José Díaz Fernández

From Wikipedia, the free encyclopedia

José Díaz Fernández
Fonctions
Député aux Cortes républicaines
IIIe législature de la Seconde République espagnole (d)
Murcie (capitale) (d)
Gauche républicaine
-
Député aux Cortes républicaines
1re législature de la Deuxième République espagnole (d)
Oviedo (d)
Parti républicain radical-socialiste
-
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 42 ans)
ToulouseVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Père
Vicente Díaz Fernández (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

José Díaz Fernández (Aldea del Obispo, province de Salamanque, 1898 - Toulouse, 1941) est un journaliste, écrivain, éditeur et homme politique républicain espagnol.

Originaire de l’extrême ouest des Asturies, José Díaz Fernández poursuivit des études de droit à Oviedo, avant d’entamer une carrière de journaliste pour un quotidien de Gijón. Appelé sous les drapeaux en 1921 et dépêché au Maroc dans le cadre de la guerre du Rif, il envoya à son journal deux centaines de chroniques de guerre, à ambition littéraire et d’aspect hétéroclite, dans lesquelles transparaît son opposition à l’aventure coloniale espagnole en Afrique et qui connurent un franc succès. Son expérience marocaine lui fournira aussi la matière d’un roman publié en 1928, El blocao, de conception avant-gardiste, d’où se dégage une vision désabusée de la vie de garnison et une même dénonciation du colonialisme. Un deuxième roman, La Vénus mecánica, de facture plus classique, vit le jour en 1929. Prenant pour cadre la ville moderne, déshumanisée et anonyme (en l’espèce la Madrid des années 1920), l’œuvre est un réquisitoire contre la société industrielle capitaliste et relate le processus de conscientisation politique (dans le sens de la gauche radicale) du couple protagoniste, encore que les origines petites-bourgeoises des personnages entravent leur rapprochement avec les classes laborieuses. Un ouvrage théorique de 1930, El nuevo romanticismo, critique la littérature d’avant-garde alors en vogue, aux préoccupations purement formalistes, esthétisantes et déconnectées de la réalité contemporaine, et plaide pour un roman social, qui mettrait l’humain au centre, sans renoncer pour autant aux aspirations esthétiques, ni aux acquis stylistiques de l'avant-garde (anti-académisme, dynamisme, métaphore rénovée, synthèse), moyennant qu'ils servent de vecteur d’expression d’une thématique sociale actuelle.

Déçu par l’évolution de sa mouvance littéraire vers une littérature de type réalisme soviétique, Díaz Fernández délaissa l’activité littéraire pour se vouer tout entier au journalisme (qu’il n’avait du reste jamais abandonné, et qu’il exerçait désormais à Madrid), cofondant revues politiques (Post-Guerra, Nueva España) et maisons d’édition. Farouche adversaire de la dictature de Primo de Rivera, il prit part aux agitations politiques et syndicales, allant jusqu’à soutenir des tentatives de coup d’État, ce qui lui valut plusieurs séjours en prison et une mesure de bannissement. À l’avènement de la République (1931), il fut élu député sous la bannière du parti réformiste Gauche républicaine de Manuel Azaña, auquel il s’était affilié. Au terme de la parenthèse du biennat noir (1934-1936), où il s’était rabattu sur le journalisme, il fut à nouveau élu lors des fatidiques élections de février 1936, et occupa pendant la Guerre civile qui suivit quelques hautes fonctions dans le gouvernement républicain, notamment comme chef du bureau de presse. La conquête de la Catalogne par les troupes de Franco en 1939 le contraignit à se réfugier en France, où il trouva inopinément la mort en 1941.

Outre des ouvrages susmentionnés, José Díaz Fernández est l’auteur de Vida de Fermín Galán, biographie romancée du militaire républicain Fermín Galán, instigateur du soulèvement de Jaca, et d’un livre testimonial sur la révolution asturienne, Octubre rojo en Asturias (1935).

Origines familiales et jeunes années

Vue de Castropol, sur les confins de la Galice et des Asturies.

