Liaison télégraphique Transmanche

From Wikipedia, the free encyclopedia

Allégorie d'époque sur la liaison télégraphique transmanche : « Les bienfaits du telegraphe sous-marin, ou la Paix et la Concorde entre l'Angleterre et la France » (1850).

La liaison télégraphique Transmanche est une prouesse technique du début des années 1850, qui a permis d'établir une liaison électrique permanente entre le Royaume-Uni et la France post-quarante-huitarde. Il s'agit du premier câble électrique posé au fond de la Manche, et de la première connexion télégraphique commerciale au monde réalisée par câble sous-marin.

Les premières liaisons télégraphiques terrestres à longue distance remontent en Europe à 1840 : il y avait notamment une liaison filaire entre la capitale du Royaume-Uni, Londres, et la ville portuaire de Douvres, ainsi qu'une liaison entre Paris et Calais. À partir de ce moment, les inventeurs des deux pays, au nombre desquels les Anglais William Cooke (1806–1879) et Charles Wheatstone (1802–1875), s’ingénièrent à concevoir une liaison filaire sous-marine pour relier leurs deux grandes capitales[1].

Mais il fallait pour cela résoudre une question importante : car s’il suffit pour les liaisons filaires terrestres de tendre des câbles métalliques entre des poteaux télégraphiques de plusieurs mètres, l’air constituant un bon isolant dans les conditions normales, il fallait isoler les câbles de l’eau salée, bon conducteur électrique ; or on ne disposait à ce moment-là d’aucun matériau formable propre à isoler correctement un fil électrique un tant soit peu long.

Le fil de cuivre isolé au gutta-percha était lesté à intervalles réguliers de pesons en plombs pour assurer son assise sur les fonds marins (1891).

Les résines, tout comme la gomme arabique, s’avéraient impropres à l’isolation des fils, car elles se dissolvent dans l’eau de mer. Heureusement, depuis 1842, un chirurgien écossais William Montgomerie (1797–1856), avait fait connaître en Angleterre un matériau nouveau, dont il avait découvert les propriétés lors de son affectation dans la colonie britannique de Malaisie : la gutta-percha, substance naturelle de consistance et d’élasticité comparables à celles de la gomme arabique, obtenue à partir de sève de Sapotillier coagulée et séchée. Localement, elle connaissait une multitude d’usages, entre autres pour garnir les manches de couteau. Montgomerie lui trouva un nouveau débouché : les poignées d’outils chirurgicaux, et c’est ainsi qu’il en rapporta des échantillons à son retour en Grande-Bretagne. Peu après, Michael Faraday (1791–1867) découvrit que la gutta-percha constituait un isolant électrique hors-pair, tout en étant suffisamment ductile, ce qui, aux dires de Wheatstone, prévenu dès 1845, en faisait le constituant idéal d’un futur câble sous-marin.

Quant à la constitution du câble lui-même, elle apparaît grossière au regard des techniques actuelles : une âme en cuivre massif d’environ mm de diamètre, noyée dans une gangue de gutta-percha d'environ cm. Cela donnait un conducteur léger et maniable. Le plus grave défaut de cette première conception était l’absence d’armature du câble ; mais sa légèreté même empêchait qu’il repose correctement sur le fond marin : c’est pourquoi on le lestait de plombs de loin en loin.

Première tentative (1850)

Le Goliath posant un premier câble (1850).

En 1849, les frères Jacob (1808–1898) et John Watkins Brett (1805–1863) avaient fondé l’English Channel Submarine Telegraph Company[2]. Le , à bord du vapeur Goliath, un navire équipé d'une bobine massive, ils entreprirent de poser le câble sous-marin en partant de Douvres. Bénéficiant d'une mer calme et d'une météorologie clémente, ils purent ainsi poser quelque 35 km de câble jusqu'au pied des falaises du cap Gris-Nez. L'entreprise parut des plus satisfaisantes, d'autant que les premiers signaux étaient très peu affectés de parasites. C'est ainsi que les premiers télégrammes furent échangés entre les deux capitales, dont une dépêche au Prince-président des Français, que le projet fascinait.

Le bruit de fond s'expliquait par la dispersion du signal, c'est-à-dire une célérité dans le milieu de propagation dépendant de la fréquence, mais cet effet était encore mal compris. Plus grave, on s'aperçut le matin suivant que la liaison était coupée. La cause exacte était obscure, mais l'on devinait que la fragilité du câble l'exposait à des ruptures locales. Ce n'est que bien plus tard, en 1865, que le bruit se répandit qu'un pêcheur français aurait accroché le câble avec ses filets : ayant remonté ce qu'il prit pour une algue, le pêcheur découvrit avec surprise qu'elle « contenait de l'or[3]. » Toujours est-il que la tentative avait échoué.

Nouvel exploit (1851)

Notes

Voir également

Related Articles

Wikiwand AI