Au milieu du XIXe siècle, la sculpture polychrome est perçue par de nombreux artistes et critiques comme une menace esthétique majeure, susceptible d’entraîner une supposée « fin de l’art ». La crainte d’une porosité entre un art jugé populaire et celui présenté au Salon alimente de vifs débats, notamment autour d’un réalisme illusionniste considéré comme trop facile. À l’exception de quelques pionniers, la polychromie appliquée à la sculpture moderne rencontre jusqu’aux années 1880 une forte hostilité, en particulier de la part des sculpteurs et de la critique conservatrice.
Parallèlement, les découvertes archéologiques qui se multiplient au début du XIXe siècle confirment progressivement la polychromie de l’architecture et de la sculpture antiques. Ces avancées nourrissent les controverses esthétiques sur l’usage de la couleur dans la sculpture moderne. Dès 1815, Quatremère de Quincy propose ainsi une restitution du Jupiter d’Olympie, célèbre sculpture chryséléphantine de Phidias, combinant or et ivoire.
À partir des années 1890, Jean-Léon Gérôme, peintre profondément marqué par l’archéologie gréco-romaine, se consacre tardivement à la sculpture polychrome, privilégiant une polychromie dite « artificielle », notamment le marbre peint. Ses œuvres sont alors largement critiquées et souvent jugées affectées ou de mauvais goût. Gérôme, figure emblématique de l’académisme, demeure néanmoins l’un des plus fervents défenseurs de la polychromie en sculpture, position qu’illustre indirectement le portrait peint par Fernand Cormon[2].