Leo McCarey

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Leo McCarey
Naissance
Los Angeles (Californie, États-Unis)
Nationalité Américaine
Décès (à 70 ans)
Santa Monica (Californie, États-Unis)
Profession Réalisateur
Films notables La Soupe au canard,
Cette sacrée vérité,
Elle et lui

Leo McCarey est un réalisateur américain, né le à Los Angeles et décédé le à Santa Monica. Il a obtenu quatre Oscars.

Auteur de nombreux courts-métrages burlesques muets, lançant la carrière de Laurel et Hardy, il poursuit sur cette veine dans le cinéma parlant avec les Marx Brothers, mais réalise aussi des films marquants dans des genres variés, comme la screwball comedy avec Cette sacrée vérité, le mélodrame avec les deux versions de Elle et lui et la comédie musicale avec le grand succès des Cloches de Sainte-Marie.

Vie personnelle

McCarey est né Thomas Leo McCarey[A 1] à Los Angeles. Il est le fils aîné[S 1] de Thomas McCarey, manageur de boxeurs, et de Leona Mistrot McCarey[A 2], fille de parents français[S 2]. Il reçoit une éducation catholique[1], faisant ses études primaires à la St. Joseph’s Catholic school puis à la Los Angeles High School[S 3]. Il est le frère du réalisateur Ray McCarey[1]. Il se marie en 1920 avec Stella Martin (1894-1987), ils eurent un seul enfant[A 3]. Sur la fin de sa vie, il souffrit d'emphysème pulmonaire avant de mourir à Santa Monica[A 4].

Carrière

Ses débuts à Hollywood

University of Southern California Law School

À la suite d'études à la faculté de droit de l'université du Sud de la Californie[A 5],[T 1], Leo McCarey s'essaye dans un premier temps à diverses activités[T 2].

Il écrit des chansons comme When the Eagle Flaps His Wings and Calls on the Kaiser, qu'il vend en 1918[A 6], mais il ne parvient pas à gagner assez d'argent pour vivre de la musique, ce qui constitue d'ailleurs une de ses plus grandes frustrations à la fin de sa vie[S 4]. Il tente un début de carrière dans la boxe[T 3]. Une nouvelle source de revenus apparaît lorsque, à la suite d'un accident d'ascenseur, il récupère 5 000 $ en dommages et intérêts, qu'il investit dans une mine de cuivre ; mais celle-ci fait faillite[T 4],[S 5]. Il essaye également, mettant en pratique ses études de droit, de devenir avocat. Il perd la plupart de ses procès car il n'a pas envie de défendre des coupables[S 6].

Il devient rapidement à Hollywood, dans les studios de l'Universal, l'assistant de Tod Browning (1918-1923), introduit par son ami David Butler[T 5], qui l'embauche comme « script girl », pour La Vierge d'Istanbul (The Virgin of Stamboul, 1920)[A 7]. Dès 1921, sous le giron d'Universal Studios, il réalise son premier long métrage, la comédie satirique Figures du passé (Society Secrets, 1921)[A 8].

Réalisateur de courts métrages comiques

De 1923 à 1929 il travaille pour le producteur Hal Roach. Il est le metteur en scène attitré de Charley Chase entre 1924 et 1926, et à partir de 1928, il dirige nombre de films du duo Laurel et Hardy. Il définit le rôle de « superviseur » en ces termes :

« Cette « supervision »,[…], était à l'époque la fonction du responsable de pratiquement tout dans le film : écrire l'histoire, la découper, réunir les gags, tout coordonner, visionner les rushes, s’occuper du montage, de l'envoi des copies, du second montage quand les réactions à la « preview » n'avaient pas été assez bonnes, et même, de temps en temps, tourner une seconde fois les scènes… La fonction du superviseur comportait quasi toutes les responsabilités[C 1] »

La qualité de son travail le fait même nommer vice-président et superviseur des productions comiques du studio en 1926[A 9],[T 6],[S 7]. Leo McCarey aurait eu l'idée de faire de Laurel et Hardy un « tandem comique »[A 10], même si l'on ne sait pas précisément combien de films de ce duo il a tournés. Il explique en effet que le superviseur n'avait que rarement son nom dans les crédits[C 2], et estime le nombre de Laurel et Hardy qu'il « fit » à une centaine[C 3]. Il affirme cependant qu'il a eu l'idée de réunir Laurel et Hardy :

