Histoire culturelle

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L'histoire culturelle est un courant de recherche historique situé, selon Jean-Yves Mollier, au carrefour de plusieurs disciplines — histoire des mentalités, histoire sociale, entre autres[1]. Définie comme une histoire des sensibilités collectives ou une « histoire sociale des représentations »[2], elle se caractérise par un champ d'études étendu et varié, embrassant toutes les thématiques touchant à la culture d'une société donnée : histoire des couleurs, des animaux, de la sexualité, du genre ou encore des langues. Cette diversité constitue à la fois sa richesse et son intérêt pour la recherche historique[3].

Présente sous forme embryonnaire dès le XVIIIe siècle — notamment en France avec Voltaire —, l'histoire culturelle se développe à des rythmes différents et sous diverses appellations au cours du XXe siècle : en Allemagne sous le nom de Kulturgeschichte (histoire culturelle), en Grande-Bretagne sous celui de Cultural history ou Culture history (histoire culturelle). En France, elle est issue de l'histoire totale promue par les Annales et de l'histoire des mentalités, tout en ayant été influencée, dès le début du XXe siècle, par la Kulturgeschichte de Karl Lamprecht. Elle est aujourd'hui représentée par des historiens tels que Michel Pastoureau, Pascal Ory, Dominique Kalifa, Philippe Poirrier, Jean-François Sirinelli ou Roger Chartier. Selon Philippe Urfalino, l'histoire culturelle doit être envisagée non comme une nouvelle branche de la science historique, mais comme une nouvelle méthodologie de l'histoire[4].

Définitions

La culture dans son acception large désigne l’ensemble des représentations collectives propres à une société[5]. Pour Pascal Ory, « les représentations sont des phénomènes sociaux, partagés par tous les membres d’un groupe, ils peuvent être de différentes natures : géographique, démographique, professionnel, idéologique »[2]. L’histoire culturelle peut alors se définir comme une « histoire sociale des représentations » (Pascal Ory) en s'intéressant aux différentes facettes culturelles d'une société.

Méthode

L'histoire culturelle choisit de privilégier des objets culturels et des phénomènes de médiation des biens et des objets culturels. Comme c'est une discipline de circulation, ses différents domaines de recherches montrent l'élargissement du champ d'études de l'historien qui aborde alors ses objets avec d'autres approches : histoire culturelle du politique, cultures de guerre, etc. Selon Philippe Urfalino, l'histoire culturelle est avant tout une méthode historique avant d'être une branche à part entière de l'histoire.

Objets

Cette histoire culturelle se décline, pour certains, sous la forme de sous-disciplines, plus ou moins institutionnalisées : histoire des institutions et des politiques culturelles, histoire des médias et de la culture médiatique, histoire des symboles, histoire des sensibilités, histoire de la mémoire, histoire des sciences… D'autres, comme Dominique Kalifa, considèrent l'histoire culturelle moins comme l'analyse-inventaire des formes de la culture que comme un regard ou un questionnement de nature anthropologique sur l'ensemble des activités humaines.

Pour Roger Chartier, « tout est culturel : chaque conduite, chaque comportement – dont peuvent découler des régularités ou des lois méconnues à terme par les sujets – sont gouvernés par des systèmes de représentation, de perception, de classement et d’appréciation »[6].

L’histoire culturelle a un champ plus étendu que d'autres disciplines historiques: c’est une histoire fractionnée qui regroupe plusieurs pratiques historiennes. Née au carrefour de diverses disciplines, elle garde cette spécificité d’histoire de la circulation[7],[8].

Confusion avec d'autres disciplines

Étant donné les origines multiples de l’histoire culturelle et les différentes influences qu’elle a subies, il peut être difficile de cerner précisément ses limites et la distinguer clairement d’autres disciplines historiques. Il faut alors veiller à ne pas la confondre avec des disciplines historiques telles que l’histoire des objets culturels en tant que tels (histoire du théâtre, de la littérature, etc.), l’histoire des idées et l’histoire intellectuelle, ou encore l’histoire des politiques culturelles[9].

En outre, même si l’histoire culturelle appartient en quelque sorte à l’histoire sociale - elle veut aussi rendre compte des phénomènes sociaux qui régissent les groupes[2] –, elle s'en distingue par son intérêt pour les phénomènes symboliques et non pas pour les modes de fonctionnement des groupes[2].

Enfin, la notion de représentation étant au centre de l’histoire culturelle, il faut néanmoins veiller à ne pas l’amalgamer avec l’histoire des représentations car elle est plus large que celle-ci[10].

