Littérature engagée

genre littéraire From Wikipedia, the free encyclopedia

La littérature engagée renvoie en règle générale à la démarche d'un auteur (poète, romancier, dramaturge...) qui défend une cause éthique, politique, sociale ou religieuse, soit par ses œuvres soit par son intervention directe en tant qu'« intellectuel », dans les affaires publiques. Historiquement, on dit d’une œuvre qu’elle est engagée lorsqu'elle présente un certain statut dans la société de son auteur et qu'est reconnue l'importance de sa fonction ou de son intervention sur un sujet donné. Par le biais de son texte, un écrivain peut critiquer certains aspects de la société, ou proposer telle évolution. Voir : Sylvie Servoise, La Littérature engagée, Paris, PUF, coll. "Que sais-je ? ", 2023[1]

Différents aspects

Nécessité

Tout homme est responsable de ce qui se passe en son temps, à plus forte raison en tant qu'écrivain. Se désintéresser de son temps est une façon particulière de s'engager, ou de se dégager : même l'art pour l'art engage l'écrivain (cf. « La littérature vous jette dans la bataille ; écrire, c'est une certaine façon de vouloir la liberté ; si vous avez commencé, de gré ou de force vous êtes engagé », Sartre, Qu'est-ce que la littérature ?).

Au XXe siècle, les facteurs d'engagement se multiplient :

  • la vie collective exerce une emprise plus forte sur la vie individuelle et accroît la responsabilité de l'Homme (exemple : par le développement des médias, l'information accrue, la blogosphère, les réseaux sociaux...) ; aussi on ne peut plus se constituer un art de vivre personnel, considérer l'art comme un divertissement, une étude désintéressée de l'Homme, une tour d'ivoire ;
  • les écrivains contemporains héritent de cette idée du XIXe siècle que l'écrivain a une mission privilégiée, et, plus portés vers la philosophie en raison de leur culture et de leur époque, ils favorisent la réflexion politique et sociale.

Genres, registres, discours, formes, rhétorique, éloquence

Parmi les formes des discours et des textes associés coexistent principalement le narratif, le descriptif, l'argumentatif, l'explicatif. Dans sa déclinaison de texte argumentatif, le discours argumentatif apparaît tardivement dans l'enseignement français , supérieur puis secondaire (linguistique textuelle, pragmatique, acte de langage, implicature conversationnelle). Il s'agit de convaincre, démontrer, persuader, à travers des joutes oratoires, lettres ouvertes, manifestes, pamphlets, essais.

On fait alors référence aux registres (ou tonalités, ou visions du monde) : comique, tragique, pathétique, lyrique, élégiaque, épique, fantastique, aux côtés desquels figurent

Il convient d'élargir ces distinctions remontant à Aristote à d'autres formes ou aspects de la vie sociale : histoire, politique, religion, sciences :

On est loin de L'Art pour l'art (1835) et du rêve d'une poésie pure, façon poésie parnassienne (1866-1876), prônant la retenue et le rejet de tout engagement social et politique. Il convient certes de se dégager de la poésie engagée et du roman à thèse, tout comme du Parnasse satyrique (1622). La rhétorique linguistique diffère de la rhétorique musicale. Pourtant, si cerises et gai rossignol et merle moqueur peuvent sembler hors contexte des formules insignifiantes, la chanson Le Temps des cerises (1866) a été perçue comme de portée révolutionnaire ou du moins protestataire : chant de révolte, liste de chansons révolutionnaires ou de résistance, rap politique.

L'engagement au cours des siècles

Depuis la préhistoire, toutes les sociétés humaines ont pu connaître des régulations de la vie sociale, au moins verbales (fonction conative du langage, performativité, fonction perlocutoire, jussif, art oratoire, argumentation, persuasion, raisonnement, sophisme, conflit d'intérêts, résolution de conflit, rhétorique politique), hors texte.

Des textes de l'Antiquité en Europe, particulièrement grecque et romaine, subsistent de très nombreux exemples d'éloquence judiciaire, politique, religieuse, diplomatique : tragiques grecs, rhétorique grecque, éristique, sophistes, droit grec ancien, philosophie antique (philosophes grecs antiques), historiens grecs antiques, historiens romains, philosophes romains. Il convient également de considérer tout ou partie des exemples de littérature sapientiale dans le Proche-Orient ancien, de littérature de l'Égypte antique, de littérature rabbinique, et des nombreux textes sacrés.

