La Forteresse vide

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Genreessai
TraducteurRoland Humery
Date de parution
La Forteresse vide
Auteur Bruno Bettelheim
Genre essai
Traducteur Roland Humery
Date de parution

La Forteresse vide (v. o. anglais : The Empty Fortress), sous-titré L'Autisme infantile et la Naissance du soi, est un essai de Bruno Bettelheim traitant de l'autisme infantile vu par le prisme des théories psychanalytiques de l'époque, paru en aux États-Unis, et traduit en français par Roland Humery deux ans plus tard. L'ouvrage est une étude de cas de trois enfants autistes non-verbaux pris en charge par l'école orthogénique, Laurie, Marcia et Joey, que l'auteur décrit comme « enfermés dans leur forteresse vide ». Bruno Bettelheim détaille ses efforts et ceux de son équipe pour communiquer avec ces enfants. Il effectue une analyse critique de la littérature consacrée à l'autisme infantile et au mythe des enfants sauvages, puis développe une hypothèse causale pour l'origine de l'autisme qu'il attribue à l'attitude des parents, et notamment au manque d'amour et d'empathie de la mère. Il expose aussi ses idées sur la constitution du Soi.

L'ouvrage est qualifié de junk science, en ce qu'il avance de très bons taux de « guérison » sans avancer la moindre preuve ; par ailleurs, l'hypothèse de la mère réfrigérateur soutenue par Bettelheim dans La Forteresse vide n'a jamais été vérifiée par une seule étude avec groupe de contrôle. Les hypothèses soutenues par cet ouvrage sont désormais abandonnées dans la plupart des pays, car invalidées par la science.

Bettelheim exerce une forte influence sur les psychanalystes français qui s'occupent d'enfants autistes. Le comité consultatif national d'éthique a jugé la diffusion de La Forteresse vide comme responsable d'une souffrance inutile des parents d'enfants autistes en France, et de l’absence d'interventions adaptées.

Dans son organisation, La Forteresse vide a l'apparence d'un travail scientifique, l'ouvrage débutant par une introduction dans laquelle Bettelheim expose son hypothèse et sa méthodologie, et se terminant par une conclusion ainsi qu'une discussion à propos des implications de son étude[1]. Cependant, le contenu du livre ne répond pas aux normes d'un travail scientifique[1].

Il cite Anna Freud pour dire : « Heureusement, les psychanalystes commencent à dénoncer le spectre de la mère rejetante[2] ». Il ajoute que toutes les mères, et pas seulement les mères d'enfants autistes, ont des intentions destructrices à côté de leurs intentions aimantes... ainsi que tous les pères : « ce n'est pas l'attitude maternelle qui produit l'autisme, mais la réaction spontanée de l'enfant à cette attitude[3] ». Paradoxalement, Bettelheim écrit aussi :

« Tout au long de ce livre, je soutiens que le facteur qui précipite l'enfant dans l'autisme infantile est le désir de ses parents qu'il n'existe pas[4]. »

Bettelheim cite également le psychiatre Leo Kanner, pour s'opposer à sa conclusion d'une origine biologique de l'autisme[1].

Histoire

Aux États-Unis, bien que The Empty Fortress fasse l'objet de quelques critiques lors de sa sortie, les opinions positives se révèlent bien plus nombreuses que les négatives, entraînant une large acceptation de l'hypothèse qui y est soutenue parmi certains cercles des professionnels de l'autisme, celle de la « mère réfrigérateur » comme origine de l'autisme chez son enfant[1].

D'après Katherine DeMaria Severson, Denise Jodlowski et James Arnt Aune, « La Forteresse vide bénéficie de l'éthos de Bettelheim ainsi que de la fascination des Américains pour l'Holocauste et la psychanalyse »[1]. Bettelheim jouit d'une grande célébrité durant les années 1960, et bien qu'il n'ait pas publié au préalable dans des revues scientifiques légitimes, dispose d'une grande expérience en matière de vulgarisation de ses idées[1]. Une version abrégée de l'histoire de Joey the Mechanical Boy, publiée dans Scientific American, a notamment été recyclée pour donner l'une des études de cas publiées dans The Empty Fortress[1].

L'ouvrage de Bettelheim est traduit par un éditeur parisien en 1969, et se diffuse très rapidement parmi les psychanalystes français[5]. Cependant, d'après Jacques Hochmann, c'est surtout l'émission télévisée de Daniel Karlin, en 1974, qui contribue à le faire connaître, puisque l'auteur donne plusieurs conférences et séminaires en France cette année-là[6].

Critiques et controverses

Le premier opposant aux idées développées dans La Forteresse vide est Bernard Rimland, qui soutient une origine biologique de l'autisme, et auquel Bettelheim répond dans la postface de son ouvrage en usant de l'argument d'autorité et d'auto-citations, arguant de l'expérience de l'école orthogénique avec les enfants autistes[1].

En 1984, Théo Peeters publie Autisme : La forteresse éclatée (traduit en français en 1988), ouvrage qui s'oppose à La forteresse vide, en affirmant que les parents ne sont en rien responsables de l'autisme de leur enfant[7].

Dans un article publié par la revue Nature en 2005, le Dr Michael Fitzpatrick qualifie La Forteresse vide de junk science[8].

Dans cet ouvrage, Bettelheim revendique aussi un taux de succès de 85 % avec les enfants autistes de son école orthogénique, en s'appuyant sur une rhétorique faussement scientifique ; sa revendication n'est soutenue par aucune étude avec groupe de contrôle, ce qui a conduit plusieurs auteurs à la classer parmi les pseudosciences[9],[10],[1].

La théorie de la mère réfrigérateur, formulée initialement par Leo Kanner et reprise (sans utiliser ce nom) par Bettelheim dans son ouvrage[Où ?], est classée par J. D. Herbert et al. parmi les fictions et la pseudoscience[11]. Selon Jacques Hochmann, Kanner — au début du moins de son approche de l'autisme — remarque « chez les parents un profil singulier : une mère qu’il décrit comme faussement affectueuse, superficielle, en fait froide voire « réfrigérateur » [...], un père intellectuel, perdu dans ses pensées ou ses soucis de carrière. »[12]. Pour Jacques Hochmann, « réfrigérateur » est le mot de Kanner et non celui de Bettelheim à qui il a été « fautivement attribué » et qui « ne l’a jamais prononcé »[12].

Impact de l'ouvrage

Notes et références

Bibliographie

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