Kenjutsu

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Miyamoto Musashi est un des samouraïs les plus emblématiques du kenjutsu. Il est célèbre pour sa technique des deux sabres encore enseignée dans la Hyōhō niten ichi ryū (estampe de Utagawa Kuniyoshi).
Deux maîtres de kenjutsu exécutent leur kata au temple de Itsukushima-jinja sur l'île sacrée de Miyajima. Notez leur bokken spéciaux recouverts de cuir. Ils représentent leur koryū devant leurs pairs de la Nihon Kobudo Kyokai.
Kata au bokken, Hyoho Niten Ichi Ryu kenjutsu, à Itsukushima Jinja

Le kenjutsu (剣術?, litt. « technique du sabre ») est l'art du sabre des samouraïs. Il appartient aux anciens arts martiaux japonais et entre dans la catégorie des bujutsu, les techniques guerrières du Japon féodal. Le kenjutsu est seulement enseigné dans les écoles anciennes ou koryū[1]. Il est enseigné par le sōke (grand maître) ou les enseignants ayant reçu l'autorisation de ce dernier, directement ou indirectement pour les écoles plus répandues.

On pratique le kenjutsu généralement sans protections même si parfois on trouve des protections de main ou de tête[2]. L'entraînement se fait à deux avec un bokken ou un shoto. Au niveau le plus élevé, il est exécuté avec un katana ou un wakizashi.

Enseignement

Au Japon, les écoles anciennes d'arts martiaux (koryū) se sont particulièrement développées au lendemain de la victoire de la dynastie Tokugawa en 1615, même si les plus anciennes remontent au XIIe siècle. Au centre de leur enseignement, on retrouve généralement le kenjutsu (art du sabre, qui était l'arme privilégiée du samouraï). Dans un Japon maintenu en paix, la classe des samouraïs se trouva détournée du champ de bataille et eut la possibilité d'employer son énergie à perfectionner son savoir-faire, les arts martiaux anciens ou bujutsu. Ces koryū se développèrent en se structurant autour de l'expérience guerrière de leur fondateur. La Nihon Kobudo Kyokai est une association japonaise dont le but est la préservation et le développement des koryū et donc du kenjutsu[3].

L'enseignement du kenjutsu se fait uniquement par les katas. Le but de l'enseignement du kenjutsu est certes une efficacité certaine, mais tout aussi certainement une transmission sans faille, d'où :

  • transmission de l'efficacité,
  • efficacité de la transmission.

Enseignement sur mesure

L'enseignement du kenjutsu se fait au sein d'une koryū. Le grand maître, sōke, enseigne quand tous les autres sont des élèves. Un seul enseignant et ses élèves, voilà la structure d'une koryū[4]. Le sōke dispense son enseignement comme il l'entend et chacun reçoit selon la volonté du sōke. Il s'ensuit que ce que l'un apprend et comment il l'apprend peut être tout à fait différent de ce que reçoit son voisin ! À partir de cette observation, on déduit rapidement qu'il existe des niveaux d'enseignement. On raccourcit alors en désignant ce qui est « accessible au plus grand nombre » en l'appelant exotérique et ce qui est supposé « transmis aux avancés » et que l'on désigne par ésotérique. Certaines écoles ont un double enseignement quand d'autres en ont un « sur mesure ».

Enseignement double

Avec le prolongement d'une ère de paix des Tokugawa puis l'abrogation de la classe des samouraïs avec l'ère Meiji, sur la base des techniques guerrières apparurent des « voies » (budo) qui mettaient plus l'accent sur la maîtrise intérieure[5]. Si chaque école avait ses façons propres (longueur du sabre, positions du corps, manière de porter les coups, attitude mentale, saisie du sabre, déplacements, types d'entraînement), on peut avancer sans trop d'erreurs que l'enseignement de chaque école possédait un double aspect : exotérique et ésotérique. La connaissance de ces deux versants signait la maîtrise de la transmission. Cette distinction repose sur l'opposition entre l'enseignement accessible à l'ensemble des élèves et celui réservé aux élèves les plus avancés et non pas entre la technique d'un côté et la spiritualité de l'autre. Par l'organisation même de la transmission des connaissances dans les koryū, la dimension spirituelle apparaît après la maîtrise physique du sabre, d'où un lien plus marqué entre spiritualité et techniques plus avancées[6].

Profondeur des bases

Toutefois, dans l'esprit de simplicité qui caractérise le goût japonais, la plus haute spiritualité est à rechercher dans les exercices les plus simples et non dans les raffinements les plus complexes. C'est le travail lui-même sur le sabre et sur soi qui révèle, au fil des décennies et avec l'appui du maître et des anciens, la portée technique et philosophique de l'art. C'est ainsi que la spiritualité est rarement abordé avec les élèves, soit parce qu'ils n'ont pas le niveau suffisant pour aborder la question, soit parce que cette dimension se révèle d'elle-même dans l'étude sans mot dire, soit parce que l'école refuse la nécessité d'aborder le « domaine des dieux ». Toutes les écoles sont indépendantes et il faut prendre garde à toute généralisation abusive.

