Leonard Frank (photographe)
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Berne (Allemagne)
Vancouver (Colombie britannique)
Léonard Frank, né le et mort le , est un photographe canadien d’origine allemande connu pour ses photographies commerciales et industrielles.
De son nom complet, Leonhard Juda Frank, il naquit dans une famille juive très croyante de Berne (Basse-Saxe), une petite ville dans le nord-ouest de l’Allemagne. Son père, Louis Frank, y tenait un studio de photographie[1].
En 1892, Frank émigre à San Francisco où il demeure deux ans[2]. Ayant entendu parler de perspectives attrayantes dans le nord, il remonte la côte du Pacifique et quitte les États-Unis pour le Canada et s’établit à Alberni sur l’ile de Vancouver[3]. Un appareil photographique gagné lors d’un tirage lui fait songer à une carrière dans ce domaine. Il s’acquiert rapidement une réputation enviable grâce à ses photos représentant l’exploitation forestière et à ses paysages.
En 1916, il quitte l’ile de Vancouver pour la ville du même nom sur le continent où il ouvre un atelier de photographie qui obtient un succès immédiat. Toute sa vie, il s’intéresse à l’exploitation forestière ainsi qu’au port de sa ville d’adoption, servant à l’occasion de guide à des groupes qui veulent explorer l’ile et acceptant des commandites de journaux et organisations de prestige. Il devient membre de la Royal Photographic Society of Great Britain en 1937. À sa mort, il laisse derrière lui une impressionnante collection de photos dont on peut trouver des exemplaires au Alberni Valley Museum, à la Jewish Historical Society de Colombie britannique et à la bibliothèque municipale de Vancouver.
Il fut d’abord engagé par la firme de marchandage Simon Leiser & Co qui l'envoya en 1896 au magasin général de la même société à Wellington, près de Nanaimo[2]. Deux ans plus tard, il déménageait à Alberni, à l’embouchure de la Somass[4].

Il y ouvre un magasin général où son frère, Bernard, vint le rejoindre. Chaque fois qu’ils en avaient l’occasion, les deux frères allaient prospecter pour trouver du cuivre sur la rive gauche du canal d’Alberni où une mine de production devait s’installer en 1916 Modèle:Esfn.
La petite histoire veut que Frank, peu avant 1900, gagne un modeste appareil photographique lors d’un tirage dans un camp de mineurs d’Alberni [5],[6]. Ayant réussi à trouver preneur pour certaines de ses photographies, il décida de se lancer dans la carrière de photographe[5]. La vente de ses images s’ajoutait au profit qu’il tirait de ses activités comme guide pour la chasse, l’exploration ou le tourisme[7]. Bien qu’il ne mesurât que 1,52 mètre, on le disait « aussi dur qu’un câble de métal » lorsqu’il fallait marcher en terrain d’exploitation forestière[5]. Il réussit l’escalade du mont Arrowsmith ainsi que d’autres sommets de l’ile de Vancouver[8]. Vers 1906 [9], Frank prit la photo d’un lagopède[N 1] à quelque 1675 mètres qui devint célèbre et fut exposée à un salon du loisir de Vienne[10]. À partir de 1907 environ, Frank ouvrit un studio de photographie à côté de l’édifice du Pioneer News où il travaillait à l’occasion comme pigiste [11].
De 1907 à 1909, Frank fit un périple photographique à travers l’ile de Vancouver. Pendant l’été 1909 il géra une station d’essence pour le transport de groupes de touristes sur le lac Great Central[12]. Sa réputation atteignait maintenant l’étranger. Outre Vienne, il eut des expositions à Londres et à Glasgow où ses photos d’exploitation forestière reçurent de nombreux éloges. Dès lors, il commença à recevoir des contrats de la part de sociétés minières et forestières, commençant ainsi sa carrière de photographe industriel [9]. En 1910, il publia un livre de photographies d’Alberni[13]. On l’invitait pour photographier tous les évènements d’importance comme l’arrivée du premier train de passagers à Port Alberni en 1911[14]. L’année suivante il était nommé photographe officiel du parc provincial de Strathcona.
L’acquisition d’une voiture en 1913 lui donna une plus grande mobilité[15]. Toutefois, à partir de , la dépression économique devait frapper la région. De plus, se répandait un sentiment anti-allemand prélude au début de la Première Guerre mondiale. Aussi prit-il la décision de quitter Alberni où sa dernière publicité parut en [11]. En , Frank fut arrêté et accusé de gestes répréhensibles par une famille de l’endroit sur une personne mineure[11]. Il fut transféré à Nanaimo où un jury l’acquitta après une délibération rapide[16],[N 2].

