Jules Anspach

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Jules Anspach, né le à Bruxelles et mort le à Etterbeek, est un bourgmestre de la capitale belge. Il se distingue par son rôle prééminent dans la transformation urbanistique de la ville, orchestrant des aménagements d’ampleur qui lui valent la comparaison avec Georges-Eugène Haussmann, surnom qui le qualifie parfois de « Haussmann bruxellois »[1]. Il intègre par ailleurs la Société des douze, cercle restreint d’influence politique et intellectuelle[2].

Décès
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Nationalité
Faits en bref Député de la Chambre des représentants de Belgique, à partir de 1866 ...
Jules Anspach
Jules Anspach (1829-1879), bourgmestre de Bruxelles.
Fonctions
Député de la Chambre des représentants de Belgique
à partir de
Bourgmestre de Bruxelles
-
Bâtonnier
Biographie
Naissance
Décès
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EtterbeekVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nationalité
Formation
Université libre de Bruxelles (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activité
Famille
Père
Fratrie
Eduard Anspach (d)
Eugène AnspachVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Distinctions
Blason.
signature de Jules Anspach
Signature.
Plaque commémorative.
Vue de la sépulture.
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Biographie

Jules Anspach nait à Bruxelles au sein d'une lignée calviniste implantée à Genève, laquelle compte parmi ses ascendants Johann Wilhelm Anspach, bourgmestre de Schwabenheim. Son aïeul, Isaac Salomon Anspach, citoyen de Genève et pasteur de son état, contraint en 1784 de s'exiler à Bruxelles en raison de dissensions internes à la ville, mène une communauté de Genevois outre les frontières. Après une période de sept années, ce dernier regagne sa terre natale ; il accède en 1793 à la magistrature suprême de la République de Genève, endossant les fonctions de procureur général.

François Anspach, fils d’Isaac-Salomon et père du futur bourgmestre, s’installe à Bruxelles, sa ville natale acquise durant l’exil paternel, afin d’y poursuivre ses affaires. Il accède promptement à la fonction de juge suppléant au Tribunal du Commerce, participe à la fondation de la Caisse Hypothécaire dont il prend la direction en 1840 et assume des responsabilités au sein de la Banque de Belgique en qualité d’administrateur. Parallèlement, il s’investit dans la vie publique, siégeant au conseil communal puis intégrant la Chambre des représentants en 1845. Il cumule ces engagements politiques et financiers jusqu’à son décès survenu en 1858 à l’âge de 64 ans.

Bourgmestre bâtisseur

Jules Anspach, après avoir suivi les cursus de l’Athénée royal de Bruxelles, obtient en 1851, à l’âge de 22 ans, le grade de docteur en droit de l’Université libre de Bruxelles. Héritier d’une inclination politique familiale, il accède en 1857 à la fonction de conseiller communal. Parallèlement, entre 1856 et 1858, il rédige et fait paraître un traité substantiel intitulé De la Procédure devant les Cours d’Assises. L’été 1863 le conduit à suppléer le bourgmestre André-Napoléon Fontainas, brusquement décédé le , et le de la même année, le roi Léopold Ier le désigne bourgmestre de la capitale à l’âge de 34 ans, charge qu’il exerce jusqu’à sa disparition.

Il s’affirme comme l’édile le plus éminent de l’histoire de Bruxelles et manifeste une détermination constante à conférer à la Belgique nouvellement constituée une capitale conforme à l’ampleur de son statut étatique, renouant avec l’ambition projetée un siècle plus tôt par Maximilien-Emmanuel de Bavière, qui envisageait de transformer Bruxelles en cité exemplaire de l’Europe et en centre politique des Pays-Bas méridionaux, sous sa souveraineté.

Au lendemain de l'accession à l'indépendance, l'espace urbain bruxellois présente une vétusté endémique. Hormis le quartier de style néoclassique ceignant le Parc Royal — héritage de la période autrichienne —, la cité manque de l'apparat architectural requis pour asseoir la légitimité d'un État naissant au sein d'un concert européen alors circonspect. Sous l'impulsion du bourgmestre Jules Anspach, des travaux d'envergure visent à hisser la ville au rang des métropoles continentales, neutralisant par là même les velléités de nostalgie envers les anciennes tutelles parisienne ou amstellodamoise. Cette entreprise de curage et de restructuration se distingue par sa célérité. Le projet repose sur deux piliers : le voûtement de la Senne et le percement d'artères axiales. Cette mutation exige l'expropriation ainsi que la démolition de plus d'un millier de demeures, pour la plupart marquées par l'insalubrité et la promiscuité. Le chantier, qui s'étend de à , soit une durée de quatre ans et neuf mois, parvient à assurer la ventilation du centre historique tout en maintenant l'intégrité du tissu urbain périphérique.

