Lawrence Alma-Tadema

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Décès
Période d'activité
Lawrence Alma-Tadema
Naissance
Décès
Sépulture
Période d'activité
Nom de naissance
Lourens Alma Tadema
Nationalité
Activité
Formation
Mouvement
Influencé par
Conjoints
Laura Theresa Alma-Tadema
[Marie] Pauline Gressin (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Distinctions
Liste détaillée
Chevalier de l'ordre de Léopold ()
Ordre du Lion néerlandais ()
Ordre de Saint-Michel ()
Chevalier de la Légion d'honneur‎ ()
Ordre du Lion d'or de la maison de Nassau ()
Chevalier de 3e classe de l'ordre de la Couronne (d) ()
Ordre Pour le Mérite pour les sciences et arts (d) ()
Knight Bachelor ()
Médaille d'or royale pour l'architecture ()
Ordre du Mérite ()
Ordre Pour le MériteVoir et modifier les données sur Wikidata
Œuvres principales
signature de Lawrence Alma-Tadema
Signature.
Vue de la sépulture.

Lawrence Alma-Tadema, né Lourens Alma Tadema le à Dronryp et mort le à Wiesbaden, est un peintre néerlandais. Formé à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers, il s'installe à Londres en 1870, devenant résident permanent au Royaume-Uni en 1873, et y passe l'essentiel du reste de sa vie.

Peintre de sujets principalement classiques, il devient célèbre pour ses représentations du luxe et de la décadence de l'Empire romain, avec des figures langoureuses évoluant dans de somptueux intérieurs de marbre ou sur fond de mer et de ciel méditerranéens d'un bleu éclatant. Figurant parmi les peintres victoriens les plus populaires, Alma-Tadema est admiré de son vivant pour son talent de dessinateur et ses représentations méticuleuses de l'Antiquité classique, mais son œuvre tombe dans l'oubli après sa mort, avant d'être redécouverte à la fin des années 1960 avec le regain d'intérêt pour la peinture victorienne. Il a réalisé 408 peintures numérotées, dont plus de 300 représentent des scènes de l'Antiquité.

Jeunesse

Lourens Alma Tadema naît le dans le village de Dronryp, en Frise, au nord des Pays-Bas[1]. Le nom de famille Tadema est un ancien patronyme frison signifiant « fils de Tade », tandis que les prénoms Lourens et Alma lui viennent de son parrain[2]. Il est le sixième enfant de Pieter Jiltes Tadema (1797-1840), notaire du village, et le troisième enfant de Hinke Dirks Brouwer (1800-1863). Son père a eu trois fils d'un précédent mariage. Son frère aîné est mort en bas âge, et sa sœur cadette, pour laquelle il a une grande affection, se prénomme Artje (1834-1876).

La famille Tadema déménage en 1838 pour la ville voisine de Leeuwarden, où le poste de notaire de Pieter est plus lucratif[1]. Son père meurt lorsque Lourens a quatre ans, laissant sa mère avec cinq enfants : Lourens, sa sœur et les trois garçons issus du premier mariage de son père[2]. Sa mère, passionnée d'art, décide d'intégrer des cours de dessin à l'éducation des enfants. Il reçoit ses premières leçons de dessin auprès d'un professeur local engagé pour enseigner à ses demi-frères aînés. Il peint son premier tableau (un portrait de sa sœur) à l'âge de 14 ans[3]. Il est destiné à devenir avocat mais en 1851, à l'âge de quinze ans, il tombe gravement malade. Diagnostiqué tuberculeux et condamné par les médecins, il est autorisé à passer ses derniers jours à son aise, à dessiner et à peindre. Toutefois, il recouvre la santé et décide de se consacrer à une carrière d’artiste[2].

Études en Belgique

En 1852, il entre à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers, en Belgique, où il étudie l'art néerlandais et flamand primitif auprès de Gustave Wappers[4]. Durant ses quatre années d'études à l'Académie, Alma-Tadema remporte plusieurs prix. Avant de quitter l'Académie, vers la fin 1855, il devient l'assistant du peintre et professeur Louis De Taeye, dont il a beaucoup apprécié les cours d'histoire et de costume historique. Bien que Taeye ne soit pas un peintre exceptionnel, Alma-Tadema le respecte et devient son assistant d'atelier, travaillant à ses côtés pendant trois ans[5]. Taeye lui fait découvrir des ouvrages qui influencent son désir de représenter des sujets mérovingiens dès le début de sa carrière. Il est ainsi encouragé à représenter la réalité historique dans ses peintures[6].

