La Vierge au buisson de roses (Schongauer)
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La Vierge au buisson de roses, retable sur bois de 1473, est une peinture religieuse de Martin Schongauer (200 × 114,5 cm) représentant la Vierge à l'Enfant assise dans un jardin orné de végétaux et d'oiseaux, surmontée de deux anges portant une couronne, exposée dans l'église des Dominicains de Colmar.
De dimensions initiales plus grandes (255 × 165 cm), le tableau a été recadré, vraisemblablement à la suite d'une chute qui l'a endommagé, puis, au début du XXe siècle, orné d'un cadre en bois et placé à l'intérieur d'un retable à volets — ce qui constitue sa présentation actuelle.
Sources et inspiration
La Vierge au buisson de roses est un thème populaire du Rhin supérieur au XVe siècle. On retrouve une inspiration similaire dans La Madone aux fraisiers du Maître du Jardin de Paradis, peinte vers 1420 (Kunstmuseum Solothurn, Soleure), dans une Vierge à la rose dans un jardin clos, gravure sur bois datée des années 1460, dans un manuscrit réalisé pour les religieuses du couvent des dominicaines d'Unterliden à Colmar (Bibliothèque municipale, Colmar)[1], voire dans La Vierge au buisson de roses de Stefan Lochner, peinte peu avant 1450 (Wallraf-Richartz Museum, Cologne)[2].
Schongauer combine ainsi les motifs de la Vierge de l'humilité, assise sur un simple banc de bois, du jardin enclos et de la Rosa mystica, en adoptant une manière nettement influencée par les maîtres flamands tels que Rogier van der Weyden, dont il a pu fréquenter les œuvres, si ce n'est l'atelier, lors de son séjour à l'université de Leipzig en 1465, mais aussi Dirk Bouts, ou encore Hugo van der Goes, lors d'un probable voyage dans les Pays-Bas méridionaux entre 1465 et 1470[3].
- Maître du Jardin de Paradis de Francfort, La Madone aux fraisiers, vers 1420, 145,5 × 87 cm, Soleure, Kunstmuseum.
- Rogier van der Weyden, Vierge à l'Enfant, vers 1430, 18,8 × 12,1 cm, Vienne, Musée d'histoire de l'art de Vienne.
- Stefan Lochner, Madonna im Rosenhag, vers 1448, couleurs sur bois, 51 × 40 cm, Cologne, Wallraf-Richartz Museum.
- Anonyme, Vierge à la rose dans un jardin clos, vers 1460, gravure sur bois, Colmar, Bibliothèque municipale (Ms271 f.1v).
Origine et lieux successifs de conservation

En l'absence de documents d'époque concernant son exécution ou sa commande, il est difficile de se prononcer sur l'édifice religieux auquel le retable était initialement destiné. On s'accorde cependant sur la date de son achèvement en 1473, qui figure à la peinture noire au dos des sept planches de résineux assemblées pour la réalisation du panneau final[4].
La première mention du tableau date de la fin du XVIIIe siècle, quand Carl Heinrich von Heineken[5] décrit sa présence dans l'autel d'une chapelle située derrière le chœur de la Collégiale Saint-Martin de Colmar[6].
En 1792, il est relégué dans la sacristie[1], selon le témoignage de François-Christian Lersé qui le considère comme l'« un des tableaux les plus remarquables de Martin Schœn, connu dans l'histoire de l'art[7] ».
En 1794, il est recensé, accompagné d'une description assez exacte[8], dans l'« Inventaire des tableaux existant dans le Musée National de Colmar », catalogue manuscrit des saisies révolutionnaires du Haut-Rhin alors conservées dans la bibliothèque de l'ancien couvent des jésuites de la ville, rédigé par deux Commissaires de la République, l'artiste davidien Jean-Jacques Karpff et le bibliothécaire Jean-Pierre Marquair[9]. Puis il réintègre, par décision préfectorale du , la collégiale Saint-Martin, où il demeure jusqu'en 1972.
Le tableau est volé dans la nuit du 10 au . Récupéré dans le garage d'un particulier le à Décines, dans la banlieue lyonnaise[10], il retrouve sa place à Colmar le , mais est mis, pour des raisons de sécurité, dans le chœur de l'église des Dominicains[4], où il est actuellement visible[11].
Recadrage et présentation actuelle

