La Chose publique

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La Chose publique
Réalisation Mathieu Amalric
Scénario Mathieu Amalric, Christine Dory et Marcelo Novais Teles
Acteurs principaux Jean-Quentin Châtelain
Anne Alvaro
Michèle Laroque
Bernard Menez
Sociétés de production Les Films du Poisson
Arte France Cinéma
Pays de production Drapeau de la France France
Genre Comédie dramatique
Durée 83 minutes
Sortie 2003
Première diffusion

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

La Chose publique est un film français réalisé par Mathieu Amalric. Œuvre de commande de la chaîne de télévision Arte dans le cadre sa collection « Masculin/Féminin », le film est présenté le à la Quinzaine des réalisateurs lors du Festival de Cannes. Il est diffusé sur la chaîne franco-allemande le avant de faire une sortie généralisée sur un très petit nombre d'écrans en France le .

Comédie dramatique d'inspiration largement autobiographique avec pour toile de fond l'élection présidentielle française de 2002, ce troisième long-métrage de Mathieu Amalric a reçu globalement de bonnes critiques dans la presse spécialisée. Celle-ci a surtout noté, plus ou moins positivement, l'aspect technique des textures variées des images obtenues par l'utilisation de différentes caméras vidéo digitale permettant au réalisateur de mettre en narration les différentes mises en abyme du scénario.

Jérôme Clément et tout l'aréopage de la chaîne de télévision Arte font le point sur l'avancement des réalisations des téléfilms pour leur collection « Masculin/Féminin » ayant pour thème la parité. Philippe Roberts, l'un des commandités, est en retard dans son travail. Outre un problème d'inspiration, il est profondément déstabilisé par l'annonce que lui a faite son épouse Julia, et mère de ses deux enfants, qui a décidé subitement de leur séparation à la suite de sa rencontre avec « quelqu'un ». Elle a retrouvé son désir et sa capacité à l'inspirer dans le regard de son amant, un certain François Magal journaliste sportif à L'Équipe. Ajouté à un sentiment d'étouffement qu'elle vit au sein de leur couple du fait du travail de son mari, elle engage une procédure de divorce.

Devanture d'un magasin de literie à Paris
« Le Lit national » sur la place du Trocadéro, utilisé dans le film et inspirant le titre du film de Philippe Roberts.

Le film que doit faire Philippe Roberts prend dès lors un nouveau tour. Alors qu'il met en place le scénario et la distribution ayant pour sujet une élection locale à Montauban sur fond d'obligation de parité électorale, il ne peut s'empêcher de faire intervenir ses propres déboires dans son œuvre. Avec son monteur, il passe indifféremment de l'organisation des scènes de son téléfilm à celles d'un film plus personnel qu'il a fait durant une année dans l'intimité avec son épouse, mêlant progressivement les deux travaux. Bernard Menez et Michèle Laroque, les deux acteurs du « Le Lit national », semblent un peu perdus dans l'avancement du projet qui paraît sans queue ni tête. Ils continuent cependant d'incarner au mieux et de manière un peu désabusée leurs rôles respectifs de maire de Montauban et de sa colistière, cette dernière se voyant dans le scénario courtisée au niveau de l'appareil national du RPR par l'intermédiaire d'un responsable du parti, un certain Jean Vidal « ami de Nicolas ». De réunions publiques en conseils municipaux houleux, le téléfilm sur la parité se fait sans aucune ligne directrice autre que celle des émois de Philippe Roberts qui finit par fantasmer l'intrusion de sa femme à la place de Michèle Laroque dans une scène de trahison politique que cette dernière est censée subir dans « Le Lit national ». Face à la profonde crise d'inspiration que semble traverser le réalisateur, Jérôme Clément ne peut s'empêcher de s'écrier « Reviens au scénario ! », « Lequel ? » lui rétorque Roberts.

Une année est passée depuis leur rupture. Les enfants sont en garde partagée. Philippe et Julia se revoient de temps à autre lors de soirées où la tendresse n'est pas absente. Un dernier diner au Bouillon Chartier révèle toutes les blessures, reproches, et désirs que le couple doit encore affronter.

Fiche technique

Distribution

Projet et réalisation du film

Symboles du féminin et du masculin
La parité en question.