L'influence majeure de Taeye sur son jeune élève est son intérêt pour les civilisations antiques[7], notamment égyptiennes, intérêt qui se manifeste pour la première fois dans Cléopâtre mourante, commencée en 1859 mais détruite par l'artiste, et dans Le Père affligé, peint en 1858[8]. Initialement une grande peinture de procession dans un décor architectural intitulée L'Oracle défavorable, elle est réduite à une échelle plus modeste pour ne représenter que trois personnages ; cette version réduite est aujourd'hui conservée à la Johannesburg Art Gallery. Une autre partie du Père affligé est modifiée par l'artiste dix ans plus tard, en 1869, et exposée à l'Académie royale en 1871 sous le titre Le Grand Chambellan de Sésostris le Grand[9]. L'artiste avait prévu deux autres tableaux sur le thème de l'Égypte en 1857 et 1858, intitulés La Visite de l'oracle et L'Oracle contraire, dont plusieurs dessins préparatoires, ayant appartenu à Edmund Gosse, sont encore conservés. Ces tableaux ne sont jamais réalisés ou sont détruits, car durant ses études, Alma-Tadema détruit ou recouvre fréquemment les œuvres qui ne le satisfont pas[10].

L'Éducation des enfants de Clovis (1861), collection particulière, première œuvre majeure du peintre.

Plusieurs de ses premières peintures égyptiennes figurent des représentations précises d'objets et de décors, témoignant de l'étude approfondie qu'a l'artiste d'un ouvrage de référence important de son époque : Manners and Customs of the Ancient Egyptians (Les Mœurs et Coutumes des anciens Égyptiens) de John Gardner Wilkinson, publié en 1837[11]. Alma-Tadema quitte l'atelier de Taeye en et retourne à Leeuwarden avant de s'installer à Anvers, où il commence à travailler avec le peintre Henri Leys, dont l'atelier est l'un des plus réputés de Belgique[5]. Sous sa direction, Alma-Tadema réalise sa première œuvre majeure : L'Éducation des enfants de Clovis (1861)[12]. Ce tableau fait sensation auprès des critiques et des artistes lors de son exposition la même année au Congrès artistique d'Anvers et pose les fondements de sa renommée[13]. Bien que Leys trouve le tableau achevé meilleur qu'il ne l'avait espéré, il critique le traitement du marbre, qu'il compare à du fromage[13]. Alma-Tadema prend cette critique très au sérieux, ce qui le conduit à perfectionner sa technique et à devenir par la suite le plus grand peintre mondial de marbre et de granit veiné. Malgré les reproches de son maître, L'Éducation des enfants de Clovis est bien accueillie par la critique et les artistes, puis acquise et offerte au roi Léopold de Belgique[14]. Alma-Tadema collabore ensuite avec Leys sur la série de peintures murales de la salle Leys au deuxième étage de l'hôtel de ville d'Anvers, qui représentent des moments importants de l'histoire des Pays-Bas.

Premiers succès

Les sujets mérovingiens sont les thèmes de prédilection du peintre jusqu'au milieu des années 1860. Cependant, ces sujets ne rencontrant pas un large succès international, il se tourne vers des thèmes de la vie dans l'Égypte antique, qui rencontrent une plus grande popularité[15]. En 1862, Alma-Tadema quitte l'atelier de Leys et entame sa propre carrière, s'imposant comme un artiste majeur des sujets classiques. Il se rend à Londres pendant l'Exposition universelle. Lorsqu'il visite le British Museum, il est très impressionné par la collection d'objets égyptiens ainsi que par la frise du Parthénon, ce qui influence considérablement son œuvre par la suite[16].

C'est notre coin (1873), musée Van-Gogh, portrait des deux filles de l'artiste.

Le , sa mère, invalide, meurt. Le , il épouse, à l'hôtel de ville d'Anvers, Marie-Pauline Gressin-Dumoulin de Boisgirard, fille d'Eugène Gressin-Dumoulin, journaliste français installé près de Bruxelles[17]. On ignore tout de leur rencontre et on sait peu de choses sur Pauline elle-même, car Alma-Tadema n'a jamais parlé d'elle publiquement après sa mort en 1869. Son image apparaît dans plusieurs huiles, bien qu'il n'ait peint son portrait que trois fois, le plus remarquable étant celui de Mon atelier (1867)[18]. Le couple a trois enfants. Leur fils aîné meurt de la variole quelques mois après sa naissance. Leurs deux filles, Laurence (1865-1940) et Anna (1867-1943), sont toutes deux attirées par les arts : la première par la littérature, la seconde par les arts plastiques[19].