Les quartiers patrimoniaux, en particulier l’ancien Mont des Arts ainsi que les zones périphériques immédiatement adjacentes, subissent des démolitions d’ampleur considérable uniquement à partir du XXe siècle, concomitamment aux opérations d’urbanisme et de modernisation des infrastructures, telles que la construction de la jonction ferroviaire Nord-Midi.

La ville, implantée dans la vallée de la Senne, subit alors les affres de la contagion et de l’insalubrité chronique. Plusieurs vagues épidémiques de choléra avaient déjà fauché des milliers d’individus parmi les classes populaires des quartiers déshérités. Dans ces secteurs misérables, il est attesté qu’Anspach accompagne fréquemment les médecins van Volxem, Max et Feigneaux afin d’apporter un secours moral aux populations meurtries par la maladie. Si le bourgmestre échappe à l’infection, le sergent de ville, qui le suit dans ses tournées, succombe en revanche au fléau.

Jules Anspach se voit confier l’ambition de rehausser Bruxelles au rang des cités européennes les plus salubres et esthétiquement accomplies. Il parvient à matérialiser cette transformation, conférant à la capitale belge la physionomie qui demeure reconnaissable encore aujourd’hui. L’ouvrage préalable le plus déterminant consiste en l’ensevelissement de la Senne et l’aménagement d’une trame urbaine articulée autour de larges boulevards centraux, assurant à la fois la circulation et l’hygiène publique.

Chronologie du voûtement de la Senne

  • 1859 : lancement des premières études, sous l'administration de Charles de Brouckère, bourgmestre de 1848 à 1860; le Conseiller communal Anspach vote pour le projet.
  • 1865 : le Conseil communal, sous l'égide d'Anspach, désigne le projet final, celui de l’architecte Léon Suys qui propose de canaliser la rivière dans des conduits souterrains sous une suite de boulevards rectilignes de 30 mètres de large, en forme de Y, traversant du Sud au Nord le Vieux Bruxelles sur une longueur de plus de 2,2 km. Ces conduits, construits en briques maçonnées, se composent de 2 collecteurs centraux de 6 m de diamètre pour canaliser les eaux de la Senne et de 2 conduits latéraux plus étroits destinés à collecter les eaux usées des deux rives.
  •  : signature du contrat confiant la concession des travaux à une entreprise privée anglaise, considérée à l'époque comme la seule expérimentée dans ce type de chantier hors-normes.
  • Février 1867 : début des travaux, à l'issue de l'expropriation, effectuée en 7 mois, des 1100 premières maisons.
  •  : inauguration du voûtement de la Senne.

Décès

Après l’achèvement des travaux d’assainissement du noyau urbain de Bruxelles, Jules Anspach entreprend, sous l’égide du souverain promoteur, Léopold II, une série d’interventions destinées à rehausser l’urbanité de la capitale. Il initie l’édification du Palais de la Bourse, orchestre la création du quartier de Notre-Dame-aux-Neiges, procède aux prolongements de l’avenue Louise, de la rue de la Régence et de la rue Belliard, et supervise l’aménagement du Parc du Cinquantenaire. Parallèlement, il institue la distribution généralisée du gaz et de l’eau, entreprend la régularisation des impasses, établit de nouvelles écoles primaires et élabore un projet d’hôpital destiné à s’implanter hors de l’hypercentre.

L'ampleur des chantiers urbanistiques entrepris par Jules Anspach altère de manière irréversible son intégrité physique. Bien qu’une convalescence trimestrielle lui soit imposée à Nice à l’issue de l’année 1878, l'injonction du souverain précipite son retour aux affaires publiques. Le , il gagne les environs de Dinant, en compagnie de son gendre Jules Van Dievoet, pour rejoindre une propriété dont il est locataire. À son retour, il gagne le pavillon de Linthout, villégiature de son frère Eugène Anspach située sur le territoire d'Etterbeek. C’est en ce lieu, le , que le magistrat succombe à un coma diabétique lors d’une déambulation dans le parc domanial. Il s’éteint dans sa quarante-neuvième année.