Liens avec les Cultural Studies

L'histoire culturelle pratiquée en France n'a pas noué de véritable dialogue avec les Cultural Studies[11]. Les Cultural Studies trouvent leurs origines au sein de l’université de Birmingham, en 1964. L’institution « Center for Contemporary Cultural Studies », fraichement instauré, entend mener une grande diversité d’études. Elles concernent des thèmes tels que l’étude des « sociabilités ouvrières », du développement et de l’évolution des études sur le genre ou encore, l’étude de certaines « sous-cultures ». Trois grands noms, qui se révèlent par la suite les fondateurs du courant, y travaillent. Il s’agit de Raymond Williams, Edward Thompson et Richard Hoggart. Ces trois chercheurs publient chacun, à tour de rôle, des ouvrages précurseurs en la matière. À ce moment du développement de l’histoire culturelle, il s’agit d’éviter de ne pas privilégier uniquement les grands complexes universitaires, mais, au contraire, de plus modestes institutions[12]. Dans les années 1980, le domaine des Cultural Studies évolue. Il se voit d’abord exporté en Angleterre et ensuite, aux États-Unis. Comme le précise Stéphane Van Damme, c’est à cette période que les Cultural Studies entament un « tournant ethnographique ». Les chercheurs des deux pays s’intéressent alors davantage aux « pratiques identitaires » et à la « construction de collectifs »[2].

Le courant des Cultural Studies n’atteint son plein apogée que dans les années 1990. C’est à cette époque qu’elles commencent à se « mondialiser » ; des centres d’études ainsi que des universités en Amérique du Sud ou encore en Inde s’attachent à y travailler. On retrouve, par exemple, le collectif des Subaltern Studies qui se crée, en 1982, en Inde, grâce à l’historien Ranajit Guha. On relève également des similarités importantes avec ce que l’on nomme les Estudios Culturales en Amérique du Sud. Des chercheurs sud-américains se révèlent aussi dans ce domaine : c’est notamment le cas de Nestor Garcia Canclini, de Renato Ortiz, de Jorge Gonzalez ainsi que de Martin Barbero[2].

Le portail internet « Cultural Studies Ressources » fournit une définition complète reprise par Stéphane Van Damme[2] :

« Les Cultural Studies s’appuient sur les méthodes de l’économie, des sciences politiques, des études sur la communication et les médias, de la sociologie, de la littérature, de l’éducation, du droit, des études sur la science et la technologie, de l’anthropologie et de l’histoire avec une attention particulière au genre, aux races, aux classes et à la sexualité dans la vie quotidienne. Elles représentent en termes larges, la combinaison des théories sexuelles et sociales, placée sous le signe de l’engagement pour le changement social. Plus qu’un regard limité aux œuvres canoniques sur l’art, l’histoire politique des États, ou les données sociales quantitatives, les Cultural Studies sont tournées vers l’étude des sous-cultures, des médias populaires, de la musique, du vêtement et du sport. En examinant comment la culture est utilisée et transformée par des groupes sociaux “ordinaires” et “marginaux”, les Cultural Studies les considèrent non plus simplement comme des consommateurs, mais comme des producteurs potentiels de nouvelles valeurs et de langages culturels. Cet accent mis sur les relations de consommation et de socialisation des biens met au premier plan de la centralité des médias de communication dans la vie quotidienne. »

En somme, les Cultural Studies étudient, grâce à une approche interdisciplinaire (économie politique, anthropologie culturelle et sociale, philosophie, histoire de l’art, sociologie, etc.), les phénomènes culturels. Elles s’intéressent à des thèmes tels que la nationalité, le genre ou encore les idéologies. Elles étudient « toute forme de production culturelle dans ses rapports aux pratiques qui déterminent le « quotidien » (idéologie, institutions, langage et structure du pouvoir) »[11].

Comme l’expose Laurent Martin, l’ensemble des praticiens des Cultural Studies considèrent la culture comme « un mode de compréhension, une clef d’explication des sociétés ». L’auteur ajoute également que l’on peut relever un certain nombre d’éléments similaires entre l’histoire culturelle et les Cultural Studies. Les deux domaines partagent notamment leurs méthodes, mais également le fait d’être une cible pour les critiques par rapport à ce que l’auteur appelle « le flou conceptuel »[13].

Il est important de mettre en avant le fait que les Cultural Studies ont eu une faible résonance auprès des théoriciens français. Philippe Poirrier expose trois raisons à l’origine de cette mauvaise réception. La première est la « barrière de la langue » : en effet, peu d’ouvrages appartenant aux Cultural Studies bénéficient d’une traduction. Ensuite, il y a ce qu’il identifie comme des « différences nationales en matière de cloisonnement des spécialités académiques ». Enfin, il expose « l’écart idéologique entre les théoriciens français et les praticiens des Cultural Studies »[14].

Historiographie

Voir aussi

Notes et références

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