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Lieu de mémoire

concept historique From Wikipedia, the free encyclopedia

Le lieu de mémoire est, pour l'historien Pierre Nora, un support  matériel ou immatériel  ayant une valeur dans la mémoire collective.

Arbre commémoratif de l'Holocauste - Le mémorial de Berlin dédié aux victimes de l'Holocauste. Auteur : John C. Watkins V

La locution « Lieu de mémoire », mise en avant entre 1984 et 1992 par l'ouvrage homonyme[1], fait son entrée en 1993 dans le dictionnaire Le Grand Robert de la langue française comme étant « d’un usage courant ».

Concept

L'expression « lieu de mémoire » est forgée par Pierre Nora pour désigner tout support matériel ou immatériel porteur au présent de valeurs symboliques de « mémoire collective du passé ». Il s’agit d'artefacts chargés idéologiquement pour diffuser auprès de la population une vision déterminée de l’histoire[2].

Pour caractériser les lieux de mémoires, Nora part de la combinaison des dualités présentes dans la ville : passé et présent ; sacré et prosaïque; individu et collectivité, etc., jusqu'à atteindre les processus d'idéalisation, de description, de symbolisation articulés à travers deux vecteurs : la mémoire et l'identité d'une part, et d'autre part l'apprentissage, la (re)connaissance et le voyage[2].

Le concept est interprété comme une opposition relativement nouvelle à la manière d'écrire l'histoire et de penser la mémoire collective en France. Son élaboration vise à répondre à des questions sur les mémoires collectives et nationales tout en s'interrogeant sur les relations que celles-ci entretenaient avec l'histoire en tant que discipline. Si on la définit en premier lieu comme l'ensemble des lieux où la mémoire collective s'ancre, se condense, se cristallise, s'abrite et s'exprime, la notion s'étendrait à toute unité significative, d'ordre matériel ou idéal, dont la volonté des hommes ou le travail du temps a fait un élément symbolique du patrimoine mémoriel d'une communauté quelconque. Un lieu de mémoire n’est pas n’importe quel lieu dont on se souvient, mais un lieu où la mémoire agit[3].

Ce qui fait d’un lieu un lieu de mémoire, c’est à la fois sa condition de carrefour où se croisent différents chemins de mémoire, et sa capacité à perdurer et à être sans cesse remodelé, réinterprété et revisité. D'une certaine manière, les lieux de mémoire montrent que la mémoire de la ville est au bord de l’extinction. Cette attention portée à la mémoire ne peut s’expliquer que parce qu’elle a disparu, a cessé d’être vécue dans la vie quotidienne et se trouve reléguée dans l'histoire et dans les lieux de mémoire[4].

Les Lieux de mémoire

Dès 1978, dans sa contribution sur la « mémoire collective » dans l'encyclopédie La Nouvelle Histoire, Pierre Nora note que « l’histoire s’écrit désormais sous la pression des mémoires collectives », qui cherchent à « compenser le déracinement historique du social et l’angoisse de l’avenir par la valorisation d’un passé qui n’était pas jusque-là vécu comme tel. » Selon lui,

« un lieu de mémoire dans tous les sens du mot va de l'objet le plus matériel et concret, éventuellement géographiquement situé, à l'objet le plus abstrait et intellectuellement construit[5]. »

Il peut donc s'agir d'un monument, d'un personnage important, d'un musée, des archives, tout autant que d'un symbole, d'une devise, d'un événement ou d'une institution. Même les réseaux sociaux sont utilisés actuellement comme lieux de mémoire virtuelle[6].

« Un objet », explique Nora, « devient lieu de mémoire quand il échappe à l'oubli, par exemple avec l'apposition de plaques commémoratives, et quand une collectivité le réinvestit de son affect et de ses émotions »[7]. Au contraire de la généalogie, qui investit essentiellement l'histoire et la filiation de familles, en se limitant à l'histoire personnelle ou à celle des personnes entre lesquelles existe un lien, les lieux de mémoire se réfèrent à l'histoire collective. Par leur biais, on peut aborder les institutions, les collectivités et leurs organisations, les grands corps de l'État, les communautés religieuses.

Les volumes des Lieux de mémoire constituent une référence essentielle pour l'histoire culturelle en France. Ils ont été traduits en anglais et publiés de façon sélective (environ un tiers des articles ont été repris) par les presses universitaires de Chicago entre 2001 et 2009, sous le titre Rethinking France. Ces problématiques seront reprises en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, au Luxembourg, au Québec et en Russie.

En 1987, alors que seule une partie des volumes est publiée, l'historien Henry Rousso déplore l'absence « d'une définition opératoire de la mémoire collective » et demande « ce qui justifie ici les choix "ponctuels" des divers lieux étudiés[8]. »

Table des matières des Lieux de mémoire

I. La République

II. La Nation

III. Les France

Notes et références

Voir aussi

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