Franc-maçon, Jules Anspach fut membre de la loge bruxelloise Les Amis philanthropes[réf. nécessaire].

Vie privée

Jules Anspach se marie à Bruxelles le avec Françoise-Louise, dite Fanny Urban, née à Namur, bénéficiant des sacrements de l’Église. La cérémonie funéraire se déroule le vendredi à onze heures au sein de l’église Saint-Boniface.

Une récurrente polémique

Le voûtement de la Senne suscite d’intenses convoitises et mobilise d’incessantes rivalités d’influence, les adjudications de ces travaux colossaux représentant des enjeux financiers considérables. Malgré les critiques acerbes qui s’abattent sur Anspach, celui-ci, demeurant impassible, cherche à optimiser tant la probabilité de succès que la rapidité d’exécution. Il attribue alors la concession à une seule entreprise, anglaise, contournant ainsi les lenteurs administratives locales. À cette époque, aucune autre société n’est en mesure de réaliser promptement ces ouvrages d’envergure, seule cette entreprise ayant acquis une expérience éprouvée dans la conduite de chantiers d’une ampleur analogue.

L'historiographie contemporaine manifeste parfois des réserves quant aux modalités d'exécution des grands travaux entrepris sous l'égide de Jules Anspach. Certains analystes, par un biais d'anachronisme méthodologique, déplorent l'absence de mise en concurrence systémique lors de l'attribution des marchés publics, allant jusqu'à inférer d'éventuels conflits d'intérêts ou à suspecter la probité du bourgmestre. Toutefois, l'examen des faits atteste une réalité plus nuancée. Bien que l'expropriation de plus d'un millier de bâtiments ait entraîné le déplacement de populations précaires, l'administration communale assure le relogement de la majeure partie des évincés. Ces derniers sont transférés vers des habitations répondant aux normes de salubrité alors en vigueur, bénéficiant des réseaux de distribution d'eau potable, de gaz et d'un système d'assainissement par égouttage. La pérennité de certains de ces ensembles de logements sociaux est d'ailleurs documentée jusqu'en 1950. Cette politique de relogement, loin de procéder d'une velléité d'exclusion, répond à une nécessité de prophylaxie sociale : en prévenant le paupérisme et l'errance, l'édilité conjure le risque de recrudescence des épidémies de choléra, endémiques au sein des quartiers insalubres.

Caricatures anciennes et modernes de Jules Anspach

La fontaine Anspach.

À l’instar des hauts dignitaires du XIXe siècle, Jules Anspach subit les assauts de la presse satirique, alors en pleine recrudescence. Souvent désigné par l’épithète de « Haussmann bruxellois », le bourgmestre partage avec le préfet de la Seine une commune destinée de polémiques liées à la restructuration radicale des tissus urbains dont ils sont les maîtres d'œuvre. Si la caricature constitue par essence une exégèse déformée, voire une dénaturation de la réalité factuelle, son analyse requiert une certaine pondération, nonobstant la virulence des charges qui confinent parfois à la calomnie. Cette tradition de la satire se perpétue dans l’exégèse contemporaine de l’œuvre d’Anspach, notamment au sein du cycle des Cités obscures. Les auteurs François Schuiten et Benoît Peeters y introduisent le personnage d’Auguste Spanach, anagramme du magistrat belge. Bien que s'inspirant de figures politiques de la seconde moitié du XXe siècle, ce protagoniste incarne l'archétype du politicien prévaricateur. La notice biographique fictive qui lui est consacrée relate une ascension fulgurante : échevin de Brüsel dès le jeune âge, Spanach accède à la magistrature suprême à 34 ans. Sous son égide, une politique de grands travaux est déléguée à un proche, Freddy De Vrouw. La chute de ce dernier, impliqué dans un retentissant scandale financier, rejaillit sur Spanach qui s'éteint précocement, abandonnant la cité dans un état de déliquescence structurelle[3].

Hommages et distinctions

La fontaine Anspach pourvue d'une obélisque a été érigée au centre de la place de Brouckère en l'honneur de Jules Anspach. Un boulevard du centre de Bruxelles a également été baptisé « boulevard Anspach ».

Parmi les nombreuses distinctions belges et étrangères, il a été fait[4] :

La brasserie "Chez Jules", située rue de l'Ecuyer dans le centre de Bruxelles, est nommée et décorée en son hommage.

Notes et références

Voir aussi

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