« Pour en revenir à Laurel et Hardy, il faut que je vous dise que c'est moi qui ai eu l'idée de les faire jouer ensemble : Laurel travaillait pour moi comme gagman, et Hardy n'était qu'un figurant ordinaire […] Je fis appeler Hardy et lui dis que j'avais pour lui un projet qui lui rapporterait dix dollars par jour pour six jours par semaine, et il s'écria : « Oh ! Monsieur, c'est une nouvelle merveilleuse… soixante dollars par semaine ! Je n'arrive pas à y croire ! ». Laurel, lui, touchait cent dollars[C 1]. »

Par les films de Laurel et Hardy qu'il réalise, on peut citer Vive la liberté (Liberty, 1929), Y a erreur ! (Wrong Again!, 1929), La Bataille du siècle (1927), et, dirigé par James W. Horne mais supervisé par McCarey, Œil pour œil (1929). Il affirme cependant en avoir dirigé un en entier : Mon neveu l'Écossais (Putting Pants On Philip, 1927) :

« Celui-là, je l'ai réalisé entièrement : c'est mon enfant. Je l'ai fait du début à la fin sans aucune aide extérieure. Car personne ne voulait le faire, celui-là ! Bien qu'étant le producteur, le boss en somme, j'ai tenu à le réaliser […] Bref, l'idée de ce film ne plaisait à personne au départ, et j'en fus si furieux que je fermai mon bureau pour aller moi-même sur le plateau avec Laurel et Hardy […] ainsi j'ai écrit et réalisé ce film à peu près en six jours. Je suis content que vous l'aimiez : c'est un de mes favoris[C 1] »

Il porte une estime toute particulière à Stanley Laurel, qu'il considérait comme intelligent et doué[C 4], tandis qu'il considère Oliver Hardy comme bien moins créatif et intelligent[C 5], le considérant presque comme un enfant (il le surnommait « Babe » Hardy[C 6]). En 1929, confiant en ses capacités, et décidé à entreprendre des travaux plus personnels, il quitte les Hal Roach Studios[T 7], triste de devoir se séparer du duo comique[C 7]. Selon lui, cette association lui apporta beaucoup, il la juge irremplaçable[C 8], appréciant notamment la rapidité à laquelle les courts métrages étaient filmés :

« C'était une époque vraiment merveilleuse : toutes les deux ou trois semaines, nous devions avoir achevé l'un de ces courts métrages, et, à mesure que la qualité s'améliorait, on nous accordait plus de temps, plus d'argent aussi[C 1]! »

Il pense que c'est grâce au succès de ces films qu'il put par la suite devenir un réalisateur de longs métrages[C 9]. Il déclare finalement, parlant du duo comique : « leur comique ne peut pas vieillir, il n'est pas atteint par le temps »[C 1].

Les premiers longs-métrages

Les Marx Brothers en 1931 (de haut en bas : Chico, Harpo, Groucho, Zeppo)

De 1929 à 1931, McCarey réalise six longs métrages, dont Madame et ses partenaires (Part Time Wife, 1930), l'histoire d'une femme passionnée de golf à tel point que son mari se voit forcé de le pratiquer pour sauver son mariage[T 8]. Part Time Wife fut en quelque sorte son premier succès, il lui permit en effet de doubler son salaire et de contribuer à la renommée du réalisateur[C 10]. De plus, selon McCarey, Part Time Wife annonce certaines scènes de Cette sacrée vérité, film qui lui vaut son oscar : « Bien qu'ils n'aient pas été tournés de la même façon, il y a dans Cette sacrée vérité deux ou trois scènes qui étaient la paraphrase de scènes identiques de Part Time Wife. Mais je n'avais pas alors autant d'expérience, et ces scènes sont, je crois, meilleures dans leur « remake » »[C 11].

Son premier long-métrage est L'étudiant de 1929 (The Sophomore (terme désignant un élève en seconde année de collège), 1929), dont Leo McCarey écrit une grande partie du scénario[C 12]. Un détail amusant de ce tournage est que le producteur du film était Joseph Patrick Kennedy, père de John Fitzgerald Kennedy[C 13].

