Le Devin du village

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Nb. d'actes1
Pays d'origineFrance
Le Devin du village
« Colette pleurant. » Gravure de Martini d’après Moreau le Jeune.
« Colette pleurant. » Gravure de Martini d’après Moreau le Jeune.

Auteur Jean-Jacques Rousseau
Genre intermède
Nb. d'actes 1
Pays d'origine France
Lieu de parution Paris
Éditeur Vve Delormel & Fils
Date de parution
Date de création en français
Lieu de création en français château de Fontainebleau

Le Devin du village est un intermède en un acte de Jean-Jacques Rousseau (paroles et musique), créé le au château de Fontainebleau devant Louis XV et la cour, et le 1er mars à l’Académie royale de musique de Paris.

  • Colin, haute-contre, Pierre de Jélyotte.
  • Colette, soprano, Marie Fel.
  • Le devin, basse-taille, Cuvillier fils.
  • Troupe de jeunes gens du village.

Résumé

Colette se plaint de l’infidélité de Colin et va trouver le devin du village pour connaître le sort de son amour. Elle apprend que la dame du lieu a su captiver le cœur de son berger par des présents. Le devin laisse Colette espérer qu’il saura le ramener à elle. Il fait ensuite entendre à Colin que sa bergère l’a quitté pour suivre un monsieur de la ville. Colin n’en croit rien et revoit sa maîtresse plus amoureuse que jamais.

Réception

Si la représentation à la cour a été un succès, il en alla tout autrement à la ville où, pour la première représentation, elle participa aux troubles de la querelle des Bouffons, partisans de Rousseau et de Rameau s’invectivant durant l’opéra, au milieu des rires. Les jeunes gens du parterre avaient imaginé de se couvrir la tête d’un bonnet de coton à longue mèche.

Le Devin du village a néanmoins eu un succès prodigieux : c’est le moyen terme entre la musique italienne et la musique française. La mélodie est simple, naturelle et facile, l’harmonie bien mariée avec la mélodie ; l’accord est parfait entre les paroles et la musique : il y règne d’un bout à l’autre une complète unité de ton et de dessein[1]. Jean-Jacques Rousseau, dans ses Confessions, raconte en ces termes l’effet de la première représentation du Devin du Village, devant la cour, à Fontainebleau :

« On ne claque point devant le roi : cela fit qu’on entendit tout ; la pièce et l’auteur y gagnèrent. J’entendis autour de moi un chuchotement de femmes qui me semblaient belles comme des anges et qui s’entre-disaient à demi-voix : — Cela est charmant, cela est ravissant ! Il n’y a pas un son là qui ne parte du cœur. — Le plaisir de donner de l’émotion à tant d’aimables personnes m’émut moi-même jusqu’aux larmes, et je ne pus les contenir au premier duo en remarquant que je n’étais pas seul à pleurer.

Le lendemain Jélyotte m’écrivit un billet où il me détailla le succès de la pièce et l’engouement où le roi lui-même en était. Toute la journée, me marquait-il, Sa Majesté ne cesse de chanter avec la voix la plus fausse de son royaume :

J’ai perdu mon serviteur,
J’ai perdu tout mon bonheur[2] !

 »

Genèse

Airs de Colette, chantés par Martha Angelici et dirigés par Curt Sachs en 1937.

Écrit Le Devin du village dans le parc de Passy[3], le Devin du village est le premier opéra dont les paroles et la musique sont du même auteur[4].

Analyse

Le Devin du village illustre les nombreuses contradictions qui parsèment la vie et l’œuvre intellectuelle d’un homme qui écrira, peu de temps après, dans sa Lettre sur la musique française proclamant une « supériorité » de la musique italienne (dont le fondement résiderait dans le caractère plus approprié de l'italien à l'expression musicale), qu’« il n’y a ni mesure ni mélodie dans la musique française, parce que la langue n’en est pas susceptible ; que le chant français n’est qu’un aboiement continuel, insupportable à toute oreille non prévenue ; que l’harmonie en est brute, sans expression et sentant uniquement son remplissage d’écolier ; que les airs français ne sont point des airs ; que le récitatif français n’est point du récitatif. D’où je conclus, que les Français n’ont point de musique et n’en peuvent avoir ; ou que si jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux[5]. ».

