Quand un soldat
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| Auteur | Francis Lemarque |
|---|---|
| Compositeur | Francis Lemarque |
Quand un soldat est une chanson datée de 1952, écrite par Francis Lemarque, qui signe à la fois les paroles et la musique.
Elle fait partie de plusieurs chansons qu'Yves Montand, qui exprime ses choix sociaux depuis avril 1950 dans la presse communiste[1], inclut dans son répertoire entre janvier 1951 et mai 1953 car elles « témoignent de ses convictions[2] ». Il semble qu'elle ait été écrite par Francis Lemarque entre la fin 1951 et ce début 1952 où elle a été publiée aux éditions Métropolitaine. Selon Lemarque, elle a été « écrite chez Montand » à ce moment-là[3].
En [4], Francis Lemarque fait écouter à Yves Montand les premières strophes[5]. Celui qu’on surnommera dans certaines sphères le « prolo chantant » à cause de ses convictions politiques de plus en plus affirmées, lui demande dans les instants qui suivent de la « terminer le plus vite possible[5] ».
La première mouture achevée par Lemarque ne convainc pas entièrement Montand qui n'apprécie pas le dernier vers, jugé trop didactique[5] : « Que les canons se taisent pour toujours[5] ».
Ce vers est aussitôt abandonné et modifié pour aller vers la forme définitive publiée en partition[5] :
Quand un soldat revient de guerre il a
Simplement eu d'la veine et puis voilà...
La chanson est alors rapidement travaillée en répétitions par Montand et son orchestre pour être jouée 48 heures plus tard sur la scène du Palais de la Mutualité[5].
Analyse des paroles
La chanson conteste la politique du gouvernement en place en 1952, qui poursuit alors la guerre d'Indochine, jugée inutile et perdue d'avance. Ses partisans jugent eux les paroles défaitistes et anti-militaristes. Moins irrévérencieuses que celles de La chanson de Craonne, les paroles résument bien le ressenti général de la population française, qui après 1945, croyait en avoir terminé avec la guerre.
L'image du guerrier qui peut espérer finir décoré et monter en grade, souvent à titre posthume, y est battue en brèche, dans la dernière strophe, concluant sur l'amer constat que celui qui revient, a « simplement eu d'la veine », expression issue du langage populaire: le soldat doit s'en remettre à sa bonne étoile et ce ne sont pas des décisions militaires qui changeront quelque chose.
La chanson conteste également le devoir national de « verser son sang pour la patrie » et sous-entend que la guerre rend triste, qu'elle ne vaut pas l'amour de ses proches, les chansons et les fleurs.
Par dérision, certains soldats du corps Expéditionnaire Français en Indochine, en particulier des jeunes officiers parachutistes pendant leurs virées à Hanoï détourneront la chanson en réécrivant ses paroles.[réf. nécessaire] Cela donnera :
Quand un para s'en va en guerre, il a
Dans sa musette au lieu d'un poulet froid
Quand un para s'en va en guerre il a
Dans sa musette une FOM 103[Note 1].
Standard de la chanson engagée, antimilitariste, Quand un soldat est contemporaine du Soudard de Jean-Claude Darnal et annonce Le Déserteur de Boris Vian[5].
Contestation
Un critique des Nouvelles Littéraires le compare à « ces petits dockers que l’on observe sur le port de Gênes... automate au masque faunesque...[6] ». Un spectateur hurle « Montand en Indochine » à la fin de la chanson[6], Montand réplique « Non, mon gars, merci... » et enchaîne avec la chanson suivante[2]. L'intolérance dont est victime Yves Montand est « proportionnelle à sa célébrité[6] ».
Pour créer un effet de surprise « attendu », tant par ceux qui partagent son engagement comme par ceux venus pour s’y opposer[2], elle est chantée directement, alors que les autres sont précédées, comme c'est l'habitude à l'époque, par le nom des auteurs[2], permettant au chanteur d'être « porté » par la salle dès le 3e titre[2]. La chanson devient ainsi un symbole de la résistance au maccarthysme à la française[6],[7], et gagne rapidement en popularité[2], devant un temps fort de sa série de récitals de 1953-1954 au Théâtre de l’Étoile de Paris[2]. Une autre de ses chansons, "Le Flamenco de Paris", chantée à l'Odéon le 13 février 52, nécessite que la salle soit éclairée et un groupe de parachutistes réuni par l’avocat d’extrême-droite Jean-Baptiste Biaggi profite de cette lumière pour déployer au premier rang L'Humanité, symbole selon eux de son inféodation au communisme[6]. Un groupe badigeonne ses affiches au goudron[6],[7] et jette des boules puantes dans le théâtre[6],[7].
Il chante le morceau à la Mutualité en février[7], puis en novembre 1952 pour un gala de la Solidarité[8] (où a lieu début décembre un meeting "pour sauver de la chaise électrique Julius et Ethel Rosenberg"[9]), ou encore chez Renault au moment des grèves de 1952[1] et début 1953[10].
Le batteur Roger Paraboschi de l’orchestre d’Yves Montand se souvient d’un incident survenu à Lyon[5] : « après le spectacle, les musiciens sont partis discrètement par derrière. Montand m’a demandé de sortir avec lui par la grande porte. Devant le théâtre attendaient des groupes de paras avec leurs bérets rouges. Il n’y avait que deux ou trois flics. Montand est sorti comme un seigneur, il a traversé la foule menaçante. Personne n’a osé broncher[5] ». La pièce suscite même des bagarres lorsque Montand la chante sur scène[5]. On perturbe ses tours de chant, on le menace de mort[5].
Censure
Montand refuse la proposition de chanter à l’Opéra de Paris s’il s’engage à la retirer de son tour de chant[2]. Dès janvier 1952, une note des autorités réclamait son interdiction à la radio[4]. La pièce est interdite de diffusion à la radio d'État en 1953[11],[5]. La Mauvaise Réputation chanson de Georges Brassens sortie en 1952, est aussi interdite d'antenne à la RTF à sa sortie[12]. Le comité d’écoute, qui réunit des personnalités, appose chaque semaine une pastille violette sur les disques censurés[13], car ces chansons sont prises comme « un cri d’opposition à la guerre[14] ».
Interprétations
Sur scène en tour de chant
- dès 1952, par Yves Montand
- pour Francis Lemarque (pas de datation connue)
en enregistrement publié
- 1952 : Yves Montand accompagné par Bob Castella Et Ses Rythmes ∫ EP Disque Odéon 78 RPM - Odeon 282.577 et 7 MO 1034
- 1953 : Yves Montand chante ses dernières créations ∫ LP Disque Odéon - Odeon OS 1007
- 1954 : Francis Lemarque - 1 - Le Petit Cordonnier ∫ EP 45 Disque Polydor - Polydor medium 576.001
- 1956 : Francis Lemarque - 1 - Le Petit Cordonnier ∫ EP 45 Disque Fontana - Fontana medium 460.504 ME
- 1960 : Je Soussigné Yves Montand ∫ LP Disque Odéon – Odeon OSX 177 M
- 1968 : Les Francs Garçons - Quand Un Soldat ∫ EP 45 RPM CBS France - CBS Série Gemini – 3377
- 1991 : Chanson plus bifluorée sur l'album Chanson plus bifluorée à l'Européen
La version enregistrée par Francis Lemarque réapparaitra ensuite tardivement sur une compilation en 1977.
- 1977 : Grands Succès (compilation) ∫ 2 LP Disque Meys - Meys 528215
