Lidl

entreprise allemande de distribution From Wikipedia, the free encyclopedia

Lidl (prononcé : /li.dəl/ en français) est une entreprise de distribution allemande fondée en 1930 par Josef Schwarz. En 2021, le groupe est présent dans 26 pays en Europe avec 11 463 magasins dont 3 277 en Allemagne[4]. Lidl, dont le siège est à Neckarsulm en Allemagne, est une filiale du groupe Schwarz (de), détenu par Dieter Schwarz. La chaine axe sa publicité sur les prix bas et une gamme de produits restreinte mais ciblée. Elle est périodiquement décriée, notamment en Allemagne (où Ver.di, le syndicat majoritaire dans la grande distribution du pays, a publié en 2004 un livre sur les conditions de travail chez Lidl, ensuite publié en anglais), en France, en Belgique, au Portugal pour ses conditions de travail, la charge opérationnelle imposée aux salariés, pour ses pratiques managériales.

Création1930
FondateursJosef Schwarz
Slogan« Ça vaut le coup »
Faits en bref Création, Fondateurs ...
Lidl
logo de Lidl
Logo de Lidl.
illustration de Lidl
Magasin Lidl à Somain, en France.

Création 1930
Fondateurs Josef Schwarz
Forme juridique Société en nom collectif
Slogan « Ça vaut le coup »
Siège social Neckarsulm, Bade-Wurtemberg
Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Direction Dieter Schwarz[1]
Actionnaires SB Lidl (d) (+49.99 pourcent (unité non prise en charge))
PVG Geschäftsführungs-KG (d) (+49.99 pourcent (unité non prise en charge))
SB Lidl (d) (+99.9833 pourcent (unité non prise en charge))Voir et modifier les données sur Wikidata
Activité Grande distribution
Produits Magasin de hard-discountVoir et modifier les données sur Wikidata
Société mère groupe Schwarz (de)
Filiales Lidl Tchéquie (d)
Lidl Serbie (d)
Lidl Bulgarie (d)
Lidl Roumanie (d)
Lidl Suède (d)
Lidl Suisse (d)
Lidl Hongrie (d)
Lidl Holding (d)
Lidl Autriche (en)
Lidl Finlande (d)
Lidl France (d)
Lidl Lietuva, UAB (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Effectif 315 000[2]
SIREN 343 262 622 pour la filiale France
Site web www.lidl.fr

Chiffre d'affaires 125,3 milliards d'euros (2020)[3]
Fermer

Historique

En 1930, Josef Schwarz devient actionnaire d'une entreprise basée à Heilbronn et nommée Südfrüchte Großhandlung Lidl & Co. Établi depuis au moins 1858 sous le nom A.Lidl & Cie[5], le commerce est spécialisé dans la vente de fruits exotiques. Schwarz renomme l'entreprise en Lidl & Schwarz KG et l'élargit à l'ensemble des produits alimentaires[6], donnant naissance à l'empire Schwarz-Gruppe (en).

En 1944, les bâtiments de la société sont détruits par des bombardements, mais dix ans plus tard, Schwarz rouvre un magasin à Heilbronn[5]. En 1972, le siège de la société est déplacé à Neckarsulm dans le Bade-Wurtemberg. Entre-temps, Dieter Schwarz, le fils de Josef, s'investit dans l'entreprise. Il ouvre un premier magasin de détail en 1968, et décide de se lancer en 1973 sur le marché des supermarchés à prix cassés, copiant le modèle à succès d'Aldi. Il faut trouver un nom ; Schwarz pense d'abord naturellement à Schwarz-Markt les supermarchés Schwarz »), mais l'idée est vite abandonnée (Schwarzmarkt signifiant également "marché noir" en allemand). Il repense alors au nom original de la société de son père, Lidl & Schwarz, mais il lui est impossible à ce moment d'utiliser le nom Lidl pour des raisons juridiques. Par chance, il découvre un article de journal parlant de Ludwig Lidl, un peintre et enseignant à la retraite, auprès duquel il achète pour 1 000 marks le droit d'utiliser le nom Lidl[7],[8].

