Le Déserteur (chanson)

chanson de Boris Vian From Wikipedia, the free encyclopedia

Le Déserteur est une chanson écrite par Boris Vian en [1] (lors de la guerre d'Indochine), composée avec Harold B. Berg et enregistrée dans sa forme définitive l'année suivante. Son antimilitarisme a provoqué beaucoup de polémiques.

Sortie En 1954
Enregistré 14 mai 1954
Durée 3 min 31 s
Faits en bref Sortie, Enregistré ...
Le Déserteur
Chanson de Marcel Mouloudji
Sortie En 1954
Enregistré 14 mai 1954
Durée 3 min 31 s
Genre chanson française
Format 78 tours
Auteur Boris Vian
Compositeur Harold B. Berg / Boris Vian
Label Philips
Fermer
Sortie
Enregistré
Durée 3 min 39 s
Faits en bref Sortie, Enregistré ...
Le Déserteur
Chanson de Boris Vian
extrait de l'album Chansons "possibles" et "impossibles"
Sortie
Enregistré
Durée 3 min 39 s
Genre chanson française
Format LP
Auteur Boris Vian
Compositeur Harold B. Berg / Boris Vian
Label Philips

Pistes de Chansons "possibles" et "impossibles"

Fermer

Contenu

Le texte est composé de 12 quatrains en hexasyllabes (six syllabes)[2].

Il s'agit d'une lettre adressée à « Monsieur le Président » par un homme ayant reçu un ordre de mobilisation en raison d'un conflit armé. L'homme y explique qu'il ne souhaite pas partir à la guerre, et justifie sa décision par les décès survenus dans sa famille proche à cause de la guerre, et par le fait qu'il ne veut pas « tuer de pauvres gens ». Il révèle son intention de déserter pour vivre de mendicité tout en incitant les passants à suivre son exemple.

Interprétations

À l'origine, il s'agit d'un poème dont la première interprétation a été diffusée en , par Mouloudji dans la version pacifiste[3].

À l'exception de Mouloudji, tous les artistes sollicités se sont désistés lors de sa première édition. Mouloudji a d'abord demandé à Boris Vian de modifier certaines paroles, parce qu'il souhaitait généraliser le message. Ainsi, « Monsieur le Président » est remplacé par « Messieurs qu'on nomme grands » ; « ma décision est prise, je m'en vais déserter » est remplacé par « les guerres sont des bêtises, le monde en a assez », etc. De plus, Mouloudji n'imagine pas un pacifiste ayant un fusil[4]. En effet, la chute initiale prévoyait que « Si vous me poursuivez, prévenez vos gendarmes / Que je tiendrai une arme et que je sais tirer ».

« Il est gêné par cette chute, par cet homme qui s'apprête à tuer pour ne pas aller à la guerre. La fin est contradictoire. Ensemble, Boris et Mouloudji composent le dernier quatrain : Si vous me poursuivez, Prévenez vos gendarmes, Que je n'aurai pas d'armes, Et qu'ils pourront tirer[4]. »

Diffusion

Mouloudji en (studio Harcourt).

Mouloudji ajoute cette dernière à son programme de concert le [5], jour de la défaite décisive de la guerre d'Indochine[5], mais en modifiant la fin, qui parlait de « je sais tirer » (sur les gendarmes), remplacée par « ils pourront tirer »[6],[7].

Le Mouloudji enregistre la version pacifiste de la chanson sur un disque 78 tours de marque Philips[8], mais le Comité d'écoute radiophonique interdit sa diffusion[5], tandis que le maire de Dinard, Yves Verney, envoie des manifestants perturber sa tournée[5].

Le Mouloudji la chante à la radio sur Paris Inter dans l'émission Casino du lundi[9].

Le Boris Vian l'interprète pour la première fois en public dans son tour de chant au théâtre de chansonniers Les Trois Baudets[9].

En , la chanson est enregistrée par Boris Vian au format 45 tours avec ses paroles définitives sur un disque intitulé Chansons impossibles, avec Les Joyeux Bouchers, Le Petit Commerce et La Java des bombes atomiques[10]. Quelques semaines plus tard, ce 45 tours est réuni avec celui intitulé Chansons possibles pour former un 33 tours, signe d'une certaine reconnaissance. Toutefois, les ventes de ces disques ne sont estimées initialement qu'à moins de 500 exemplaires. Philips ne procède par la suite à aucun retirage, sans doute en raison de la réputation sulfureuse de Boris Vian liée à sa chanson Le Déserteur. Des copies illégales circulent donc rapidement[11].

Contexte

Boris Vian en (studio Harcourt).

Boris Vian a publié sa chanson en [3] à la fin de la guerre d'Indochine (-) alors que la contre-offensive française face aux troupes du général Võ Nguyên Giáp conduit à la défaite française de Ðiện Biên Phủ1 500 soldats français sont tués. Pierre Mendès France doit ouvrir des négociations qui conduisent aux accords de Genève, signés le . Le Vietnam, le Laos et le Cambodge deviennent indépendants. Puis en , la Toussaint rouge marque le début de la guerre d'Algérie (-)[12]. Seule cette guerre[réf. nécessaire] vit enrôler des conscrits, la guerre d'Indochine ne comptant que des militaires professionnels et des volontaires.[réf. nécessaire]

Cette guerre d'Indochine, qui ne s'achèvera que trois mois après l'écriture du texte, est mal acceptée et comprise par une partie importante de l'opinion publique, après avoir été contestée avec virulence par la grève des dockers de - en France.