Il ne garde pas un très bon souvenir de son deuxième long métrage, Rythmes rouges (Red Hot Rhythm, 1929) :

« Mon film suivant : Red Hot Rhythm, était aussi une comédie, mais très mauvaise. C'est l'un des plus mauvais films que j'aie faits. Je ne veux pas chercher d'alibi, mais le tournage coïncidait avec une grève du syndicat des acteurs, et on ne pouvait pas utiliser les gens qui n'étaient pas sous contrat avec le studio. C'était un petit studio : nous n'avions donc personne. L'acteur qui tenait le rôle principal était supposé être un chanteur et compositeur, et il n'avait pas de voix. En ce temps-là nous n'utilisions pas encore le doublage. Quand il parlait, on croyait que ce pauvre homme avait une grenouille dans la gorge : et voilà qui était notre chanteur ! Ce n'est là qu'un des inconvénients que j'ai affrontés pendant le tournage de ce film[C 11]. »

Il en est de même pour Wild Company, qu'il n’apprécie pas[C 14].

Pour Let's Go Native (1930), McCarey, produit par Ernst Lubitsch, avec qui il devient ami[C 15], et fait tourner les vedettes de la Paramount, comme Jeanette MacDonald, Kay Francis, ou Jack Oakie[C 16], ainsi le tournage fut plus agréable.

Le véritable début de sa carrière est 1932, avec Kid d'Espagne (The Kid from Spain), dont il écrit le scénario original pour le comique Eddie Cantor et dont la chorégraphie est due à Busby Berkeley. En effet, selon McCarey, « Dans Kid d'Espagne, il y a la plus extraordinaire corrida qu'on ait jamais filmée. Et ce n'est pas seulement mon opinion, mais celle des critiques »[C 17], bien que le tournage de cette scène fut chaotique : « Pendant cinq jours nous avons essayé de filmer cette séquence : et nous avons eu de multiples ennuis. Quand nous voulions que le taureau charge, il ne voulait pas bouger. Et quand les caméras ne fonctionnaient pas, il tâchait de nous tuer tous. »[C 18], et le cascadeur finit même par se blesser[C 19].

Les Marx Brothers

Le succès de Le Roi de l'arène vaut à McCarey un contrat avec la Paramount et une offre des Marx Brothers qu'il dirige dans La Soupe au canard (1933), titre repris d'un court métrage de Laurel et Hardy. Leo McCarey explique qu'il ne voulait pas tourner le film, à l'inverse des Marx Brothers, qui « voulaient absolument que je les dirige dans un film »[C 18], mais qu'à la suite d'histoires complexes de contrats rompus et renouvelés, il y fut obligé[C 20]. Satire antimilitariste mettant en scène une guerre d'opérette entre deux états imaginaires, Soupe au canard constitue, en même temps, dans l'œuvre des Marx Brothers, un sommet d'humour[A 11],[T 9]. Leo McCarey n'en garde cependant pas un très bon souvenir : tout d'abord, il décrit le tournage comme une grande folie :

« La chose la plus surprenante de ce film, ce fut que je réussisse à ne pas devenir fou. [...] Il était presque impossible de les réunir tous les quatre à la fois. Il en manquait toujours un ! Oui, ils étaient les quatre personnes les plus cinglées que j'aie jamais rencontrées[C 18]. »

Il garde finalement un avis plutôt négatif sur le film[C 21].

Collaboration avec d'autres comiques

McCarey continue à mettre son talent au service de comiques dont les personnages sont déjà constitués, ce qui limite évidemment ses possibilités d'expression : 'Six of a kind (1934) est construit autour de W. C. Fields, George Burns et Gracie Allen ; Ce n'est pas un péché (1934) autour de Mae West ; Soupe au lait (1936), autour de Harold Lloyd. De ces films, à certains égards personnels, McCarey ne gardera pas le meilleur souvenir[A 12], cependant, il « sauve » Ce n'est pas un péché[C 22], qui lui permit de rencontrer et de travailler avec Duke Ellington, ce qui l'émut particulièrement[C 23]. Il garda un particulièrement mauvais souvenir avec Soupe au lait, film qu'il n'aime pas beaucoup[C 24] : « Pour moi, la fortune fut moins favorable, car je bus le lait d'une vache contaminée et on dut m'emmener en ambulance hors du studio tant j'avais de fièvre. [...] Je suis presque mort cette fois là[C 25]. »

Vers la célébrité

Pendant les dix années suivantes, il réalise l'essentiel de son œuvre, les films qu'il réalise correspondent exactement à ses ambitions et font brièvement de lui (en compagnie de son ami Frank Capra), l'un des tout premiers metteurs en scène d'Hollywood : L'Extravagant Mr Ruggles (1935) est, à l'instar des œuvres engagées de Capra, une comédie loufoque qui comporte un message. Le valet de chambre européen (admirablement interprété par Charles Laughton[T 10],[2]) découvre, au contact de l'Ouest américain, les valeurs démocratiques, au point de donner une leçon à ses nouveaux compatriotes en leur récitant le discours de Abraham Lincoln à Gettysburg, que pour leur part ils ont oublié.

