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La Passagère (opéra)

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Genre Opéra
Nbre d'actes 2
Musique Mieczysław Weinberg
Livret Alexander Medvedev
La Passagère
Пассажирка (russe)
The Passenger (anglais)
Die Passagierin (allemand)
Genre Opéra
Nbre d'actes 2
Musique Mieczysław Weinberg
Livret Alexander Medvedev
Langue
originale
Livret multilingue : russe, allemand, polonais, yiddish, tchèque, français
Sources
littéraires

Pasażerka z kabiny 45 (la Passagère de la cabine 45)

de Zofia Posmysz
Durée (approx.) 2h40
Dates de
composition
1968
Création 25 décembre 2006
Moscou
Création
française
23 janvier 2026
Toulouse, théâtre du Capitole

La Passagère (en russe : Пассажирка, romanisé : Passazhirka, en allemand : Die Passagierin), est un opéra en deux actes, huit tableaux et un épilogue, composé en 1968 par Mieczysław Weinberg sur un livret en russe d'Alexander Medvedev, inspiré de la pièce radiophonique polonaise de 1959, Pasażerka z kabiny 45 (La passagère de la cabine numéro 45), écrite par Zofia Posmysz. L'opéra a été créé le à Moscou.

La pièce radiophonique de Zofia Posmysz, militante de la résistance polonaise contre les nazis et rescapée des camps de concentration et d'extermination d'Auschwitz et de Ravensbrück, où elle fut détenue de 1942 à 1945, est basée sur un événement autobiographique : lors d'un voyage officiel avec son mari à Paris en 1959, Zofia Posmysz avait entendu une femme parler en allemand à son enfant ce qui lui avait immédiatement évoqué sa surveillante, la gardienne SS Anneliese Franz. Elle écrivit par la suite un scénario pour un film polonais sur lequel travailla d'abord le cinéaste Andrzej Munk, déroulant l'histoire en deux temporalités distinctes, l'époque contemporaine et de fréquents flashback sur les camps de concentration. Sa mort prématurée ne lui permit pas d'achever son oeuvre qui fut finalement reprise et terminée en 1963 par un de ses proches collaborateurs Witold Lesiewicz. Sorti en 1963, le film fut également présenté au Festival de Cannes de 1964[1].

La nouvelle de Zofia Posmysz attira l'attention de Dmitri Chostakovitch, qui y vit une base idéale pour un opéra. Chostakovitch la montra à Alexander Medvedev et le présenta à Moisei (Mieczysław) Weinberg. Medvedev prit la création du livret très au sérieux ; il se rendit à Auschwitz et rencontra Zofia Posmysz en personne. De retour à Moscou, il écrivit le livret et le remit à Weinberg. Le compositeur commença à travailler sur l'opéra « Le Passager » en 1967. Ce sujet lui était particulièrement cher, car ses parents et sa sœur avaient péri dans un camp de concentration[2]. Alexander Medvedev a plusieurs fois travaillé avec Chostakovitch et Weinberg. Quatre opéras réunissent le librettiste et ce dernier : La Passagère, La Madone et le Soldat, Le Portrait et L'Idiot.

La Passagère est alors composée pour le Théâtre Bolchoï qui l'avait commandée et devait la présenter en 1968. Les répétitions avaient commencé à Moscou. Mais malgré l'insistance de Chostakovitch, la censure soviétique jugea le sujet trop ambigu, relevant d'un humanisme abstrait. Weinberg et Medvedev avaient pourtant pris soin de remplir leur mission de propagande au service de l'Etat soviétique brejnevien d'alors qui recommandait de dénoncer clairement les atrocités nazies en opposant nettement les victimes et les bourreaux, alors que l'ouvrage de référence de Zofia Posmysz n'était pas conçu comme un outil de propagande. La première n’eut donc jamais lieu : sur ordre de la hiérarchie, la production fut interrompue. L’opéra, bien que non officiellement interdit, fut soumis à une interdiction officieuse pendant de nombreuses années. Le compositeur, avec une ironie amère, qualifiait l’œuvre de « Comte de Monte-Cristo musical », emprisonnée dans un pupitre suite à une fausse dénonciation. De ce fait, la Passagère ne fut jamais représentée du vivant du compositeur[2].

L'opéra a finalement été créé en 2006, lorsque des musiciens du Théâtre Stanislavski ont présenté une version concert mise en espace sous la direction de Wolf Gorelik dans la salle Svetlanov de la Maison internationale de la musique de Moscou. La distribution comprenait Anastasia Bakastova (Katya), Natalia Muradimova (Marta), Natalia Vladimirskaya (Liza), Alexey Dolgov (Valter) et Dmitry Kondratkov (Tadeush).

