Kristine Dahl
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Kristine Dahl, née en et décédée en , est une designeuse norvégienne et militante pour les droits des femmes. Elle est la personnalité marquante du mouvement de réforme vestimentaire dans les pays scandinaves. Ses vêtements plus confortables et meilleurs pour la santé, tout en restant élégants et seyants, habillent des milliers de femmes.
Jeunesse et famille
Kristine Marie Dahl est née en 1867. Elle est une des cinq enfants d'un charpentier d'Oslo. Son père est décédé avant 1875, date à laquelle sa mère, veuve, aurait repris l'atelier de menuiserie de son défunt mari. Elle vit alors à Oslo avec sa mère Anne Slaastad et ses quatre frères et sœurs. La famille appartient à la communauté adventiste[1],[2]. Kristine Dahl est scolarisée en 1884 dans l'école d'un couvent adventiste en Suisse. Elle affirme plus tard que c'est en Suisse qu'elle découvre les sous-vêtements plus pratiques de ses camarades américaines, et qu'elle cesse alors de porter un corset[3].
Après avoir terminé ses études, elle travaille quelque temps comme professeure de gymnastique à l'école de filles adventiste de Battle Creek, aux États-Unis. Elle y découvre le mouvement de réforme vestimentaire américain. De retour en Norvège, elle est employée quelque temps comme professeure à l'école de filles de Frk. Lindstrøm à Bergen, avant de s'installer à Oslo en 1895, où elle ouvre un atelier de couture au 6, Munchs gate[3].

Réforme vestimentaire
Kristine Dahl s'implique très tôt dans le mouvement de réforme vestimentaire, alors en plein essor en Norvège. Elle crée des vêtements répondant aux critères de confort et de liberté de ce mouvement et donne des conférences pour informer et rallier d'autres femmes. Elle s'inspire principalement du mouvement réformiste américain, après son séjour aux États-Unis. En Norvège, le mouvement de réforme vestimentaire, inspiré par la Suède, est soutenu par Lorentz Dietrichson (en) et l'Association des femmes norvégiennes à la fin des années 1880. En 1886, Johanne Biørn profite de l'engouement pour les activités de plein air (ski et vélo), devenues populaires parmi les femmes de la haute société d'Oslo qui rendent nécessaire le port de vêtements plus confortables, pour concevoir un « costume touristique réformé ». L'Association des femmes norvégiennes présente, dans son magazine Nylaende ce costume de touriste norvégien sur le modèle du bloomer et une grande entreprise manufacturière d'Oslo le présente avec son pantalon turc et sa blouse à jupe. Cependant, ce costume est jugé laid et réservé au sport[4],[5].
Kristine Dahl estime que les femmes, dans leur lutte pour être acceptées comme citoyennes à part entière, doivent aussi se rebeller contre tous les préjugés vestimentaires. Il lui tient particulièrement à cœur de les libérer de la tyrannie du corset, et ses tournées de conférences sont parfois décrites comme une guerre du corset, au cours de laquelle, sous le nom de « Korsettets frygtløse Modstander og den zuschenke Klædedragts avårde Forkjæmper » (L'adversaire intrépide du corset et l'audacieuse champion de la robe Zuschenke), elle tente d'inciter les femmes à se libérer de leur esclavage d'une mode néfaste[6],[7].
Le design de Kristine Dahl se concentre sur la création de vêtements à la fois beaux et confortables, ce qui devint le système Kristine Dahl. « Je conquiers les jeunes femmes non pas tant en leur parlant du caractère malsain de leur tenue actuelle, mais en les convainquant de sa laideur » (», déclaration à Dagens Nyheter)[2]. Son esthétique vestimentaire est d'inspiration médiévale, avec des matières nobles et des formes simple. Sa robe type est ample et légèrement plissée.
Kristine Dahl signe un premier article dans Sundhedsbladet, un magazine norvégien consacré à la santé, en . Elle y développe ses réflexions sur les mesures à prendre pour rendre les vêtements féminins plus sains et déplore que l'idéal de beauté corporelle de l'Antiquité soit altéré par tous ceux qui veulent mettre en valeur une poitrine voluptueuse, une taille fine et des hanches larges. Elle rappelle que le corset a été introduit, dans la Grèce antique, par les prostituées, ce qui devrait en détourner ses contemporaines. Elle expose également les effets néfastes du corset, déjà décrits par des médecins qui affirment que les tiges en acier dur et les cordons du corset exercent une pression dangereuse sur les organes internes et provoquent également de graves douleurs pelviennes[2].
