Jock Palfreeman
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Jock Palfreeman, né en 1986 en Australie, est un antifasciste, anarchiste et ancien soldat de l'armée britannique. Il est surtout connu pour avoir tué Andrei Monov, un néonazi bulgare, lors d'une rixe résultant de l'attaque d'un enfant Rom par le groupe de Monov et pour avoir fondé l'Association des prisonniers bulgares (APB).
Né en Australie dans une famille de médecins, Palfreeman se rapproche de la gauche pendant sa jeunesse, lorsqu'il commence à lire différents ouvrages politiques et historiques. La découverte de Jack 'the Anarchist' Grancharoff, est centrale dans le développement de sa pensée à cette période. À la suite d'un voyage en Turquie puis en Bulgarie, où il reste huit mois et tisse des liens sur le territoire bulgare, il s'engage dans l'armée britannique. Palfreeman n'y reste que quelques mois, car, en permission et se trouvant en Bulgarie auprès de ses amis, il est impliqué dans une violente rixe opposant un groupe d'environ quinze néonazis, lui même, et un enfant Rom que le groupe est en train d'attaquer. Intervenant pour défendre l'enfant, il est frappé très violemment d'une brique à l'arrière de la tête, avant de se munir de son couteau et de poignarder Monov, un des assaillants, qui meurt des suites de ses blessures.
Le fait que Monov soit le fils d'un politicien bulgare propulse l'affaire au devant de la scène politique bulgare : le ministre de l'Intérieur de l'époque, Mihaïl Mikov et le président de la cour de cassation suprême bulgare se déplacent aux funérailles. Lors de son procès, et de ses appels successifs, la justice bulgare rejette sa défense, refuse de considérer l'affaire de l'enfant Rom et préfère expliquer l'acte de Palfreeman en déclarant qu'il aurait attaqué seul le groupe néonazi pour « choquer la société bulgare ». Il est condamné à vingt ans de prison. Lors de son incarcération, il rencontre Grancharoff, qui lui rend visite, et fonde l'Association des prisonniers bulgares (APB), liée à l'Anarchist Black Cross (ABC).
En 2015, il obtient le prix de personnalité de l'année par le Comité Helsinki bulgare et est libéré quatre ans plus tard par la justice bulgare, entraînant des réactions politiques défavorables au sein des classes dirigeantes bulgares. Il poursuit ensuite son militantisme, intervenant par exemple dans une conférence de l'ABC au Royaume-Uni.
Biographie
Jeunesse et politisation (1986-2006)
Jock Palfreeman naît en 1986 en Australie. Il grandit dans une famille de médecins, son père étant docteur en médecine et sa mère dentiste[1].
Pendant sa jeunesse, il lit à la fois des ouvrages historiques concernant la révolution cantonale (1873) et aborde des écrits plus théoriques, comme ceux de Marx, Engels ou encore Bakounine[1]. Parmi ces auteurs qui l'influencent, la découverte des textes de l'anarchiste bulgare et australien Jack 'the Anarchist' Grancharoff, est centrale pour ses orientations anarchistes ultérieures[1],[2].
Voyage en Bulgarie et engagement militaire (2006-2007)
En 2006, il entreprend un voyage en Turquie mais y laisse expirer son visa, choisissant de finir son voyage en Bulgarie à la place[1]. Y devenant ami avec plusieurs personnes, il décide d'y rester huit mois, s'installant à Samokov[1].
À la suite de ces huit mois, Palfreeman se rend au Royaume-Uni et s'y engage dans l'armée britannique, où il obtient le grade d'entrée de rifleman[1].
Meurtre d'Andrei Monov et réactions politiques immédiates en Bulgarie
Le , alors qu'il se trouve à Sofia, en permission et ayant décidé de la passer en Bulgarie auprès de ses amis, il assiste au lynchage d'un enfant Rom par un groupe de néo-nazis appelé le « Groupe néo-nazi [des quartiers] Sud »[1]. Il cherche à protéger l'enfant mais est pris à partie par ses assaillants, Palfreeman se bat très violemment avec eux, est frappé d'une brique à l'arrière de la tête par l'un d'entre eux et s'arme en saisissant le couteau qu'il porte[1]. Avec ce couteau, il poignarde mortellement Andrei Monov, un des assaillants, et le tue[1].
Monov, qu'il vient de tuer, est le fils du député socialiste bulgare, Hristo Monov, entraînant la réprobation du parti socialiste bulgare[1]. Lazar Gruev, président de la Cour suprême de cassation et Mihaïl Mikov, ministre de l'Intérieur, se déplacent aux funérailles de Monov[1].
Procédures judiciaires et condamnation (2007-2009)

Contrairement aux premiers rapports sur l'affaire, qui font état du fait que Palfreeman défend un enfant Rom lorsqu'il tue Monov, les juges rejettent cette qualification[1],[3]. Ils déplacent le procès sur d'autres questions et, lors du procès, il est accusé d'avoir « voulu choquer la société bulgare », ce qui expliquerait qu'il ait attaqué un groupe de quinze personnes tout seul[1].