Le livret de Medvedev a ensuite été remanié en 2010 pour la première représentation scénique de l'opéra au Festival de Bregenz, le , en en coproduction avec le Grand Théâtre de Varsovie, l'English National Opera et le Teatro Real de Madrid. La mise en scène était de David Pountney et la direction musicale de l'Orchestre symphonique de Vienne et du Chœur philharmonique de Prague était assurée par Teodor Currentzis[3]. Le texte comprend alors plusieurs langues, surtout l'allemand et le polonais, avec des passages en yiddish, français, russe et tchèque. La représentation du a été filmée et commercialisée en DVD et Blu-ray.

L'opéra a été joué, par la suite, dans le monde entier, avec ce livret multilingue. Les personnages principaux, de nationalités diverses, chantent dans leur langue maternelle, selon la répartition suivante : Martha – russe (langue principale), allemand (dans les scènes avec Lisa) ; Tadeusz – russe (langue principale), allemand (dans les scènes avec Lisa) ; Katya – russe ; Kristina – russe ; Vlasta – tchèque (langue principale), russe (dans les ensembles) ; Hana – yiddish (langue principale), russe (dans les ensembles) ; Yvette – français (langue principale), russe (dans les ensembles) ; Vieille femme – allemand ; Lisa – allemand (langue principale), anglais (dans les scènes avec le steward) ; Walter – allemand (langue principale), anglais (dans la scène avec le passager âgé) ; Premier, deuxième et troisième SS – allemand ; Passager âgé – anglais ; Surveillant principal – allemand ; Kapo – allemand ; Steward – anglais. Tous les épisodes choraux sont chantés en russe.

La production de David Poutney, donnée à Bregenz, a également été présentée à Varsovie par l'Opéra national de Pologne en 2010 puis au Royaume-Uni pour la création britannique de l'oeuvre, le à l'English National Opera, représentation qui a été diffusée en direct sur BBC Radio 3 le .

En 2013, a lieu la création allemande de l'oeuvre à l'Opéra de Karlsruhe, sous le titre de Die Passagierin et dans la mise en scène de Holger Müller-Brandes, sous la direction musicale de Christoph Gedschold, avec Barbara Dobrzanska (Marta), Christina Niessen (Lisa), Matthias Wohlbrecht (Walter), Andrew Finden (Tadeusz), Agnieszka Tomaszewska (Katja), Julia Mazur (Krystina), Hatice Zeliha Kökcek (Vlasta), Dilara Bastar (Hannah), Larissa Wäspy (Yvette), Tiny Peters (La vieille), Susanne Schellin (Bronka)[4].

La Première américaine a lieu le au Houston Grand Opera, sous la direction musicale de Patrick Summers avec la reprise en langue anglaise et sous le titre The Passenger de la mise en scène de Poutney[5]. La même version est ensuite produite au Lyric Opera de Chicago en mars 2015[6]. Toujours en , retour à l'Allemagne avec une série de représentations à l'Opéra de Francfort, mise en scène par Anselm Weber, avec Tanja Ariane Baumgartner (Lisa) et Sara Jakubiak (Marta)[7], production reprise en [8].

Le , la Première russe avec mise en scène de l'opéra de Weinberg a eu lieu au Théâtre d'Opéra et de Ballet d'État d'Iekaterinbourg (sous la direction d'Oliver von Dohnányi).

Le , Journée de commémoration de la Shoah, la production a été créée au Théâtre d'Opéra Kolobov Novaya à Moscou, dans une version multilingue, sous la direction musicale de Jan Latham-Koenig dans une mise en scène de Sergei Shirokov, pour laquelle il a reçu le prix théâtre lors de la cérémonie « Un violon sur le toit » de la Fédération des communautés juives de Russie[9].

L'opéra a également été joué par le Florida Grand Opera en 2016, par l'Opéra israélien en 2019. Le Teatro real de Madrid programme la Première espagnole de La Pasajera en en reprenant la mise en scène de David Poutney, « La ópera, cantada en 7 idiomas (incluyendo el castellano, por el coro, está estructurada con constantes flashbacks de inspiración cinematográfica) » est-il précisé dans un article saluant cette initiative[10].