Les textes de références

Les koryū transmettent sur des rouleaux calligraphiés le contenu de l'enseignement. La technique et l'esprit du fondateur de l'école sont transcrits et leur lecture doit être appuyée sur la tradition orale interne à l'école. Certains textes ont atteint le public :

L'opposition des termes jutsu et do

Les anciens arts du sabre se nomment jutsu et leur passage aux temps post-Meiji (1868) vers une dénomination do a fait croire une avancée de la technique vers un stade supérieur de la Voie ou Tao en chinois. Cette appellation a été introduite par Kano sensei, fondateur du judo en 1883. Cependant, l'art du sabre et la Voie du sabre ayant existé avant 1868 et ayant été transmis dans des textes de haute volée spirituelle, il est justifié d'établir que le kenjutsu véhicule l'étude de la Voie du sabre malgré l'emploi du suffixe -jutsu, technique. Il faut bien accepter que Miyamoto Musashi, Yagyū Munenori, Ito Ittosaï, Bokuden Tsukahara, Iizasa Ienao, tous tenants du kenjutsu, ont vécu selon la Voie du sabre et l'ont transmise dans leur école.

Quelques particularités

Deux sabres

L'école Hyoho Niten Ichi Ryu (littéralement « l’École de la stratégie des deux Ciels comme une Terre») est héritière du légendaire Miyamoto Musashi ; sa particularité est d'enseigner le maniement des deux sabres nito, katana et wakizashi, simultanément. La Tenshin Shōden Katori Shintō-ryū, la Suiō-ryū[7], la Shingyoto Ryu[8] et la Tatsumi Ryu possèdent elles aussi leur katas à deux sabres.

Une forme dérivée

Le shinobi kenjutsu, forme « vulgaire » du kenjutsu, développée par les maîtres japonais du ninjutsu (ou shinobi-ho), et qui inclut des techniques « originales » mais d'une efficacité redoutable — parfois au détriment de l'aspect esthétique.

Les différentes koryū de kenjutsu

Le kenjutsu est aujourd'hui vivant au sein de koryū (écoles traditionnelles anciennes) qui enseignent tant au Japon que, depuis peu, ailleurs dans le monde et particulièrement en Europe. Que le kenjutsu soit vivant nous ferait presque comprendre qu'il soit très varié au point de pouvoir avancer qu'il y ait plusieurs kenjutsu. Mais le sens japonais d'un même principe commun aux kobudo les poussent à penser que « les katas permettent de trouver la voie qui elle-même transcende toutes les règles et que de ce point de vue, il n'existe pas de différences fondamentales entre les écoles de kenjutsu[9] ». Enseigner le kenjutsu d'une koryū signifie impérativement pouvoir faire état d'une autorisation du grand maître à divulguer un enseignement limité. La transmission de l'intégralité des connaissances est réservée aux menkyo kaiden, le niveau le plus élevé de l'école avant la grande maîtrise. De nombreux grands maîtres incarnent l'authenticité de la transmission et la vérité du sabre japonais. Certains voyagent en Europe afin de préserver la qualité de ce qui y est étudié. Il s'agit d'une ouverture progressive encouragée par le sérieux des élèves.

La très grande majorité des koryū intègre une étude du sabre, même si leur arme d'étude principale est autre, par exemple le (bâton) ou la kusarigama (chaîne-faucille). Chaque arme doit savoir réagir face au katana qui est l'arme principale des samouraïs et aussi face aux doubles sabres[10].

Les koryū au Japon

Liste des koryū de kenjutsu de la Nihon Kobudo Kyokai établie par Guy Buyens en [11]

