Jules Alphonse Deiss

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Décès
Nationalité
Activité
Extraction chimique, huilerie
Jules Alphonse Deiss
Fonctions
Président
Conseil général des Bouches-du-Rhône
-
Maire
Salon-de-Provence
-
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activité
Extraction chimique, huilerie
Conjoint
Marie Joséphine Merle
Autres informations
Distinction
Chevalier de la Légion d'honneur

Jules Alphonse Deiss () est un industriel et homme politique français. Pionnier de l’extraction des corps gras par solvants, il développe plusieurs établissements chimiques en France et en Espagne, notamment dans le domaine du sulfure de carbone[1]. Il est maire de Salon-de-Provence de 1882 à 1884[2] et vice-président du conseil général des Bouches-du-Rhône en 1884 puis président en 1885–1886[3]. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1884[1].

Jules Alphonse Deiss naît le à La Petite-Pierre, en Alsace, dans une famille du Pays de Hanau[3]. Il est le fils d’Auguste Deiss, arpenteur, et de Julie Strohl, et le neveu du chimiste industriel Édouard Deiss (1816–1873).

Il rejoint son oncle à Marseille dans les années 1860, où il est mentionné comme contremaître lors de son mariage en 1865[3]. Il s’installe ensuite à Salon-de-Provence et y fonde des établissements industriels liés à l’extraction des huiles végétales par solvants et à la fabrication de produits chimiques.

Il meurt à Salon-de-Provence le [3].

Contexte économique régional

L’essor industriel de Salon-de-Provence au XIXᵉ siècle est favorisé par l’arrivée du train de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, qui transforme la ville en un nœud ferroviaire régional et stimule l’implantation d’industries liées à l’huile végétale, au savon et aux produits chimiques[4],[5].

Carrière industrielle

Jules Deiss figure parmi les industriels qui adoptent et développent des procédés utilisant le sulfure de carbone comme solvant pour l’extraction des corps gras, une technologie au cœur des innovations de la chimie industrielle du XIXᵉ siècle[6].

Extraction des huiles par solvants

Selon le Journal officiel de 1884, Deiss fonde ou dirige des établissements d’extraction d’huiles :

Il modernise également des moulins à huile à Pélissanne, Eyguières, Maussane-les-Alpilles et Pézenas[1].

Production de sulfure de carbone

Deiss développe une production de sulfure de carbone, produit clé pour l’industrie chimique et agricole de la fin du XIXᵉ siècle :

La firme *Jules Deiss & Cie* est mentionnée comme fabricant de sulfure de carbone et de sulfo‑carbonates lors du Congrès international phylloxérique de Bordeaux en 1881[9].

Lutte contre le phylloxéra

Le phylloxéra, insecte ravageur venu d’Amérique du Nord, dévaste les vignobles européens à partir de 1863. Les premières solutions chimiques testées incluent le sulfure de carbone, injecté dans le sol pour tuer les pucerons sur les racines. Les travaux de Planchon, Lichtenstein et Riley (1873) décrivent l’usage du CS₂ comme l’un des rares moyens efficaces pour détruire localement les foyers d’infestation. Les historiens de la viticulture (G. Garrier, J.-P. Legros) confirment que le CS₂ est un outil central des premières tentatives de lutte, avant l’adoption du greffage sur porte‑greffes américains.

À la fin du XIXᵉ siècle, le sulfure de carbone devient l’un des principaux agents chimiques utilisés dans la lutte contre le ravage des vignobles. Son emploi se développe à partir des années 1870, et de nombreux ouvrages agronomiques de l’époque traitent de son application dans la viticulture[10]. Jules Deiss qui dirige des établissements spécialisés dans la production et la distribution du CS₂, est un acteur important de la lutte contre le phylloxera.

Travaux et innovations techniques

En plus de ses activités industrielles dans l’extraction des huiles végétales, Jules-Alphonse Deiss développe plusieurs procédés et dispositifs techniques qui témoignent de son rôle dans l’évolution des méthodes d’extraction et de filtration au XIXᵉ siècle.