Frank avait souvent visité la ville de Vancouver dans le passé, photographiant le parc Stanley et, notamment en 1914, les passagers du Komagata Maru[17]. En partenariat avec un autre photographe, Orville J. Rognon, il forma en 1918 la société Commercial Photo Company. De concert, ils prirent des contrats commerciaux et travaillèrent à la pige pour le Vancouver Daily Province, le Vancouver Sun et d’autres publications[18],[19]. Frank obtint également des contrats de la ville de Vancouver dont il devint le photographe officiel[18]. Lorsque Rognon quitta la société en 1919, Frank relocalisa ses bureaux sur la prestigieuse rue Granville où ils devaient demeurer jusqu’en 1953. Son frère Bernard y tint le poste de comptable et un technicien, Albert W. Urquart, fut engagé pour les travaux de chambre noire. On pouvait y produire des clichés de 1,22 mètre sur 1,52 mètre[20].
À l’automne de 1918, Frank se rendit à Haida Gwaii[N 3] pour photographier des épicéas de Sitka utilisés dans la fabrication d’avions[20]. L’année suivante il devait prendre l’une de ses plus célèbres clichés, celui des monts Lions situés au nord de Vancouver, lequel parut dans les journaux de l’endroit en plus du Leslie’s Weekly[N 4],[21].
Tout au long de sa carrière, Frank photographia les sujets les plus divers, allant des toutes premières photographies d’exploitation forestière motorisée[21] à celle des membres de la famille royale britannique. En 1920, il commença à prendre des photos publicitaires pour la Canadian Pacific Railway[22], devenant l’année suivante le photographe officiel des lignes de l’ouest de la même compagnie[23]. Celle-ci lui confia de 1924 à 1926 un important contrat pour photographier la construction des quais « B » et « C » du port de Vancouver[24]. En 1924 il publia également un recueil de cartes postales illustrant des scènes forestières de Colombie britannique[25].

Frank fit également des expériences avec la photographie à l’infra-rouge, l’image la plus connue étant un cliché du Mont Baker[N 5],[26]. En 1921, il fut invité à photographier l’inauguration de l’arche de la Paix, monument situé littéralement sur la frontière entre le Canada et les États-Unis[27]. L’un de ses sujets favoris à l’époque était les navires de la Canadian Pacific Line, spécialement lorsqu’ils entraient dans le port de Vancouver. Une photo du paquebot Aorangi fut agrandie 82 fois pour atteindre le format considérable pour l’époque de 1 m. sur 1,5 m. Cette documentation du développement du transport maritime est aujourd’hui d’une grande valeur pour les historiens[28]. Il en va de même de ses photos panoramiques permettant de documenter la transformation du paysage de Vancouver[29].
Il eut du reste l’occasion d’y photographier le président Warren G. Harding lors d’une courte visite en 1923. Parmi les autres célébrités dont il eut à faire le portrait on peut citer Roald Amundsen, Bliss Carman, William Lyon Mackenzie King, Anna Pavlova, Sergei Rachmaninoff, préférant généralement photographier ses sujets à l’œuvre dans leur environnement habituel[30].
Un aspect important de son travail consistait à documenter par la photographie la construction d’importants projets architecturaux, d’ingénierie ou de construction. C’est ainsi qu’il photographia celle du Ballantyne Pier (1921-1923), du Second Narrow Bridge (1926), du nouvel Hôtel Vancouver (1928-1939), la finition du Burrard Bridge (1932), de l’hôtel de ville de Vancouver (1935-1936) et du Lions Gate Bridge (1938-1939)[29].
Ses photos parurent dans de nombreux suppléments et articles vedettes de journaux de la province et, à partir des années 1920, de l’étranger. Il reçut ainsi des commandes du National Geographic, du Saturday Evening Post, du New York Times, du Christian Science Monitor et du Canadian Geographical Journal[31].

Pendant nombre d’années Frank fut le photographe officiel du Vancouver Board of Trade, ce qui lui donna l’occasion d’être invité à quatre reprises à leurs excursions annuelles le long des côtes nordiques de la Colombie britannique. En 1928, il changea le nom de sa compagnie pour Leonard Frank Photos et en fit la publicité comme « photographes spécialisés en commerce, foresterie, mines, industries et agrandissement ». Ses photos illustrèrent un album photos publié à l’occasion du cinquantième anniversaire de Vancouver[32].
La Royal Photographic Society of Great Britain l’invita à devenir membre en 1937 et, après qu’il eut présenté un portfolio de ses œuvres, lui donna l’année suivante le statut de membre-associé[33]. En 1938, une de ses photos servit à la production d’un timbre postal canadien de 50 cents. Prise en 1934, celle-ci représentait la baie Burrard. En 1939 on lui demanda de produire les agrandissements et les diapositives du pavillon de la Colombie britannique à l’Exposition mondiale de San Francisco[33]. En 1942, ses scènes d’exploitation forestière illustrèrent le livre de poésie de Robert Swanson, Rhymes of a Western Logger[34].
Bien qu’installés en Amérique du Nord, les frères Frank gardèrent le contact avec leur famille demeurée en Europe. Durant la Deuxième Guerre mondiale, tous les membres à l’exception de sa sœur, madame Hertz, périrent au cours de l’Holocauste[35].
Leonard Frank mourut pendant son sommeil le . Quelques jours plus tôt il avait rendu visite aux bureaux du Vancouver Sun où il avait fait remarquer que ses quelque 25 000 négatifs pourraient fournir aux archivistes de l’avenir de longues heures de travail[36].
Héritage