Alma-Tadema et son épouse passent leur lune de miel à Florence, Rome, Naples et Pompéi. Ce premier voyage en Italie éveille son intérêt pour la représentation de la vie dans la Grèce et la Rome antiques, en particulier dans cette dernière, car il trouve une nouvelle source d'inspiration dans les ruines de Pompéi, qui le fascinent et qui vont inspirer une grande partie de son œuvre au cours des décennies suivantes[20]. Il y rencontre Geremia Discanno, un peintre italien chargé par l'archéologue Giuseppe Fiorelli de reproduire les fresques aux couleurs vives mises au jour lors des fouilles de Pompéi et d'Herculanum avant qu'elles ne s'effacent sous l'effet des intempéries. Il consulte Discanno à plusieurs reprises jusqu'à la mort de ce dernier en 1907 afin de s'assurer que ses peintures de l'Antiquité reflètent fidèlement le mode de vie des habitants du monde gréco-romain.

Sa peinture sur un thème égyptien antique reçoit une médaille d'or au Salon de Paris en 1864, où il rencontre Jean-Léon Gérôme[3]. Durant l'été 1864, Tadema rencontre Ernest Gambart, l'éditeur d'estampes et marchand d'art le plus influent de l'époque. Gambart est très impressionné par le travail de Tadema, qui peint alors les Joueurs d'échecs égyptiens (1865)[16]. Le marchand, reconnaissant immédiatement le talent exceptionnel du jeune peintre, lui commande vingt-quatre tableaux et organise l'exposition de trois d'entre eux à Londres[21]. En 1865, Tadema s'installe à Bruxelles où il est fait chevalier de l'Ordre de Léopold.

Lesbie pleurant sur un moineau (1866), collection particulière.

En 1868, il signe un nouveau contrat avec Gambart pour 34 tableaux, à réaliser sur une période de trois ans et demi. Parmi les premiers acquéreurs de tableaux anciens d'Alma-Tadema figure le collectionneur espagnol, le marquis José de Murieta, qui achète plus de 20 de ses œuvres, dont Lesbie pleurant sur un moineau[22]. Le banquier américain W. Prescott-Hunt devient également un admirateur du peintre. Suite à ces commandes, Gambart signe un contrat avec Alma-Tadema, aux termes duquel l'artiste s'engage à réaliser 49 toiles supplémentaires. Selon la taille de la toile et le nombre de personnages, les tableaux sont répartis en trois catégories dans les contrats. Une toile de la première catégorie, la moins chère, est estimée à 80 livres sterling, celle de la deuxième à 100 livres, et le prix d'une toile de la troisième catégorie atteint 120 livres[22].

Le , après des années de santé fragile, Pauline meurt de la variole à Schaerbeek, à l'âge de 32 ans[22]. Sa mort plonge Tadema dans le désespoir et la dépression. Il cesse de peindre pendant près de quatre mois. Sa sœur Artje, qui vit avec la famille, s'occupe des deux filles, alors âgées de cinq et deux ans. Artje prend en charge la gestion du foyer et reste auprès de la famille jusqu'en 1873, année de son mariage[22].

Durant l'été, Tadema commence lui-même à souffrir d'un problème de santé que les médecins bruxellois ne parviennent pas à diagnostiquer. Gambart lui conseille finalement de se rendre en Angleterre pour un autre avis médical. Peu après son arrivée à Londres en , Alma-Tadema est invité chez le peintre Ford Madox Brown. Il y rencontre Laura Theresa Epps, âgée de dix-sept ans, et tombe amoureux d'elle au premier regard[23]. Son tableau Une danse pyrrhique est présenté lors d'une exposition et attire l'attention de la plupart des critiques, qui y voient une métaphore de la guerre et la paix, à l'exception de John Ruskin qui compare les danseurs à « une petite troupe de coléoptères noirs à la recherche d'un rat mort »[24].

Installation en Angleterre

Les Femmes d'Amphissa, 1887, huile sur toile, 122,5 × 184,2 cm, Williamstown, Clark Art Institute

Le déclenchement de la guerre franco-prussienne en incite Alma-Tadema à quitter le continent pour s'installer à Londres. Son engouement pour Laura Epps joue un rôle déterminant dans sa décision de déménager en Angleterre, et Gambart est convaincu que ce changement serait bénéfique à la carrière de l'artiste. Accompagné de ses jeunes filles et de sa sœur Artje, Alma-Tadema arrive à Londres début et s'installe tout d'abord chez le peintre Frederick Goodall[25]. Tadema prend rapidement contact avec Laura et il est convenu qu'il lui donne des cours de peinture. Lors de l'un de ces cours, il la demande en mariage. Âgé alors de trente-quatre ans et Laura de seulement dix-huit, son père s'oppose d'abord à cette idée. Le docteur Epps finit par accepter à condition qu'ils attendent de mieux se connaître. Ils se marient en . Sous son nom d'épouse, Laura acquiert également une grande renommée comme artiste et apparaît dans de nombreuses toiles d'Alma-Tadema après leur mariage, Les Femmes d'Amphissa (1887) en étant un exemple notable. Ce second mariage est durable et heureux, bien que sans enfant, et Laura devient la belle-mère d'Anna et de Laurence[26].

