En , il est arrêté en Russie par le FSB et condamné à trois ans de camp de détention pour non-respect de la législation sur les agents étrangers. Il est à nouveau jugé à partir de 2025 pour espionnage. Son emprisonnement est considéré comme un signal politique envoyé à la France et aux ONG. Il est finalement libéré, en échange d’un basketteur russe, Daniil Kasatkin, détenu en France, le .
Pour son premier poste à l'étranger, à Tachkent, en Ouzbékistan, il travaille pour l'Institut français des études centrasiatiques[1]. Par la suite, il passe du temps en Russie pendant une vingtaine d'années, sans pour autant y habiter de manière permanente[3]. Son activité de chercheur l'amène à se rendre dans de nombreux autres pays d'Europe de l'Est, d'Asie centrale ou du Caucase[4].
À partir de 2014, Laurent Vinatier est membre du Centre pour le dialogue humanitaire, une ONG suisse de diplomatie privée cherchant à résoudre les conflits internationaux, fondée en 1999[5]. En tant que conseiller du programme Eurasie/Russie[6], il se rend pour le compte de celle-ci dans de nombreux pays de l'espace post-soviétique, comme l'Ukraine, le Tadjikistan, la Biélorussie, la Moldavie[4],etc.
Il aurait été, dans ce cadre, à l'origine de certaines rencontres informelles ayant mené à l'initiative céréalière de la mer Noire. Durant ces activités, il collecte des informations ayant trait au domaine militaire sans que les activités du Centre pour le dialogue humanitaire ne soient déclarées précisément aux autorités russes[3]. Il intervient également dans des cercles de réflexion proches du Kremlin afin d'«entretenir ainsi une crédibilité sur place», avec notamment pour contact Dmitri Kozak[5]. Fin 2022, Laurent Vinatier anime un groupe de travail diplomatique parallèle tentant de maintenir le contact entre la France et la Russie, initiative qui mécontente le ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères[2].
Arrestation par la Russie et condamnation
Le , Laurent Vinatier est arrêté par le FSB à la terrasse d'un café à Moscou, dans une scène filmée et diffusée à la télévision russe. Il est accusé d'avoir manqué à ses obligations de s'enregistrer en tant qu'«agent étranger» conformément à la loi russe sur le sujet, adoptée en 2012 et élargie par la suite aux ressortissants étrangers[4]. Il est placé en détention provisoire, qui est ensuite prolongée dans l'attente de son procès.
Le , il est condamné par le tribunal à une lourde peine de trois ans de colonie pénitentiaire sur le fondement de l'article 330.1, partie 3, du Code pénal russe, malgré la reconnaissance par le chercheur de sa culpabilité. Il affirme qu'il n'était pas au courant de l'élargissement de cet enregistrement obligatoire[7]. La peine est confirmée en appel le [6].
La diplomatie française dénonce cette condamnation et la loi sur les «agents de l'étranger» qui «contribue à une violation systématique des libertés fondamentales en Russie, comme la liberté d’association, la liberté d’opinion, et la liberté d’expression»[7]. Laurent Vinatier est le premier ressortissant étranger inscrit sur la liste russe des «agents étrangers», ce qui amène la presse russe à le qualifier d'«espion pas comme les autres»[3].
En , Laurent Vinatier est à nouveau poursuivi par la justice russe, cette fois pour des accusations d'espionnage. Il lui est reproché d'avoir, dans le cadre de son engagement diplomatique, collecté «des informations militaires et techniques qui peuvent être utilisées par des services de renseignement étrangers à l’encontre de la sécurité de la Russie» selon le FSB[7]. Le procès se déroule à huis clos: les premières audiences ont lieu en et Laurent Vinatier encourt jusqu'à vingt années d'emprisonnement supplémentaires[8]. En , l'enquête est prolongée et son procès retardé, devant avoir lieu fin [6].
Malgré ses activités diplomatiques et son positionnement neutre, connus par les autorités russes, sa condamnation viserait à envoyer un message et à «frapper de stupeur les chancelleries et l’opinion occidentales» en s'en prenant à «une cible de choix»[4]. Selon Intelligence Online, le signal serait envoyé à la fois à l'État français, dans un contexte de dégradation forte des relations entre la France et la Russie, mais aussi aux ONG du secteur de l'humanitaire ou de la diplomatie[5]. Il est parfois considéré comme un «otage d'État» de la Russie[9].
Libération
Le , le journaliste Jérôme Garro interpelle Vladimir Poutine lors de la conférence de presse annuelle du président russe au sujet de Laurent Vinatier. Télérama écrit que c'est ce «qui a permis sa sortie de prison»[10]. Intelligence Online confirme l'importance de cet événement dans le déroulement des négociations. Ils ajoutent que la DGSE serait fortement impliquée dans la libération du chercheur français. Les négociations entre Nicolas Lerner et Sergueï Narychkine se passent bien, la Russie ne cherchant pas à «faire monter les enchères»[11].
Laurent Vinatier est finalement libéré le , en échange du basketteur russe Daniil Kasatkin, emprisonné en France en attente de son extradition vers les États-Unis et accusé de piratage informatique[12],[13]. Après la non-signature de son décret d'extradition par Sébastien Lecornu, un Dassault Falcon emmène Daniil Kasatkin jusqu'à Moscou, puis le chercheur français monte à bord du même avion pour revenir en France[11].
Le rôle de l'avocat des parents de Laurent Vinatier, qui a aussi pour client Daniil Kasatkin, est également souligné. Il aurait facilité les contacts entre les différentes parties. C'est également un habitué des échanges de prisonniers avec la Russie, ayant été impliqué dans celui d'Alexander Vinnik et Marc Fogel[11].
1234«Russie: «La France doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour obtenir la libération de Laurent Vinatier»», Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
123«Le chercheur français Laurent Vinatier condamné à trois ans de prison par la Russie pour ne pas s’être déclaré «agent de l’étranger»», Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
↑«Le chercheur français Laurent Vinatier désormais poursuivi pour espionnage à Moscou», Le Monde, (lire en ligne, consulté le )