La même année 2024, également en mars, mais dans une version et une mise en scène différente que l'on doit à Tobias Kratzer, l'Opéra d'état de Bavière programme à son tour, une série de représentations sous la direction de Vladimir Jurowski. Comme le souligne l'article paru dans Resonnances lyriques au sujet de ce remaniement, « Dans la production munichoise, Tobias Kratzer et Vladimir Jurovski se sont attachés à oblitérer ce qui pouvait l’être de cette l’allégeance soviétique forcée de Weinberg. Ainsi ont-ils fait passer à la trappe le personnage de Katia, une communiste russe défenderesse de l’idéologie des Soviets. » [11]. Des débats ont eu lieu à ce sujet et ces coupures n'ont pas fait l'unanimité des critiques[12], d'autant que comme le précise Res Musica dans son article : « La plus grande partie des scènes situées dans le camp a été supprimée, soit environ un cinquième de la partition, ce qui pose problème notamment parce que le resserrement de l'œuvre sur les affres de la gardienne SS Lisa s'en trouve encore renforcée » [3]. La distribution de Munich réunit Sophie Koch (Lisa) et Elena Tsallagova (Marta).

La création française[13], [14] a eu lieu le au Théâtre du Capitole de Toulouse dans la mise en scène de Johannes Reitmeier, elle-même créée au Tiroler Landestheater und Symphonieorchester à Innsbruck le [15]. La direction musicale est assurée par Francesco Angelico et les deux rôles principaux interprétés par Anaïk Morel (Lisa) et Nadja Stefanoff (Marta)[16]. La séance du est filmée pour être ensuite retransmise sur la chaîne Mezzo[17].

Argument

Lisa, une ancienne gardienne SS voyageant avec son mari Walter sur un paquebot à destination du Brésil, rencontre Marta, une survivante d'Auschwitz présumée morte. La nature de cette rencontre, réalité ou vision, reste volontairement ambiguë. Walter, en route pour une mission diplomatique en Amérique du Sud, voit sa carrière menacée ; une violente dispute éclate, durant laquelle Lisa passe sous silence ses propres souvenirs de son devoir accompli et les scènes où elle a apporté son aide, pleine de bonnes intentions, à Marta, son petit ami, le violoniste Tadeusz, et d'autres prisonnières. Dans la seconde partie de l'opéra, les souvenirs de Lisa s'entremêlent, alternant entre des scènes de dîners de gala sur le navire et des scènes du camp de concentration où le commandant et les gardes maltraitent brutalement les prisonniers. Tadeusz, sommé par le commandant de jouer sa valse préférée, refuse et interprète la Chaconne de Bach – un moment de suspense intense. L'action passe sans cesse du paquebot au camp de concentration et navigue entre ces deux temporalités.

Acte 1

Scène 1 : Walter et sa femme Lisa font route vers le Brésil, où Walter va occuper un poste diplomatique. Durant la traversée, Lisa est frappée par l'apparence d'une passagère qu'elle aperçoit vaguement. Cette passagère lui rappelle une détenue d'Auschwitz, qui était sous ses ordres et dont elle était certaine de la mort. Sous le choc, elle révèle à son mari son passé de gardienne d'un camp durant le nazisme, qu'elle lui avait caché jusqu'à présent.

Scène 2 : Dans le camp de concentration, Lisa et son supérieur discutent de la nécessité de se servir des prisonniers et de trouver, au sein de chaque groupe, une personne facilement manipulable pour prendre les autres en main. Les officiers, quant à eux, boivent et chantent, se plaignant de l'inaction et du fait qu'ils ont moins de chances de mourir qu'en combattant au front contre les Russes.

Scène 3 : Les femmes du camp sont présentées et chacune raconte son histoire. Une Russe, battue et torturée, est amenée. Le kapo responsable découvre un message qui pourrait lui coûter la vie. Lisa choisit Marta pour le traduire, mais celle-ci le fait passer pour une lettre d'amour de son compagnon Tadeusz, avec qui elle a été déportée au camp, mais qu'elle n'a pas revu depuis deux ans. Lisa ne se rend pas compte de la supercherie. La scène se termine sur Lisa et Walter, de nos jours, sur le bateau, tentant de faire face au passé récemment révélé à Lisa.

Acte 2

Scène 4 : Les femmes trient les effets personnels des prisonniers exécutés lorsqu'un officier arrive et exige un violon afin que le commandant puisse se faire jouer sa valse préférée par un détenu. Le prisonnier Tadeusz est envoyé chercher le violon et découvre sa fiancée Marta. Leurs retrouvailles sont épiées par Lisa, qui décide de se servir de leur relation pour mieux contrôler Marta et étendre son emprise sur toutes les détenues.

Scène 5 : Lisa insulte Tadeusz dans l'atelier où il fabrique des bijoux en argent commandés par des officiers SS. L'une des pièces représente la Vierge Marie, mais Lisa reconnaît la femme sur l'image : c'est Marta. Lisa invite Tadeusz à la rencontrer, mais il hésite. Il ne veut pas rester redevable envers Lisa.

