Julia Morgan

architecte américaine From Wikipedia, the free encyclopedia

Julia Morgan, née le 20 janvier 1872 à San Francisco et décédée le 2 février 1957 dans la même ville, est une architecte américaine principalement associée au mouvement Arts & Crafts. Elle devient la première femme diplômée en architecture à l'École des Beaux-Arts de Paris. Au cours de sa carrière, qui dura 46 ans[1], elle réalise plus de 700 bâtiments, majoritairement situés sur la côte ouest des États-Unis[2]. Figure marquante dans son domaine, elle est aussi une personnalité pionnière du mouvement féministe moderne[3].

Faits en bref Naissance, Décès ...
Julia Morgan
Julia Morgan en 1926.
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nationalité
Formation
Activités
Père
Charles Bill Morgan (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Eliza Woodland Parmelee (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Mouvements
Architecture néo-coloniale hispanique, renaissance méditerranéenne (en), Arts & CraftsVoir et modifier les données sur Wikidata
Maître
Distinctions
Œuvres principales
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Biographie

Julia Morgan est née le 20 janvier 1872 à San Francisco, en Californie. Elle est la deuxième de cinq enfants. Son père, Charles Bill Morgan, est ingénieur des mines. Il voyage pour la première fois en Californie en 1865 pour son travail, avant de retourner sur la côte Est pour épouser Eliza Parmelee[4]. Issue d'une famille aisée de Brooklyn ayant bâti sa fortune sur le commerce du coton, Eliza Parmelee Morgan, sa mère, hérite de cette fortune en 1880, après la mort de son père[5]. Le couple s’installe en Californie et, peu après la naissance de Julia Morgan, la famille s'établit à Oakland, où elle grandit entourée de ses frères et sœurs[4].

Scolarité et distinctions

Julia Morgan fréquente l’école secondaire d'Oakland, où elle obtient son diplôme en 1890[4]. Elle intègre ensuite l'université de Californie à Berkeley, où elle étudie l'ingénierie civile, un domaine encore rare pour les femmes à l'époque. Elle obtient son diplôme en 1894 avec mention[5]. Pendant ses études, elle est influencée par l'architecte Bernard Maybeck, pour qui elle travaille pendant plus d'un an après l'obtention de son diplôme. Supervisant la construction de certains projets de Maybeck, elle acquiert ainsi une expérience pratique dans le domaine. Il lui conseille alors de poursuivre une formation en architecture à l'École des Beaux-Arts de Paris[6].

En 1896, Julia Morgan se rend à Paris et étudie dans l’atelier de préparation à l’architecture de Marcel Perouse de Monclos, un nouveau gradué de l’École des Beaux-Arts de Paris en 1893, avant d’être acceptée dans cette importante institution. Durant cette période, elle apprend le français et se présente à plusieurs reprises à l'examen d'admission. Le 1er juin 1896, elle le tente pour la première fois, sans succès. Ce refus tenait au fait qu’à l’époque, l'accès des femmes à l’architecture demeurait fortement restreint[1]. En parallèle, Julia Morgan réside au Girls’ Art Club, un établissement principalement fréquenté par des artistes féminines. Cet environnement lui permet de continuer son apprentissage dans un cadre plus ouvert et accueillant que celui des Beaux-Arts, où les femmes étaient minoritaires. Finalement, à sa troisième tentative, elle est admise en 1898, devenant la première femme acceptée au programme d’architecture de l’École des Beaux-Arts de Paris[7]. Après son admission, à la difference de des condisciples, elle ne se limitait pas au style enseigné à l’école : dans ses moments libres, elle parcourait Paris pour visiter des bâtiments qui l’intriguaient et y puisait matière à élaborer sa propre conception de l’architecture[8].

Elle étudie ensuite sous la direction de François-Benjamin Chaussemiche, un architecte français renommé, et obtient son diplôme en architecture en 1902, marquant un tournant historique pour les femmes dans cette profession[4].

En 1929, l'université de Californie à Berkeley lui décerne un doctorat honorifique pour souligner sa carrière et ses nombreuses réalisations dans le domaine de l'architecture[5].