Elle présente aussi ses sous-vêtements lors de conférences : une chemise en jersey, montant jusqu’au cou et couvrant entièrement les bras et les jambes, une chemise en coton décolletée et une jupe fendue comme un pantalon. Au lieu d’un corsage, on porte une bande de poitrine et un harnais pour la jupe qui fait porter le poids aux épaules et non plus aux hanches. Cousue dans un coton fin et résistant et portée près du corps, cette bande doit soulever confortablement la poitrine et la maintenir en place. La taille, en revanche, doit rester dégagée afin de maximiser la liberté de mouvement. Ce maintien plus léger doit aider au développement des muscles des femmes[2],[4].
L'intérêt pour les vêtements réformateurs de Kristine Dahl est grand. Sa première conférence publique en , donnée pour la Kristiania Kvindelige Handelsstandsforening, est suivie de nombreuses autres, dans la plupart des grandes villes norvégiennes. En , on rapporte qu'elle a déjà convaincu trois cents femmes de se débarrasser de leurs corsets[2].
Les vêtements de Kristine Dahl, notamment sa chemise en maille intégrale, sont rapidement populaires en Norvège. Les prix sont bas, ce qui contribue grandement à leur popularité : en 1895, pas moins de quinze mille chemises en maille sont vendues[2].
Kristine Dahl commence alors à donner des cours de mesure et de coupe aux femmes désireuses de confectionner elles-mêmes leurs vêtements de réforme. À l'automne 1895, elle propose également aux femmes d'Oslo des cours de gymnastique et d'arts plastiques afin de développer leurs muscles et de travailler leur posture par elles-mêmes. En six mois, elle est devenue une figure emblématique, autorisée à s'exprimer dans la presse quotidienne sur la façon dont les Norvégiennes devaient s'habiller et vivre sainement[2].
Critiques
Elle ne fait tout de même pas l'unanimité ainsi, le médecin Berendt Vedeler réfute avec véhémence les accusations qu'elle porte contre le corset. « Je ne crois donc pas qu'un corset aussi ample, tel qu'il est utilisé aujourd'hui, ait d'autres conséquences que n'importe quelle autre forme de la Réforme, car cette dernière a effectivement constaté qu'il s'adaptait si bien, mais je ne vois aucune conséquence néfaste à l'un ou l'autre lorsqu'ils sont appliqués après le développement du corps. »[8]. Leurs échanges font l"objet de dessins d'humour dans le magazine Tyrihans [2].
Ses vêtements sont aussi parfois jugés trop audacieux. À l'hiver 1896, plusieurs articles de Ørebladet (en), remettent en question l'utilité des vêtements réformateurs de Kristine Dahl[2].
Kristine Dahl est également en désaccord avec l'Association des femmes norvégiennes qui tarde à faire mention de son action dans son journal, Nylænde. Et les articles ne sont pas tendres : Gina Krog, rédactrice en chef reproche à Kristine Dahl de manquer « des connaissances les plus élémentaires du mouvement féministe ». Ses idées de vêtements ne seraient pas aussi originales qu'elle le prétend, Johanne Biørn ayant lutté contre le corset bien avant elle. De son côté, Kristine Dahl estime que l'Association ne la trouve pas assez radicale et, de son côté,elle-même doute de l'avenir d'un mouvement féministe constamment en quête de conflit. Elle soutient ce quelle pense être l'approche américaine : « Là-bas, on adopte une approche plus concrète, on s'efforce de rendre les femmes en bonne santé et aptes au travail, et on croit qu'alors le droit de vote viendra tout seul. De plus, on n'a pas autant de mal à admettre ses erreurs, comme ici. »[2].
En Suède et au Danemark
Les robes de réforme de Kristine Dahl ont du succès au-delà de la Norvège, en Suède et au Danemark. Décrite comme une femme à la fois belle et charismatique, Kristine Dahl démontre qu'une robe bonne pour la santé ne signifie pas forcément qu'elle est laide[4].