En 1973 Le premier magasin Lidl ouvre à Ludwigshafen. L'entreprise se développe rapidement et devient une chaîne de magasins alimentaires. Dieter Schwarz prend la succession de l'affaire à la mort de son père, en 1977. Lidl dispose alors d'un réseau de 33 magasins. Par la suite, les activités dans le domaine du hard-discount alimentaire (petites surfaces) passent sous l'enseigne Lidl et les grandes surfaces sous celles de Kaufland, KaufMarkt, Handelshof et Concord. En 1988, Lidl commence son développement international et s'implante en France, puis en Italie, en Espagne et en Belgique.

Aujourd'hui, Lidl est présent dans de très nombreux pays en Europe.

En , Lidl ouvre son premier magasin aux États-Unis[9] à Fredericksburg (Virginie)[10]. En 2018, Dieter Schwarz, 81 ans, détient la troisième fortune d'Allemagne, soit au moins 22 milliards d'euros selon Handelsblatt et la 23e fortune de la planète.

Depuis la pandémie de Covid-19 (période qui a connu des perturbations importantes des chaînes d'approvisionnement mondiales), Lidl a significativement transformé de son management interne (intensification des promotions internes, avec en 2023 plus de 90 % de ses managers issus de ses propres rangs, formation par la Lidl Académie[11], meilleure représentation des femmes dans les postes de direction[12]...) ; le groupe a aussi accéléré la digitalisation du travail avec les QR codes, la RFID, la blockchain et les codes universels de produits (UPC) visant à accélérer les flux, optimiser la traçabilité et l'efficacité logistique. Au début des années 2020, la marque est présente dans 30 pays[13]. En 2020, l'enseigne compte 11 200 magasins à travers le monde, dont 1550 en France[14], et emploie plus de 300 000 personnes.

En , Kenneth McGrath est nommé au poste de vice-président du conseil d'administration de Lidl international[15].

En Belgique et au Luxembourg

Le , Lidl Belgique installe des bureaux à Ternat et 20 ans plus tard, en 2014, investit 43 millions d'euros dans son cinquième centre de logistique belge à Aye[16].

En , après une grève menée en France contre la pression intenable exercée par Lidl, un mouvement de grève démarre à Liège et s'étend à près de 150 magasins Lidl belges (147 magasins fermés, qui resteront en grève durant sept jours), à cinq centres de distribution (bloqués), causant 21 millions d'euros de perte pour la chaine. La grève se clôt le 1er mai 2018 par un accord des syndicats avec la direction de Lidl[17],[18]. Au même moment, les salariés de Lidl Portugal se mettaient en grève pour 48 heures (pour une amélioration des salaires et des conditions de travail)[19].

En 2025, après une série d'actions de salariés dénonçant la persistance d'une charge de travail trop élevée, le groupe propose lors de réunions de concertation plus de flexibilité dans les horaires, « ce qui doit permettre, in fine, d'améliorer l'équilibre entre vies privée et professionnelle des travailleurs et travailleuses. Par exemple, un collaborateur qui preste 42 heures par semaine pourra demander à travailler moins d'heures ou un autre travaillant 28 heures sur cinq jours pourra demander à prester le même nombre d'heures mais sur quatre jours, a illustré la porte-parole de l'enseigne, Isabelle Colbrandt, pour qui les propositions de la direction ont été bien accueillies par les représentants des travailleurs »[20].

En France

Un magasin Lidl à Villeneuve-sur-Yonne.

En France, l'enseigne dont le siège social est à Châtenay-Malabry (Rungis avant 2024, Strasbourg avant 2020[21]), compte environ 1 628 magasins en 2021[22] et 45 000 salariés[23].

La société Lidl France est une société en nom collectif immatriculée depuis le . Le , Lidl ouvre son premier magasin en France, à Sarreguemines (Moselle)[24].

Au début des années 1990, le hard discount atteint 14 % de parts de marché[25]. Le modèle économique consiste à proposer des prix bas en réduisant les coûts au maximum (palettes posées sur le sol, sans produits de marque[26]). L'engouement des consommateurs pour le hard discount décline dans les années 2000[25], obligeant l'enseigne à revoir son offre et son positionnement.

