux. Le père tire ensuite prétexte d’avoir des mouches à piquer pour se retirer, laissant ainsi son épouse, Paule, donner ses propres directives : les enfants n’auront plus le droit au café au lait le matin mais à la soupe, ils auront les cheveux tondus par mesure d'hygiène et, par sécurité, elle ôte les poêles, les édredons et les oreillers dans leur chambre. Elle leur confisque tous leurs objets personnels. Quant aux heures de récréations, elles doivent être consacrées à l'entretien du parc. Pour ne pas user leurs chaussures et chaussettes, elle leur impose le port de lourds sabots, qu'ils sont autorisés à porter avec de la paille s'il fait froid. En peu de temps, les enfants sont affamés, frigorifiés, privés de tout confort, de toute tendresse, et constamment sujets à des brimades, punitions ou humiliations de la part de leur mère, sous l'œil de leur père qui semble préférer ne rien voir pour éviter un conflit avec son épouse.
Au cours des repas, elle n’hésite pas à piquer violemment un de ses fils avec une fourchette s'ils n’adoptent pas la tenue qu'elle considère comme correcte. Quand la gouvernante tente de s’interposer, Paule la renvoie immédiatement, comme elle l'a déjà fait pour tout le personnel, à l’exception de Fine, la vieille cuisinière, à sa merci du fait qu'elle est sourde et muette. Les enfants, détestant leur mère, lui trouvent le surnom qui la désigne désormais en permanence : « Folcoche », mot-valise formé à partir des mots folle et cochonne[note 1],[note 2]. Ils gravent partout où ils le peuvent des "VF" rituels, signifiant "Vengeance à Folcoche". Jean, le narrateur, est le fils qu'elle déteste le plus car il fait preuve d'une certaine audace, notamment en la fixant intensément pendant les repas, exercice que les frères appellent la « pistolétade ».
Lorsque Folcoche doit être hospitalisée en raison de graves problèmes rénaux, les enfants exultent, espérant que leur mère mourra de son mal, mais contre toute attente, elle survit. Toutefois, ayant quitté la maison assez longtemps pour que les châtiments corporels perdent leur efficacité sur ses fils qui ont grandi, Mme Rezeau s'efforce alors de séparer le trio en les montant les uns contre les autres. Ainsi, durant une expédition à laquelle ne participent que M. Rezeau, Jean et Freddie, elle obtient de Marcel qu'il lui révèle une cachette dans laquelle les trois frères dissimulaient différents objets et de la nourriture qu'ils avaient dérobés. À leur retour, Jean et Freddie apprennent la trahison de Cropette et l'arrivée d'un nouvel abbé, surnommé par les enfants B VII, particulièrement cruel. Freddie, qui doit assumer seul la responsabilité du vol des objets et de la nourriture, est fouetté.
Révoltés par la tournure des événements, les enfants tentent de tuer Folcoche. Ils cherchent dans un premier temps à l'empoisonner avec ses propres médicaments, mais la tentative se solde par un échec. Par la suite, lors d'une sortie en bateau, Brasse-Bouillon s'arrange pour faire tomber Folcoche dans la rivière de l'Omée. Paule, qui ne sait pas nager, parvient pourtant à s'en sortir. Folle de rage, elle cherche à faire fouetter Jean qui se barricade dans sa chambre puis s'enfuit durant la nuit afin de demander l'arbitrage de ses grands-parents maternels. La rencontre avec les parents de Folcoche est une déception pour le héros qui peut mesurer à quel point ceux-ci n'accordent aucune importance, ni à leur fille, ni à leurs petits-enfants. Finalement, Jean est ramené à la Belle-Angerie par son père.
Au comble du conflit qui les oppose, Folcoche tente de faire envoyer Jean dans une maison de redressement en dissimulant son propre portefeuille dans une cachette de la chambre des enfants, mais Jean — qui l'a vue faire — le lui restitue immédiatement et parvient à la convaincre de l'envoyer, lui et ses frères, au collège. Acculée, Folcoche doit céder.