Né au sein d’une fratrie de trois enfants à Aldea del Obispo, bourg de campagne sis dans la province de Salamanque, près de la frontière portugaise, où son père, natif de la province de Lugo, exerçait l’office de « gendarme du royaume » (carabinero del Reino), José Díaz Fernández passa cependant la plus grande partie de son enfance à Castropol, dans l’extrême ouest des Asturies, pas très éloigné de Viavélez, bourgade d’origine de sa famille côté maternel, et où son père avait été nommé à la tête de la police municipale. À Castropol, que Díaz Fernández a toujours considéré comme son village natal, il travailla pendant un temps comme clerc de notaire, avant de se fixer en 1918 à Oviedo pour y poursuivre des études de droit, tout en occupant un emploi de comptable dans un hôtel. C’est dans cette ville qu’il entra en contact avec les milieux littéraires[1],[2],[3],[4],[5], cofondant, conjointement avec l’écrivaine María Luisa Castellanos, et avec le soutien de sa mère, la revue Alma Astur[1],[5]. Sa carrière de journaliste commença en 1920, lorsqu’il alla rejoindre l’équipe de rédaction du quotidien El Noroeste, de tendance réformiste et républicaine, établi dans la ville de Gijón, également dans les Asturies. Parallèlement, il occupait le poste de secrétaire de l’Ateneo Obrero (Athénée ouvrier) de Gijón[2],[3],[6], où il s’imprégna de l’idéologie républicaine qui devait le guider tout au long de sa vie[7].

Díaz Fernández, qui s’érigea d’emblée en opposant déclaré à la dictature de Primo de Rivera, fut l’un des principaux initiateurs des mouvements de protestation et de révolte à Gijón, ce qui lui valut quelques tracas professionnels et un court séjour en prison, sur l’accusation de réunion clandestine[6].

Guerre du Rif et chroniques de guerre

José Díaz Fernández dans ses jeunes années.

Appelé sous les drapeaux en 1921, José Díaz Fernández dut interrompre sa carrière journalistique et fut incorporé dans le régiment d’infanterie Tarragona. Son bataillon expéditionnaire, composé exclusivement de soldats asturiens, allait bientôt être envoyé dans le Maroc espagnol, où Díaz Fernández fut affecté à la garnison des fortins légers (« blocaos » en castillan, altération du mot allemand Blockhaus, signifiant casemate), que les soldats espagnols avaient construits entre Tétouan et Bni Arouss, dans le cadre de la guerre du Rif alors en cours[2],[3],[6]. Durant tout son séjour au Maroc, José Díaz Fernández envoya quasi quotidiennement des chroniques de guerre à son journal El Noroeste. L’une d’entre elles obtint le deuxième prix pour la meilleure chronique sur la « guerre du Maroc » lors d’un concours organisé par le journal La Libertad. Cette récompense devait plus tard lui ouvrir les portes d’une collaboration avec le périodique El Sol, comme correspondant littéraire[6],[7],[5]. Ses chroniques de guerre, qui lui valurent le surnom de « soldat journaliste »[8],[3], embrassent un large éventail de sujets, de descriptions du paysage jusqu’à l’art architectural à Tétouan, de la culture et de la mentalité du peuple rifain jusqu’à des digressions lyriques et philosophiques, de la politique militaire espagnole jusqu’aux conditions de vie pendant les campagnes et dans le fortin, d’anecdotes de troupier jusqu’à la justification du service militaire et de la mort des soldats, etc. L’auteur faisant entrevoir ses préoccupations sociales et son opposition à la guerre, quoique bien enveloppées, il fut accusé de porter atteinte à la discipline militaire et mis en examen, et ne bénéficia finalement d’un classement sans suite qu’au terme de longues et difficiles procédures et démarches[6].

Cette expérience de guerre coloniale, qui se prolongea jusqu’à sa démobilisation en 1922, allait lui fournir la matière d’un recueil de nouvelles (ou d’un roman, suivant le point de vue des commentateurs) publié en 1928 et intitulé El blocao, qui connut un succès considérable et fut promptement traduit dans plusieurs langues[2].

Poursuite de l’activité journalistique et militantisme politique

Une du quotidien madrilène El Sol, dont Díaz Fernández était membre de l’équipe de rédaction et auquel collaborait aussi Ortega y Gasset.
José Ortega y Gasset (1920), mentor de Díaz Fernández, mais vis-à-vis de qui celui-ci devait bientôt prendre ses distances.

Après sa démobilisation, José Díaz Fernández renoua avec son activité journalistique[2].De retour à Gijón en , il s’initia à la franc-maçonnerie et adhéra à la loge Jovellanos, sous l’obédience du Grand-Orient d’Espagne, en adoptant le nom symbolique de « Wagner »[9],[2], mais fut radié en 1928 pour non-acquittement de la redevance et pour absentéisme[2]. Il travailla comme correspondant à Gijón pour le journal madrilène El Sol, alors sous l’égide du philosophe José Ortega y Gasset, puis se fixa à Madrid en 1925 après qu’il eut été accepté comme membre à part entière de l’équipe de rédaction du journal[2],[7]. Il se vit confier la rubrique littéraire dans le journal vespéral La voz, relevant du même groupe de presse. Il entama alors son action militante dans le monde culturel et politique espagnol, entra en relation avec Ortega y Gasset et fut introduit dans le cercle intellectuel de la Revista de Occidente, mais ne tardera pas à s’en distancier idéologiquement[6],[7].

