La Brouette du vinaigrier
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La Brouette du vinaigrier est un drame bourgeois en trois actes et en prose de Louis-Sébastien Mercier représentée pour la première fois en au théâtre de Maastricht.
- Monsieur Delomer, négociant,
- Mademoiselle Delomer,
- Monsieur Jullefort, prétendu de mademoiselle Delomer,
- Dominique père, vinaigrier.
- Dominique fils,
- Monsieur Du Saphir, bijoutier.
- Domestiques.
La scène est à Paris, dans la maison de M. Delomer.
Historique
Argument
Acte 1
La scène est à Paris, dans la maison de M. Delomer, un riche négociant sur le point de marier sa fille, qui emploie comme commis dans ses bureaux le fils du vinaigrier, un jeune homme du nom de Dominique. Celui-ci n’a pu voir Mlle Delomer sans en devenir épris, et il lui semble que celle-ci ne le regarde pas d’un œil indifférent, lorsqu’il apprend que le choix de M. Delomer pour sa fille unique s’est porté sur un certain M. Jullefort.
Acte II
Mlle Delomer étant soumise au désir de son père, le mariage s’accomplirait, si la banqueroute de deux associés de Hambourg à qui il avait avancé une importante quantité de fonds, n’obligeait M. Delomer à déposer son bilan. Jullefort, qui n’était épris que de la dot, se retire aussitôt, et la main de Mlle Delomer se retrouve libre. Dominique ne peut s’empêcher de marquer sa joie : il n’a plus de rival. Mlle Delomer lui confie alors qu’il n’en a jamais eu, qu’il n’en aura jamais, qu’il n’en saurait avoir. Le jeune homme demanderait bien sa main, mais il n’ose : « N’est-ce que cela, lui dit Dominique père, sois tranquille, et repose-t’en sur moi : c’est moi qui la demanderai, cette belle demoiselle, et qui te réponds d’avance que M. Delomer ne te la refusera point. »
Acte III
Dominique père se présente, toujours poussant sa brouette, et il fait sa demande. M. Delomer s’étonne un peu, mais Dominique insiste et, lui montrant son baril qui ne contient plus aujourd’hui de vinaigre, mais « trois mille sept cent soixante et dix-huit louis d’or en rouleaux bien comptés et six sacs de douze cents livres », il emporte le consentement enthousiaste du négociant ruiné.
Contexte

La Brouette du vinaigrier est sortie à une époque où Mercier était en conflit avec les Comédiens-Français, au sujet d’un libelle intitulé De l’art dramatique, ou Nouvel essai sur le théâtre, attaquant directement la Comédie-Française, dont il niait la paternité[3]. L’affaire, qui nécessitera l’intervention en sa faveur du juriste Me Henrion de Pencey[4], l’a obligé à faire d'abord représenter, en province, certaines pièces, dont la Brouette du Vinaigrier[5].
Réception
Linguet estime que « Le rôle du père Dominique n'est pas sans beauté ni sans chaleur », mais déplore « qu'il lui échappe souvent des choses trop triviales », pour répondre à Mercier qui avait écrit que « le talent de l'auteur dramatique consiste dans l'imitation de la nature », que « tout ce qui est dans la nature n'est pas pour cela digne du pinceau de l'imitateur. »
Pour Linguet, le caractère moral de l’œuvre finit par en éclipser la valeur artistique[6]. Il pense que « les deux défauts du drame » résident dans son « trop de morale, trop de sensibilité[a] », pour conclure que « à force de vouloir moraliser, le drame tourne à l’anecdote édifiante ».
Mercier a devancé les objections contre la bassesse de son sujet, en argüant, dans la préface de l’œuvre, que « les plaintes sur de prétendues mésalliances ne sont ordinairement que le cri de la cupidité trompée[8]. » Selon lui, le dramaturge est un « peintre universel ; à ses yeux, rien n’est grand que la vertu, rien n'est vil que le vice[9]. »
La Brouette du vinaigrier a été « donné avec succès sur plusieurs théâtres de province[1] ». L’objet de nombreuses traductions en allemand, par von Helmolt (de)[10], Heinrich Leopold Wagner[11], Karl Grunert (d)[12], elle a été représentée avec succès à Vienne.
Reprise
Cette pièce a été reprise par les Comédiens-Italiens, le [13].
Réactions

La Brouette du vinaigrier a inspiré une caricature intitulée M***r l’âne comme il n'y en a point avec cette légende « peu m'importent les chefs d'œuvres de tous les arts, pourvu que j'écrase, que je m'élève, et que le chardon ne me manque pas. Ô gens de gout reconnaissez la bête ! : inspiré par Crémier » avec deux jeux de mots sur le patronyme de Mercier. Dans cette estampe, le dramaturge, représenté sous l’aspect d’un âne à tête d’homme caractérisée par de très longues oreilles, pousse une brouette de vinaigrier, dont la roue vient se briser contre une pile des livres d’Homère, Xénophon, Euripide, Sophocle, Virgile, à l’ombre des appétissants chardons dont il se nourrit. Deux faisceaux lumineux, symbole de la sagesse et du génie, ornent aussi ses tempes de législateur. Il porte un bât sur lequel et autour duquel sont attachés des plumeaux et des balais, et une étrille, instruments nécessaires au nettoyage littéraire qu’il s’est donné pour mission. On y voit aussi un soufflet indispensable, probablement, pour faire tourner les moulins qu’on aperçoit en arrière-plan. Les pieds de devant du baudet foulent les œuvres de Racine, dont Athalie, tandis que ceux de derrière envoie des ruades à la Transfiguration de Raphaël, qu’il souille les plus belles et les plus sublimes productions de l’art de la statuaire et de la sculpture, représentées par la tête de l’Apollon du Belvédère et par le traité de Vignole, ouvert à la page des colonnes des différents ordres de l’architecture classique[14].
Notes et références
Édition
- La Brouette du vinaigrier, drame en trois actes, Londres ; Paris, s.n., , vii-[1 bl.]-103 p., in-8º (lire en ligne sur Gallica).