L'épilogue dresse un parallèle entre la vipère réelle du début de l'histoire et celle, symbolique, représentant sa propre mère. Brandissant cette victoire contre la tyrannie maternelle, le narrateur conclut par ces mots : « Merci ma mère. Je suis celui qui marche, une vipère au poing. »
Un roman présenté comme autobiographique
Hervé Bazin présente son œuvre comme autobiographique[1]. Cependant son biographe, Philippe Nédélec, modère cette affirmation : « Sa famille a toujours pensé que Vipère au poing était une fiction, ne reflétant pas la réalité de ses rapports familiaux. »[2]
Quand sortent ses deux autres romans (La Mort du petit cheval et Cri de la chouette) formant la trilogie de la famille Rezeau, Hervé Bazin tempère ses propos et affirme que ce ne sont que des romans[réf. souhaitée].
Des similitudes géographiques
Hervé Bazin situe le roman à Soledot, village fictif proche de Segré en Anjou. Jean et ses frères (ainsi que leurs parents, Fine, et les prêtres successifs apparus dans le roman) vivent dans un manoir attenant à une ancienne boulangerie dont la propriété tire son nom mélioratif : « La Belle Angerie ».
Il a lui-même grandi dans une propriété près de Segré, dans la commune de Marans, qui peut donc être identifiée au Soledot du roman. La famille Bazin y possédait une propriété, le Patys ou Pâtis, un petit château de la seconde moitié du XIXe siècle[3]. Une ferme située à proximité se nomme par ailleurs la Belle Angerie[4]. La description qui est faite de la Belle Angerie est plutôt fidèle à l'apparence du Patys, avec ses deux tourelles, ses verrières et le ruisseau qui coule à proximité, l'Ommée[3].
Plusieurs villes autour de Marans sont mentionnées au fil du roman, comme Bécon-les-Granits, Les Ponts-de-Cé ou Candé.
Des ressemblances familiales
Hervé Bazin présente la famille Rezeau comme la descendante d'un capitaine royaliste vendéen, Claude Rezeau[note 3],[note 4], et d'une famille « de Tanton ». Ce dernier nom est attesté dans la généalogie de la famille Bazin : Claude Bazin, né en 1645, aïeul de l'auteur, a épousé une demoiselle de Tanton de La Gaugrières[5].
Le patronyme « Rezeau » rappelle le nom du château qui a appartenu à des ancêtres d'Hervé Bazin, le château Rezeau à Andard[6].
L'académicien René Rezeau du roman, mort en 1932, qui est un frère du grand-père paternel de Jean, est dans la réalité l'académicien René Bazin, frère de la grand-mère paternelle. Son oncle, Michel Hervé-Bazin, protonotaire apostolique, apparaît avec le même titre et sous le même prénom dans le roman.
Hormis pour le frère cadet du narrateur, les prénoms des parents et de la fratrie ne sont pas modifiés. Ainsi, la famille Rezeau est composée de Jacques Rezeau (docteur en droit), de Paule Pluvignec, et de leurs enfants : Ferdinand (dit Chiffe), Jean (dit Brasse-Bouillon) et Marcel (dit Cropette). De façon similaire, la famille Hervé-Bazin est composée de Jacques Hervé-Bazin (également docteur en droit), de Paule Guilloteaux et de leurs enfants : Ferdinand, le fils aîné, Jean (prénom de l'auteur) et Pierre, son frère cadet. Hervé Bazin commet une erreur en écrivant « Pierre » à la place de « Marcel » dans le dernier chapitre de Vipère au poing[note 5].
Comme dans le roman, les parents d'Hervé Bazin, qui a alors 11 ans, reviennent de Chine[7]. Le narrateur du livre a cependant 8 ans[note 6].
Une imposture littéraire ?