  1. Bokuden-ryu Kenjutsu (卜傳流剣術)
  2. Mizoguchi-ha Itto-ryu Kenjutsu (溝口派一刀流剣術)
  3. Hokushin Itto-ryu Kenjutsu (北辰一刀流剣術)
  4. Kashima Shinto-ryu Kenjutsu (鹿島新當流剣術)
  5. Kogen Itto-ryu Kenjutsu (甲源一刀流剣術)
  6. Tenshin Shoden Katori Shinto-ryu Kenjutsu (天真正伝香取神道流剣術)
  7. Tatsumi-ryu Heiho (立身流兵法)
  8. Kashima Shinden Jikishinkage-ryu (鹿島神傳直心影流)
  9. Ono-ha Itto-ryu Kenjutsu (小野派一刀流剣術)
  10. Shindo Munen-ryu Kenjutsu (神道無念流剣術)
  11. Kurama-ryu Kenjutsu (鞍馬流 剣術)
  12. Tennen Rishin-ryu Kenjutsu (天然理心流剣術)
  13. Yagyu Shinkage-ryu Heiho Kenjutsu (柳生新陰流兵法剣術)
  14. Shingyoto-ryu Kenjutsu (心形刀流剣術)
  15. Shojitsu Kenri Kataichi-ryu Kenjutsu (初實剣理方一流剣術)
  16. Hyoho Niten Ichi-ryu Kenjutsu[12] (兵法二天一流剣術)
  17. Noda-ha Niten Ichi-ryu Kenjutsu (野田派ニ天一流剣術)
  18. Unko-ryu Kenjutsu (雲弘流剣術)
  19. Taisha-ryu Kenjutsu (タイ捨流剣術)
  20. Jigen-ryu Hyoho Kenjutsu (示現流兵法剣術)
  21. Nodachi Jigen-ryu Kenjutsu (野太刀自顕流剣術)
  22. Hayashizaki Muso ryu iaijutsu (林崎夢想流居合術)
  23. Muso Jikiden Eishin-ryu Iaijutsu (無雙直傳英信流居合術)
  24. Tamiya-ryu Iaijutsu (田宮流居合術)
  25. Suio-ryu Iai Kenpo (水鷗流 居合 剣法)
  26. Hoki-ryu Iaijutsu (伯耆流 居合術)
  27. Enshin-ryu Iai Suemonogiri Kenpo (円心流居合据物斬剣法)
  28. Kanshin-ryu Iaijutsu (貫心流居合術)
  29. Shojitsu Kenri Kataichi-ryu Katchu Battojutsu (初実剣理方一流甲冑抜刀術)
  30. Kanemaki-ryu Battojutsu (鐘捲流抜刀術)
  31. Sekiguchi-ryu Battojutsu (関口流抜刀術) Jikishin Kage-ryū
  32. Takeda Ryu Nakamura Ha (武田リュ中村ハ)

Les koryū en France

Stage, Saint-Brice sous Forêt, Val-d'Oise, France.
Pratique en altitude ou Yama Keiko, Vielle-Aure, Hautes-Pyrénées, France.

Liste non exhaustive des écoles traditionnelles japonaises d'armes représentées en France :

  1. Hyoho Niten Ichi Ryu[13] (兵法二天一流剣術), école de kenjutsu : itto (sabre long), kodachi (sabre court), nito (2 sabres), (bâton), jitte (brise-lame) ; représentant français : Nguyen Thanh Thiên.
  2. Muso Shinden Ryu[14] (無雙直傳英信流居合術) école de iaï : (art de dégainer le sabre).
  3. Negishi-ryû – Shirai-ryû[15] (根岸流 - 白井流) école de lancer de petites lames : shuriken ; représentant français : Pierre Iwao Simon.
  4. Shinto Muso Ryu[16] (神道夢想流) école de bâton court : .
  5. Suiō-ryu[17] (水鷗流 居合 剣法) école de kenjutsu, iaï, kusarigama : sabre, faucille avec chaîne ; représentant français : Joan Cresp.
  6. Takeda Ryu Nakamura Ha (武田流中村派), école de iaï : art de dégainer le sabre.
  7. Tatsumi-ryû heihô[18] (立身流兵法) école de kenjutsu : sabre ; représentant français : Pierre Iwao Simon.
  8. Tenshin Shōden Katori Shintō-ryū[19] (天真正伝香取神道流剣術) école de kenjutsu, iaï, bojutsu : sabre, bâton, lance, fauchard, etc. ; représentant français : Jean Paul Blond.
  9. Toda-ha Bukô-ryû[20] (戸田派武甲流) école de kenjutsu : sabre ; représentant français : Pierre Iwao Simon.
  10. Yagyu Shingan-ryu Katchu Heiho[21] (柳生心眼流甲胄兵法), école de jujutsu, sabre ; représentant français : Philippe Barthélémy.
  11. Jikishinkage ryu (鹿島神傳直心影流) représentant français A. Schneider (Shinada Hattori) élève de Roshi Omori Sogen

Les koryū en Belgique

Liste non exhaustive des écoles traditionnelles japonaises d'armes représentées en Belgique :

  1. Hontaï Yoshin Ryu[22] (本體楊心流柔術), représentant belge : Guy Buyens.
  2. Muso Jikiden Eishin Ryu[23] (無雙直傳英信流居合術).
  3. Takeda Ryu Nakamura Ha (武田リュ中村ハ), école de iaï : (art de dégainer le sabre).

Les koryū au Québec

Liste non exhaustive des écoles traditionnelles japonaises d'armes représentées au Québec :

  1. Hyoho Niten Ichi Ryu[24], représentant québécois : Maxime Chouinard.
  2. Tenshin Shōden Katori Shintō-ryū[25], représentant québécois : Pierre Rousseau.

Les koryū en Suisse

Liste non exhaustive des écoles traditionnelles japonaises d'armes représentées en Suisse romande :

  1. Tenshin Shōden Katori Shintō-ryū[26], représentant suisse : Charles Favre.

Figures célèbres

Éléments de technique

Les arts inspirés du kenjutsu

Voir aussi

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