Quelques années plus tard, Rousseau se ravisera. Il écrira notamment en 1774 au compositeur Gluck, après avoir assisté aux répétitions de son opéra en français Iphigénie en Aulide : « Je sors de la répétition de votre Opéra d’Iphigénie ; j'en suis enchanté ! Vous avez réalisé ce que j'ai cru impossible jusqu'à ce jour[6]. »

Retombées

Rousseau aurait pu obtenir une pension du roi, du moins le lui faisait-on espérer, et le duc d’Aumont l’avait invité à se rendre le lendemain au château pour le présenter au roi. Cependant Rousseau déclina l'invitation : « Croirait-on, que la nuit qui suivit une si belle journée, fut une nuit d’angoisses et de perplexité pour moi ? Je me figurais devant le roi… Ma maudite timidité, qui me trouble devant le moindre inconnu, m’aurait-elle quitté devant le roi de France !… Je voulais, sans quitter l’air et le ton sévère que j’avais pris, me montrer sensible à l’honneur que me faisait un si grand monarque. Il fallait envelopper quelque grande et utile vérité dans une louange belle et méritée. Pour préparer une réponse heureuse, il aurait fallu prévoir juste ce qu’il pourrait me dire… S’il allait m’échapper dans mon trouble quelqu’une de mes balourdises ordinaires ? Ce danger m’alarma, m’effraya, me fit frémir au point de me déterminer, à tout risque, de ne m’y pas exposer. Je perdais, il est vrai, la pension qui m’était offerte en quelque sorte ; mais je m’exemptais aussi du joug qu’elle m’eût imposé. Adieu la vérité, la liberté, le courage. Comment oser désormais parler d’indépendance, de désintéressement. Il ne fallait plus que flatter ou me taire, en recevant cette pension : encore qui m’assurait qu’elle serait payée ? Que de pas à faire, que de gens à solliciter[2]:42 ? » (Rousseau). Diderot qui ne lui fit pas un crime de n’avoir pas voulu être présenté au roi pour son intérêt, lui en fit un terrible de son indifférence pour la pension qui aurait pu servir à sa compagne : « II me dit que, si j’étais désintéressé pour mon compte, il ne m’était pas permis de l’être pour celui de Madame Levasseur et de sa fille, que je leur devais de n’omettre aucun moyen possible et honnête de leur donner du pain…[2]:42 » (Rousseau).

Polémique

Des rumeurs ont couru concernant la paternité musicale de Rousseau, d’aucuns ayant prétendu que Rousseau avait trouvé la musique du Devin dans les papiers d’un obscur musicien lyonnais que certains nomment Gauthier et d’autres Granet, mais cette histoire n’a pas reçu grand crédit. Une comparaison de la musique du Devin avec les mélodies que Rousseau a intitulées les Consolations des misères de ma vie montrent que tous ces chants simples, expressifs et agréables, mais d’une harmonie souvent incorrecte émanent du même auteur. Seulement, l’instrumentation du Devin a été d’abord retouchée et peut-être réécrite par Francœur et les conseils de ce musicien, avec ceux de Jélyotte, n’ont pas été inutiles à Rousseau[7].

Postérité

S'inspirant de la pantomime dans la scène VIII Johann Baptist Cramer écrit en 1812 une variation intitulé Songe de Jean-Jacques Rousseau. Cet air traverse les océans et connait la célébrité aux États-Unis sous la forme d'un cantique , parfois d'une chanson enfantine. Le Japon l'adopte à son tour vers 1870, tous les enfants nippons connaissent encore aujourd'hui une berceuse tirée de cette partition Musunde Hiraite

Enregistrements

  • 1956 : Orchestre de Chambre de Froment, direction Louis de Froment, avec Janine Micheau (Colette), Nicolai Gedda (Colin), Michel Roux (Le devin), Chœur Raymond Saint-Paul (EMI)
  • 1978 : Collegium Academicum de Genève, direction Robert Dunand, avec Danièle Borst (Colette), Philippe Huttenlocher (Colin), Louis Devos (le devin); Chœur du Collège Voltaire (CBS)
  • 1991 : Alpe Adria Ensemble, direction René Clemencic, avec Eva Kirchner (Colette), Dongkyu Choy (Colin), Thomas Müller De Vries (Le Devin), Coro Gottardo Tomat di Spilimbergo (Nuova Era Records). Double CD comportant les enregistrements en studio (notices en italien et en anglais) :
    • CD 1 : Le Devin du village (77 min 14 s)
    • CD 2 : Bastien und Bastienne de Mozart (livret en allemand, 60 min 42 s). Comporte en outre une version de l'« Air de Colin », du Devin du village par Beethoven, réorchestration de la musique originale de Rousseau (en français, 3 min 22 s), ainsi qu'une « Ariette ajoutée au Devin du village » par Philidor (4 min 34 s)
  • 2018 : Les Nouveaux Caractères, direction Sébastien d'Hérin (en), avec Caroline Mutel, Cyrille Dubois, Frédéric Caton (Château de Versailles Spectacles) , direction.

Éditions

  • Le Devin du village , intermède représenté à Fontainebleau devant le Roy, les 18 et 24 octobre 1752, et à Paris par l'Académie royale de musique le jeudy premier mars 1753, (lire en ligne sur Gallica).

Notes

Bibliographie

Sitographie

Liens externes

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