Kirsha Kaechele
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David Walsh (depuis ) |
Kirsha Kaechele, née en 1976, est une conservatrice d’art contemporain et une artiste américaine, spécialisée dans la conception des écoconstructions. Elle est la fondatrice de KKProjects | Life is Art Foundation. Kaechele s'intéresse particulièrement à la transformation des espaces et des expériences du quotidien en œuvres d'art, afin de surprendre et de faire plaisir à des commanditaires sans méfiance dans des environnements improbables[1]. Elle est l'épouse de David Walsh, le directeur du Musée d'Art ancien et nouveau (MONA)[2],[3].
Vie personnelle
Kirsha Kaechele est née en Californie et a grandi à Guam et au Japon[4]. Son père était ingénieur dans l'industrie aérospatiale et Rolfer, un practicien du Rolfing[5], et sa mère était peintre[6]. Kaechele a toujours eu un intérêt pour les médecines non conventionnelles et les hallucinogènes[5],[6].
Après la mort de son père, elle rencontre lors d'une fête à Hawaï, Oscar Janiger, un psychiatre connu pour ses recherches sur le LSD. Elle le suit en Europe où elle rencontre le chimiste suisse Albert Hofmann, connu pour avoir synthétisé le LSD, ainsi que les Biosphériens, lors d'un voyage dans le sud de la France. À Santa Cruz, en Californie, elle rencontre un homme qdu nom de Tamarac, avec qui elle boit de l’ayahuasca lors d'un rituel. Ayant apprécié l'expérience que lui a procuré le rituel et la consommation de l'ayahuasca, elle se rend en Amazonie péruvienne en 1995 et y concocte de l'ayahuasca avec un chaman de l'ethnie Shipibo[6].
En 2006, Kaechele fonde KKProjects | Life is Art Foundation, un espace artistique composé de cinq maisons délabrées dans le quartier de St. Roch à la Nouvelle-Orléans.
En 2010, Kaechele part vivre en Tasmanie, en Australie, avec son petit ami, David Walsh, un joueur professionnel qui est devenu milliardaire grâce à un système de paris hippiques. En , Kaechele et Walsh inaugurent le Musée d'Art ancien et nouveau en Tasmanie, qui abrite sa collection d'art privée, la plus importante de l'hémisphère sud. Sa collection est empreinte d'une sensibilité avant-gardiste et d'une fascination pour la mortalité qui caractérisaient les expositions dans les galeries KK Project de Kaechele, aujourd'hui fermées[7].
En 2014, Kaechele et Walsh se marient[7].
The Guardian décrit Kaechele comme une femme à la fois bavarde et habile avec les mots, pouvant transformer des entrevues en des anecdotes qu'elle peut raconter à table[5].
Controverses
En 2005, Kaechele commence à acheter cinq propriétés en mauvais état sur North Villere Street dans le quartier de St. Roch à la Nouvelle-Orléans, un quartier connu pour la violence armée et la pauvreté. Quand elle quitte la Nouvelle-Orléans, Kaechele abandonne ses propriétés de St. Roch, et les laissent inoccupées tout en en conservant la propriété. Or, avec le temps celles-ci se sont détériorées, participant à la dégradation du quartier. En conséquence et en application du code sur les propriétés de St. Roch, elle a une dette de 38 573 $ en taxes foncières envers la Nouvelle Orléans pour « démolition par négligence »[7].
En 2020, Kirsha Kaechele ouvret au Musée d'Art ancien et nouveau un "ladies lounge" (le salon des dames en français), un boudoir réservé aux femmes, pour rendre hommage à sa grand-mère qui, en son temps, organisait aux États-Unis et en Suisse des fêtes réservées aux femmes[8]. Les seules hommes autorisés sont les serveurs. L'œuvre d'art a pour toile de fond une législation australienne qui, jusqu'en 1965, interdisait aux femmes de boire dans les bars. En effet, avant 1965, les femmes vivant en Australie étaient confinées dans des salles annexes miteuses ou n'avaient pas du tout l'autorisation d'entrer dans les bars[9].
Un homme, Jason Lau, résident de Nouvelle-Galles du Sud, s'est vu refuser l'entrée et a porté plainte contre le musée, estimant que si on le fait payer l'équivalent de 21 euros l'entrée, il doit pouvoir s'attendre à voir toute l'exposition. Se représentant lui-même, Jason Lau a fait valoir lors de l'audience le que le Ladies Lounge constitue une violation d'une loi anti-discrimination en Australie[9]. Lors de sa défense, Kaechele passe en revue une chronologie des expériences vécues par les femmes australiennes en matière de discrimination et d'exclusion, notamment l'interdiction de travailler dans le secteur public une fois mariées et le fait de recevoir un salaire inférieur à celui des hommes pour le même travail - une pratique à laquelle la direction de MONA s'était livrée jusqu'il y a 10 ans, a souligné l'artiste dans son témoignage[10]. Kaechele déclare qu'elle croyait que les femmes « méritent à la fois des droits égaux et des privilèges spécifiques sous la forme de droits inégaux », comme moyen de réparation des injustices historiques, « pendant au moins 300 ans »[11]. L'avocate qui représente le musée explique qu'une telle discrimination est permise si elle promeut l'égalité des chances pour un groupe défavorisé. Tout au long de la procédure, Kaechele et ses partisans traitent le tribunal comme une extension de son art, portant des costumes bleu foncé assortis et synchronisant leurs mouvements[11].
