Jeune Théâtre

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Jeune Théâtre est le nom donné en Belgique francophone à un mouvement artistique qui s’est érigé en opposition aux structures et aux pratiques théâtrales mises en place à la fin de la Seconde Guerre mondiale et principalement représentées par le Théâtre national de Belgique.

Ce mouvement a été marqué par l’émergence de nouveaux metteurs en scène, de nouveaux acteurs, de nouveaux auteurs, de nouvelles compagnies dites « Jeunes compagnies ». Il est caractérisé par la création de nouveaux lieux de spectacle, par des approches diverses du texte, du corps, de l’espace scénique, par l’analyse du rapport existant entre la salle et la scène et de celui qui existe entre les artistes et les institutions politiques.

Dès 1943, alors que la Belgique subit toujours l'occupation allemande de la Deuxième Guerre mondiale, de nouvelles compagnies théâtrales sont créées : « Les Spectacles du Palais » par Raymond Gérôme au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, les « Beaux Spectacles » au Château de Beersel par Raymond Rouleau, le Rideau de Bruxelles par Claude Étienne – le seul de cette série qui sera pérenne[1].

Le Théâtre national de Belgique suit en 1945, « dans un souci de réconciliation sociale[2] » pour offrir la culture au plus grand nombre, faire connaitre le théâtre belge en Belgique comme à l’étranger et valoriser la profession de comédien. Principale institution théâtrale, le TNB « occupe le terrain » à Bruxelles comme en province, par les tournées qu’il organise, et est le plus largement subsidié. À partir de 1952, le Théâtre royal du Parc qui joue le répertoire et le Rideau de Bruxelles qui fait de la recherche vont être également subsidiés mais les autres créateurs, ne recevant de subventions qu'à la saison, vivent dans l'incertitude permanente, hors du cercle des privilégiés[3].

En 1951, le Théâtre de l'Étuve est lancé par quelques jeunes comédiens dans une cave, au n° 12 de la rue de l'Étuve à Liège, qui permet d'accueillir quatre-vingt spectateurs au maximum. Travaillant avec les moyens du bord, dans une rotation rapide des artistes, ce théâtre offre une programmation alternative, innovante, montant des auteurs français mais aussi Witold Gombrowicz, Sławomir Mrożek et Stanisław Ignacy Witkiewicz[4]. Il va faire connaitre des artistes de divers secteurs (Serge Gainsbourg, Dany Boon, Eric Boschman y ont fait leurs premiers pas sur une scène belge) et survit toujours en 2025[5].

En 1951 aussi nait le Théâtre de Poche qui « dans un salon exigu des beaux quartiers bruxellois, lie aussi un programme « jeune » à la réduction du nombre de places offertes aux spectateurs »[6] ; il est animé par Roger Domani et Roland Ravez. En présentant des textes de Boris Vian, Jacques Audiberti, Jean Genet, Eugène Ionesco, le Poche dénote et heurte la sensibilité d'une partie du public. Il va garder sa vocation exploratrice et devenir le « Théâtre expérimental de Belgique ».

En 1958, Paul Anrieu lance le Théâtre expérimental de la Cambre qui va tenir quatre ans.

En 1959, Roland Ravez ouvre son propre Théâtre de Quat'Sous à la Grand-Place de Bruxelles. En 1960, Charles Martigue tente le Théâtre d'Art, d'esprit plus littéraire.

En 1963 Albert-André Lheureux crée, toujours dans la capitale belge, le Théâtre de l'Esprit Frappeur où il va accueillir le Théâtre oblique d'Henri Ronse[7].

 Texte noir sur fond abricot clair
Programme d'un gala de danse au Théâtre 140 (avec Emilio Altés Safont et Nicole Hanot)

Ce sont tous des théâtres de taille modeste, logés dans des caves ou des maisons particulières, mais qui proposent une nouvelle gamme de spectacles à un public qui dispose davantage de loisirs et où le nombre de diplômés augmente. D'autres petites compagnies font de l'animation en province - le Théâtre de l'Alliance de Maurice Sévenant et le Centre dramatique de Wallonie de Paul Anrieu, par exemple.

Le Théâtre 140 nait aussi en 1963, mais, situé à l'arrière de nouveaux buildings construits avenue Plasky, il dispose quant à lui d'un vaste plateau, d'un gril technique moderne, de loges et d'une salle en pente ; il peut être loué par des particuliers (responsables d'écoles de danse bruxelloises, comme celle de Jane Périphanos et Emilio Altés Safon, par exemple) mais sa gestion est assurée par Jo Dekmine qui y programme du jazz, du théâtre et de la danse contemporaine.

En 1966, le Théâtre de la Communauté commence une forme de théâtre particulière à l'intention d'un public ouvrier de la région liégeoise ; Henri Chanal y collabore. En 1967, Monique Dorsel fonde le Théâtre-Poème qui va occuper un créneau très particulier : poésie, philosophie et psychanalyse.

Pour répondre au besoin d'acteurs et des techniciens dont a besoin la télévision, deux écoles se sont ouvertes :

d'où vont sortir une nouvelle génération d'artistes, techniciens du spectacle et créateurs, sensibilisés à d'autres valeurs que leurs prédécesseurs.

La démocratisation des études supérieures donne aussi de nouveaux diplômés qui vont s'intéresser au théâtre, soit directement dans les troupes de théâtre universitaires, soit dans le cadre de leurs études en philologie.

Cette génération s'intéresse davantage à ce qui se passe dans le monde, et particulièrement aux pratiques théâtrales alternatives des États-Unis : performances et happenings.

Les années 1970

Notes et références

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