La Plume de ma tante est le titre d'une comédie musicale théâtrale, conçue, écrite et mise en scène par Robert Dhéry en 1955 au Garrick Theater de Londres, donnée durant deux ans et demi, reprise aux États-Unis au Broadway Theatre de New York en 1958 puis produite en France en 1965, dans une formule adaptée, au théâtre des Variétés à Paris, sur une musique de Gérard Calvi et des paroles anglaises de Ross Parker(en) et francophones de Francis Blanche. Le spectacle caricature la société et les mœurs en France à l'époque; il est constitué de plusieurs saynettes en anglais, en français ou mimées[1]. «La plume de ma tante(en)» est la première phrase de français qu'apprenaient à l'époque les anglophones, l'équivalent de My tailor is rich.
On retrouve une partie de la troupe Les Branquignols dans les différentes versions de cette comédie musicale.
Au total, le spectacle est donné durant 835 représentations au Royale Theater entre le 11 november 1958 et le . Au cours de l'année 1961, la comédie musicale est successivement donnée à Las Vegas, à Los Angeles et à San Francisco.
En Angleterre (1955-1957)
Élaboration et répétitions
L'influent imprésario et producteur britannique Jack Hylton, ancien chef d'orchestre importateur du jazz en France, assiste sans se signaler aux spectacles des Branquignols[2]. Selon les soupçons de Robert Dhéry, leur bienfaiteur Maurice Chevalier lui aurait suggéré de s'intéresser à eux pour tenter de les montrer en Angleterre, notamment parce Dhéry parle anglais[2]. Hylton finit par se présenter en coulisses après une représentation de Jupon vole et leur annonce d'emblée: «I'd like you to come to London»[2]. À Dhéry qui lui retorque que ce spectacle est en français, Hylton ne voit aucun problème: il demande à compiler le meilleur de leurs numéros visuels issus de tous leurs spectacles, que Dhéry présenterait en anglais avec son accent qu'il considère «à lui seul une garantie»[2].
Dhéry élabore alors ce spectacle «patchwork» sous le titre La Plume de ma tante, première expression(en) que les anglophones apprennent en français (l'équivalent pour eux de My tailor is rich)[2]. Cette offre inattendue oblige Dhéry à préparer et répéter ce spectacle en parallèle d'une pièce de Marcel Achard qu'il doit jouer avec Colette Brosset au théâtre en Rond[3], à partir de [4]. Tout un entourage gravitant autour de la pièce influence le futur show britannique, par amitié ou par envie de montrer le meilleur de le France au public d'outre-Manche: Achard et son compositeur Georges van Parys, le cinéaste Jean Renoir voisin du théâtre, le fidèle Pierre Tchernia, ainsi que des artistes de Montmartre comme les peintres Marcel Vertès, André Dignimont, Lila De Nobili et Erté[3]. Ces derniers livrent des décors, costumes et affiches raffinés à La Plume de ma tante[3]. Le lendemain de la dernière d'Achard, la troupe des Branquignols part pour Londres[3].
Après sept ans de succès parisien, Dhéry, Brosset et leurs Branquignols —ici composés par Jacques Legras, Christian Duvaleix, Pierre Olaf, Roger Caccia, Daubray, les danseuses Laurence Soupault et Nicole Parent et le cheval Caïd— débarquent en Angleterre au début de l'automne 1955, pour un contrat d'essai de deux mois[5]. Seul Dhéry et Olaf parlent anglais, avec un lourd accent[5]. Les lois syndicales imposent l'engagement de danseuses locales[5]. Brosset se démène à auditionner les 300 jeunes candidates avec difficulté, bloquée par la barrière de la langue[5]. Parmi les artistes anglais agrémentant la troupe, Ross Parker(en) se charge aussi de la traduction des paroles[6]. La Plume de ma tante est prévu à Londres au Garrick Theater[7]. L'ambiance est lugubre lors des répétitions et le contact froid avec les techniciens et danseuses britanniques[7]. Échaudé, Jack Hylton exige de roder le spectacle en octobre dans un casino de Southsea: ces représentations, dans une station balnéaire alors vidée de ses curistes, sont mitigées, n'attirant pas grand monde et les permutations de l'ordre des scènes de jour en jour n'y changent rien[8]. Les Branquignols craignent même ne pas boucler les deux mois du contrat[8].
Un triomphe à Londres
Le spectacle «best-of» La Plume de ma tante remporte deux ans durant un immense succès au Garrick Theater à Londres.