En Angleterre, il adopte d'abord le nom de Laurence Alma Tadema au lieu de Lourens Alma Tadema, puis anglicise Lawrence pour son prénom. Il intègre également Alma à son nom de famille afin d'apparaître en début de catalogue d'exposition, à la lettre « A » plutôt qu'à la lettre « T »[2]. Il n'utilise pas lui-même de trait d'union dans son nom de famille, mais d'autres le font à sa place et cette pratique devient alors la norme[27].

Peintre victorien

Après son arrivée en Angleterre, où il passe l'essentiel du reste de sa vie, la carrière d'Alma-Tadema est marquée par un succès continu. Il devient l'un des artistes les plus célèbres et les mieux rémunérés de son temps. Dès 1871, il a rencontré et noué des liens d'amitié avec la plupart des grands peintres préraphaélites, et c'est en partie grâce à leur influence qu'il éclaircit sa palette, diversifie ses teintes et allège son coup de pinceau. Ce changement de technique marque le début d'une série d'œuvres ayant pour thème la Grèce antique[28]. En 1872, Alma-Tadema organise ses peintures selon un système d'identification en incluant un numéro d'opus sous sa signature et en attribuant également des numéros à ses œuvres antérieures. Le Portrait de ma sœur, Artje, peint en 1851, porte le numéro d'opus I, tandis que deux mois avant sa mort, il achève sa dernière peinture, Préparatifs au Colisée, opus CCCCVIII. Ce système est censé rendre plus difficile la contrefaçon[29].

En 1872, lui et son épouse entreprennent un voyage de cinq mois et demi sur le continent, les menant à Bruxelles, en Allemagne et en Italie. Alma-Tadema peut de nouveau admirer les ruines antiques ; cette fois, il acquiert plusieurs photographies, principalement de ces ruines, qui marquent le début de son immense collection de documents d'archives, utilisés pour la réalisation de ses futures peintures. En 1873, la reine Victoria accorde par lettres patentes à Alma-Tadema le statut de denizen, lui conférant certains droits spéciaux limités, normalement réservés aux sujets britanniques[7]. Bien que cette procédure légale n'ait jamais été formellement abolie, le cas d'Alma-Tadema demeure la dernière application de cette disposition. En 1874, la maison londonienne d'Alma-Tadema est détruite par l'explosion d'une barge à poudre sur le Regent's Canal. Le peintre et son épouse sont alors absents mais ses filles sont présentes et, sous l'effet du souffle, sont projetées par les fenêtres avec leurs lits. Elles ne sont pas blessées sérieusement et aucune toile n'est endommagée, mais l'atelier est désormais inutilisable[30].

Le Modèle du sculpteur (1877), collection particulière.

En , le peintre loue un atelier à Rome. La famille retourne à Londres en avril, visitant le Salon de Paris sur le chemin du retour. Parmi les œuvres les plus importantes qu'il réalise durant cette période figure Une audience chez Agrippa (1876). Lorsqu'un admirateur propose de payer une somme considérable pour une toile au sujet similaire, Alma-Tadema se contente de retourner le personnage de l'empereur pour le représenter quittant les lieux, dans Après l'audience[31]. Durant cette période, il expérimente de nombreuses techniques, et l'une de ses initiatives les plus audacieuses est Le Modèle du sculpteur de 1877. Il s'agit de la réponse de l'artiste aux critiques qui reprochent à ses figures féminines de manquer de grâce[32]. Le tableau provoque un scandale[33]. Alma-Tadema envoie dix de ses peintures à l'Exposition universelle de 1878 de Paris mais n'obtient qu'une médaille d'argent. L'artiste en est irrité mais cette vexation est compensée par le titre d'Officier de la Légion d'honneur, qui lui est décerné à la fin de l'exposition[34]. Le , Alma-Tadema est élu membre de la Royal Academy of Arts[35].

