Les Nuits
Cycle de poèmes d'Alfred de Musset
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Les Nuits est un cycle de quatre poèmes écrits par le poète romantique Alfred de Musset entre mai 1835 et octobre 1837.
| Les Nuits | |
Illustration de Luc Olivier Merson. | |
| Auteur | Alfred de Musset |
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| Pays | |
| Genre | Poésie |
| Version originale | |
| Langue | Français |
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Historique
Composés à la suite de la rupture définitive du poète avec l'écrivaine George Sand, les poèmes des Nuits sont publiés dans La Revue des deux mondes entre 1835 et 1837, puis dans le recueil des Poésies complètes, chez Charpentier, le 4 juillet 1840[1].
Musset entreprend également l'écriture d'une Nuit de juin et d'une Nuit de juillet, toutes deux avortées[2].
Ces Nuits sont rivales de celles composées par les auteurs anglais James Hervey et Edward Young au XVIIIe siècle.
Composition
Les poèmes des Nuits suivent le cycle des saisons, avec un léger décalage. Se succèdent alors La Nuit de mai, La Nuit de décembre, La Nuit d'août et La Nuit d'octobre. Cet écart permet à la fois d'intensifier les contrastes - du printemps à l'hiver - puis, à l'inverse, d'atténuer les transitions - de l'été à l'automne - mais aussi de souligner la singularité de La Nuit de décembre[3].
Chaque poème déploie un dialogue distinct, qui met en scène le poète et la Muse, à l'exception de La Nuit de décembre, où intervient la figure du double du poète. Cette structure permet la mise en valeur du dédoublement du poète, tourmenté entre la souffrance et l'attrait de l'élévation poétique.
La Nuit de mai
La Nuit de mai est un dialogue poétique de 202 vers composés en deux jours en 1835[2]. L'œuvre oppose la Muse au Poète, respectivement à travers des alexandrins et des octosyllabes.
Tandis que la Muse incite le Poète à se mettre au travail, en lui proposant des sujets d'écriture, le Poète privilégie le silence : la Muse lui répond par l'apologue du pélican, argumentant que le Poète peut faire de son tourment sa matière poétique.
« Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots. »
La tentative de la Muse se solde par un échec, le Poète refusant sa suggestion.
La Nuit de décembre
La Nuit de décembre est composé en 1835[2]. Le poème constitue davantage un monologue : sur 216 vers, 198 sont consacrés au Poète. Ce dernier commence par évoquer un Double de lui-même, qui lui ressemblerait « comme un frère » et le poursuivrait depuis son plus jeune âge. Enfin, après avoir questionné cette vision, celle-ci se contente de lui répondre « Ami, je suis la Solitude. »
La Nuit d'août
La Nuit d'août est composé de 137 vers, écrits en 1836 : il s'agit donc du poème le plus court du cycle des Nuits, opposant une nouvelle fois le Poète à la Muse. Celle-ci reproche au Poète d'avoir délaissé son art et lui en demande la raison. Le Poète lui répond par une apologie épicurienne, affirmant avoir décidé de profiter de l'existence : « J'aime, et pour un baiser je donne mon génie. ».
La Nuit d'octobre
Le dernier poème, La Nuit d'octobre est écrit en octobre 1837. Il est composé de 313 vers, ce qui en fait le poème le plus long, mais aussi le plus élaboré du cycle. Celui-ci met une nouvelle fois en scène le Poète et la Muse : alors que la Muse tente de le consoler, le Poète lui raconte son tourment amoureux et la trahison dont il est victime. La Muse lui conseille finalement une nouvelle fois de transformer sa douleur en matière poétique, ce que le Poète finit par accepter.
Le cycle s'achève ainsi sur une renaissance du Poète, qui retourne à l'écriture poétique et à la vie, après une série de crises.
Thèmes
Les thèmes développés sont typiquement romantiques : la tristesse, la nature, la solitude, la déception, la mort, mais aussi les affres de la création poétique.
D'autre part, la résonance autobiographique de l'oeuvre est évidente. Les échos à la relation d'Alfred de Musset avec George Sand sont en effet nombreux dans le texte, des passages multiples faisant référence aux souffrances déclenchées par leur rupture. À cela d'ajoutent les réminiscences de la mort de son père, Victor-Donatien de Musset-Pathay, qui occupent une place centrale dans la Nuit de décembre[4] :
« Un an après, il était nuit ;
J’étais à genoux près du lit
Où venait de mourir mon père.
Au chevet du lit vint s'asseoir
Un orphelin vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère. »