Troisième long-métrage du réalisateur, il s'agit d'un film commande pour la télévision de la chaine Arte qui, initialement écrit avec Christine Dory, devait s'attacher à l'opposition masculin/féminin et à la parité des sexes[1],[2]. La collection thématique, née de l'idée du producteur Pierre Chevalier alors directeur de l'unité Fictions d'Arte, regroupe une série de dix œuvres réalisées par cinq cinéastes de chaque genre[note 1],[3]. À la suite de sa rupture avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric, tout en gardant les thèmes initiaux, décide d'orienter également son film vers un sujet plus autobiographique[note 2],[4],[1] jouant d'une mise en abîme assez personnelle entre la réalité et la fiction[5],[6],[7]. Parmi les sources d'inspirations revendiquées, Mathieu Amalric met en avant le film Scènes de la vie conjugale (1973) d'Ingmar Bergman pour le risque de « l'exposition publique de la vie privée » ainsi que le roman Harlem Quartet (1979) de James Baldwin pour le traitement de la dernière scène, intimiste, du film[8]. Il décide également de faire intervenir en second plan les éléments politiques et médiatiques contemporains de la période de tournage, notamment le résultat de l'élection présidentielle de 2002[9]. À ce propos, Mathieu Amalric utilise des images médiatiques de la campagne présidentielle et des résultats, ainsi que des images tournées par Pamela Varela, une amie du réalisateur, lors d'une réunion publique de Jean-Pierre Chevènement[10],[8].

La distribution initiale, réalisée sans audition[8], devait intégrer Didier Bourdon dans le rôle de l'acteur jouant un maire, notamment pour satisfaire l'envie d'utiliser la réplique « T'as raison, on va prendre des inconnus », avant d'opter finalement pour Bernard Menez en raison de la campagne électorale que ce dernier avait menée quelques mois auparavant contre Édouard Balladur lors des élections législatives de juin 2002[11],[12] dans la douzième circonscription de Paris[13].

Le tournage s'effectue durant le deuxième semestre 2002[note 3]. Parmi les différents lieux publics de tournage peuvent être mentionnés les locaux d'Arte, le magasin de l'entreprise « Le Lit national » sur la place du Trocadéro qui inspirent différentes scènes ainsi que le titre du film dans le film, la mairie de Melun, le boulevard Montmartre devant le théâtre des Variétés et le Bouillon Chartier pour les scènes finales[14]. Obéissant au cahier des charges de la commande d'Arte, il utilise principalement différents types de caméra vidéo digitale : une DVC Pro pour la « partie en direct » dans le film, une DVC Pro 16/9 pour les séquences du film « Le Lit national », une Sony PD-150 pour les reportages réels, et une caméra 35 mm pour le film intime réalisé par Philippe Roberts[5],[13]. Si pour Mathieu Amalric l'usage, alors peu répandu, de la vidéo numérique est vécu comme un inconvénient produisant une « image sans carnation à laquelle [il] n'arrive pas à croire », dépourvue de toute « photogénie[15] », les acteurs en revanche considèrent cela comme une liberté supplémentaire, « une souplesse désinhibante » pour Anne Alvaro et une absence de « soucis du coût de la pellicule » pour Jean-Quentin Châtelain[13]. Pour remédier à ses propres réticences et « tomber amoureux de la non-photogénie de la vidéo », Mathieu Amalric décide d'en faire le sujet même de son œuvre[15] et de créer le dispositif de mise en abîme d'un film dans le film plutôt que de s'attacher à une mise en scène spécifique et adaptée au format vidéo. Considérant que le travail en vidéo retire pour lui « l'esprit de sérieux », il décide alors de renforcer le « côté potache », ce qu'il n'aurait pas osé faire en pellicule argentique, et « s'être même bridé » avec des scènes particulièrement loufoques[note 4] qui n'ont pas été finalement montées[13]. Il déclare également que le tournage a « bénéficié de la bonne humeur » du film Un homme, un vrai des frères Larrieu qu'il venait de terminer en tant qu'acteur principal[1]. Suivant son habitude de travail, Mathieu Amalric, bien que directif vis-à-vis des acteurs, improvise beaucoup les dialogues lors du tournage, notamment pour les scènes du « Lit national »[8],[16], discutant sur le vif avec les comédiens et ne leur donnant leurs répliques qu'une heure avant de tourner, méthode d'autant plus adaptée au filmage en vidéo mais qui fut plus difficile pour les deux acteurs principaux de la seule séquence réalisée en 35 mm[13].

Diffusion télévisuelle et sorties sur grand écran

La Chose publique devait être initialement diffusé le sur Arte, sa chaîne commanditaire. Mais programmé en troisième partie de soirée à la fin du cycle « Masculin/Féminin » et finalement retenu dans la sélection de la Quinzaine des réalisateurs[17], Mathieu Amalric avec la direction des programmes d'Arte décide de reporter la diffusion télévisuelle de mars et de le présenter en compétition cannoise[18]. Le réalisateur avait en effet reçu de la part de Jean-Luc Godard une élogieuse critique en 1998 pour son premier film Mange ta soupe[19],[20]. La Chose publique est donc présenté le lors de la Quinzaine des réalisateurs et constitue la première venue à Cannes de Mathieu Amalric en tant que réalisateur.