En 1881, Alma-Tadema devient membre de la Royal Watercolour Society bien qu'il ait peint peu d'aquarelles (seulement 41 d'œuvres de ce genre ont reçu un numéro d'opus)[36]. En 1882, une importante rétrospective de l'ensemble de son œuvre est organisée à la Grosvenor Gallery de Londres, présentant notamment 185 de ses tableaux mais les critiques sont mitigées, déplorant notamment le « détail archéologique excessif » et la sécheresse de l'expression émotionnelle[37].

En 1883, il retourne à Rome et à Pompéi, où de nouvelles fouilles ont été entreprises depuis sa dernière visite. Il consacre beaucoup de temps à l'étude du site, s'y rendant quotidiennement. Ces excursions lui fournissent une riche source d'inspiration, lui permettant d'approfondir sa connaissance de la vie quotidienne romaine. En 1885, il peint Le Triomphe de Titus, pour lequel il fait des recherches historiques poussées et qui est vendu pour environ 4 000 £, ce qui en fait l'un des tableaux les plus chers de l'époque[38].

La production d'Alma-Tadema diminue avec le temps, en partie pour des raisons de santé, mais aussi en raison de son obsession pour la décoration de sa nouvelle demeure, où il emménage en 1883 et qui compte 66 pièces décorées dans des styles éclectiques[39]. De nombreux intérieurs de la maison figurent dans les tableaux de l'artiste ; par exemple, les instruments du salon de musique sont représentés dans Une lecture d'Homère (1885)[40].

Les Roses d'Héliogabale (1888), Mexico, Collection Juan Antonio Pérez Simón.

L'une de ses toiles les plus célèbres est Les Roses d'Héliogabale (1888), inspirée d'un épisode de la vie de l'empereur romain Héliogabale. Le tableau représente l'empereur étouffant ses invités lors d'une orgie sous une cascade de pétales de roses. Lors de son exposition, il attire notamment l'attention d'Oscar Wilde, qui informe son éditeur qu'il serait ravi d'écrire sur la vie d'Héliogabale[41]. Les fleurs qui ont servi à la réalisation de cette œuvre lui sont envoyées chaque semaine de la Côte d'Azur à son atelier londonien pendant quatre mois, durant l'hiver 1887-1888. Certains critiques reprochent cependant à l'artiste de représenter un meurtre sophistiqué sans considérer le côté moral des événements. Le tableau est acheté par l'ingénieur George Aird pour la somme de 4 000 £[41]. En 1889, son tableau Une consécration à Bacchus est vendu pour 5 880 £, devenant ainsi le tableau le plus cher d'Alma-Tadema vendu au Royaume-Uni de son vivant[42].

Dernières années

Printemps (1894), Los Angeles, Getty Center.

Il continue d'exposer à la fin des années 1880 et tout au long des années 1890, recevant de nombreuses distinctions, dont la médaille d'honneur à l'Exposition universelle de Paris de 1889, et la Grande Médaille d'or à l'Exposition internationale de Bruxelles de 1897. Parmi les œuvres d'Alma-Tadema de cette période figurent : Un paradis terrestre (1891), Rivales sans le savoir (1893), Printemps (1894), l'une de ses œuvres les plus populaires à laquelle il travaille quatre ans[43], Le Colisée (1896) et Les Thermes de Caracalla (1899). Bien que la renommée d'Alma-Tadema repose sur ses peintures d'époque, il réalise également des portraits, des paysages et des aquarelles, et effectue quelques gravures de ses propres œuvres.

En 1899, il est anobli par le Royaume-Uni, obtenant le titre de baronnet et devenant ainsi le huitième artiste du continent à recevoir cet honneur[44]. Il participe à l'organisation de la section britannique à l'Exposition universelle de 1900 à Paris et y expose deux œuvres qui lui valent le Grand Prix. Il contribue également à l'Exposition universelle de Saint-Louis de 1904, où il est très bien accueilli. Il est décoré de l'Ordre du Mérite en 1905[7].

Caracalla et Geta (1907), collection particulière, dernière œuvre majeure du peintre.