La diffusion du christianisme primitif puis médiéval, puis l'expansion de l'islam ont fourni de très nombreux exemples de textes engagés (prédication, Pères de l'Église, patrologie, patristique, théologie chrétienne, évangélisation, mission, apologétique chrétienne, éloquence sacrée, philosophie islamique), avec accompagnement éventuel de conversions forcées, croisades, massacres, martyrs et martyrologes.

Du Moyen-Âge chrétien, sans oublier les hagiographies médiévales (dont la Légende dorée (1261-1266) de Jacques de Voragine), il faut considérer aussi la scolastique, qui vise à synthétiser la pensée scientifique grecque (particulièrement l'enseignement d'Aristote et des péripatéticiens) avec la théologie chrétienne : liste de philosophes scolastiques, principalement en latin.

L'Église catholique a développé, en toutes langues, toute une construction intellectuelle, une empreinte culturelle : dogmes, théologie morale catholique, casuistique, disputatio, éthique, courants de pensée catholique, personnalités françaises du catholicisme. La Réforme protestante (et ses précurseurs) motive une grande quantité de textes argumentatifs également très orientés : personnalités françaises du protestantisme, et la création de la pontificale congrégation pour l'évangélisation des peuples (1622-2022).

Période moderne

XVIe siècle

La Renaissance, en Europe, est le siècle de l'humanisme. Les auteurs humanistes mettent l'homme au centre de leurs préoccupations, n'hésitant pas pour cela à dénoncer l'influence excessive de l'Église dans la mesure où elle peut mettre un frein à la dignité de l'homme. Ainsi, Pic de la Mirandole ou Érasme émettent des réserves quant aux excès des clercs, tandis que Thomas More, dans son Utopie, imagine un monde meilleur, caractérisé par le règne de la raison et de l'empathie. Il ne s'agit pas de nier les valeurs chrétiennes, mais de rendre à l'homme, et non à Dieu, sa place centrale.

En France, la question prend une urgence toute particulière au XVIe siècle, en raison des guerres de religion qui déchirent le pays après la Réforme. Ronsard, dans son Discours sur les misères de ce temps, s'en prend à la violence dont il rend les protestants responsables, tandis que Théodore Agrippa d'Aubigné, dans son long poème épique Les Tragiques, dénonce la lutte fratricide que les catholiques livrent aux protestants, ainsi que les turpitudes des rois et les misères dans lesquelles ils plongent le pays.

Tous les pays d'Europe (et leurs dépendances) sont traversés par des débats, libelles, prêches, bulles, concernant les contours de la religion chrétienne, et parfois ravagés par les révoltes et autres guerres de religion. Certains auteurs expriment une forme de résistance intellectuelle, dont en francophonie Michel de Montaigne, Étienne de La Boétie (Discours de la servitude volontaire).

XVIIe siècle

Le XVIIe siècle, du moins en littérature en France, se caractérise par une dénonciation souvent orientée vers la Cour, dont l'hypocrisie ambiante paraît insupportable sur le plan moral (et religieux), et éminemment nuisible sur le plan politique et social.

Le fabuliste Jean de La Fontaine, dans ses Fables, égratigne régulièrement les pratiques des courtisans, mais également les abus de pouvoir des puissants, par exemple dans "La cour du lion" et "Les obsèques de la lionne", mise en scène des jeux de dupes en vigueur à la Cour, mais également dans "Le loup et l'agneau" et "Les Animaux malades de la peste", dans lesquelles la violence des rapports entre prédateurs et proies permet de blâmer les injustices de l'Ancien Régime.

Molière, de même, s'en prend au règne de l'hypocrisie, en particulier dans Tartuffe, pièce longtemps censurée en raison de l'anathème jeté sur les "faux dévots" et sur les mensonges d'hommes d'Église peu fidèles aux principes moraux du christianisme.

Les ouvrages des moralistes, François de La Rochefoucauld et Jean de La Bruyère, sont en partie engagés.