Immergé désormais dans la vie politique madrilène, il participa activement aux mouvements d’étudiants[6] et fut brièvement incarcéré en 1926 pour son implication, aux côtés de Fermín Galán, Joaquín Arderíus et d’autres, dans le soulèvement avorté, dit de la nuit de la saint Jean, ou « Sanjuanada », dirigé contre la dictature de Primo de Rivera[2],[6],[7].

En 1927, José Díaz Fernández cofonda avec José Antonio Balbontín et Rafael Giménez Siles la revue Post-Guerra, à laquelle il contribua pendant le court laps de temps où elle parut (de 1927 à 1928)[2],[6],[10]. Cette revue, dont José Díaz Fernández était le promoteur, le mentor et le fidèle collaborateur[11], et pour laquelle ont pu servir de modèle la revue Clarté d’Henry Barbusse et L'Ordine Nuovo d’Antonio Gramsci[12], sut rassembler autour d’elle une bonne part de la dissidence espagnole de l’époque. Les sujets abordés appartenaient au champ culturel au sens large et étaient des plus variés[11]. La revue, qui par son idéologie ancrée très à gauche, eut souvent maille à partir avec la censure[7], poursuivait (sur la foi des éditoriaux des treize numéros qui ont pu être édités) les objectifs suivants : transformation de la société bourgeoise ; lutte politique et transformation de la réalité sociale ; unité syndicale, notamment contre l’impérialisme ; participation commune de l’intellectuel et l’ouvrier manuel dans la lutte de classe ; littérature en tant qu’art mise au service de la lutte des classes ; diffusion du marxisme ; et promotion de l’universalisme et de la solidarité avec les peuples colonisés[13]. Sur le plan littéraire, Post-Guerra constituait à son époque la seule tentative d’intellectuels espagnols de surmonter la nette coupure entre avant-garde politique et avant-garde littéraire[14].

Dans la foulée, les rédacteurs décidèrent de fonder également une maison d’édition, les Ediciones Oriente, en vue de « publier un fort nombre de livres révolutionnaires »[7],[10], ainsi qu’un service de distribution appelé Biblioteca de Post-Guerra, qui visait à diffuser massivement des œuvres littéraires et politiques de gauche, en particulier les traductions d’auteurs soviétiques produites en grand nombre à partir de 1920. Pour éluder la censure, Díaz Fernández et ses compagnons de Post-Guerra avaient soin que les ouvrages qu’ils publiaient dépassent les 200 pages, attendu que les livres d’une telle ampleur étaient habituellement délaissés par les censeurs. Le ressort politique et social des Ediciones Oriente était en net contraste avec les contes et nouvelles avant-gardistes de la collection Nova Novorum, qui se signalait par ses contenus idéologiquement aseptisés. La maison d’édition faisait donc figure de point d’ancrage idoine pour la literatura de avanzada littérature d’avant-poste ») qui dans l’esprit de Díaz Fernández devait, à l’opposé de la littérature d’avant-garde, opérer un « retour à l’humain », dans une tentative de mettre la pensée et le style au diapason du temps présent et de concilier préoccupations formelles et liberté artistique d’un côté, et sensibilité et engagement conscient de l’autre, afin de traiter les thématiques dans une perspective morale et sociale[15].

Comme collaborateur du Grupo de Acción Republicana, organisation politique que dirigeait Manuel Azaña, il fut de nouveau écroué, cette fois pendant trois mois dans la prison modèle de Madrid, puis dut s’exiler pour une même durée à Lisbonne (février à septembre 1929)[2],[14],[16]. À son retour à Madrid, et sitôt tombée la dictature primorivériste, José Díaz Fernández fonda le , puis dirigea avec Antonio Espina et Adolfo Salazar (ce dernier remplacé plus tard par Joaquín Arderíus), la revue de gauche Nueva España, jusqu’à la disparition de celle-ci en 1931[17],[18]. La revue avait l’ambition, comme il était affirmé dans le premier éditorial, de figurer comme l’« organe de liaison de la génération de 1930 et le plus avancé de la gauche espagnole ». Díaz Fernández apporta son appui au soulèvement de Jaca et devait consacrer en 1931, en collaboration avec Joaquín Arderíus, une biographie au chef du soulèvement, le capitaine Fermín Galán[19],[2],[14]. Le tirage de Nueva España atteignit les 40 000 exemplaires dès son deuxième numéro[14].

