José Ignacio Checa y Barba
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| Archevêque de Quito Archidiocèse de Quito | |
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José María de Jesús Yerovi Pintado (d) José Ignacio Ordoñez (d) | |
| Évêque d'Ibarra Diocèse d'Ibarra | |
| - | |
Antonio Tomás Iturralde (d) | |
| Évêque auxiliaire Archidiocèse de Cuenca | |
| - | |
| Évêque titulaire Lystre (d) | |
| - | |
Pietro de Villanova Castellacci (d) Concetto Focaccetti (d) |
| Naissance | |
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| Décès | |
| Nom de naissance |
José Ignacio Antonio Esteban Feliciano Checa y Barba |
| Nationalité | |
| Activités |
Prêtre catholique de rite romain (à partir du ), évêque catholique (à partir du ) |
| Consécrateurs |
Lodovico Altieri, Alessandro Franchi, Giuseppe Cardoni (d) |
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José Ignacio Checa y Barba (né à Quito le et mort assassiné dans la même ville le ) est un prélat équatorien, archevêque de Quito de 1868 à 1877. Sa carrière épiscopale est marquée par ses rapports conflictuels avec les autorités civiles et en particulier avec les chefs d’État Gabriel García Moreno puis Ignacio de Veintemilla, jusqu’à sa mort par empoisonnement le jour du Vendredi saint.
Famille et formation
José Ignacio Checa y Barba est le fils du colonel Feliciano Checa y Barba, l’un des artisans de l’indépendance de l’Équateur, et d’Alegría Barba y Borja[1], issue comme son époux de l’aristocratie de Quito[2].
Après avoir fréquenté l’école des mercédaires, il entre à l’université de Quito, puis au séminaire de San Luis, pour étudier la philosophie. Le , il obtient le titre universitaire de maître en philosophie. Il opte alors pour la carrière ecclésiastique[3].
Après un passage auprès des jésuites, récemment rétablis en Équateur, il obtient le le grade de bachelier en théologie, suivi le du doctorat en sciences sacrées. Il complète sa formation par des études de droit civil qu’il poursuit jusqu’au titre de docteur, obtenu le . Ordonné prêtre par l’archevêque Francisco Xavier de Garaycoa (es) le , il célèbre sa première messe au sanctuaire du Quinche, le de la même année[4].
Il prend, peu après, les fonctions de vice-recteur et de professeur de théologie dogmatique au séminaire de San Luis. En 1858, il est nommé aumônier du couvent de Santa Clara, avec habilitation à confesser les religieuses[5].
En 1859, l'archevêque Garaycoa l’envoie à Rome parfaire sa formation au Collège pontifical latino-américain (es), nouvellement créé. Il suit ensuite des études de diplomatie à l’Académie des nobles ecclésiastiques, où il se lie avec des personnalités de l’aristocratie romaine[6].
Premières fonctions épiscopales
Il se trouve à Rome lorsque la réforme religieuse menée par Gabriel García Moreno entraine l’organisation de nouveaux diocèses en Équateur[2]. En 1861, il est nommé évêque auxiliaire de Cuenca avec résidence à Loja[6], en même temps qu’évêque in partibus infidelium de Lystre[7],[8]. Il reçoit l’ordination épiscopale du cardinal Lodovico Altieri, en l’église du Gesù de Rome, le [9],[n 1]. Il rentre en Équateur en 1863 et prend formellement possession de sa charge à Loja[11].
Élu la même année député de la province de Pichincha[n 2], il participe aux débats sur la réforme du concordat de 1862, projet dont il désapprouve les dispositions qui suppriment la juridiction ecclésiastique ou mettent en cause les intérêts de l’Église dans la gestion des revenus des dîmes[13]. Ses positions lui valent l’antipathie du gouvernement conservateur de Gabriel García Moreno. Leur opposition s’intensifie en 1867, lorsque l’évêque participe à la commission parlementaire qui examine la validité de l’élection de l’ancien président comme sénateur et y soutient la position de ses adversaires libéraux[14].