Sur des thématiques religieuses chrétiennes, les Provinciales (1656-1657) de Blaise Pascal, avec Écrits des curés de Paris et les Pensées (1670), sont un des classiques de la littérature française.

XVIIIe siècle

Le XVIIIe siècle, en Europe, surnommé siècle des Lumières, est marqué par un grand nombre d'œuvres engagées, dans lesquelles auteurs et philosophes réfléchissent (entre autres) aux mœurs courantes. La critique porte, d'abord, du moins en France, sur le régime politique de la monarchie absolue : dans De l'esprit des lois (1748), Montesquieu propose la distinction et la séparation des trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Les inégalités politiques et sociales sont également pointées du doigt : le théâtre de Marivaux et surtout de Beaumarchais invite à renverser les rôles entre maître et valet, rappelant que la naissance noble ou populaire est uniquement une contingence, qui ne devrait pas ouvrir de droits particuliers : ce serait l'idée centrale pour L'Île des esclaves (1725) ou Le Mariage de Figaro (1778). L'esclavagisme est également dénoncé avec virulence dans le texte de Montesquieu "De l'esclavage des nègres", texte ironique tournant en ridicule les arguments en faveur de l'esclavage, ou encore dans le Supplément au Voyage de Bougainville (1772, publié en 1796) de Diderot.

Enfin, l'intolérance religieuse et ses abus font l'objet de nombreuses attaques. Diderot, par exemple, se livre à une critique de l'obscurantisme dans sa Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient (1749). Surtout, Voltaire est parmi les premiers philosophes à prendre position lors d'une affaire contemporaine : il prend la défense du protestant Jean Calas, accusé à tort d'avoir tué son fils qui désirait se convertir au catholicisme. Le Traité sur la tolérance (1763) reprend les leçons de "l'affaire Calas".

L'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751-1772) est en France la première encyclopédie moderne (collaborateurs de l'Encyclopédie), évidemment jugée critique, au moins par les tenants du très jésuite Journal de Trévoux.

Les ouvrages des moralistes tels que Chamfort, Vauvenargues, Rivarol sont en partie engagés.

Beaucoup des textes des essayistes, orateurs, pamphlétaires, et législateurs, de l'époque de la Révolution française sont particulièrement engagés, révolutionnaires comme contre-révolutionnaires.

Période contemporaine (en France)

Le nationalisme romantique est, au moins en littérature européenne, national ou identitaire, ethniquement très engagé, souvent révolutionnaire : Vormärz, Printemps des peuples. Le Manifeste du parti communiste (1847-1848) de Karl Marx est un texte engagé, de large portée, internationaliste, à visée universelle, et révolutionnaire.

XIXe siècle

Durant la majeure partie du siècle, au moins en Europe, les arts, dont la littérature romanesque, s'interrogent, en réaction au sentimentalisme romantique : réalisme, naturalisme, vérisme.

Au XIXe siècle, le recueil de Victor Hugo, Les Châtiments (1853), est désigné comme un "poème du crime". Le poète ne s'en prend pas seulement à un sujet général, mais directement à une personne, qui est Napoléon III, qu'il surnomme « Napoléon le Petit ». Il dénonce également la misère sociale dans de nombreux pans de son œuvre, notamment son roman Les Misérables (1862), écrit en plus de 20 ans, et étant l'un des principaux romans de Victor Hugo mais aussi l'un des symboles de l'écriture engagée; ou encore le poème "Melancholia", extrait de son recueil poétique Les Contemplations (1856). Il prend également position contre la peine de mort dans Le Dernier Jour d'un condamné (1829).

Mais le véritable acte de naissance de l'intellectuel engagé, c'est l'article "J'accuse...!" d’Émile Zola qui a été rédigé au cours de l’affaire Dreyfus, sous la forme d'une lettre ouverte au président de la République française, Félix Faure, parue dans le journal L'Aurore. Zola y dénonce l'injuste condamnation d'Alfred Dreyfus, accusé de complot contre la France. Son procès est dit antisémite. Cette affaire a divisé la France de la fin du siècle entre dreyfusards et antidreyfusards. Cette lettre est un symbole de l'éloquence oratoire et du pouvoir de la presse mis au service de la défense d'un homme et de la vérité.