En , une première chanson contestataire Quand un soldat, datée de , chantée par Yves Montand et écrite par Francis Lemarque est interdite de diffusion à la radio[13],[14],[15]. Les affaires Henri Martin et Raymonde Dien font scandale[16].

Censure

Peu après sa sortie, la chanson est interdite de diffusion à la radio pour « antipatriotisme », notamment à cause de son dernier couplet[14],[17]. Paul Faber, conseiller municipal de la Seine, avait été choqué par le passage à la radio de cette chanson, et avait demandé qu'elle soit censurée en [17]. En guise de réponse, Boris Vian écrit une mémorable « Lettre ouverte à Monsieur Paul Faber » qu'il adresse pour diffusion à France Dimanche ; toutefois cette lettre n'est publiée qu'à titre posthume[18],[19]. En , la radiodiffusion et la vente de ce chant antimilitariste furent interdites, Boris Vian se voyant, de plus, refuser par son éditeur la partition de la première version de la chanson[17]. L'interdiction fut levée en , après la guerre d'Algérie[2].

Dans les années -, pendant la guerre du Vietnam, la chanson a été utilisée pendant des marches pacifistes et interprétée par Joan Baez et Peter, Paul and Mary. En , elle a également été utilisée durant des manifestations contre l'intervention occidentale dans la guerre du Golfe. Renaud adapte (une seconde fois), la chanson qu'il publie le dans L'Idiot international[20] et L'Humanité[21]. En conséquence, la chanson pacifiste est inscrite sur la liste de proscription des radios.

Mais le sujet reste brûlant : une directrice des écoles à Montluçon, Mme Pinon, fut suspendue à vie de toute direction d'établissement[22] pour l'avoir fait chanter à deux élèves le pour commémorer la capitulation allemande du  ; cependant, la décision fut jugée disproportionnée par la ministre déléguée à l'Enseignement scolaire, Ségolène Royal, si bien que la directrice fut finalement réintégrée par sa hiérarchie[23].

Reprises et adaptations

Reprises

La chanson a, notamment été interprétée ensuite par : Serge Reggiani, Juliette Gréco, Richard Anthony, Eddy Mitchell, Dan Bigras, Maxime Le Forestier[14], Ferhat Mehenni, Leny Escudero, Dédé Fortin, Joan Baez, Hugues Aufray, Marc Lavoine, Jen Roger

Adaptations

Luigi Tenco, Ornella Vanoni, Marc Robine, Ivano Fossati et Renzo Gallo (it)[24], ainsi que Les Sunlights l'ont traduite ou adaptée. En , l'artiste néerlandais Peter Blanker (nl) enregistre une version néerlandophone, De déserteur. En pour sa cassette Danĝera Ul' (it), Jacques Le Puil traduit cette chanson en espéranto. En pour son album Ĉiamen plu (eo), le groupe La Perdita Generacio adapte cette chanson en espéranto sous l'intitulé : La dizertanto.

Peter, Paul and Mary la chantèrent, aux États-Unis, au début de la guerre du Vietnam[1].

En , à la suite de la mobilisation russe dans le cadre de la guerre russo-ukrainienne, Benjamin Sire réadapte la chanson en la traduisant en russe et la fait chanter par l'artiste ukrainienne Daria Nelson[25].

Réception et postérité

En , Jean Ferrat enregistre Pauvre Boris (album Maria). La chanson se veut un hommage à l'auteur du Déserteur et ironise sur le fait que sa chanson hier honnie, est aujourd'hui un tube lorsqu'elle est chantée par Richard Anthony :

« […] l'autre jour on a bien ri
Il paraît que Le Déserteur
Est un des grands succès de l'heure
Quand c'est chanté par Anthony
[…]
Voilà quinze ans qu'en Indochine
La France se déshonorait
Et l'on te traitait de vermine
De dire que tu n'irais jamais
Si tu les vois sur leurs guitares
Ajuster tes petits couplets
Avec quinze années de retard
Ce que tu dois en rigoler
Pauvre Boris »

 Texte Jean Ferrat, extrait

En , Renaud enregistre, sous le titre Déserteur, une nouvelle version de la chanson de Vian, avec des paroles réactualisées (album Morgane de toi). Si Renaud conserve à l'original son côté antimilitariste, il élargit également le thème en lui donnant un côté baba cool.

En , au cours de la crise diplomatique russo-ukrainienne de - qui précède l'invasion de l'Ukraine par la Russie, Denis Kataev, scénariste russe et présentateur de télévision, lit un extrait du Déserteur au cours des Golden Eagle Awards, équivalents russes des Oscars[26]. Un mois plus tard, il quitte la Russie pour garder sa liberté d'expression.

Notes et références

Annexes

Related Articles

Wikiwand AI