Il réalise ensuite, Place aux jeunes (1937), adaptation de la nouvelle de Josephine Lawrence (en) Years Are So Long[T 11]. Les studios Paramount hésitèrent à produire ce film, ce qui obligea McCarey à embaucher d'anciens acteurs pour faire le film qu'il considère comme son plus personnel, malheureusement, le film fut un échec financier, et cet échec causa le renvoi de McCarey des Studios Paramount[T 12],[S 8]. Cet échec fut un choc pour McCarney, si bien que lorsqu'il reçut son premier Oscar, il expliqua à tout le monde qu'il l'avait reçu pour le mauvais film[S 9],[C 26].

McCarey embauché par Harry Cohn à la Columbia[T 13], collabore à nouveau avec Viña Delmar sur Cette sacrée vérité (1937), qui lui vaut un Oscar du meilleur réalisateur. Il garde du bref[C 27] tournage de Cette sacrée vérité un très bon souvenir[C 28].

Les deux versions de Elle et lui

Charles Boyer et Irene Dunne dans Elle et lui

En 1957, McCarey réalise un remake de Elle et lui avec Cary Grant et Deborah Kerr.

Paul Vecchiali pense que « McCarey a plutôt été tenté par une « revisitation » de l’histoire en lui donnant un aspect presque irréel, voire fantastique. »[2], et compare ensuite les deux versions de Elle et Lui aux deux versions de L'Homme qui en savait trop de Alfred Hitchcock[2] (1934 et 1956) dans le renouvellement des idées et son traitement.

Cependant, selon Leo McCarey, le deuxième film est un « véritable remake » du premier[C 29], et explique que « Comme au moins deux générations de jeunes n'avaient pu voir cette première version, j'ai eu le sentiment que je devais de nouveau la raconter pour eux »[C 25]. Selon lui, la seule différence entre les deux versions est la présence de Cary Grant dans le second, qui fait ressortir l'aspect comique de chaque situation[C 30]. Quant à son avis sur le film, il déclare que « je préfère la première version pour sa beauté, et la seconde parce que, financièrement, elle a été un beaucoup plus grand succès »[C 25].

Un cinéaste engagé, et astucieux

McCarey a signé également plusieurs films engagés : Lune de miel mouvementée (1942, que McCarey déteste[C 31], et dont il dit n'avoir pas même tourné le plan final[C 32]) ; La Route semée d'étoiles (1944), qui remporte sept Oscars, et Les Cloches de Sainte-Marie (1945), le plus grand succès de la RKO[A 13] révèlent les talents de Bing Crosby[S 10].

Après les deux grands succès que furent La Route semée d'étoiles et Les Cloches de Sainte-Marie, son film suivant, Ce bon vieux Sam, fut considéré comme un échec[C 33]. Selon McCarey, si le film fut un succès moindre, c'est parce que le scénariste Sinclair Lewis n'accepta pas de travailler avec lui, parce qu'il pensait qu'« un homme qui essaierait de mener de nos jours une vie d'apôtre serait un idiot, et qu'on le considérerait comme tel »[C 34], l'obligeant à développer seul son personnage. Il finit par admettre son erreur à propos de son idée de départ[C 35].

Ensuite, pour son film suivant, La Brune brûlante, il explique sans modestie particulière que :

« Franchement, ne préférez-vous pas la première moitié du film à la seconde ? Non ? Vous aimez tout ? Je ne comprends pas pourquoi... En fait, j'ai écrit complètement l'histoire : l'auteur du livre était furieux contre moi parce que je n'avais conservé de son texte que les noms des personnages : tout le reste est de moi. Je trouve la fin, que j'ai écrite aussi, très drôle[C 34]... »