Durant cette période, Alma-Tadema se consacre activement à la scénographie et à la production théâtrale, créant de nombreux costumes. Il commence également à concevoir du mobilier, souvent inspiré de motifs pompéiens ou égyptiens, ainsi que des illustrations, des textiles et des cadres. Fin 1902, il se rend en Égypte et y assiste à l'inauguration du premier barrage d'Assouan[44]. Ces autres intérêts influencent ses peintures, puisqu'il y intègre fréquemment certains de ses meubles et costumes féminins. Durant sa dernière période de création, Alma-Tadema continue de peindre en reprenant la formule éprouvée des femmes sur des terrasses de marbre surplombant la mer, comme dans Favoris argentés (1903)[45]. Entre 1903 et sa mort, Alma-Tadema peint moins, mais continue de réaliser des œuvres ambitieuses telles que La Découverte de Moïse (1904)[46], sur laquelle il travaille pendant deux ans[47]. En 1906, il reçoit la médaille d'or du Royal Institute of British Architects, la justification de cette distinction mentionnant sa propre maison, les décors de la pièce de théâtre Coriolan et les peintures recréant des vues du Parthénon, du Colisée et des thermes de Caracalla[42]. En 1907, il réalise sa dernière œuvre majeure, Caracalla et Geta, où les deux frères rivaux sont représentés dans une loge du Colisée, entourés de leur famille. L'artiste, fidèle à sa réputation de méticulosité, calcule notamment que 5 000 personnages peuvent tenir dans les secteurs de l'amphithéâtre visibles du spectateur. Il en représente 2500, les autres demeurant invisibles derrière les colonnes et les guirlandes de fleurs. Le tableau est par la suite acquis par la famille royale britannique pour 10 000 £[48].

Le , l'épouse d'Alma-Tadema, Laura, meurt à l'âge de cinquante-sept ans[49]. Veuf et accablé de chagrin, il survit moins de trois ans à sa seconde épouse. Sa dernière œuvre achevée est Préparation au Colisée (1912). Durant l'été 1912, Alma-Tadema se rend, accompagné de sa fille Anna, à la station thermale de Kaiserhof à Wiesbaden, en Allemagne, pour y être soigné d'ulcères à l'estomac[19]. Il y meurt le , à l'âge de soixante-seize ans. Il est inhumé dans la crypte de la cathédrale Saint-Paul de Londres[19]. À sa mort, ses grandes compositions invendues sont léguées au Rijksmuseum d'Amsterdam et au musée du Luxembourg à Paris, tandis que certaines œuvres de plus petit format rejoignent le musée de Leeuwarden[50]. Sa bibliothèque et sa collection de photographies (4000 volumes et 5000 tirages) sont léguées au Victoria and Albert Museum. Ses filles ne reçoivent que 100 £ chacune dans son testament, sans compter le mobilier et les effets personnels[50].

En 1975, une plaque bleue est dévoilée en son honneur. Cette plaque commémore Alma-Tadema au 44 Grove End Road, St John's Wood, sa maison de 1886 jusqu'à sa mort en 1912[51].

Personnalité

Malgré le charme discret et l'érudition qui se dégagent de ses peintures, Alma-Tadema conservait une espièglerie juvénile. Il se comportait comme un enfant, tant dans ses farces que dans ses accès de mauvaise humeur soudains, qui pouvaient tout aussi vite se dissiper en un sourire engageant. Dans sa vie privée, Alma-Tadema était extraverti et chaleureux. Homme robuste, jovial et plutôt corpulent, Lawrence Alma-Tadema ne laissait rien transparaître de la délicatesse de l'artiste ; il aimait le vin, les femmes et les fêtes[52].

Ses biographes disent de lui qu'il possédait la plupart des caractéristiques d'un enfant, alliées aux traits d'un professionnel accompli. Perfectionniste, il demeura à tous égards un travailleur diligent, quoique quelque peu obsessionnel et pédant. Excellent homme d'affaires, il fut l'un des artistes les plus riches du XIXe siècle. Alma-Tadema était aussi intransigeant en matière d'argent qu'en ce qui concernait la qualité de son travail[53].

Style

Les œuvres d'Alma-Tadema sont remarquables par leur représentation des fleurs, des textures et des matériaux réfléchissants comme les métaux, la céramique et surtout le marbre, ce qui lui vaut le surnom de « peintre du marbre ». Ses disciples, dont le plus connu est John William Godward, sont d'ailleurs connus sous la dénomination « école du marbre »[54]. Selon le critique d'art britannique Christopher Wood, « Alma-Tadema était avant tout un artiste néerlandais, et sa formation artistique ainsi que la nature de son art étaient exclusivement néerlandaises, et non anglaises »[55].

Il fut l'un des peintres les plus populaires de l'époque victorienne et parmi les plus prospères, sans toutefois égaler Edwin Landseer[56]. Ses thèmes de prédilection n'étaient pas les grandes scènes historiques, mais les scènes de genre, généralement intimistes, se déroulant dans des décors antiques[3]. Ses reconstitutions détaillées de la Rome antique, avec des hommes et des femmes à l'allure langoureuse posant sur du marbre blanc sous une lumière éclatante, avec souvent en arrière-plan une mer limpide, offraient au public un aperçu d'un monde exotique, empreint d'un luxe envoûtant et d'un drame intime[57]. Le premier plan de ses peintures était souvent directement juxtaposé à l'arrière-plan, par exemple dans Favoris argentés, afin de créer un effet dramatique[58].