Depuis 1997, l'enseigne intègre des marques nationales dans ses rayons[27].Où Pepsi fut la première marque à être commercialisée en bouteille de 2 L.

En 2012, Lidl France compte environ 1 500 magasins[28] et 25 000 salariés. En , face à la concurrence des groupes de distribution, la direction du groupe annonce son désir de monter en gamme « sans pour autant devenir un supermarché traditionnel »[29].

Lidl commence sa stratégie de montée en gamme en France. Ce changement de positionnement est amorcé quelques années auparavant dans les autres pays où l'enseigne est présente[30].

Pour cela, elle arrête l'expansion de son réseau et se lance dans un plan de rénovation de ses supermarchés[31],[32] ou les agrandit, passant parfois de 500 à 1 400 m2[33].

Un magasin Lidl à Vichy.

La société Lidl France est une société en nom collectif immatriculée depuis le . Elle ne publie pas ses comptes sociaux[34].

Entre 2017 et 2019, Lidl est le premier annonceur de France[35] (devant E.Leclerc et Renault), avec 498,7 millions d'euros de dépenses publicitaires en 2019.

En 2020, à cause de la pandémie de Covid-19, Lidl devient troisième au classement avec 412,7 millions d'euros de dépenses publicitaires (doublé par E.Leclerc et Renault)[36].

La plateforme logistique Lidl de Ploumagoar est perquisitionnée en dans le cadre d'une enquête pour discrimination syndicale et harcèlement au travail[37].

À partir du 16 mai 2023, une nouvelle plateforme logistique est en construction dans les Yvelines[38]. Elle sera fonctionnelle en 2025 et couvrira le sud de la région Île-de-France[39].

Le 23 mai 2023, Lidl annonce le lancement d'un site de e-commerce (commerce en ligne) en France à partir du , sur lequel il va commercialiser des produits non alimentaires[40].

En septembre 2023, l'enseigne annonce le remplacement de Frédéric Fuchs, en partance pour Lidl Allemagne, par Michel Biero à la tête de Lidl France à partir de janvier 2024. Arrivé en 2001, Michel Biero était jusqu'ici numéro 2 de Lidl en France[41]. En septembre 2024, John Paul Scally, à la tête de Lidl Irlande et ancien membre du comité exécutif de Lidl France, vient renforcer la direction en tant que président. Il forme dorénavant un binôme avec Michel Biero, qui devient vice-président de Lidl France[42]. Le groupe annonce le départ de Michel Biero pour le [43].

Le , le groupe Auchan est autorisé à céder, par l'Autorité de la concurrence, 19 supermarchés et 8 stations services à Lidl[44].

Lidl Voyages

En 2017, Lidl se lance en France dans la vente en ligne de voyages puis, en 2021, de billets d'avions[45]. (forfaits séjours et billets d'avion vers l'Europe et le monde entier avec 600 compagnies aériennes disponibles. En 2021, le groupe annonce avoir touché 100 000 voyageurs en 4 ans, une croissance de +25% des ventes et de +10% du chiffre d'affaires par rapport à 2019[46].

Néanmoins, 4 ans plus tard, le 1er janvier 2025, Lidl France annonce fermer Lidl Voyages (et Lidl Vins) pour se recentrer sur son activité historique de distributeur alimentaire[47].

En Suisse

Lidl a commencé son implantation en début d'année 2009 en Suisse avec 13 magasins en en Suisse alémanique. L'expansion s'est poursuivie pour arriver à 32 points de vente fin 2009. L'enseigne en a ouvert une trentaine supplémentaire en 2010 dont certains dans la partie francophone (Suisse romande)[48].

Lidl Suisse opère en 2018, deux centres de distribution, l'un situé à Weinfelden (canton de Thurgovie) et l'autre à Sévaz (canton de Fribourg). Ils livrent plus de 100 magasins dans toute la Suisse. De nouveaux magasins sont prévus au cours des années prochaines. L'entreprise emploie fin 2017 environ 3 000 collaborateurs[49].