Le , il est condamné à vingt ans de prison ferme pour meurtre et 450,000 leva d'amende par la cour de Sofia. Il est incarcéré à la prison centrale de la ville[1].
Emprisonnement et militantisme (2009-2019)
Palfreeman établit des réseaux au sein des prisons bulgares et, dès l'année suivante, commence à fonder informellement l'Association des Prisonniers Bulgares (APB), un des premiers syndicats de prisonniers de l’ère post-soviétique dans le pays[1]. D'abord officieuse, l'APB est officiellement reconnue en 2012 par les autorités bulgares[1].
Entre-temps, ses deux appels (2010 et 2014) sont refusés[1]. Dans le premier de ses appels, il produit des témoins parlant de l'agression et demande à ce que les caméras de surveillance soient prises en compte, ce qui est refusé[4]. Il publie aussi, collaborant à la rédaction d'un livre anarchiste et intervenant dans plusieurs médias d'extrême gauche[1],[5]. Selon lui, après avoir aidé un codétenu à rédiger un texte de réclamations contre le fait qu'un garde l'aurait battu, le directeur de la prison lui aurait coupé son accès aux cours en ligne auxquels il assiste, le poussant à entamer une grève de la faim. Sa plainte contre le directeur aboutit cependant, et il peut suivre ses cours de nouveau[1].
En 2015, il est nommé personnalité de l'année par le Comité Helsinki bulgare, ce qui provoque des manifestations de droite et d'extrême droite contre cette nomination[1].
Pendant toute son incarcération, Amnesty International refuse de le soutenir car il est responsable d'un crime violent, ce qui va contre la politique de l'ONG[1]. Il est plutôt soutenu par l'Anarchist Black Cross (ABC), qui organise des manifestations, des collectes de fonds et lui envoie de multiples lettres de soutien de plusieurs groupes anarchistes locaux[1].
Par ailleurs, il est visité par Grancharoff, qui lui rend visite en prison pour le soutenir, les deux se retrouvent, échangent des plaisanteries et des blagues, Grancharoff lui déclarant que la prison où il se trouve alors est proche de son village natal[2]. Il insulte aussi une figure politique bulgare exposée dans la prison[2].
Libération et activités postérieures (2019-présent)
En 2019, son cas évolue décisivement, car une série de vidéos de caméras de surveillance le jour du meurtre est publiée en ligne[6]. Ces vidéos mettent en cause la version des autorités bulgares et montrent distinctivement le groupe néonazi en train d'agresser une personne avant le conflit avec Palfreeman - entraînant de nouveaux appels pour sa libération[6].
En , il est placé en liberté conditionnelle[1]. Cette nouvelle situation provoque des réactions politiques : la dirigeante du parti socialiste bulgare, Korneliya Ninova, déclarant qu'il s'agit « d'une honte » et le Premier Ministre qu'il refuse de commenter l'affaire[1].
Bien qu'il soit libéré, les autorités bulgares conservent son passeport, ce qui l'empêche de quitter le pays[1],[7],[8]. Il parvient à le faire pendant la pandémie de COVID-19, entre 2020 et 2021, alors que la justice bulgare décide de lui donner le droit de le quitter[1],[9],[10].
En 2020, il est invité à intervenir au parlement européen au sujet des conditions de détention inhumaines au sein de l'Union, mais la pandémie empêche la tenue d'un tel événement[11].
En , il participe à un rassemblement de l'Anarchist Black Cross (ABC), où il intervient et donne un discours[1],[12].
Pensée et positionnements politiques
Critiques et conflits internes au mouvement anarchiste
Depuis sa libération, Palfreeman est très critique de la Fédération des Anarchistes de Bulgarie (FAB), qu'il accuse d'être une organisation « de paille », tenue par des anarchistes « très douteux », qui devrait donc être exclue de l'Internationale des fédérations anarchistes tant que ses positionnements vis-à-vis de l'extrême droite ne seraient pas clarifiés[1].
Selon CEP, il s'agit d'une réaction « [remontant] sans doute au fait que la FAB refusa de le soutenir pendant son incarcération voire même s’opposa aux anarchistes souhaitant le faire »[1]. En effet, la FAB écrit à son sujet en 2009, réagissant à l'organisation par des anarchistes en Grèce de rassemblements et manifestations en sa faveur[1] :
Chaque année, la Fédération des Anarchistes de Bulgarie (FAB) se désolidarise de l’affaire du meurtre d'Andrei Monov par le militaire australien Jock Palfreeman. Notre position officielle est qu'indépendamment des circonstances, Jock a tué un homme et en a gravement blessé un autre, et qu'il est coupable. C’est un crime intolérable. Le jeune défunt, AndreI Monov, avait des amis qui étaient et sont toujours anarchistes, et notre position est qu'il était innocent. [...] Les nazis en Bulgarie utilisent cette affaire pour leur propagande - "un anarchiste venu de l’étranger est arrivé en Bulgarie et a tué brutalement". Par conséquent, notre position est que toute forme de solidarité avec un tueur est une honte au regard du principe de liberté ! Nous appelons chacun à la retenue et à ne pas soutenir cette action de solidarité organisée à Athènes, et qui serait en préparation selon nos informations.