Les Thermes de Caracalla (1899), collection particulière.

Souvent, ses compositions à personnages multiples produisaient un effet spectaculaire sur fond de splendeur et de raffinement historiques (par exemple, Les Roses d'Héliogabale, Printemps, La Fête du vin). L'artiste leur conférait souvent un caractère érotique et idyllique, les situant, par exemple, dans des thermes, des appartements de femmes ou des recoins isolés. Les nuisettes antiques (Une coutume favorite, Le Tepidarium), et même les nus féminins (Le Modèle du sculpteur, Strigiles et éponges) ou les scènes sociales informelles (Les Thermes de Caracalla, Les Adoratrices de l'amour), bien que lointains dans le temps, n'offensaient pas la sensibilité de l'époque et ne soulevaient aucune objection morale significative[7],[59]. Les personnages féminins d'Alma-Tadema affichent souvent une attitude légèrement blasée et hédoniste, comme s'il s'agissait de courtisanes choyées, par exemple dans Rivales sans le savoir[60]. Christopher Wood écrit au sujet de l'artiste : « Bien que l’impact émotionnel de ses œuvres soit minimal, elles sont festives, et les images de mer, de ciel, de marbre et de fleurs baignées par les rayons du soleil méditerranéen rendent ces peintures uniques dans l’art victorien ; elles seront toujours un plaisir »[44].

Dès le début de sa carrière, Alma-Tadema s'est particulièrement intéressé à la précision architecturale, peignant souvent des objets provenant de musées, comme le British Museum de Londres[61]. Il a également puisé son inspiration dans de nombreux livres et a constitué une collection considérable de photographies de sites antiques italiens, qu'il a utilisées pour atteindre une précision extrême dans ses peintures. Alma-Tadema était un perfectionniste, retravaillant sans cesse des parties de ses tableaux jusqu'à ce qu'il les trouve satisfaisants. Il était attentif au moindre détail, à la moindre ligne architecturale de ses paysages. Il peignait souvent d'après nature, utilisant des fleurs fraîches cueillies à travers l'Europe et même l'Afrique, s'empressant de les peindre avant qu'elles ne fanent. Son souci du détail lui valut la reconnaissance, mais également d'être accusé de pédanterie par certains critiques. Ceux-ci ont aussi reproché à l'artiste de se spécialiser dans des scènes domestiques mièvres et sentimentales, permettant aux spectateurs contemporains de s'identifier à des figures antiques. Des critiques plus sévères ont même accusé les personnages de ses tableaux de représenter des Victoriens vêtus de péplos et de toges[7].

Alma-Tadema, alliant peinture de genre et précision archéologique dans le détail, ne s'est pas opposé directement aux artistes britanniques de l'époque, qui privilégiaient les grandes toiles allégoriques et mythologiques ; l'influence d'Alma-Tadema sur l'académisme victorien n'a commencé à se faire sentir que dans les années 1880. Cependant, dès 1870, la critique suivante paraissait dans The Jugler : « Alma-Tadema défie toute classification : il n'appartient à aucune école, autrement dit, il est une école à lui seul »[62].

L'œuvre d'Alma-Tadema a été associée à celle des peintres symbolistes européens[63]. Il a influencé des peintres européens tels que Gustav Klimt et Fernand Khnopff, qui ont intégré des motifs classiques, ainsi que les procédés de composition non conventionnels d'Alma-Tadema, comme la coupure abrupte au bord de la toile[63]. À l'instar d'Alma-Tadema, ils emploient également une imagerie codée pour suggérer des significations cachées[63]. Lui-même a aussi été influencé par le symbolisme, comme cela est perceptible dans le tableau La Voix du printemps (1910) avec la combinaison de symboles archétypaux et de thèmes classiques, et la construction asymétrique de la composition[64].

Réputation et prix de vente

Comme pour d'autres peintres, les droits de reproduction des estampes valaient souvent plus que la toile elle-même. Par exemple, un tableau, droits compris, a pu être vendu à Gambart pour 10 000 £ en 1874 ; puis, en 1903, alors que les prix pratiqués par Alma-Tadema étaient plus élevés, il fut revendu sans droits pour 2 625 £. Les prix habituels se situaient entre 2 000 et 3 000 £ dans les années 1880, mais au moins trois œuvres se sont vendues entre 5 250 et 6 060 £ au début du XXe siècle. Les prix se sont maintenus jusqu'à l'effondrement général du marché de l'art victorien au début des années 1920, où ils ont chuté à quelques centaines de livres sterling, niveau auquel ils sont restés jusqu'aux années 1960[65].