Au Royaume-Uni

En , Lidl annonce un plan d'investissement important au Royaume-Uni pour passer de 640 à 1 500 magasins à terme, dont 250 ouvertures de magasins à Londres qui devrait induire la création de 5 000 postes[50].

Présence par pays

Un magasin Lidl à Greenville, South Carolina, États-Unis.
Un magasin Lidl à Bodmin, Royaume-Uni.

Identité visuelle

Slogans

  • Du 5 avril 1989 au 4 octobre 2015 : « L'idéal, c'est Lidl » (France)
  • Du 1er janvier 1994 à 2015 : « Achetez chez Lidl, achetez moins cher ! » (Belgique)
  • Du 19 mars 2009 au 19 septembre 2025 : « L'idéal c'est Lidl » (Suisse)
  • De 2015 au 19 septembre 2025 : « Les produits de chez Lidl, pour tous ceux qui comptent, Lidl, la meilleure qualité, au prix le plus bas » (Belgique)
  • Du 5 octobre 2015 au 19 septembre 2025 : « Le vrai prix des bonnes choses » (France)
  • Depuis le 20 septembre 2025 : « Ça vaut le coup » (France, Suisse et Belgique)

Polémiques et controverses

Supermarché Lidl à Malaga

Conditions de travail

Le 10 décembre 2004 (date symbolique de la journée internationale des droits de l'homme), en Allemagne, un ouvrage intitulé Le livre noir de Lidl (en allemand : Schwarzbuch Lidl) est publié par Ver.di (Vereinte Dienstleistungsgewerkschaft, le principal syndicat allemand du secteur des services, très actif dans la grande distribution), qui dénonce des conditions de travail jugées abusives au sein de l'enseigne hard-discount. Il le fait sur la base de plus de 100 témoignages de salariés et ex-employés, et sur la base de visites dans plus de 250 magasins (tous situés en Allemagne). Le livre décrit un environnement professionnel marqué par la surveillance des personnels (dont via l'installation de caméras de surveillance sans consentement, les fouilles régulières des effets personnels, les contrôles en cas d'arrêt maladie et la restriction des pauses, y compris pour les besoins physiologiques). Les auteurs y dénoncent aussi des pressions psychologiques constantes, des cadences de travail anormalement élevées et des atteintes aux droits fondamentaux des travailleurs. Cette publication a suscité une large couverture médiatique, des enchainements de témoignages et révélations complémentaires sur des méthodes douteuses, illégales ou immorales, de la part, notamment, de salariés ou ex-employés du secteur du hard-discount accusations les entreprises d'heures non payées, de surveillance illégale, de harcèlement, de contrats de rupture forcés… Le livre s'est écoulé en quelques semaines, suscitant un débat dans le public sur les pratiques managériales dans le secteur du discount.
Lidl réagit par une campagne de communication mettant en avant ses programmes de formation, et son rôle de créateur d'emplois dans le pays et en Europe. ver.di demande la création de vraies instances représentatives du personnel (comités d'entreprise, représentants des jeunes, des apprentis et des personnes handicapées), mais Lidl, alors surnommé le « géant silencieux », dirigé par Dieter Schwarz, refuse tout dialogue et déploie des stratégies visant à empêcher l'émergence de syndicats (pressions, promesses creuses, interdictions d'accès aux représentants syndicaux). Des salariés résistent néanmoins, obtenant dans plusieurs filiales (Forchheim, Bamberg, Calw), des comités d'entreprise ; Lidl tente de les neutraliser par des recours et manœuvres juridiques « transformation des magasins, changement de structure juridique, fermeture arbitraire de filiales rentables. Même une décision de justice menaçant Lidl d'une amende de 250 000  n'a pas freiné ces pratiques (...) Lidl souhaitait clairement suivre l'exemple de Walmart » (connu aux USA pour sa politique anti-syndicale particulièrement dure)[82].
Ver.di réagira en 2006 à cette campagne avec un nouveau livre, écrit par Andreas Hamann (ancien salarié du groupe Lidl, devenu enquêteur et auteur engagé) et une équipe de recherche internationale, publié à l'été 2006, intitulé « Le livre noir de Lidl Europe »[83] ; ce rapport d'enquête met en lumière des conditions de travail pénibles voire dangereuses (journées de travail excessives), et une stratégie managériale fondée sur la pression, la surveillance et la restriction des droits syndicaux. Le rapport montre que Lidl exporte son modèle allemand dans ses filiales européennes, adaptant ses méthodes aux législations locales tout en maintenant un haut niveau d'exigence et de contrôle sur les salariés. Les auteurs dénoncent aussi des heures supplémentaires non rémunérées, et l'entrave quasi-systématique à la mise en place de comités d'entreprise. Lidl, sous l'effet d'une stratégie expansionniste, était alors déjà installés dans 23 pays (avec plus de 7 400 magasins déclinant un modèle optimisé, au détriment des droits sociaux. Ces deux livres ont contribué à sensibiliser l'opinion publique aux dérives du groupe, mais au delà aux dérives touchant plus généralement le commerce de détail, tout en soulignant les défis liés à l'organisation syndicale dans un groupe multinational. Les campagnes syndicales de ver.di reprochant à Lidl ses stratégies de dumping social et ses atteintes aux droits syndicaux, on été soutenues par l'ONG Attac qui a alors des motivations convergentes, fondées sur des valeurs partagées telles que la dignité au travail et une juste rémunération, tant pour les employés que pour les fournisseurs, en Allemagne comme à l'étranger[84].