Le film est finalement diffusé sur Arte en troisième partie de soirée le [18], puis fait quelques jours plus tard sa sortie généralisée en France, le , sur un nombre très réduit d'écrans puisqu'une seule salle à Paris le projette[18] et que seulement cinq copies du film sont distribuées au total dans toute la France[21]. Si les parts d'audiences télévisées ne sont pas disponibles, le film au cours de son exploitation en salles a réalisé au total 6 063 entrées en France[22].

La Chose publique connaît également une carrière festivalière à l'international. Il est présenté au Festival international du film francophone de Namur en dans la sélection « Panorama[23] », au Festival « France Cinéma » de Florence en Italie[24] en , puis au Festival international du film de Vienne[25] en Autriche en 2004 (sous le titre Gleichstellung), au troisième Festival international du film de Tiburon en Californie aux États-Unis[26] le (sous le titre Public Affairs) et est inclus dans quelques festivals du film français en Amérique du Nord à la fin de la même année. Le film est également à l'affiche de la « rétrospective Mathieu Amalric » lors du Festival international du film de La Roche-sur-Yon en 2010[27].

Accueil critique

Lors de sa présentation à Cannes, Gérard Lefort dans Libération juge que le film est une « formidable fantaisie » dans tous les sens du terme, qu'il qualifie de « futilité joyeuse » en s'attachant moins à la mise en abîme entre le public et le privé que propose Mathieu Amalric qu'à l'aspect purement technique du film où l'emploi du « yo-yo entre vidéo et cinéma » conduit à un « vrai vertigo, […] un brouillage qui n'est pourtant pas brouillon[6] ». Le « savoir-faire » du réalisateur en ce domaine, l'intérêt du jeu entre les différentes textures d'images et leur mélange pour transposer les diverses couches du réel sont également soulignés par d'autres critiques[28],[21],[5] même si certains, comme Serge Kaganski dans Les Inrockuptibles, considèrent au contraire le film « visuellement assez ingrat[29] ». Philippe Azoury (dans Libération) et Thomas Sotinel (dans Le Monde) notent l'humour dont fait preuve le réalisateur pour dépeindre sa situation personnelle[10] ainsi que la « France de 2002, démoralisée et nue[9] » suggérant que « la rupture amoureuse se double de la fameuse rupture du 21 avril[28] ». La revue Les Fiches du cinéma dans son Annuel du cinéma 2004, reprend précisément ces différents éléments d'analyse soulignant que le réalisateur « brouille les pistes entre fiction et réalité, entre personnages et personnes, entre vie privée et vie publique faisant de sa douleur et de sa colère un joyeux n'importe quoi cinématographique où il règle ses comptes avec son ex-compagne en particulier et les hommes de pouvoir en général[21] ». La critique a également noté que le film pouvait avoir un air « vaguement godardien[30],[29],[9] » ainsi qu'être proche du travail de « diariste » du réalisateur israélien Avi Mograbi[9]. Dans la même ligne, L'Avant-scène cinéma souligne que ce film « plus léger que les précédents » de son auteur est cependant « un poil narcissique, mais bien construit et plutôt réjouissant[31] ». Certains journalistes ont toutefois regretté que le personnage féminin interprété par Anne Alvaro, contrairement au thème de commande de l'œuvre, n'ait malheureusement le « droit qu’à des miettes[30],[10] » bien que d'autres considèrent qu'« au-delà du discours sociopolitique, La Chose publique est aussi et surtout une histoire d'amour entre deux êtres rattrapés par le quotidien[3] ». En revanche, le jeu des acteurs est unanimement reconnu[29],[28].

À l'opposé, la critique du Le Figaro est très nettement négative, considérant que La Chose publique est un « brouillon désordonné, […] un film raté » qui ne réussit pas à être un « pamphlet percutant » car le réalisateur est resté seulement au « stade des intentions[32] ». La revue Jeune Cinéma, considère quant à elle que le film, initialement conçu pour la télévision ne réussit pas son passage sur grand écran en raison de « complications inhérentes au format ou à l'étalonnage des couleurs […], dévalorisant l'œuvre[33] ».

Le film connaît également une petite carrière à l'international avec une sortie confidentielle aux États-Unis lors de festivals du film français. La critique anglophone considère l'œuvre comme un film d'auteur « terriblement français, […] comique et autobiographique, mais construit au petit bonheur à la chance pour un résultat visuel affreux[note 5],[34] ».

Analyse

Notes et références

Liens externes

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