Jehan Boinebroke
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C’est pendant ses recherches doctorales que Georges Espinas, chartiste, découvrit dans le fonds d’archives de Douai une extraordinaire « réparation testamentaire » prévue après son décès par le drapier Jehan Boinebroke[1] afin que tous ceux qu’il avait lésés de son vivant puissent témoigner et, le cas échéant, obtenir réparation auprès de ses héritiers.
Dès 1904, Espinas publia une première analyse de ce chirographe de près de cinq mètres de long[2], « Jehan Boine Broke, bourgeois et drapier douaisien ( ? – 1310 environ) » dans la revue Vierteljahrschrift für Sozial und Wirtschaftsgeschichte.
Il présenta ensuite en 1933 une étude beaucoup plus poussée, « Sire Jehan Boinebroke patricien et drapier douaisien (?-1286 environ) », dans laquelle le personnage, par le relief singulier de sa personnalité mais surtout son rôle dans le développement de la production drapière douaisienne au XIIIe siècle, apparait emblématique de l’histoire économique et sociale de la Flandre.
Un patron sans scrupules
Si la date de naissance de Boinebroke n’est pas connue, il apparaît toutefois issu d’un cercle familial qui relève largement de la caste des échevins douaisiens - il le sera près de dix fois entre 1243 et 1280 - comme le seront ses descendants.
Marchand drapier, il personnifie selon Espinas le « commerçant-capitaliste » qui dynamise à cette époque par son énergie et son entregent l’industrie drapière de sa cité. Boinebroke, le plus riche personnage de la ville, possède en effet de multiples biens mobiliers et immobiliers dans et hors de Douai, emploie de nombreux ouvriers, achète en gros de la laine au-delà de la Manche, revend les produits finis dans toute l’Europe et, éventuellement, prête de l’argent aux nobles du comté, sinon au prince lui-même.
La réparation testamentaire fait ressurgir une autre réalité de son activité comme le prouve la quantité de plaignants, près d’une cinquantaine, qui témoignent contre lui après sa mort. Boinebroke, aussi grand marchand soit-il, a durant toute sa vie affaire à des petites gens, à des créanciers, à de multiples fournisseurs, à des valets de ferme, à des petits patrons, à des ouvriers, autant de partenaires qu’il traite avec morgue, mépris et violence tout au long de sa vie sans que ces derniers n’osent, sinon après sa mort, s’opposer à lui.
L’histoire de la ville a retenu le nom de Boinebroke dans d’autres circonstances. Ainsi, lors de la révolte – le takehan selon le mot flamand qui désigne à Douai la grève et la coalition d’ouvriers - des artisans en 1245 ou encore celle de 1280 où les troubles, plus graves, se sont étendus jusqu’à Ypres et Tournai avant d'être matés, avec son énergie coutumière, par le marchand douaisien.