En mars 2008, l'hebdomadaire allemand Stern révèle que les dirigeants des magasins Lidl continuent à espionner leurs employés, dont au moyen de caméras vidéo illégales, et d'enregistrements audio, mais aussi en faisant appel à des détectives privés[85],[86]. Au même moment, selon l'association « Mouvement alternatif pour les ressources et la liberté » (AMRF), qui a examiné au milieu des années 2000 les pratiques d'achat de pusieurs discounters (dont Lidl), les conditions de travail, dans le domaine du textile notamment, posent aussi problème chez les fournisseurs, avec, au Bengladesh notamment, des violations massives des droits du travail et des droits humains[87]

En octobre 2014, le conseil de prud'hommes de Nancy condamne l'enseigne à 15 000 euros de dommages-intérêts pour avoir licencié, pour faute grave, une salariée ayant consommé une viennoiserie à 0,39  sans la payer[88].

En juin 2015, un agent de maîtrise de l'entrepôt de Rousset se suicide sur son lieu de travail (un entrepot)[89]. Jugé responsable en première instance le de cet « accident de travail », Lidl fait immédiatement appel[90]. La sentence est confirmée lors du deuxième jugement le à Marseille ; le tribunal relève que « malgré la conscience du danger auquel elle exposait Yannick Sansonetti, la société Lidl n'a pas pris les mesures nécessaires pour le préserver de la réalisation du risque »[91].

En 2016, l'association de solidarité internationale ActionAid France - Peuples Solidaires, en partenariat avec Oxfam, publie un rapport[92],[93] sur les conditions de travail dans les plantations de Matías, en Équateur, et Finca Once, au Costa Rica, qui approvisionnent les étals français et allemands des supermarchés Lidl en bananes et en ananas. Ce rapport dévoile les conditions de travail subies par les travailleurs et travailleuses agricoles, qui sont exposés à des pesticides toxiques et souffrent de problèmes respiratoires, de nausées et de vertiges, sans disposer d'un revenu suffisant pour se soigner. Selon ce rapport, les travailleurs s'organisant pour défendre leurs droits subissent des actes de répression syndicale[93].