Ayant été nommé, en 1866[8], évêque du diocèse nouvellement créé d'Ibarra, il entre en 1867 en possession de sa charge, qu’il exerce jusqu’à sa désignation comme archevêque de Quito l’année suivante[15].
Archevêque de Quito
Sa nomination comme archevêque métropolitain de Quito n’atténue pas l’animosité du Parti conservateur de Gabriel García Moreno, dont le favori pour la tête de l’église équatorienne était l'évêque de Riobamba[16]. De son côté, le prélat a défendu la candidature à la députation du libéral Julio Zaldumbilde Galgotena[17]. Pour l’élection présidentielle de 1869, il soutient celle de Francisco Javier Aguirre[18]. Cependant, le scrutin est suivi du retour à la présidence de Gabriel García Moreno[17].

Loin d’être un inconditionnel du projet conservateur, José Ignacio Checa y Barba va pourtant, une fois archevêque, contribuer à sa réalisation[18]. Après les élections, il part à Rome pour participer au premier concile œcuménique du Vatican[19]. À la demande du président García Moreno, il se rend à Paris afin d’obtenir l’envoi de sœurs de la Charité et de lazaristes en Équateur, pour y prendre en charge respectivement les maisons de charité et l’enseignement et la direction des séminaires[20]. De retour du concile en 1871[21], il prépare et organise avec le président les cérémonies de consécration de l’Équateur — premier pays dans ce cas[22] — au Sacré-Cœur de Jésus[23].
Cette phase de collaboration et de relative harmonie entre autorités politiques et religieuses est remise en cause par l'assassinat de Gabriel García Moreno en 1875 : frappé à coups de machette, devant le palais Carondelet, par un groupe de conspirateurs libéraux dirigés par Faustino Rayo, il meurt un peu plus tard, au pied de l'autel de Notre-Dame des Douleurs, à l'intérieur de la cathédrale métropolitaine (es). Au même moment, l’archevêque se trouvait en dehors de Quito, en visite pastorale[24].
Relations avec Ignacio de Veintemilla
L’assassinat du président García Moreno ouvre en Équateur une période de lutte pour le pouvoir qui aboutit en 1876 à la victoire d’Ignacio de Veintemilla[25], soutenu à ses débuts par des courants libéraux[26]. Les positions affichées par le nouveau gouvernement suscitent dans les milieux conservateurs et le clergé une opposition qui s’exprime au travers de sermons, de lettres pastorales ou d’articles de presse incitant au rejet du nouveau régime[27].
José Ignacio Checa y Barba et le nouveau chef de l’État entretiennent pourtant des liens d’amitié qui remontent à leurs années d’école[28]. Selon le témoignage de la nièce du second, Marietta de Veintemilla (es), les deux hommes ont au début du nouveau gouvernement de longues conversations au Carondelet[29]. À l’égard du nouveau régime, l’archevêque fait montre d’une relative tolérance qui, en contraste avec les positions offensives répandues dans le clergé, lui vaut dans une grande partie de l’opinion publique, et bien qu’il s’en défende, une réputation de libéral[18].
Mais l'opposition à Veintemilla monte dans la population de Quito et les critiques que lui adressent les élites de la ville se multiplient. Les tensions s’exacerbent dans le pays au cours de la controverse suscitée par la publication d’un pamphlet libéral intitulé Lettre aux évêques[30]. L’archevêque, à cette occasion, affronte ouvertement le régime : dans une lettre pastorale, il interdit aux catholiques la lecture d’écrits contraires à la religion et rejette le décret de Veintemilla menaçant d’expatriation les prêtres qui poussent à la révolte[31]. C’est le début d’un conflit entre l’Église catholique et l’État qui débouchera, après la mort du prélat, sur la suspension du concordat, l’exil de plusieurs membres du clergé et l’interdit jeté sur le pays[32].