En octobre 2025, le récit de ce roman, de même que de nombreux épisodes de la vie d'Hervé Bazin, sont remis en cause par le livre-enquête d’Émilie Lanez, Folcoche, publié chez Grasset[8]. Selon les recherches de l'auteure, qui a puisé dans différentes archives, familiales, policières, judiciaires et médicales[9], Vipère au poing serait une mystification littéraire conçue comme une vengeance contre sa famille et un moyen de faire lever la tutelle sous laquelle il avait été placé en 1937 en raison de ses différentes frasques, et ainsi toucher sa part d'héritage. Le livre aurait été écrit en deux ans à la prison de Clairvaux où l'auteur purgeait depuis 1942 une peine de quatre ans pour diverses escroqueries. En 1929, à l'âge de 18 ans, Hervé Bazin avait cambriolé la maison parentale avant d'alterner séjours en psychiatrie et en détention[10],[11],[12].
La mère d'Hervé Bazin, qui apparaît dans sa correspondance comme une femme réservée et une éducatrice maladroite, n'a rien de commun avec celle qui est surnommée Folcoche dans le roman. Au moment de la parution de Vipère au poing, Hervé Bazin confie dans une lettre à son frère Pierre l'objectif de son livre : « Il faut le dire, j’ai besoin d’un peu de scandale pour hausser la voix et me faire entendre à mon heure, je sais d’avance que la famille va rugir. Aucune importance ! Je me marre à l'idée de gagner de l'argent pour la première fois sur le dos de ma mère. »[10],[11] Hervé Bazin a lui-même soigneusement occulté par la suite sa véritable vie entre 1935 et la parution de Vipère au poing[7],[13]. Sa mère, restée muette sur la caricature qu'il a donnée d'elle dans ce roman prétendument autobiographique, mais profondément éprouvée par la parution du livre[7],[12], se réconcilie finalement avec lui en 1954[13].
Adaptations
L'œuvre d'Hervé Bazin a fait l'objet de deux adaptations, l'une pour la télévision, l'autre pour le cinéma, qui ont conservé le titre du roman.
- La première adaptation a été diffusée à la télévision en 1971, dans une réalisation de Pierre Cardinal, avec Alice Sapritch qui y interprète une Folcoche marquante[14].
- La seconde adaptation est sortie sur les écrans en 2004, dans une réalisation de Philippe de Broca, avec Jacques Villeret et, dans le rôle de Folcoche, Catherine Frot[15].
Il a été adapté en bande dessinée en 2025[16].
Suites littéraires
Ce roman qui a connu un grand succès dès sa sortie, vendu par la suite à 5 millions d'exemplaires et traduit dans une trentaine de pays, a été étudié par plusieurs générations de collégiens français[10],[13]. Il est considéré comme une référence sur l'enfance difficile[17].
Il est suivi de La Mort du petit cheval, qui relate le passage à l'âge adulte du héros et sa transformation par l'amour et la paternité, puis de Cri de la chouette, qui voit, vingt ans après, l'arrivée de Folcoche dans la famille recomposée de Jean et les troubles que provoque son affection tardive et maladroite pour la belle-fille de son fils.
Éditions
- Hervé Bazin, Vipère au poing, Paris, Bernard Grasset, , 276 p. (BNF 41623141)
- Livre audio
- Hervé Bazin (auteur) et Pierre Vaneck (narrateur), Vipère au poing, Paris, Auvidis, (EAN 329-84-9000-704-4, BNF 38145428)Support : 4 cassettes audio ; durée : non connue ; référence éditeur : Auvidis Z125 : AD 803.
- Hervé Bazin (auteur) et Pierre Vaneck (narrateur), Vipère au poing, Paris, Auvidis, (EAN 329-84-9000-704-4, BNF 38145428)Support : 5 disques compacts audio ; durée : 5 h 38 min environ ; référence éditeur : Auvidis AZ704 : AD 104.
- Hervé Bazin (auteur) et Pierre Vaneck (narrateur), Vipère au poing, Paris, Naïve, (EAN 329-84-9000-759-4)Support : 5 disques compacts audio ; durée : 5 h 38 min environ