Après que José Ortega y Gasset et Nicolás María de Urgoiti eurent été écartés, à la veille de la proclamation de la Seconde République, de la direction idéologique du journal El Sol, qui passa alors aux mains des monarchistes, Díaz Fernández quitta, en compagnie d’autres intellectuels transfuges (dont Fernando Vela et Ramón J. Sénder), la rédaction d’El Sol et passa aux journaux nouvellement créés par Nicolás de Urgoiti Crisol puis Luz[2],[14]. En 1933, au lendemain de l’accession au pouvoir du parti conservateur CEDA, il rejoignit l’équipe du journal El Liberal de Bilbao[2].

En 1935, il fit paraître, sous le pseudonyme de José Canel, un livre intitulé Octubre rojo en Asturias (littér. Octobre rouge dans les Asturies) regroupant des reportages sur la révolution asturienne de 1934, qu’il dota d’une préface signée de son vrai nom[2]. Il s’agit, selon l’hispaniste britannique Nigel Dennis, d’un « curieux mélange de reportage, de réflexion critique et de recréation fictive »[19].

Parcours parlementaire

Sous la Seconde République, et aussi plus tard pendant son exil en France, l’activité de José Díaz Fernández s’exerçait de plus en plus dans le domaine politique, au détriment de son œuvre littéraire[20]. Y ont contribué sans doute sa déception esthétique et sa surprise devant le tour que prenait la littérature que lui-même avait prônée et qui tendait à présent vers un réalisme cru, sans atours langagiers, avec pour principal exposant L’Aimant de Ramón J. Sender[4].

Aux élections de 1931 visant à désigner les membres des Cortes constituantes, José Díaz Fernández fut élu député pour la province de Oviedo, sous l’étiquette du Parti républicain radical-socialiste[2],[20].

En , il fut l’un des fondateurs de l’Association internationale des amis de l'Union soviétique. Au lendemain du scrutin de novembre 1933, qui avait porté au pouvoir la droite et inauguré le dénommé Biennat noir, José Díaz Fernández se retira de la politique active et reprit son métier de journaliste[2],[14]. À la suite du changement d’orientation du journal Luz, il quitta l’équipe de rédaction pour rejoindre celle du journal El Liberal de Bilbao, pour lequel il écrivit des essais politiques et littéraires, ainsi que pour d’autres organes de presse tels que Estampa, La Vanguardia, La Nación de Buenos Aires, et La Dépêche de Toulouse[14],[21].

À l’occasion des élections de février 1936, José Díaz Fernández revint à la politique comme candidat pour la circonscription de Murcie sous la bannière du parti Gauche républicaine (IR), fondé par Manuel Azaña, et fut de nouveau élu député[2],[14]. Ayant aidé, par une campagne de presse, à propulser la candidature d’Azaña, il fut nommé, au lendemain de la victoire électorale du Front populaire en , secrétaire politique du ministre de l’Instruction publique, Francisco Barnés Salinas, qui se mit en devoir de reconstruire l’enseignement laïque et républicain mis à mal sous le biennat noir[2],[20],[22].

Guerre civile, exil et mort

José Díaz Fernández à Toulouse en 1941.

Après le déclenchement de la guerre civile, José Díaz Fernández occupa des fonctions de direction dans le domaine de l’édition et de la presse, se voyant confier notamment en 1938 les fonctions de directeur de presse du gouvernement républicain à Barcelone et de chef des publications du sous-secrétariat à la Propagande du ministère d’État[2],[14],[20], devant à ce titre veiller à la bonne image de la République en dehors de l’Espagne[20].

En , à la suite de la chute de la Catalogne, José Díaz Fernández prit le large avec son épouse et sa fille Mercedes en direction de la France, où il fut transitoirement interné dans un camp de concentration. Alors que sa femme et sa fille partaient se réfugier à Perpignan, Díaz Fernández, après un passage par Paris et après que les Allemands eurent occupé la France, trouva havre à Toulouse, où il escomptait obtenir un laisser-passer pour Cuba, mais où il décéda inopinément le [23],[2],[14],[20]. Selon le témoignage de sa fille, « les amis durent faire une collecte pour son enterrement. Le cercueil arborait un ruban aux couleurs républicaines, que ma mère avait cousu durant la nuit »[24],[14].

Œuvre

Notes et références

Bibliographie

Related Articles

Wikiwand AI