Après une visite à Copenhague, Kristine Dahl arrive à Stockholm en 1896 et participe au 10e anniversaire de l'Association suédoise pour la réforme vestimentaire qui milite pour que les femmes s'habillent plus confortablement, de manière plus pratique et plus saine. Cette association a été pionnière dans les pays scandinaves et a de nombreuses adeptes en Norvège. Kristine Dahl estime cependant qu'il n'y a plus assez d'avancées dans ce pays et qu'il faut agir. Sa conférence suscite un vif enthousiasme : « La réformatrice norvégienne du costume, Mlle Kristine Dahl, fut invitée à présenter ses modèles. Ses bretelles grecques, qui remplaçaient nos vêtements de réforme, et sa robe de princesse à plis Watteau dans le dos suscitaient une grande admiration et étaient une véritable modernité. (Guri Linder) » [9]. Le patron de la robe de réforme de Kristine Dahl est vendu à Stockholm chez K. M. Lundberg, à Stureplan. Elle reste très populaire pendant quelques années[4],[9]. A cette époque, elle crée une robe réformée pour Gurli Linder (en), présidente de l'Association suédoise pour la réforme vestimentaire[9].
Certains, comme la féministe Ellen Key, lui reprochent une attachement excessif à la beauté des vêtements et de celles qui les portent et son souci de plaire[2].
Lors d'une deuxième séjour à Stockholm, en 1897, elle est invitée à se prononcer dans le débat qui fait rage sur la longueur des jupes et des traînes. Elle déclare à Dagens Nyheter, que raccourcir ses jupes pour qu'elles ne traînent pas dans la saleté n'est pas esthétique, que les jupes raccourcies sont laides et ridicules. Cette position surprenante suscite la controverse et nuit à sa crédibilité de réformatrice vestimentaire [10],[2].
Ces vives critiques la poussent à se retirer des réunions publiques ultérieures en Suède. L'Association suédoise pour la réforme vestimentaire (Svenska drägtreformföreningen) lui exprime cependant sa « reconnaissance pour les nombreuses années de travail désintéressé et inlassable [de Mlle Dahl] contre les préjugés et la tyrannie de la mode » et en faveur d'un code vestimentaire sain et pratique pour la femme moderne dans une lettre ouverte au Dagens Nyheter et au Dagbladet[4].
Kristine Dahl retourne au Danemark en pour des conférences et des présentations de ses sous-vêtements qui sont vendus dans le grand magasin Magasin du nord. Elle se rend ensuite à Berlin[2].
En , elle se marie et cesse de voyager et de présenter sa collection.
Dans les pays scandinaves, dans un contexte de romantisme national, les vêtements de réforme laissent place au début du XXe siècle à des vêtements à caractère national[2].
Références
- ↑ (no) « 004 Kristine Marie Dahl », sur www.digitalarkivet.no (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 (sv) Henric Bagerius, « På krigsstigen Kristine Dahls kamp för en förändrad kvinnlig klädedräkt vid förra sekelskiftet », Arr - idéhistorisk tidsskrift, no 2, (Arr - idéhistorisk tidsskrift)
- 1 2 (sv) Astrid Bugge, Reformdrakten i Norge. Trekk av en historie om kropp, klær og kvinnesak, Norsk folkemuseum, (ISBN 9788290036213)
- 1 2 3 4 5 (sv) Gunnel Hazelius-Berg, « Dräktreformer under 1800-talet », Fataburen: Nordiska museet och Skansens årsbok, Stockholm, Nordiska museets förlag, , p. 127-159 (lire en ligne)
- ↑ (no) Kari-Anne Pedersen, « Fra korsett til silikonninnlegg », norskfolkemuseum.brage, (lire en ligne)
- ↑ Henric Bagerius, Korsettkriget: modeslaveri och kvinnokamp vid förra sekelskiftet, Natur & kultur, (ISBN 978-91-27-15169-7)
- ↑ Mogenbladet 28 septembre 1895
- ↑ Morgenbladet 31 mars 1895
- 1 2 3 (sv) « Kristine Dahl », sur Monument (consulté le )
- ↑ Dagens Nyheter 13 février 1897