Vendredi saint 1877
Les cérémonies de la Semaine sainte de 1877 se déroulent dans ce contexte de tensions. Le , jour du Vendredi saint, l'archevêque Checa y Barba, revêtu de l’habit épiscopal, célèbre l’« office des présanctifiés »[33],[n 3]. Les fonctions de diacre et de sous-diacre sont tenues respectivement par les chanoines Arsenio Andrade et Manuel Andrade Coronel. La cathédrale est pleine. Veintemilla et son entourage sont présents à la cérémonie[35]. Après la communion, ayant bu au calice le vin mélangé avec le reste des hosties consacrées la veille, le prélat déclare à voix basse au chanoine responsable des burettes, Andrade Coronel[36] :
« Andradito, dis-leur de mettre ce vin de côté, il est coupé avec de la cascarille et ils ne peuvent pas célébrer avec cela[n 4]. »

Le sacristain José María González, qui a absorbé quelques gouttes du même vin, sera pris peu après de malaise. La cérémonie achevée, le prélat traverse la grand-place qui sépare la cathédrale du palais archiépiscopal, où il doit déjeuner pour rompre le jeûne du Vendredi saint. Avant même d’arriver au but, il exprime un malaise qu’il attribue d’abord au manque de nourriture. Cependant, une fois à table, les nausées et les douleurs s’intensifient, accompagnées de convulsions et de contractions[36]. L’archevêque s’exclame alors[37] :
« Ils m’ont empoisonné[n 5] ! »
Il demande qu’on desserre les instruments de mortification qu’il porte, puis qu’on lui donne l’absolution, qui lui est administrée par le chanoine Arsenio Andrade. Deux médecins, les docteurs Miguel Egás et Ascensio Gándaran, arrivent au palais[37]. Selon le témoignage du premier, l’archevêque leur déclare[37] :
« Je suis empoisonné, j'ai bu au calice un vin plus amer que la quinine et je sens un feu terrible me brûler les entrailles[n 6]. »
Il dit encore : « Mes enfants, aidez-moi, je meurs[n 7] ! », puis : « Je me noie, je meurs[n 8] ! », avant d’expirer, l’écume aux lèvres[37].
Suites judiciaires
La mort de l’archevêque suscite de vives réactions dans l’épiscopat, le clergé et les milieux politiques du pays[38]. Dans la population de Quito, le bouche-à-oreille, comme les témoignages au procès le montreront, propage aussitôt la nouvelle de l’empoisonnement et, en même temps, les premières rumeurs, qui donnent pour coupables le gouvernement et les libéraux[39]. Ceux-ci réagissent et, si les libelles anonymes et les proclamations officielles d’Ignacio de Veintemilla ont surtout pour effet d’attiser les soupçons, de nouvelles rumeurs apparaissent presque immédiatement, accusant le clergé et les conservateurs[40]. De ce côté, un suspect nommément cité est le chanoine Manuel Andrade Coronel, récemment sanctionné par l’archevêque pour avoir tenté de se venger par le poison et le poignard du peintre Joaquín Pinto (es), auquel il reprochait de lui avoir ravi la femme dont il l’avait chargé de décorer la maison de « fresques pompéiennes »[41].
Ordonnée par le juge Camilo de la Barrera [42], l'autopsie, qui révèle des blessures dues à diverses formes de mortification, conclut que la cause du décès est un empoisonnement à la strychnine[43] — il y en avait, selon les termes de Marietta de Veintemilla, « de quoi tuer jusqu'à trois hommes »[36]. Pendant les premiers jours de l’instruction, 90 témoignages sont entendus. Plusieurs attestent que le libéral José Vicente Solís, qui avait déclaré, la veille du drame, que « demain Vendredi saint, après le service religieux de la cathédrale, sera[it] posée la première pierre de la maçonnerie en Pichincha[n 9] », était présent le jour même dans le presbyterium[44], soit le lieu où, d’après les traces retrouvées par les enquêteurs, le poison a été introduit[42] ; que les libéraux Manuel Ignacio Pareja et Manuel Cevallo Cornejos — auteur de la Lettre aux évêques — s’y trouvaient également ; qu’un autre libéral, José Gabriel Moncayo, a plusieurs fois menacé publiquement le clergé et l’archevêque ; que Joaquín Chiriboga, ancien clerc surnommé « l’apostat », était aussi présent dans l’église et a été récemment vu saluant Solís. Sur cette base, le juge ordonne, les et , l’incarcération des cinq hommes[44].
