Joseph Benoit Suvée est né à Bruges[1] le dans la Korte Vuldersstraat (aujourd'hui le n° 2 de cette rue) comme huitième et dernier enfant du receveur Henri Martin - Henricus ou Hendrik - Suvée (1701-1767) et de Marie Jacqueline - Maria Jacoba - De Vriendt (1699-1765). Il est baptisé le à l'église Saint-Sauveur. Ses parents s'étaient mariés en cette même église[2] en 1725.
Formation, séjours à Paris et Rome
Tout d'abord élève de Matthias de Visch, il vient en France, à Paris, en 1762. Il y devient l'élève de Jean-Jacques Bachelier avec lequel il conservera des relations suivies puisque ce dernier sera même son témoin de mariage en 1780. En 1771, il obtient le prix de Rome avec Le combat de Minerve contre Mars[3], œuvre conservée au Palais des Beaux-Arts de Lille[4], devant le peintre Jacques-Louis David. Il fut honoré pour cette distinction à Bruges. Il continuera à rivaliser avec David jusqu'à la fin de sa vie, ce qui lui vaudra une longue inimitié - de la haine même - de la part de ce dernier.
De retour à Paris, il est nommé académicien et loge au palais du Louvre. Il se marie à Paris, à Saint-Germain-l'Auxerrois[5], la paroisse des artistes, le à Charlotte Louise Rameau, une portraitiste spécialisée dans la miniature, exposante au Salon de la Jeunesse à Paris en 1768 et en 1773 puis au Salon de la Correspondance en 1782. Elle était née à Paris le et était la fille de Jean Rameau, joaillier et orfèvre [6] à la place du Carrousel. Joseph Benoit fit le portrait de son beau-père[7], tableau qui est conservé à Bruges. Joseph Benoit et son épouse eurent une fille, née en , qui ne vécut pas[8].
C'est avec son épouse, Charlotte Louise Rameau, qui prit le nom de Mme Suvée, qu'il ouvre une école de dessin pour jeunes filles[9] dont, pour des raisons de susceptibilités avec d'autres peintres, la fermeture - au moins temporaire - fut exigée.
Il connaît une carrière brillante à Rome, où, après six années de séjour, il meurt subitement le . Son épouse est morte à Paris[12], rue Pavée Saint André des Arts, le .
Élèves
Joseph Benoit Suvée était un excellent pédagogue et eut de nombreux élèves, parmi lesquels[13]:
Jean-Baptiste Joseph Autrique (Bruges 1777 - Ypres 1853)
Anna Barbara Bansi, avec laquelle il aurait eu une courte relation amoureuse alors qu'ils étaient à Rome, fut également son élève.
Beaucoup de ses élèves et disciples étaient originaires des Pays-Bas méridionaux. Ainsi que le note Dominique Marechal: «il a influencé toute une génération d’artistes, grâce à qui le néoclassicisme français a été introduit en «Belgique», territoire qui entre-temps avait été annexé et intégré à l’empire napoléonien[14]».
Tancrède blessé reconnaît Clorinde qu'il vient de combattre, vers 1776-1778, Amiens, Musée de PicardieAmiens, musée de Picardie:Tancrède blessé reconnaît Clorinde qu'il vient de combattre, vers 1776-1778;
Beaux-Arts de Paris[15]: Vue intérieure du Colisée, pierre noire, rehauts de blanc, tracé préparatoire à la sanguine sur papier gris beige, H. 0,476; L. 0,355 m[16]. D'abord attribuée à Antonio Zucchi, cette vue fut redonnée à Suvée par Mathias Polakovits. En privilégiant la pierre noire, l'artiste tire de fortes oppositions d'ombre et de lumière, caractéristique de son travail. Le cadrage et l'étrangeté qui se dégage de ce dessin permettent de le dater des années 1774-1775.
Bruges, registre des baptêmes de Saint-Sauveur, Januarius 1743. 3â natus et 4â bapt est Josephus Benedictus fus Henrici Martini Suvée et Maria Jacoba De Vrient Conj. Susc: Josephus Franciscus Lammeire et Joanna Jacoba De Later.
Bruges, registre de mariage de Saint-Sauveur, 2e portion, 18 (Januario 1725) juncti sunt mat(rimo)nio henricus martinus Suvee et maria jacoba de vriendt test: francisco suvee et henrico de vriendt.
Le Palais des Beaux-Arts de Lille conserve également l’esquisse de Jacques-Louis David pour le tableau du même sujet qu’il présente cette même année 1771 devant le jury.
Henri Herluison, Actes d'état-civil d'artistes français, Orléans, 1873, p. 420. Paris, paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois juin 1780. Du lundy 12e juin 1780. Joseph-Benoist Suvée, membre de l'Académie royale de peinture, âgé de 37 ans passés, fils des deff. Henry-Martin Suvée, et Marie-Jacob de Brendt (sic pour De Vriendt), d'une part; et Charlotte-Louise Rameau, âgée de 34 ans passés, fille de Jean Rameau, md orfèvre, et de deff. Louise-Anne Canu, d'autre part, tous deux de cette psse, ont été fiancés et mariés, en présence de Jean- Jacques Bachelier, peintre du Roy et directeur général de l'École gratuite de dessin, rue de Bourbon, psse St- Sulpice; de Nicolas-Jean Vatel, controlleur de la maison du Roy, rue de Bourbon , psse St-Eustache, tous deux amis du marié; de Robert Joseph Auguste, orfèvre du Roy, au Carrousel, de cette psse, ami de la mariée ....
Jean Rameau est aussi qualifié de sculpteur quelques années auparavant: Le 8 mars 1761, à Paris, à l'Église Saint-André-des-Arts, Charlotte Louise fut la marraine de Pierre Louis Joseph Pesez, fils du graveur Henri Joseph Pesez, et elle est qualifiée dans cet acte de baptême de fille mineure de Jean Rameau, sculpteur.
Henri Herluison, Actes d'état-civil d'artistes français, Orléans, 1873, Saint-Germain-l'Auxerrois :Le jeudy 22° février 1781. Charlotte-Louise, fille de Joseph Benoist Suvée, peintre du Roy et de l'Académie royale de peinture, et de Charlotte - Louise Rameau, née et décédée d'avant - hier, au Carouzel, a été inhumée au cimetière de St-Nicolas-des-Champs.
Dominique Marechal, Les peintres "belges" dans les ateliers parisiens, de la fin du XVIIIesiècle au début du XIXesiècle, dans Marie-Claude Chaudonneret (réd.), Les artistes étrangers à Paris, Bern 2007, p. 153 et 154 pour les élèves de Suvée, et également le lien
Joseph-Benoît Suvée (1743-1807), Un artiste entre Bruges, Rome et Paris. 440 pages, près de 400 illustrations. Le catalogue complet de l’artiste (554 notices d’œuvres), préface par Denis Coekelberghs, historien de l’art, avant-propos par Dominique Marechal, conservateur aux Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, aux éditions Arthena, 2017, (ISBN978-2-903239-60-2).
Dominique Marechal, Les peintres "belges" dans les ateliers parisiens, de la fin du XVIIIesiècle au début du XIXesiècle, dans: Marie-Claude Chaudonneret (réd.), Les artistes étrangers à Paris, Bern 2007, p. 137-156.
Sandra Janssens et Paul Knolle (réd.), Joseph-Benoît Suvée et le néoclassicisme, catalogue de l'exposition, Brugge, Groeningmuseum, 2007-2008 et Twenthe, Rijksmuseum, 2008.