Leymel

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Le Leymel est un lieu-dit situé à cheval sur les communes françaises de Munster et Luttenbach-près-Munster dans le Haut-Rhin. L’exploitation de l’énergie hydraulique y a donné naissance dans la première moitié du XVIIIe siècle à la première zone industrielle de la vallée de Munster, d’abord centrée sur la métallurgie, puis la papeterie, avant d’être entièrement consacrée à l’industrie textile à partir du milieu du XIXe siècle avec le rachat par André Hartmann. L’activité manufacturière prend fin sur le site au début du XXe siècle, mais les importantes installations hydrauliques restent exploitées et sont encore développées afin d’alimenter en eau et en énergie électrique les usines des Manufactures Hartmann situées en aval. L’entreprise revend progressivement ses propriétés du Leymel à partir de la fin du XXe siècle et l’activité industrielle cesse totalement pendant une vingtaine d’année avant que la centrale hydroélectrique soit rachetée et remise en service en 2011.

Une partie des bâtiments industriels a disparu au cours du XXe siècle, mais le dense réseau de canaux, tant ouverts que souterrains, ainsi que quelques bâtiments, subsistent encore au XXIe siècle. Parmi ceux-ci figure notamment l’usine hydroélectrique de 1921, ainsi qu’une partie de l’ancienne partie papeterie Schrink, convertie en logement. En revanche les grands bâtiments des ateliers de filature sont presque tous détruits.

En 1722, le lieu est appelé « Sollimatt » et « Limmel », puis « Leimel » en 1723[1].

Histoire

La Manufacture royale de cuivre jaune

Au début des années 1720, Jean-Ulrich Goll, négociant et stettmeister de Colmar, négocie avec l’abbé de Munster le droit d’utiliser l’eau de la Fecht pour faire fonctionner une manufacture et une tréfilerie de laiton[2]. En échange du paiement des droits et d’un cens il obtient non seulement la possibilité d’utiliser le cours d’eau, mais aussi le soutien de l’abbaye pour acquérir les terrains et l’autorisation royale nécessaires à son entreprise. Jean-Ulrich Goll engage des ouvriers venus d’Allemagne et commence la construction au Leymel, le long de la Fecht, pendant l’hiver 1722-1723, avant même d’avoir reçu l’autorisation du roi. Celle-ci est accordée d’abord par un arrêté du Conseil d’État du puis par lettres patentes du . En outre, il parvient dans les mois suivants à obtenir l’exemption d’un grand nombre de charges et d’autres droits, par exemple celui de faire travailler ses ouvriers le dimanche, ainsi que le privilège de faire de son usine une manufacture royale. Ces faveurs s’expliquent du fait qu’il n’existe alors pratiquement pas de manufacture de laiton dans le royaume de France, qui est dépendante des importations provenant des États du Saint-Empire romain germanique[3].

Jean-Ulrich Goll meurt en 1724, transmettant l’affaire à ses fils Jean-Jacques et Jean-Ulrich ainsi qu’à son gendre Emmanuel Roetlin. Jean-Ulrich rachète toutefois progressivement les autres parts et devient seul propriétaire en 1735[4]. À cette date la manufacture comprend une tréfilerie avec deux martinets, auquel s’ajoute un martinet à fer servant à réparer les outils. Elle produit entre vingt-cinq et cinquante tonnes de fil de laiton par an, le métal étant fabriqué par une autre usine construite par Goll au Logelbach à Wintzenheim avec des matières premières importées du Saint-Empire[5]. L’entreprise n’est toutefois pas en bonne santé : en essayant de maximiser leurs profits, les Goll laissent l’outil de travail se dégrader et sont en conflit constant avec leurs voisins, la municipalité et leurs ouvriers, ce qui affecte la productivité[6]. La manufacture cesse ses activités à partir de 1744[7].

Poursuite de l’activité industrielle de la fin du XVIIIe siècle au début du XIXe siècle

Jean-Ulrich Goll puis ses héritiers continuent de payer les droits d’utilisation du cours d’eau jusqu’en 1760. Les bâtiments, alors en ruines, sont rasés en 1764 puis le dernier héritier Goll revend les terrains en 1766. Ils sont acquis en 1768 par Jean-Joseph Barth, conseiller du roi et prévôt royal de Munster, qui y installe un martinet à fer – ou réutilise l’ancien — servant au recyclage des boulets de canons hors d’usage provenant des forts de Neuf-Brisach. Jean-Joseph Barth vend ses propriétés en 1797 et celle du Leymel est partagée en plusieurs lots, sur lesquels deux papeteries sont construites au début du XIXe siècle, l’une par Jean Hodel et Jean Martin Jaeglin en 1800 et l’autre par Guillaume Schrick en 1803[8],[9]. La papeterie Jaeglin est ravagée par un incendie en 1830, mais l’exploitation se poursuit encore pendant une dizaine d’année[10].

Le XIXe siècle dominé par l’activité textile

La papeterie Schrick est acquise en 1818 par Emmanuel Gonzenbach, qui la transforme en filature de coton[9],[8]. Les Hartmann acquièrent ensuite progressivement du site, d’abord en reprenant l’usine Gonzenbach à la suite de son expropriation en 1830, puis en achetant la papeterie Jaeglin en 1844[11]. Après ce rachat, le site est profondément remanié pour constituer un seul bâtiment exploitant les deux chutes d’eau provenant du canal situé en amont, jusque-là partagé par les deux usines. La capacité de la filature croît alors de 6 000 broches en 1837 à 15 000 broches et 220 ouvriers en 1844. La filature est encore modernisée dans les décennies suivantes avec l’adjonction d’une machine à vapeur en 1867, puis, au cours des années 1870 d’une turbine produisant de l’électricité. La filature cesse toutefois ses activités à la fin du XIXe siècle, celles-ci étant reportés sur les sites plus modernes du Couvent et du Hammer, et le bâtiment usinier est transformé en immeuble de logement pour les ouvriers[9].

La reconversion vers le logement et la production énergétique au XXe siècle

Après la Première Guerre mondiale, les Hartmann reprennent l’aménagement du site, qui est alors devenu essentiellement résidentiel, afin d’y développer une activité de production énergétique pour leurs usines. D’importants aménagements sont réalisés entre 1921 et 1923, comprenant la construction d’une centrale hydroélectrique, d’un bassin et de nouveaux canaux et conduites permettant de produire de l’électricité à la fois par une installation basse chute et par pompage-turbinage. Cette dernière installation est arrêtée en 1972, tandis que l’installation basse chute est encore en activité après un arrêt entre les années 1990 et la fin des années 2000 en raison de la liquidation des Manufactures Hartmann[12],[13].

Bâtiments

Annexes

Références

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