Après son décès, son frère Bernard avec l’aide d’Albert Urquart assura la gestion de l’entreprise dans l’attente d’un nouveau propriétaire jusqu’à ce qu’il meure subitement le . Les deux frères sont enterrés au cimetière Schara Tredeck de New Westminster. L’entreprise fut achetée par un réfugié juif, Otto Landauer, qui en maintint la vocation commerciale[37].
En 1965, la bibliothèque publique de Vancouver se procura une grande quantité de ses plaques de verre. Quatre ans plus tard celles-ci figurèrent dans une exposition de 325 photographies, en grande partie produites à partir de celles de Frank[38]. On peut également voir ses photos aux Archives de Colombie britannique, au Royal British Columbia Museum, à la BC and Yukon Chamber of Mines, dans les collections spéciales de l’Université de Colombie britannique et au Alberni Valley Museum[38].
Un certain nombre de ses photos furent présentées en 1976 au Vancouver Art Gallery comme partie de l’exposition « Onze pionniers de la photo en Colombie britannique, 1890-1940 » [38].
Cinq ans après la mort de Landauer en 1980, la société d’histoire juive de Colombie britannique acquit une collection substantielle des œuvres des deux photographes[38]. Une rétrospective se tint en 1986 à la Shalom Gallery du centre communautaire juif de Vancouver[39].
En 1989, une collection de soixante-quinze photographies de Frank illustrant l’industrie forestière fut exposée au Vancouver Trade and Convention Center durant une convention de camionneurs forestiers. Par la suite, celles-ci furent données au British Columbia Forest Museum de Duncan où elles font partie de l’exposition permanente du musée[38].
En 1999, la White Pine Pictures consacra une émission de télévision à l’œuvre de Frank[40]. En 2012, le curateur Bill Jeffries monta une exposition de trente-et-une photographies de Frank à l’université Simon Fraser. Sous le titre Leonard Frank : Beautiful British Columbia, on y faisait un rapprochement ironique entre la devise de la province inscrite sur les plaques d’immatriculation et la destruction de l’environnement produite par l’industrie forestière[41].
Commençant sa tournée en 2016, une exposition itinérante intitulée Two Views : Photographs by Ansel Adams and Leonard Frank se déplaça dans divers musées avant son arrêt final au Whatcom[42]. L’exposition mettait en lumière deux approches différentes des camps d’internement des Japonais au cours de la Deuxième Guerre mondiale, l’approche d’Adams étant de nature plutôt sympathique, celle de Frank plus sévère[43].
Réputation
Dans un article enthousiaste datant de 1916, un journal de Vancouver décrivait Frank comme « ayant l’œil d’un artiste et le cœur d’un poète », disant qu’il s’agissait du « John Muir de la lentille »[44]. Il vécut à Alberni à une époque où il put voir partir la dernière diligence et arriver le premier train[5]. Ses photos furent utilisées pour illustrer des manuels scolaires[3]. Ses photographies sont réputées pour leur lumière naturelle et l’angle unique de la caméra [45]. Selon Otto Landauer, Frank fut « le plus important personnage au Canada dans le domaine de la photographie à ce jour[38] ». La collection qui se trouve à la bibliothèque publique de Vancouver a la réputation d’être la deuxième en importance au Canada et sa collection sur l’industrie forestière la meilleure au monde[5].
Galerie
- Portrait d’une jeune fille avec raisins (1912).
- Vue de Port Alberni (vers 1913).
- B.C. Mills, bois et commerce (vers 1913).
- Le pont encombré du Komagata Maru (1914).
- Incendie dans la ville de Steveston (1918).
- Hommes aux côtés de grands épicea à Haida Gwaii (1918-19).
- Garçon Nootka devant un écran peint dans une maison traditionnelle (1920).
- Douze hommes devant un cheval-vapeur à la Brown & Kirkland Logging Co. Ltd. (1928).
- Construction de la Bourse de Vancouver (6 janv 1929).
- Sergei Rachmaninoff sur un wagon de la Great Northern Railway (1929).
- Nettoyage du hareng à la London Fish Co. (28 oct 1931).
- Ouverture du pont de la rue Burrard (juillet 1932).
- Mineurs drainant le Lowhee Placer Claim (1933).
- Ouvriers déchargeant du saumon (1937).
- Vue prise d’un toit au nord-ouest du Vancouver Block (1937).
- Le pont Lion Bridge en construction et l’Empress of Japan passant dessous (1938).
- Emballant des olives (1939).
- Évacuation par les Japonais de l'édifice médical Hastings Park (11 mai 1942).