Cependant le film n'eut pas de succès, probablement à cause du manque de publicité comme l'explique le cinéaste[C 36]. À la suite du succès de son film, McCarey créa les Rainbow Productions, qu'il vendit par la suite aux studios Paramount[T 14]. Lors de son tournage, un événement terrible se produit : Robert Walker mourut[C 37], ce qui entraîna des conséquences terribles sur le moral de l'équipe[C 38], sans compter que Leo McCarey devait cacher ce problème aux directeurs du studio (sans quoi ils auraient voulu récupérer l'argent du film[C 39]), cependant il acheva le film : « J'ai dû avoir recours à tous les trucs que j'avais appris dans ce métier pour transformer les quelques scènes que nous avions tournées en un film véritable. Et nous avons réussi à faire ce film, à le finir »[C 34], alors qu'un problème majeur se posait : à la fin du film, le héros, incarné par Robert Walker, devait mourir, et la scène n'était pas encore tournée[C 40], alors McCarey dut faire appel à son ami Hitchcock :

« C'est alors que je me suis souvenu qu'Hitchcock, dans L'Inconnu du Nord-Express (Strangers on a Train, 1951), avait filmé une scène où Walker mourait sous un manège. Il était trois heures du matin, et je marchais de long en large dans ma chambre en me disant qu'il fallait attendre que cet endormi d'Hitchcock se réveille. Sept heures : il est encore trop tôt pour tirer Hitch du lit ! Huit heures : toujours trop tôt pour lui - mais si j'attends jusqu'à neuf heures, il sera peut-être parti. Je regarde dans les journaux pour vérifier qu'il ne tourne aucun film. À huit heures et demie, j'ai Hitch au bout du fil et je lui demande : « Est ce que tu as un gros plan de la mort de Walker ? » Il me répond « Je n'en sais rien, mais je peux te retrouver au studio et on se projettera la scène, nous verrons bien ; je sais quels sont tes ennuis : est-ce-que ça suffira pour t'aider ? - Si ça m'aidera ? Mais ça me sauvra la vie ! J'ai l'intention de le faire mourir sous les balles et de lui faire prononcer ces mots : « J'ai fait ma confession », que j'ai sur un disque de lui... » Dans la scène du film d'Hitchcock, le jeune Farley Granger parle avec Walker sous le manège. Je bouillais à la projection : « Mais va-t'en, va-t'en donc ! », heureusement, pendant une seconde, Granger s'éloigne et Walker reste seul, en disant quelques mots. J'ai pris ce plan et j'ai remplacé le texte. Mais comme je ne pouvais me fier à aucun acteur, qui aurait pu révéler aux journaux la mort de Walker, j'ai doublé moi-même ces quelques mots d'une voix à peine audible[C 34]... »

L'anticommunisme de McCarey[3] se donne à nouveau libre cours, mais avec moins de talent que dans My Son John, dans son dernier film, Une histoire de Chine (1962)[A 14]. Il reconnait la mauvaise qualité du film, mais reporte l'erreur sur les autres : « Une histoire de Chine fut aussi un cauchemar. J'avais une très belle histoire, mais, au milieu du tournage, des gens bien plus puissants que moi se mirent à la modifier. J'ai finalement laissé tomber le film, mon assistant s'est occupé des cinq derniers jours du tournage. »[C 34].

Bilan

On prétend parfois que l'œuvre de McCarey ne vaut que par quelques « moments » mémorables[S 11], qu'il n'est pas un auteur au sens de Capra[T 15]. Cette opinion demande à être nuancée. Il est vrai que McCarey est inégal, ce qui est d'ailleurs sans doute le lot commun d'un comique fondé sur le gag improvisé. Mais, précisément, son génie comique et son idéologie irlando-américaine sont inextricablement liées, et ensemble définissent son indéniable originalité. Jean Renoir exprima un sentiment partagé de tous lorsqu'il remarqua que « McCarey comprit les gens mieux qu'aucun autre à Hollywood »[S 12]. Et William R. Meyer rebondit sur ces paroles de Jean Renoir pour expliquer que c'est cette facilité à comprendre les gens qui lui permit de créer « des comédies chaleureuses, pleines d'esprits, parfois loufoques »[4] Si McCarey est aussi peu connu, c'est aussi à cause du fait que la plupart de ses films sont inaccessibles, onze sur trente-trois, ainsi que deux (Ce bon vieux Sam de 1948 et Lune de miel mouvementée de 1942) uniquement dans des versions de piètre qualité[S 13].