Carrière et réalisations notables

Au début de sa carrière professionnelle, la communauté entourant Julia Morgan aborde ses travaux et ses contributions avec scepticisme[9]. Au début du XXe siècle, les femmes architectes rencontrent, au sein de leur profession, des obstacles liés à la faible considération accordée à leur travail. Elles sont perçues avant tout comme des décoratrices d’intérieur, et leur légitimité en tant qu’architectes est remise en question[10]. Julia Morgan avait plusieurs compétences techniques. Sa formation aux Beaux-Arts lui a donné de bonnes bases en structure et en construction, ce qui se ressent dans la solidité de ses projets. Elle a aussi été l’une des premières architectes à utiliser le béton armé de façon systématique, surtout pour rendre les bâtiments plus résistants aux incendies et aux tremblements de terre, ce qui est devenu essentiel en Californie. Sur les chantiers, elle assurait la coordination des équipes, le suivi des budgets et le bon déroulement des travaux. Elle collaborait également avec des artisans spécialisés en bois, en céramique et en ferronnerie pour ajouter des détails décoratifs dans ses projets[11]. Les compétences de Julia Morgan se manifestant aussi dans sa capacité à travailler avec une grande diversité de styles. Parmi ces styles figurent le mouvement Arts and Crafts et le style First Bay Tradition (en), qui met en met en avant la relation à la nature, l’usage de matériaux locaux et les bardeaux extérieurs, comme dans la Vallego House. S’ajoutent également le style néo-colonial hispanique et la Renaissance méditerranéenne, présents notamment dans le Hearst Castle[12].  

Progressant dans un environnement dominé par les hommes, elle se présente comme une professionnelle asexuée en jouant sur son style vestimentaire. Elle opte pour des tenues neutres et simples afin d'éviter l’attention sur son apparence physique, mettant plutôt en lumière son travail et ses aptitudes d'architecte[10]. Bien qu’elle ait été une figure féminine marquante dans l’architecture, Julia Morgan préférait rester discrète. Notamment, elle refusait d’apparaître dans les publicités et n’associait jamais son nom aux bâtiments qu’elle créait[8].

En 1904, Julia Morgan fonde son agence d'architecture à San Francisco et prend en charge une grande variété de projets, des plus modestes aux plus ambitieux[8]. Dès l’ouverture de son bureau, elle dirige plusieurs réalisations majeures à travers tout l’État, particulièrement après le tremblement de terre[13], notamment la reconstruction du Fairmont à San Francisco[8]. Son premier bureau, situé sur Montgomery Street, est détruit lors du séisme de 1906, mais elle conserve chez elle ses livres les plus précieux et réinstalle rapidement son cabinet dans le Merchants Exchange Building, un gratte-ciel conçu par Willis Polk. Julia Morgan participe activement à la reconstruction de San Francisco, qui nécessite alors le travail de nombreux architectes[8]. Elle y installe son bureau, qui restera son lieu de travail jusqu’à la fin de sa carrière. Entre 1906 et 1908, elle collabore brièvement avec Ira Wilson Hoover, puis dirige seule son cabinet jusqu'en 1950[6].

Mills-College.

Au cours de sa carrière, Julia Morgan a grandement participé au développement des institutions féminines. Elle conçoit près de 100 édifices pour diverses organisations, débutant avec le Mills College en 1903. D'ailleurs, son clocher (El Campanil), qu'elle termine en avril 1904, est l'un des rares bâtiments de la ville à avoir résisté sans dommage au tremblement de terre de 1906, grâce à sa structure en béton armé. Son utilisation novatrice des matériaux renforce son statut professionnel.

Facade du YWCA Laniākea à Honolulu, conçu par Julia Morgan en 1927.

Entre 1912 et 1930, elle construit une trentaine de bâtiments fonctionnels pour le YWCA, une organisation visant à promouvoir l'autonomie des femmes de différentes classes sociales. Rencontrant souvent des contraintes économiques en raison du manque de financement des conseils, Morgan accepte de réduire ses honoraires ou d'offrir ses services gratuitement pour continuer à soutenir les besoins culturels et sociaux des femmes[9].

Parmi ses réalisations marquantes, le YWCA Laniākea à Honolulu, inauguré en 1927, combine le style méditerranéen avec des techniques modernes et est dirigé à distance depuis San Francisco (historichawaii.org). Le bâtiment sert de refuge pour les femmes, intégrant des espaces éducatifs et communautaires[14].

Le Chinatown YWCA à San Francisco, terminé en 1932, illustre sa sensibilité culturelle en combinant des motifs chinois et une structure occidentale solide. Pour ce projet, elle renonce à ses honoraires, montrant son engagement envers la mission sociale du YWCA[15].

Le YWCA a donc été un acteur central dans sa carrière, lui offrant des projets réguliers tout enpermettant de concrétiser son engagement pour le bien-être et l’autonomie des femmes[16].

Hearst Castle, Casa Grande.

