Les Années de misère

livre d'histoire de Marcel Lachiver From Wikipedia, the free encyclopedia

Les Années de misère. La famine au temps du Grand Roi est un livre de l'historien Marcel Lachiver paru en 1991.

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Les Années de misère
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Appuyé sur un croisement de sources nouvelles, il est consacré aux crises démographiques des années 1680-1720, en particulier la grande famine de 1693-1694 et le grand hiver de 1709, et leurs conséquences.

Présentation

Étudier les crises

Dans Les Années de misère. La famine au temps du Grand Roi, l'historien et démographe Marcel Lachiver étudie les crises économiques et démographiques de la fin du règne de Louis XIV et légèrement au-delà, allant de 1680 à 1720[1].

Pour réaliser son étude, Marcel Lachiver croise trois catégories de sources : l'enquête de l'Institut national d'études démographiques qui reconstitue le mouvement de la population française, des milliers de notes extraites de registres paroissiaux et des mémoires des intendants, ainsi que des séries d'observations météorologiques[1],[2],[3], en particulier le registre de Louis Morin, à l'Observatoire de Saint-Maur-des-Fossés, qui permet de mesurer la température quotidienne pendant 37 ans[4]. Selon l'historien Jacques Dupâquier, cette utilisation de trois types de sources différents est « ce qui fait l'intérêt et la nouveauté de cet ouvrage »[5]. Il synthétise également de nombreuses études locales ou régionales[2].

Une structure chronologique

Marcel Lachiver divise la période 1680-1720 en deux parties, « Une triste fin de siècle », soit les années 1680-1700 et « Autour du grand hiver », les vingt premières années du XVIIIe siècle[6].

Il décrit tout d'abord le travail et la production agricole habituelle de la fin du XVIIe siècle en « un éblouissant tableau des réalités agricoles de l'époque », comme le qualifie l'historien Alain Croix[1]. Jacques Dupâquier abonde : « Là-dessus, personne n'a jamais dit mieux en moins de mots : ces pages méritent de devenir classiques »[5].

Après avoir exposé l'évolution économique et démographique positive des années 1680, l'auteur détaille la météorologie mauvaise des années 1692-1693, ses effets catastrophiques sur la population et les réactions du pouvoir[7]. Ainsi, il consacre environ 150 pages à la grande famine de 1693-1694[1]. Les chapitres suivants portent sur des années difficiles, 1695-1700[8].

L'auteur caractérise ensuite le refroidissement des années 1701-1708[8], avant d'étudier plus précisément le grand hiver de 1709, exposé en 120 pages[1]. Les derniers chapitres montrent que la récupération dans les années suivantes est très lente, la population étant confrontée à des caprices météorologiques et à des épidémies[9].

Mourir de faim

Marcel Lachiver décrit précisément les modalités et les effets de la faim, qui rend tragique la maladie latente, la transformant en épidémie[1] et qui fait mourir les pauvres, alors que le pouvoir royal est impuissant[10]. Parmi les apports du livre, Alain Croix distingue « une démonstration irréfutable de la réalité de la famine à cette époque, de la réalité de ses effets démographiques, presque toujours aggravés par la maladie et parfois accompagnés par les ravages du froid »[1]. Selon l'historien Pierre Goubert, l'étude de Marcel Lachiver permet d'« imposer silence à la troupe foisonnante de chantres braillards ou hypocrites qui refusent d'admettre qu'on ait pu mourir de faim dans la France du Grand Roi, sauf à la rigueur d'épidémies mal venues ou de méchants hivers »[4].

Marcel Lachiver s'attache à montrer la population ordinaire, à décrire les mécanismes des catastrophes, les autorités n'intervenant qu'en réaction, pour tenter d'aider les pauvres, de maintenir l'ordre et d'organiser les approvisionnements[6]. Il insiste sur le rôle premier du climat dans les crises, le réchauffement expliquant la croissance à partir des années 1720. Alain Croix n'adhère pas totalement à ce primat des conditions climatiques[11].

Jacques Dupâquier, qui considère qu'« un point fondamental [est] la part de la famine et celle des épidémies », est plus nuancé. Il pense que Marcel Lachiver sous-estime la responsabilité des épidémies : « Quand il écrit, témoignages à l'appui, qu'il y a eu des morts de faim en 1693-1694 et que certains malheureux ont mangé de l'herbe, il nous convainc. Quand il semble présenter l'épidémie comme une simple conséquence de la famine, il nous laisse un peu sceptiques »[12]. Pour l'historien François Lebrun, « Dans un grand livre qui fera date, Marcel Lachiver met les choses au point, nettement et sans polémique inutile : oui, des Français sont morts de faim sous Louis XIV, par centaines de milliers certaines années, même si des épidémies, de nature variée, venaient ajouter leurs méfaits à ceux de la famine, en se greffant éventuellement sur elle »[13].

Compter

Selon les mesures de Marcel Lachiver, la crise de 1693-1694 a été pire que celle de 1709, pourtant plus connue[14]. La crise de 1693-1694 cause un déficit de 1,5 million d'habitants : 1,3 million de morts supplémentaires par rapport à la normalité et 200 000 naissances en moins. En proportion, c'est presque le double des pertes de la Première Guerre mondiale en France. La crise de 1709-1710  le grand hiver de 1709 en est le moment le pire  cause 550 000 morts et un déficit des naissances, soit un peu plus que la Seconde Guerre mondiale, en deux ans seulement[10].

Selon Pierre Goubert, ces calculs sont une « rigoureuse démonstration autour de laquelle de belles âmes organiseront — organisent déjà — un silence de bois »[4]. Alain Croix salue « l'audace de l'auteur dans la pesée des conséquences démographiques des crises, une audace dont je m'empresse de dire qu'elle me semble totalement convaincante »[10]. Jacques Dupâquier juge que la comparaison entre la crise de 1693-1694 et la Première Guerre mondiale est « spectaculaire mais spécieuse »[12] et la comparaison entre la crise de 1709-1710 et la Seconde Guerre mondiale « un peu moins hasardeuse que la précédente »[9].

Même si Jacques Dupâquier reproche à Marcel Lachiver certaines formules qu'il juge « agaçantes », il conclut que ce livre est « un grand ouvrage d'histoire, un livre neuf, alerte, riche d'informations, qui se lit comme un roman. Sur l'économie rurale, sur le déroulement des crises, sur les aspects matériels de la vie des campagnes à la fin du XVIIe siècle, Marcel Lachiver est toujours l'un des meilleurs »[15]. Selon André Sanfaçon, « il s'agit, en douze chapitres qui pourraient constituer autant de séances d'un cours magistral universitaire, d'une leçon sur comment on écrit l'histoire avec des convictions et des preuves, avec le mot et le nombre, avec l'impression et la précision en assumant sur quarante années la France et ses régions, la règle et l'exception, l'affirmation et la nuance, le passé et le présent »[16]. Selon Thomas Schaeper, « despite Lachiver's modest claims, this book will be a standard reference tool for many years to come »[14].

En 2008, Jean-Marc Moriceau résume ainsi les intentions de Marcel Lachiver dans ce livre : « Marcel Lachiver faisait partie des historiens particulièrement sensibles aux difficultés des vingt millions de Français à l’époque de Louis XIV. Lié à Emmanuel Le Roy Ladurie, il avait perçu tout l’impact du climat dans les livres de raison des vignerons franciliens. Il tenait à tordre le mythe du bon vieux temps. En se consacrant à l’envers du Grand siècle, il prolongeait le sillon ouvert par Pierre Goubert mais en le situant à l’échelle nationale »[17].

Éditions

Prix

Notes et références

Voir aussi

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