Filmographie

Réalisateur

Courts métrages

Longs métrages

Télévision

Scénariste

Courts métrages

Longs métrages

Télévision

Producteur

Courts métrages

Longs métrages

Style et caractéristiques de son œuvre

Esthétique et principes de mise en scène

Thèmes

Sa propre vie

McCarey incorpora de nombreux détails de sa vie personnelle dans ses films, depuis son travail aux studios Hal Roach jusqu'à la fin de sa vie. Le premier exemple connu est celui du gag du nœud de cravate que l'on retrouve dans plusieurs films de son début de carrière (en effet McCarey ne savait pas nouer une cravate[7]). Il existe d'autres exemples, comme son rapport à la boxe, que l'on perçoit notamment dans Soupe au lait (1936), et dans Les Cloches de Sainte-Marie, où Ingrid Bergman apprend à un petit garçon à se battre. Dans Soupe au lait apparaît également un promoteur de boxe, un clin d'œil évident au travail de son père[S 14].

Dans Cette sacrée vérité (The Awful Truth), on perçoit une autre référence à sa propre vie : Cary Grant tente de revendre une mine de cuivre qui ne lui rapporte pas un centime, d'ailleurs, le film entier, selon McCarey, faisait référence à sa propre vie[C 41] ; et dans La Route semée d'étoiles (Going My Way), le prêtre incarné par Bing Crosby est un auteur de chanson raté[S 15]. De plus, La Route semée d'étoiles montre l'héritage culturel irlandais catholique de McCarey[S 16], alors que Les Cloches de Sainte-Marie est basé sur l'histoire de sa tante, Sœur Mary Benedict, qui mourut de typhoïde[8]. Sa tante n'était pas une enseignante (comme l'est en tant que religieuse Ingrid Bergman), mais sa sœur l'était, et on peut supposer que ces deux proches éclairent le personnage. Quant à Ce bon vieux Sam, ce serait un miroir de la propre existence de McCarey, qui lui-même fut déclaré avoir le salaire le plus élevé aux États-Unis en 1945[S 17].

Les allusions de McCarey à sa propre vie n'en font pas un grand réalisateur ipso facto, cependant cela montre qu'il concevait le cinéma comme une plage laissée à l'expression personnelle. Certes McCarey a pu apprécier « Un zeste de conte de fées » dans ses films[S 18],[9], mais les allusions au monde réel montrent qu'il faut nuancer et approfondir les aspects apparemment naïfs de ses films. Il pensait en effet que tout ce qui touche au merveilleux, afin d'être convaincant, devait être rattaché au réel[S 19].

La musique

La musique est un des facteurs les plus importants du travail de McCarey, en effet, malgré son échec en tant qu'auteur de chansons, il confessait facilement qu'il était « du fond du cœur, un musicien ». L'univers musical est très présent dans les films de McCarey, ainsi groupes de jazz, chœurs d'enfants, cantatrices, professeurs de musique, compositeurs ratés, et spectacles de cabaret peuplent ses films[S 20]. Malgré cet univers musical, McCarey ne dirigea qu'un film entièrement musical, Rythmes rouges (Red Hot Rhythm, 1929) ; cependant McCarey considérait La Route semée d'étoiles, contenant neuf références à la musique, comme « une comédie dramatique ». En effet le fait d'incorporer les passages musicaux à l'intrigue (à l'inverse de la plupart des comédies musicales, où l'intrigue est ralentie par une chanson) permet de servir l'action, relaxant tout en faisant avancer l'histoire[S 21].

Cependant, au fur et à mesure de l'évolution de McCarey, il devient de plus en plus silencieux, en effet par exemple la scène finale de Cette sacrée vérité est remarquable par son silence[S 22], si on la compare à d'autres films de l'époque tels que L'Impossible Monsieur Bébé (Bringing Up Baby, 1938) ou Train de luxe (Twentieth Century, 1934), qui misent principalement sur une accélération due à la musique. Il en est de même pour La Route semée d'étoile, dont la dernière scène, qui aurait pu être filmée dans une apothéose musicale, est très calme : on suit le personnage à l'extérieur, dans la neige, et la musique disparaît peu à peu. Le silence devient alors le symbole de son abnégation chrétienne et de l'isolement en découlant[S 23]. La présence perpétuelle de musique accentue alors les instants de silence, car, comme le dit Robert Bresson, « Le cinéma parlant inventa le silence »[10]. Ainsi, dans Cette sacrée vérité et dans La Route semée d'étoiles, McCarey utilise des fins silencieuses, approchant la stase que Paul Schrader définit comme le « Transcendental Style »[S 24].

Distinctions

Notes et références

Voir aussi

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