La générale à Londres, le [9], est finalement une réussite, le public devenant hilare dès le premier gag de Duvaleix en Napoléon hargneux[8]. La critique est élogieuse et le public nombreux[8]. Les spectateurs de tous âges s'entichent de Caïd et le couvrent de cadeaux[8]. Les enfants royaux Charles et Anne ne ratent aucun passage du cheval devant le palais de Buckingham pour rejoindre son écurie, accompagné de son dresseur habillé en cow-boy[10]. La presse traite Colette Brosset en star[11]. Les Branquignols s'installent durablement à Londres, avec leurs familles, et apprennent peu à peu l'anglais[11]. En coulisses, la distance des premières semaines des partenaires britanniques se transforme en chaleureuse camaraderie[12]. Pendant deux ans, le spectacle va être donné chaque soir de la semaine, plus une représentation dans l'après-midi les mercredis et samedis, sans jamais de semaine de vacances[13]. Peu a peu, les places se réservent six à sept mois a l'avance[14]. Outre les vedettes du show-business et d'autres officiels britanniques ou étrangers, le parterre est par six fois honoré de la présence de la princesse Margaret, sœur de la reine[15],[16]. Danny Kaye leur propose de venir à New York pour lui créer un spectacle[10].
Les Branquignols jouent un extrait de La Plume de ma tante au programme du gala Royal Command Performance(en) le au Victoria Palace Theatre(en), devant la reine Élisabeth II[17],[18]. Six mois plus tard, la princesse Margaret commande à Dhéry, par l'intermédiaire du marquis de Douro, une farce pour sa sœur Élisabeth lors d'une réception à Apsley House[18]. Dhéry et Brosset réunissent la troupe, rapatriant en urgence ceux qui profitaient du week-end en France[19]. Puisque la reine est profondément lassée par la musique de chambre, ils montent en secret, en deux jours, à l'insu de Jack Hylton, un numéro d'orchestre de chambre, d'abord sérieux, minable et ennuyeux, avant de révéler leur loufoquerie et abîmer leurs instruments truqués[19]. La reine, séduite et amusée par le piège, reçoit ensuite les Branquignols une demi-heure dans un boudoir (à l'exception de Ross Parker(en), car le protocole écarte les sujets de Sa Majesté sans étiquette), et s'engage à de venir les voir au Garrick Theater après sa visite d'État au Nigeria; Colette Brosset danse avec le duc d'Édimbourg[10].
Tenant sa promesse, la reine Élisabeth vient voir La Plume de ma tante le , accompagnée de son époux Philip, de Margaret, de la reine-mère et de leur suite[20],[21],[22]. Sa venue fait fi du protocole en outrepassant l'absence de loge royale dans les gradins[23]. Onze spectateurs laissent leurs places, pourtant réservées des mois à l'avance, au premier balcon, une position à l'abri des photographes[20]. En coulisses, Dhéry, inquiet, pense supprimer le numéro de la vespasienne, de peur de déclencher un scandale voire d'être accusé de crime de lèse-majesté[20]. Le detective chargé de la protection de Margaret insiste pour appliquer l'ordre transmis par le Palais: rien ne doit être changé au spectacle, aucune coupure; cette scène où les comédiens font semblant d'uriner est donc bien jouée devant la reine[20],[16]. Exceptionnellement, la troupe achève le show sur l'hymne national britannique God Save the Queen[24]. La reine part en laissant un mot de remerciements manuscrits à Hylton[24]. Cette soirée particulière s'achève par la célébration de l'anniversaire de Brosset[24]. La nuit se termine au poste de police après que Caïd se soit enfuit dans les rues de Londres pour s'introduire dans les écuries royales; toute la troupe s'était lancée à sa poursuite, sous les flashs des quelques photographes encore présents[25]. Un journal titre au matin: «La Reine rend visite à La Plume de ma tante. Le cheval de «ma Tante» rend sa visite à la Reine»[25].
La venue de la reine assoit la popularité du spectacle auprès des Londoniens et leur attachement envers la troupe. Un mercredi, les Branquignols donnent une troisième représentation caritative («midnight matinee», après celles de l'après-midi et de la soirée) au profit du French Hospital alors en difficulté, à l'instigation de l'ambassadeur Jean Chauvel; avant le spectacle, plusieurs stars anglaises —Norman Wisdom, Terry-Thomas, Tommy Trinder et le Crazy Gang(en)— débarquent déguisées en ouvreuses pour vendre les programmes, récoltant ainsi mille livres supplémentaires[26]. Un soir de , ils assurent le show malgré la douleur de la nouvelle du suicide de leur ami André Frédérique[26]. Avec le temps, la France commence à manquer aux membres de la troupe[27]. Cependant, en raison du triomphe du spectacle, Dhéry est aussi régulièrement sollicité par des producteurs pour partir le donner à New York[27]. Il sélectionne finalement la proposition de David Merrick(en), prospère imprésario américain, arrivé avec une lettre de recommandation de Marcel Pagnol[27]. À la fin de la dernière londonienne de La Plume de ma tante, en 1957, le public, attaché à cette troupe de Français, se lève et chante doucement La Marseillaise[28]. Les Branquignols ont assuré 750 représentations en deux ans, sans une semaine de vacances[28].
Broadway et les États-Unis (1958-1961)
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Les représentations à Broadway gênèrent deux milliards d'anciens francs de recette[29].
Adaptation française à Paris (1965)
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En 1965, La Plume de ma tante est adapté pour le public français, sur des paroles de Francis Blanche, et représenté à Paris à partir d'avril avec succès au théâtre des Variétés[30],[1]. Un disque de cette version française est pressé par Vogue[31].