Les accusés ayant intenté un recours pour détention arbitraire, le dossier est transféré au juge Luis Quijano, qui ordonne quelques jours plus tard l’arrestation du chanoine Manuel Andrade Coronel. Pour leur défense, les libéraux présentent des alibis détaillés en vue de démontrer leur absence du lieu du crime. Le chanoine fait valoir pour sa part que, du fait de sa fonction de sous-diacre, ce n’est pas lui qui a servi le vin à la victime, avec laquelle il entretenait au demeurant, en dépit des sanctions qu’il en avait reçues, des rapports cordiaux[45]. Au cours du procès, le procureur et l'avocat de la famille Checa, Luis Felipe Borja, concentrent leurs accusations sur le seul José Vicente Solís[46]. Par suite, le juge ordonne la libération des autres accusés. Solís lui-même est finalement remis en liberté faute de preuves, sur décision du jury[47].
Rouverte en 1883 à la suite des accusations portées par José Vicente Solís contre le religieux Daniel Jarrín, l’instruction est suspendue au bout de quelques mois sans que la décision des juges soit enregistrée, laissant en définitive l’affaire irrésolue[47].
Autres suites
Après l'autopsie, le corps de l'archevêque est enterré dans la cathédrale de Quito, au cours de funérailles solennelles[48]. Son cœur, conservé dans une urne de verre remplie d’alcool, est confié aux sœurs du Bon Pasteur[49]. Il est à présent conservé dans la basilique du Vœu national de Quito[50].
Au-delà de la procédure judiciaire, les échanges d’accusations entre le clergé et les libéraux se poursuivent dans la presse. L’Église parle de complot et voit dans l’assassinat de l’archevêque, comme dans celui du président García Moreno, l’œuvre d’une maçonnerie internationale que l’Allemagne du Kulturkampf finance par l’intermédiaire du Pérou. Pour les libéraux, le crime a été planifié en escomptant que la mort de l’archevêque, survenant au cours de l’office, aurait déclenché une émeute contre le gouvernement — dont les membres assistaient à la cérémonie — et abouti pour le moins à une déstabilisation du régime[51].
En 1906 parait dans le journal La Patria de Quito le témoignage d’une religieuse de la Charité, qui rapporte qu’en 1886, un patient italien ou espagnol surnommé Casanova, admis mourant à l’hôpital de Panama, a confessé le crime : selon cet aveu, après avoir noué, une fois arrivé à Quito, des relations avec l’archevêque, il avait payé quelqu’un d’autre pour exécuter l’assassinat commandité[52].
Par la suite, les controverses se déplacent des milieux politiques et religieux vers le champ historiographique[52]. En 1974, le cardinal Pablo Muñoz Vega lance la procédure de béatification du prélat assassiné[53]. En 2017, dans l’espoir de la voir relancée, Nicolas Xavier Suía García publie la biographie Ecclesiae defensor[54].
- Portrait photographique post-mortem de l’archevêque José Ignacio Checa y Barba.
- Monument funéraire du coeur de José Ignacio Checa y Barba, basilique du Vœu national de Quito.
Cas similaires
L’assassinat de José Ignacio Checa y Barba reste, en 2020, le dernier cas documenté d’un évêque empoisonné au cours de la liturgie[22],[55]. Le cérémonial de la messe épiscopale prévoyait autrefois que le crédencier et le sacristain goûtent le pain et le vin[56]. Ce rite de prégustation (en latin praegustatio) remonterait à une tentative d’empoisonnement du pape Victor II par un sous-diacre, au XIe siècle. Il est vraisemblable que l’archevêque Guillaume d’York, en 1154, soit mort victime d’une entreprise similaire. En revanche, les récits qui prêtent le même sort aux papes Victor III, Clément II, Damase II, Léon IX, Étienne IX, Nicolas II, à l’antipape Christophe, etc., ne procèdent souvent que de simples rumeurs ou d’allégations tardives[57].