XXe siècle

  • Jean-Paul Sartre, Qu'est-ce que la littérature ?
    Sartre interpelle l'écrivain engagé: « Pourquoi as-tu parlé de ceci plutôt que de cela et – puisque tu parles pour changer – pourquoi veux-tu changer ceci plutôt que cela ? »
  • Albert Camus, Discours de Suède
    Camus y formule ses difficultés à prendre position dans le conflit algérien.
  • André Malraux, L'Espoir
    Malraux y dénonce la guerre civile espagnole et soutient le Front populaire (contre Francisco Franco). Il défend des idées de gauche.
  • Poètes de la résistance à l'origine du surréalisme :
  • Boris Vian, Le Déserteur
    Poème sur la dénonciation de la guerre d'Indochine, adressé au président de la République française, René Coty afin de montrer sa lâcheté. Ce poème est une chanson antimilitariste qui est écrite sous forme de lettre ouverte. Il faut notamment savoir que ce poème a été censuré car ses paroles étaient trop subversives. Ce texte montre que la guerre laisse de nombreuses traces psychologiques.
  • Eugène Ionesco, Rhinocéros
    Ionesco dénonce la montée du fascisme qu'il a connu en Roumanie. Plus largement, il illustre l'ascendance de la masse sur l'individu seul, dans une métaphore du totalitarisme.
  • Robert Desnos, Ce cœur qui haïssait la guerre
    Il y fait un appel à la résistance.
  • George Orwell, La ferme des Animaux
    L'auteur britannique a décidé d'écrire la ferme des animaux pour critiquer le régime totalitaire communiste soviétique de façon implicite et attractive (sous forme romanesque). Ainsi, chaque animal représente une facette de la société soviétique d'après guerre : les cochons accaparent les richesses dès la Révolution, et convainquent les autres animaux de travailler pour la ferme.

XXIe siècle

Au XIXe siècle, la littérature romanesque réaliste et la littérature romanesque naturaliste (dont Hugo, Flaubert, Maupassant, Zola...) sont engagées, de même que le roman colonial et le roman sentimental.

Aux XXe siècle et XXIe siècle, les mauvais genres (paralittérature) s'engagent davantage : satire, genres de science-fiction, roman policier, roman d'espionnage, réalisme sale...

Une autre forme d'engagement serait à étudier à l'international. La Grève, roman d'Ayn Rand, publié en 1957, référence américaine durable, est accessible au public français seulement depuis 2011 semble-t-il. Certes, le roman serait une illustration de son libertarianisme et de son objectivisme, mais ce délai de soixante ans montre d'énormes différences d'appréciation, même en littérature romanesque.

La littérature engagée dans l'actualité

De nombreux auteurs ont utilisé l'écriture afin de s'exprimer sur certains sujets d'actualité : le racisme, les bavures policières ou encore le féminisme et les féminicides par exemple.

Féminicides et impunité - Le cas de Ciudad Juarez de Marie-France Labrecque est un livre qui traite ce phénomène. Il dénonce aussi l'impunité au Mexique, pays ou un grand nombre de femmes sont tuées chaque année, sans que les coupables soient forcément condamnés. La littérature féministe est toujours présente de nos jours et ne fais qu'évoluer, en effet la méthode la plus efficace pour dénoncer quelque chose est de passer par l'écrit. Par exemple nous avons le collectif Folles frues fortes[2] qui sont des femmes écrivaines qui se battent pour dénoncer ce que les femmes subissent dans la société. La littérature féministe est toujours d'actualité et continue de se développer au fur et à mesure des années en se faisant beaucoup plus entendre[3].

L'œuvre d'Angie Thomas The hate U give (traduite en français par Nathalie Bru) qui a été adaptée en film en 2018 par George Tillman Jr. traite de la question du racisme. Ce livre est classé dans le mouvement Young Adult[4] aussi appelé la littérature de jeunesse. Ce mouvement consiste à partager des évènements de société qui a pour but d'inclure les jeunes à travers la littérature.

L'œuvre de Yasmina Khadra, un auteur algérien, avec son roman Les hirondelles de Kaboul, publié en 2002. Par son roman, il dénonce les discriminations et la répression que subissent les femmes en Afghanistan. Il expose la vie des femmes oppressées sous le régime Taliban.

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI