Lamour Dérance

marron et leader révolutionnaire domingois From Wikipedia, the free encyclopedia

Lamour Dérance[1],[2] (ou L'Amour-Dérance[3], ou Lamour De Rance[4], ou Lamour-Desrance[5]) est le principal chef des marrons du Bahoruco durant la Révolution haïtienne. Au cours de la guerre du Sud (1799-1800), il prend le parti d'André Rigaud contre Toussaint Louverture. Ayant brièvement fait allégeance aux Français en , au début de la reconquête de la colonie par le général Leclerc, il est finalement un des premiers à relever le drapeau de la résistance, en . Proclamé général en chef de l'Ouest et du Sud par ses troupes, il sera finalement trahi par une partie de ses lieutenants, capturé et assassiné en par Jean-Jacques Dessalines[6].

Faits en bref Naissance, Décès ...
Lamour Dérance
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Fermer

Chef de marronnage

Lamour Dérance, né et esclavisé en Afrique, puis déporté et vendu à Saint-Domingue.

Au moment de l'insurrection de 1791, il était esclave domestique sur l’habitation caféière Dérance, située sur la limite des arrondissements de Jacmel et de Port-au-Prince, dans le massif de la Selle[2],[5].

A partir de 1794 au plus tard, il devint un des principaux chefs insurgés indépendants de la province Ouest de Saint-Domingue et, en 1798, il est signalé que les cultivateurs qui refusent le labeur plantationnaire se joignent à lui[6]. En 1800, il était devenu, écrit Thomas Madiou, un « guerrier sauvage, indomptable, qui occupait, dans l’indépendance de toute autorité, les montagnes du Grand-Fond, de la Selle et du Bahoruco »[1]. Il était par ailleurs adepte du vaudou[6].

Malgré tout, Lamour Dérance entretenait de bonnes relations avec le général Louis-Jacques Bauvais, mulâtre et garant de l'ordre plantationnaire dans l'Ouest [1].

Un allié d'André Rigaud

Il devint un protagoniste de la Révolution haïtienne en , durant la guerre du Sud. Bauvais ayant quitté Saint-Domingue, Lamour Dérance rallia l'homme fort du Sud, le général mulâtre André Rigaud, contre Toussaint Louverture, probablement en raison de la persécution du vaudou par ce dernier[6].

Après la défaite de Rigaud, parti en exil en France, Lamour Dérance et ses hommes restèrent cachés dans le Bahoruco, en refusant de se soumettre à l'ordre louverturien. En , ils s'emparèrent quelque temps de Marigot avant d'en être chassés. Jean-Jacques Dessalines les fit traquer dans le Bahoruco, détruisant leurs campements, mais sans parvenir à capturer Lamour Dérance[7].

Il fit sa réapparition en , lorsque arriva à Saint-Domingue l'expédition du général Leclerc. Leclerc avait été envoyé par Bonaparte officiellement pour destituer Toussaint Louverture et rétablir l'ordre républicain à Saint-Domingue. Comme il exhibait le général Rigaud à son côté, Lamour Dérance sortit des bois, se rallia aux Français, et combattit les troupes louverturiennes dans l'Ouest. Cependant, dès , apprenant que Leclerc s'était débarrassé de Rigaud en le renvoyant en France, Lamour Dérance rompit son allégeance et se retira sur la montagne de la Selle[6].

Un des principaux chefs de la résistance aux Français

Dans les mois suivants, le maquis de Lamour Dérance fut rejoint par de nombreux Noirs et Mulâtres de Port-au-Prince fuyant les persécutions de l'armée française. Le général Rochambeau le fit traquer en vain par le colonel Louis Lamartinière[8].

En , alors que l'idée se répandait que l'expédition Leclerc était en fait venue rétablir l'esclavage, les soulèvements se multiplièrent à Saint-Domingue. Lamour Dérance en devint rapidement une des principales figures, et reçut l'allégeance de nombreux chefs de maquis dans l'Ouest, souvent anciens officiers d'André Rigaud, comme Pierre Cangé, Magloire Ambroise, Lamarre, Louis Larose ou Métellus. Au mois d'octobre, il avait déjà 5 000 combattants sous son autorité[6].

En , à l'issue d'une cérémonie rituelle, Pierre Cangé fit proclamer Lamour Dérance général en chef de l'armée insurgée de l'Ouest et du Sud[9].

Lamour Dérance devint alors un obstacle sur la route de Jean-Jacques Dessalines et Alexandre Pétion, qui en venaient de faire défection des troupes françaises, et ambitionnaient d'unifier toute la résistance sous un commandement unique.

Alexandre Pétion entreprit de convaincre les lieutenants ex-rigaudins de Lamour Dérance que Jean-Jacques Dessalines serait un meilleur chef de guerre pour bouter les Français hors de Saint-Domingue. En , lors de la conférence de l'Arcahaie, ceux-ci firent allégeance secrètement à Dessalines, et résolurent d'éliminer Dérance.

Trahison et assassinat

En , Jean-Jacques Dessalines parvint à tendre un piège à Lamour Dérance. Il commença par le séduire en lui proposant de se partager le commandement de la résistance aux Français, Dessalines dans le Nord et l'Artibonite, Dérance dans l'Ouest et le Sud. Puis il lui fit croire que, devant s'absenter, il lui confiait le commandement de ses troupes. Trop orgueilleux pour se méfier, Lamour Dérance vint avec ses officiers passer en revue l'armée de Dessalines. D'après le témoignage du colonel Philippe Guerrier, alors que Dérance avait pénétré dans les rangs des soldats, il fut ceinturé et garrotté par surprise. « Conduit aussitôt sous bonne escorte sur l’habitation Marchand, dans l’Artibonite, Lamour Dérance y fut détenu aux fers et périt peu après, de chagrin et de misère. Il était déjà d’un âge assez avancé »[10]

L'élimination de Lamour Dérance par Dessalines est généralement vue comme un épisode d'une lutte culturelle entre « bossales » (nés en Afrique) et « créoles » (nés à Saint-Domingue), et d'une lutte de classe entre marrons attachés à leur liberté et tenants du système plantationnaire. L'historienne Carolyn Fick écrira au sujet de cette assassinat : « L'alternative d'une politique de réconciliation et de ralliement réel et effectif des chefs indépendants africains au projet de l'indépendance, plutôt que leur élimination pure et simple de l'échiquier politique et national, demeure une problématique digne de considération. »[6]

Notes et références

Related Articles

Wikiwand AI