L'œuvre, telle qu'elle a été initialement conçue, était plus grande (environ 255 × 165 cm). Elle a ensuite été recadrée sur ses quatre côtés, soit pour masquer les dégâts causés vraisemblablement par une chute[réf. nécessaire], soit pour une nouvelle présentation dans la chapelle axiale[12]. Une copie de plus petites dimensions (44,5 × 30,7 cm), datée du début du XVIe siècle et conservée au musée Isabella Stewart Gardner[13] permet de mesurer l'ampleur des pertes, et de se faire une idée du tableau original. Ont ainsi disparu la partie supérieure représentant Dieu le Père et la colombe, dont il ne reste que les rayons atteignant la couronne, les extrémités du manteau et de la robe de la Vierge, ainsi que les végétaux représentés sur les bords du tableau, coupés à droite et à gauche, et une grande partie du parterre de fraisiers, représenté dans la partie inférieure.
Au tout début du XXe siècle, le tableau reçoit un nouvel encadrement, sous forme de retable à deux volets. Les faces extérieures de ceux-ci sont alors peintes d'une Annonciation, réalisée par l'artiste alsacien Charles Martin Feuerstein. L'œuvre de Schongauer, qui constitue désormais le panneau central de ce retable, est placée à l'intérieur d'un cadre en bois polychrome à haut cintré, sculpté par Alfred Klem de rinceaux et de sept anges musiciens.
Description
La Vierge, vêtue d'une ample robe et d'un manteau rouges, est représentée dans un jardin, assise sur un banc de bois situé devant un treillage. Elle tient dans ses bras, avec la délicatesse de ses doigts longs et fins, l'Enfant Jésus qui lui enlace le cou, nu, debout sur un lange blanc. Ses longs cheveux ondulés qui tombent sur son manteau sont maintenus par un mince ruban noir orné, au milieu du haut du front, de sept perles disposées en rond.
La Vierge est surmontée d'une large auréole portant l'inscription latine : « Me carpes genito tu que sanctissima virgo » (« Tu me cueilleras pour ton fils, toi aussi, très Sainte Vierge »). Au-dessus d'elle, deux anges vêtus de draperies bleues portent une couronne divine qui la célèbre, somptueusement ciselée dans l'or et incrustée de pierreries. La tête de l'Enfant Jésus quant à elle est nimbée de rayons de lumière partagés en trois, dessinant une croix.
Les deux personnages saints regardent dans des directions différentes : la Vierge vers l'angle inférieur gauche du tableau, l'Enfant vers l'angle inférieur droit.
Sur le treillage de bois montent des rosiers en boutons et en fleurs, toutes rouges à l'exception d'une seule, blanche, dans la partie supérieure gauche.
Le treillage et les rosiers servent de points d'appuis à huit oiseaux communs dans l'Est de la France, de l'ordre des passereaux, et représentés avec un réel souci du détail naturaliste : à gauche, de bas en haut, un moineau, un pinson des arbres, un rouge-gorge, à droite, trois chardonnerets élégants, dont un jeune qui ne présente pas encore sa calotte rouge, une mésange charbonnière, et, posé sur la barre horizontale supérieure, un pouillot véloce.

Le jardin est en outre agrémenté d'autres plantes. Aux pieds de la Vierge, entre le manteau et la robe, on distingue un parterre de fraisiers des bois, en fruits et, plus à droite, en fleurs. Sur la partie gauche, la découpe du tableau a laissé une feuille d'ancolie dans l'angle inférieur. Au milieu du tableau, toujours sur le bord gauche, on reconnaît des pivoines rouges, pour lesquelles il existe un dessin préparatoire, conservé au J. Paul Getty Museum de Los Angeles[14]. De l'autre côté, à droite, un iris bleu en bouton, lui aussi largement amputé par la découpe du panneau, monte du sol. Sur le banc poussent des crucifères, vraisemblablement des giroflées, de trois couleurs, blanches, rouges et bleues.
La copie du musée Isabella Stewart Gardner permet en outre de noter la présence d'un lys blanc, partant de l'angle inférieur droit, ainsi que Dieu le Père bénissant et la colombe du Saint-Esprit dans le ciel, qui ont entièrement disparu du tableau actuel.