Les dernières années de la vie d'Alma-Tadema virent l'essor du postimpressionnisme, du fauvisme, du cubisme et du futurisme, mouvements qu'il désapprouvait tous. Comme l'écrit son élève John Collier, « il est impossible de concilier l'art d'Alma-Tadema avec celui de Matisse, Gauguin et Picasso »[66]. Son héritage artistique faillit disparaître. Alors que le goût du public et de l'élite artistique se tournait vers le modernisme du XXe siècle, il devint de bon ton de dénoncer son style, son œuvre devenant un symbole de l'ordre ancien même s'il conserva quelques défenseurs tels que George Bernard Shaw[67]. Pour les critiques des années 1920, Alma-Tadema était l'exemple type du décorateur victorien qui gaspillait beaucoup d'efforts et de compétences techniques pour des choses superficielles, voire dénuées de sens[68]. Après cette brève période de condamnation, il tomba dans l'oubli pendant le demi-siècle suivant.

Ce n'est que depuis les années 1960 que l'œuvre d'Alma-Tadema a été redécouverte pour son importance historique dans l'évolution de l'art anglais. Il est aujourd'hui considéré par les historiens de l'art comme l'un des principaux peintres de sujets classiques du XIXe siècle, dont les œuvres témoignent du soin et de la précision d'une époque fascinée par la volonté de visualiser le passé, dont une partie était alors exhumée grâce aux recherches archéologiques. En 1962, le marchand d'art new-yorkais Robert Isaacson organisa la première exposition consacrée à Alma-Tadema depuis cinquante ans[69]. À la fin des années 1960, le regain d'intérêt pour la peinture victorienne s'accentua grâce à plusieurs expositions à succès[70]. Allen Funt collectionnait les tableaux d'Alma-Tadema durant la période la plus sombre du XXe siècle pour l'artiste ; en quelques années, il acquit 35 œuvres, soit environ 10 % de la production d'Alma-Tadema[71]. Après avoir été victime d'un vol commis par son comptable, Funt fut contraint de vendre sa collection chez Sotheby's à Londres en [72].

La Rencontre d’Antoine et de Cléopâtre (1885), collection particulière.

En 1960, la galerie Newman ne parvint ni à vendre, ni même à céder, l'une de ses œuvres les plus célèbres, La Découverte de Moïse (1904)[73]. Le premier acquéreur, l'ingénieur George Aird, l'avait payée 5 250 £ en 1904, et les ventes suivantes s'établirent à 861 £ en 1935, et 265 £ en 1942, avant qu'elle ne soit rachetée à 252 £ en 1960 (son prix de réserve n'ayant pas été atteint)[65]. Mais lorsque ce même tableau fut mis aux enchères chez Christie's à New York en , il fut adjugé pour 1,75 million de livres sterling[74]. Le , il fut vendu pour 35 922 500 $ à un enchérisseur anonyme chez Sotheby's à New York, un nouveau record pour un artiste victorien. Le , le tableau La Rencontre d’Antoine et de Cléopâtre a été vendu dans la même maison pour 29,2 millions de dollars.

Le Tepidarium (1881) d'Alma-Tadema figure dans l'ouvrage de 2006 intitulé 1001 Paintings You Must See Before You Die. Julian Treuherz, conservateur des galeries d'art du National Museums Liverpool, le décrit comme un « tableau d'une facture exquise [qui] dégage une forte charge érotique, rare pour une peinture victorienne de nu »[75].

Les représentations très détaillées de la vie et de l'architecture romaines par Alma-Tadema, fruit de recherches archéologiques méticuleuses, ont inspiré les réalisateurs hollywoodiens pour leurs films antiques, tels que Intolérance (1916), Ben-Hur (1925) et Cléopâtre (1934). Le cas le plus notable est celui du film épique Les Dix Commandements (1956) de Cecil B. DeMille[66]. Son coscénariste, Jesse Lasky Jr., a décrit comment le réalisateur étalait des reproductions des peintures d'Alma-Tadema pour guider ses décorateurs[44]. Plus récemment, la conception du film épique romain Gladiator (2000) s'est également principalement inspirée de ses peintures[73].

Œuvres

Galerie

Distinctions

Notes et références

Voir aussi

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