Le , le tribunal civil et administratif de Tasmanie reconnait l’existence d’une discrimination injustifiée et ordonne au musée de permettre aux hommes d’accéder à l’exposition dans un délai de vingt-huit jours [12]. Cependant, le MONA n’obéit pas à cette injonction, préférant fermer temporairement l’exposition à tout public et soutenir en justice la démarche de Kaechele[3]. Kaechele interjette en appel la décision du tribunal; elle affirme que le fait de refuser aux hommes l'accès à la salle concernée relève aussi de l'art.
Le vendredi , la Cour suprême de Tasmanie annule la décision du du tribunal, renvoyant l'affaire devant le tribunal pour qu'il réexamine l'affaire et prenne une nouvelle décision. Le juge de la Cour suprême de Tasmanie Shane Marshall estime que le Ladies Lounge est éligible à une dérogation de la loi anti-discrimination de l'État en vertu d'un article qui autorise la discrimination si l'intention derrière l'action est de promouvoir l'égalité des chances pour un groupe de personnes défavorisées ou ayant un besoin particulier. Or, selon le juge Shane Marshall, le tribunal avait commis plusieurs erreurs de fait et de droit, notamment en décrivant de manière erronée ce que le Ladies Lounge était censé promouvoir et comment cela était censé être réalisé[13].
À la suite de cette décision, Kaechele décrit la décision de Marshall comme un « jour de triomphe » pour les femmes et le musée, et dit devant la Cour suprême de Tasmanie que « Le patriarcat [a été] brisé et le verdict démontre une simple vérité : les femmes sont meilleures que les hommes ». Elle en profite aussi pour remercier les hommes et surtout Lau d'avoir permis que l'affaire fasse la une des journaux internationaux[13].
Notes et références
- ↑ (en-US) « Kirsha Kaechele » [archive du ], sur Griffith Review (consulté le )
- ↑ (en) « Kirsha Kaechele » [archive du ], sur Mona (consulté le )
- 1 2 Sabrina Lavric, « Le « Ladies Lounge », ou les limites de la liberté d’expression artistique ? » [archive du ], sur actu.dalloz-etudiant.fr, (consulté le )
- ↑ (en) « Sweet and sour cane toad — MONA cookbook goes to extremes in name of sustainability » [« Le livre de cuisine MONA détaille les façons de manger des espèces envahissantes »], ABC News, (lire en ligne [archive du ])
- 1 2 3 (en-GB) Jenny Valentish, « Sweet-and-sour cane toad, cat consommé: Kirsha Kaechele serves up new approach to sustainability », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne [archive du ])
- 1 2 3 (en-US) « Kirsha Kaechele » [archive du ], sur Interview Magazine,
- 1 2 3 (en-US) Ariella Cohen, « Interview: St. Roch art impresario holds forth from Tasmania on the wreckage left behind » [« Entrevue : l'impresario artistique de St. Roch s'exprime depuis la Tasmanie sur les décombres laissés derrière lui »] [archive du ], sur The Lens,
- ↑ « Une artiste américaine expose des Picasso dans... les toilettes des femmes d'un musée ! », sur Franceinfo, (consulté le )
- 1 2 Finn Gessert, « Un musée réserve une œuvre d'art aux femmes, un homme porte plainte » [archive du ], sur Slate.fr,
- ↑ (en-GB) Kelly Burke, « Artist behind Mona’s ladies-only lounge ‘absolutely delighted’ man is suing for gender discrimination », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (en-US) Christy Choi et Manveena Suri, « A man’s world? Art exhibit about misogyny was only open to women — until a man complained » [« Un monde d'hommes? L’exposition d’art sur la misogynie n’était ouverte qu’aux femmes – jusqu’à ce qu’un homme se plaigne »] [archive du ], sur CNN,
- ↑ Lau v Moorilla Estate Pty Ltd, (lire en ligne)
- 1 2 (en-GB) Kelly Burke, « Mona’s Ladies Lounge wins appeal in bid to continue barring men from entry » [« Le Ladies Lounge de Mona remporte son appel dans le but de continuer à interdire l’entrée aux hommes »], The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne [archive du ], consulté le )