Scène 6: C'est l'anniversaire de Marta et elle chante un long air à la Mort elle-même. Lisa confie à Marta que Tadeusz a refusé son offre et que cela lui coûtera cher, mais Marta comprend sa position. Les prisonnières entonnent des airs décrivant leurs projets lors leur retour à la maison après la guerre, même s'il est évident que cela n'arrivera jamais.

Yvette, une Française, tente d'apprendre quelques mots de français à une vieille Russe. Katya chante une chanson sur la Russie. Soudain, les gardes font irruption : c'est l'heure de la « sélection ». Une liste de numéros est lue et les prisonniers sont emmenés un par un. Lisa rassure Marta : son heure n'est pas encore venue. Elle fera en sorte qu'elle assiste au concert de Tadeusz.

Scène 7 : De nos jours, sur le bateau, Walter et Lisa se demandent encore si la femme mystérieuse dont l'apparition a tant perturbé Lisa est vraiment Marta. Le porteur que Lisa a soudoyé plus tôt pour découvrir son identité, a seulement révélé qu'elle était britannique. Il ajoute alors que, bien qu'elle voyage avec un passeport britannique, elle n'est pas Anglaise et se trouve sur le pont en train de lire un livre polonais. Walter propose d'aller confronter cette femme mystérieuse pour rassurer Lisa avant qu'ils ne réalisent tous deux qu'ils se laissent emporter par leurs propres divagations. Ils décident tous deux de se joindre à la danse dans le salon. Lisa danse tandis que son mari discute avec un autre passager.

Scène 8 : Sur le bateau, Walter et Lisa décident que même si la « passagère » est Marta, ils doivent l'accepter. Le couple décide d'aller danser au salon. Mais lorsque, à la demande de la « passagère », l'orchestre du navire commence à jouer « la valse préférée du commandant », Lisa est terrifiée.

Le camp d'Auschwitz. Officiers et prisonniers se rassemblent pour le concert. Tadeusz est censé jouer une valse, mais il décide d'interpréter une œuvre complètement différente : la « Chaconne » de Bach. La scène s'achève sur une note tragique : les policiers brisent le violon de Tadeusz, le traînent hors de scène et le battent à mort. Lisa, toujours vêtue de sa robe de bal, observe la scène.

Épilogue

La scène se vide complètement, à l'exception de Lisa, toujours en robe de bal, affalée au fond de la salle, silencieuse. Marta entre. Elle porte des vêtements ordinaires, non ceux d'une détenue, et ses cheveux ne sont pas rasés. Elle chante que les morts ne doivent jamais être oubliés et qu'ils ne peuvent jamais pardonner. Lisa ne peut qu'observer, impuissante à faire changer d'avis Marta et à obtenir la paix qu'elle désire tant. La scène s'estompe musicalement, la lumière s'éteint et l'opéra se termine dans le silence, dans l'obscurité totale.

À aucun moment de l'opéra, l'identité de la femme mystérieuse sur le bateau n'est confirmée : il ne s'agit pas de Marta. Lisa, ni personne d'autre, n'interagit avec elle sur le bateau. La certitude de Lisa quant à la mort de Marta au camp ne sera jamais remise en question. La scène finale, conçue pour être ambiguë, ne donne aucune indication quant à la survie ou non de Marta.

Rôles, langues, tessitures, interprètes de la Première

Rôle Tessiture Nationalité du personnage Interprètes de la Première à Moscou en 2006

direction musicale : Wolf Gorelik mise en scène : V. Matrosov

Katya (Катя) soprano Russe Anastasia Bakastova
Marta (Марта) soprano Polonaise Natalia Muradimova
Liza (Лиза) mezzo-soprano Allemande Natalia Vladimirskaya
Valter (Вальтер/Walter) Ténor Allemand Alexey Dolgov
Tadeush (Тадеуш/Tadeusz) Baryton Polonais Dmitry Kondratkov
Rôles secondaires Membres de l'Ensemble du théâtre Stanislavski :
Krystina mezzo-soprano Polonais
Vlasta mezzo-soprano Tchèque
Hannah contralto Grecque (Juive)
Yvette soprano Française
Alte soprano Allemande
Bronka contralto Polonais
First SS-Man basse Allemand
Second SS-Man basse Allemand
Third SS-Man ténor Allemand
Another Passenger basse
Female Supervisor rôle parlé Allemand
Kapo rôle parlé Allemand
Steward rôle parlé
Prisonniers d'Auschwitz, passagers et équipage du paquebot.

Discographie et vidéographie

Sources et références

Liens externes

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