Pendant ses études à Paris, Morgan attire l'attention de la fortunée Phoebe Apperson Hearst, la veuve de Georges Hearst et la mère de William Randolph Hearst. L'amitié qui se noue entre elles mène à l’obtention du contrat pour le Hearst Castle[6]. Conçu en 1919 à San Siméon, le Hearst Castle se distingue comme l'une des réalisations les plus célèbres de Julia Morgan, qui a dirigé l'ensemble de sa conception et construction[17]. Créée pour l'homme d'affaires William Randolph Hearst, la demeure présente une combinaison de styles architecturaux européens, intégrant de luxueux artefacts espagnols et italiens. Parmi les caractéristiques les plus mémorables du projet, on trouve la piscine extérieure Neptune et la piscine intérieure romaine. La première, ornée de marbre et de colonnes romaines, évoque l’image d’un temple antique, tandis que la seconde reflète le style Art déco avec ses carreaux de mosaïque et ses détails dorés. Au fil des ans, Julia Morgan confronte plusieurs obstacles, tels que le manque de main-d'oeuvre, les difficultés de transport des matériaux (en raison de l'éloignement de la résidence) et les modifications constantes apportées par William Randolph Hearst. Malgré cela, ses connaissances et compétences acquises au cours de son éducation lui ont permis de s'adapter et d'innover le projet[17].

Mouvement Arts and Crafts

L'intérieur de la chapelle d'Asilomar.

Au cours de ses études, le mouvement Arts and Crafts émerge et gagne en popularité, inspirant Julia Morgan dans plusieurs de ses projets. Ce courant valorise le travail manuel et traditionnel des matériaux, en mettant l'accent sur l'artisanat, et se distingue par son originalité, sans imitation de styles antérieurs[13]. Au fil de sa carrière, Morgan réalise plus de 200 projets dans le style Arts and Crafts, mettant en avant les éléments structuraux et intégrant les matériaux locaux de manière harmonieuse avec leur environnement[6], comme en témoignent l’église presbytérienne Saint-Jean de Berkeley ou encore le centre de conférences YWCA d’Asilomar[13].

Entre 1913 et 1928, Morgan conçoit sa plus grande série de bâtiments dans ce courant artistique, tous situés en un même lieu. Sur la péninsule de Monterey, dans la ville de Pacific Grove, 16 bâtiments sont construits à proximité d'un centre de conférence ; ils sont inscrits au Registre national des lieux historiques (NRHP) en 1987. En 2010, les réalisations de Julia Morgan sont présentées dans un documentaire consacré au mouvement Arts and Crafts dans le nord de la Californie, intitulé Designing with Nature: Arts & Crafts Architecture in Northern California, diffusé par PBS[6].

Fin de son parcours professionnel et personnel

À la suite du décès de son frère, Avery, qu’elle perd pendant la Seconde Guerre mondiale, un sentiment de solitude l’habite puisqu’elle s’est occupée de lui pendant 17 ans. En 1951, elle décide de fermer son agence d’architecture, ce qui met fin à sa carrière. Julia Morgan vécut assez longtemps pour être témoin de l’évolution des styles architecturaux de son époque. Pendant les dernières années de sa vie, elle engage une infirmière pour l’aider à faire face à la perte progressive de sa mémoire et a son affaiblissement physique. Peu à peu, elle s’isole davantage et finit par ne plus quitter sa chambre durant les 4 dernières années de son existence[13].

Héritages et reconnaissances posthumes

Julia Morgan, équipée de ses diplômes, est rapidement devenue une figure de l'architecture aux États-Unis. Son travail se distingue par son expertise technique et sa capacité à naviguer dans un domaine majoritairement masculin. Grâce à son talent et à sa persévérance, elle a dirigé un cabinet d'architecture prospère à San Francisco pendant plusieurs décennies, réalisant un nombre impressionnant de bâtiments, principalement en Californie. Elle a même été honorée par l’université de l’État. Plusieurs années après sa mort, une bourse a été créée en son honneur pour soutenir les futurs architectes[8]. Son utilisation originale du béton armé et son style distinctif ont consolidé sa réputation en tant qu'architecte pionnière[5].

Sculpture en hommage à Julia Morgan.

Après sa mort, son héritage continue à être célébré. Bien qu’elle ait été peu connue de son vivant, les spécialistes du patrimoine architectural redécouvrent progressivement son travail et mettent en lumière l’ampleur de sa contribution à l’architecture[8]. En 2008, Julia Morgan est introduite au California Hall of Fame, en reconnaissance de l'impact durable de son travail sur l'architecture californienne et de ses apports dans le métier[18]. En 2014, elle devient la première femme à recevoir la Gold Medal de l'American Institute of Architects (AIA), la plus haute distinction de l'institut, attestant posthumément de l'importance de ses réalisations et de son influence sur les générations futures d'architectes[19].

Autres réalisations

Notes et références

Liens externes

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