Extraction des huiles par solvants

Deiss s’inscrit dans le mouvement d’innovation qui accompagne l’introduction du sulfure de carbone (CS₂) comme solvant pour l’extraction des corps gras. Son brevet français n° 128 656 () décrit un appareil destiné à améliorer l’extraction des huiles de graines oléagineuses. Le procédé vise notamment à réduire l’usage de la vapeur directe, responsable de l’humidification des tourteaux et de l’altération des huiles, en privilégiant un chauffage indirect et une circulation contrôlée du solvant. Le système prévoit également une agitation mécanique de l’huile pour faciliter l’élimination des dernières traces de solvant. Ce brevet s’inscrit dans la continuité d’un premier dépôt, n° 106 047 (), consacré au traitement des tourteaux d’olives pour l’extraction des huiles dites de recense.

Système de filtration « Deiss »

Dans les années 1890, Deiss collabore avec la Société du Compresseur Jourdan pour améliorer les dispositifs de filtration utilisés dans les presses industrielles. Le brevet français [11] décrit une « surface filtrante, système Deiss » destinée à éviter le colmatage rapide des toiles filtrantes. Le procédé consiste à protéger ou remplacer ces toiles par une série de fils métalliques juxtaposés, formant une surface filtrante plus durable et mieux adaptée aux matières épaisses. Le système est modulable : il peut fonctionner avec ou sans toile et s’adapte à différents matériaux et formes de fils. Trois certificats d’addition, datés des , et , complètent ce brevet.

Brevets étrangers

Les innovations de Deiss font également l’objet de dépôts à l’étranger. Un brevet britannique [12] et un brevet belge [13] décrivent une presse industrielle connue sous le nom de « Presse Deiss », développée en collaboration avec la Société du Compresseur Jourdan. Ces dépôts témoignent de la diffusion internationale des dispositifs conçus par Deiss dans le domaine du pressage et de la filtration.

Le domaine de Lurian et la Maison du Général

Jules Deiss devient copropriétaire du domaine de Lurian à Salon-de-Provence en 1873, puis propriétaire unique en 1874. En 1877, la maison est agrandie et une seconde demeure est construite. En 1899, les deux maisons deviennent la propriété de la société « Huilerie et savonnerie de Lurian »[3].

En 1897, l’usine de Salon-de-Provence est apportée à la Société des huileries de Lurian[14]. En 1939, l’ensemble est intégré au domaine militaire, où il constitue aujourd’hui la résidence du commandant de la Base aérienne 701 de Salon-de-Provence, connue sous le nom de « Maison du Général »[15].

Carrière politique

Jules Deiss commence sa carrière publique à Salon-de-Provence comme conseiller municipal de 1874 à 1878, avant d’être élu maire en 1882, fonction qu’il exerce jusqu’en 1884[2]. Figure reconnue de la vie locale, les comités républicains du canton de Salon le désignent en 1877 comme leur candidat au conseil général des Bouches du Rhône. Sa candidature est annoncée dans plusieurs numéros du journal La Gironde (11, 18, et 1ᵉʳ ), qui le présentent comme un homme « considéré » et « capable ». Les élections cantonales du se déroulent dans le contexte de la crise du , un affrontement institutionnel entre le président Mac Mahon et la majorité républicaine, qui conduit à la dissolution de la Chambre et à un scrutin national très suivi[16]. La candidature de Jules Deiss est mentionnée dans les journaux. Il est élu conseiller général du canton de Salon avec 2 022 voix sur 2 060 votants[17]. Cette élection confirme l’ancrage républicain du canton. Au sein du conseiller général du canton de Salon en 1877, Jules Deiss se distingue par une activité particulièrement soutenue. Les comptes rendus du Conseil général des Bouches du Rhône montrent qu’il intervient régulièrement comme rapporteur sur des dossiers très variés. Ainsi, en , il présente un rapport sur les chemins de fer du Sud Est, proposant l’attribution d’une subvention de 1 200 francs à titre d’encouragement ; ses conclusions sont adoptées par le Conseil[18]. La même séance le voit rapporteur sur la création de foires à Fos, Montfuron et Saint Chamas, avec des conclusions également adoptées[18]. Ces exemples illustrent une activité très large : Deiss siège dans de nombreuses commissions et traite de sujets allant des travaux publics aux finances départementales, en passant par l’agriculture, les chemins vicinaux ou l’hygiène publique. Ses rapports, souvent adoptés sans modification, témoignent de la confiance que lui accordent ses collègues. En 1885, il est élu président du Conseil général, fonction qu’il exerce jusqu’en 1886[3]. Son passage à la présidence confirme l’importance qu’il a acquise au sein de l’assemblée, où il joue un rôle structurant dans l’organisation des travaux et l’examen des dossiers techniques.

Vie familiale

Postérité

Références

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