Le , l'émission Cash Investigation, diffusée sur France 2, rapporte plusieurs cas de pratiques managériales dangereuses pour les salariés, ainsi que les mauvaises conditions de travail des employés. Tant dans les magasins, où les caissiers doivent être polyvalents et alterner avec la mise en rayon des produits, les tâches d'entretien, l'encaissement, et se voient parfois interdits de boire ou de s'asseoir, que dans les entrepôts, où un système de commande vocale guide en permanence les salariés dotés d'un casque, au travers des rayonnages, ceux-ci portant jusqu'à huit tonnes cumulées par jour, et étant incités, dans l'un des entrepôts, à transporter 250 colis par heure[94],[95]. L'émission produit aussi l'enregistrement d'une conversation entre un manager et un chef de magasin, le premier menaçant le second de lui rendre la vie infernale : « […] Le magasin il est mal tenu ! Je te promets que toi et moi ça va être toutes les semaines que l'on se verra ! Et ça va être à feu et à sang ! Je vais te convoquer à longueur de semaines ! Tu vas perdre une à deux semaines de salaire par mois parce que je te mettrai six jours de mise à pied à longueur de temps et tu vas mourir. Premier inventaire pourri, non-respect de procédure, je te cartouche ! C'est la guerre ! Et après, t'iras aux prud'hommes, et les prud'hommes, ça va durer cinq ans. […] J'ai plus d'avocats que toi et tu vas mourir, tu veux jouer à ça ? ». Selon Cash Investigation, ledit manager est toujours salarié de l'entreprise, quoique muté dans un pays étranger[96],[97].
Le sujet est repris en janvier 2018 par le journal Alternatives Économiques[98]

Lors de la grève du 12 octobre 2017 devant le siège de Lidl France à Rungis, "La direction est dans le déni total, elle est déconnectée des réalités", tonne Mohamed Sylla, délégué syndical national Unsa, seul syndicat à avoir appelé au rassemblement, ce jeudi, à Rungis[99].

Dans certains magasins, un classement des salariés, jugés du meilleur au moins bon, est affiché en permanence par la direction[100].

En septembre 2021, la responsable du magasin de Lamballe se suicide[23].

Intoxication alimentaire

En , Lidl retire de la vente en magasin les packs de steak haché dans toute la moitié nord de la France en raison d'une contamination bactérienne qui a amené une quinzaine d'enfants à être hospitalisés à Lille après l'ingestion de la viande incriminée[101]. L'un des enfants est mort en [102],[103].

Pour avoir omis d'opérer des contrôles sur les steaks hachés produits par son entreprise, Guy Lamorlette, patron de la société SEB, est condamné en 2017 à trois ans de prison, dont deux ferme, par le tribunal correctionnel de Douai. Le jugement est confirmé en appel en , mais Guy Lamorlette décide de se pourvoir en cassation[102].

Campagne de L214

Le , au motif que Lidl est « l'un des derniers distributeurs à ne pas s'être engagé contre la cruauté animale dans les élevages et les abattoirs »[104], l'association de défense des droits des animaux L214 lance une campagne dénonçant les conditions d'élevage et d'abattage des poulets que commercialise Lidl. Cette campagne se compose de clips parodiques des publicités de l'enseigne, d'actions de rue, d'une campagne d'affichage devant les magasins de plusieurs villes de France, ainsi que d'une pétition en ligne[105]. Quatre jours plus tôt, le , Lidl, probablement avertie de cette campagne, avait annoncé dans un communiqué, « se donner tous les moyens pour remplir les critères » du cahier des charges de l'European Chicken Commitment (ECC) visant à améliorer les standards d'élevage et d'abattage de la filière avicole, émettant toutefois des réserves sur la possibilité, pour cette dernière, d'atteindre avant les objectifs visant à réduire la densité des poulets dans les bâtiments et à cesser d'utiliser des poulets à croissance rapide[105],[106].

Infiltration de la mafia calabraise

Francesco Ventrici, un parrain de la mafia calabraise a été accusé et condamné pour deux faits d'extorsions à l'endroit de la société de distribution "Lidl Italia" à laquelle aurait été rattachée, par une société imputable à 50 % à Annunziato Mercuri, son beau-frère. Avec des menaces et des intimidations la société de Ventrici a obtenu le monopole dans la distribution de marchandises et la logistique du groupe dans toute la Calabre. Jusqu'en 2009, Lidl n'aurait en effet pu trouver aucun transporteur en Calabre, pas même sous escorte, capable d'assurer le service, autre que les véhicules de Ventrici[107]. En 2009 Lidl annonce à la mafia qu'il comptait faire appel à un transporteur supplémentaire afin de faire jouer la concurrence et baisser les prix, ce qui provoque la colère des mafieux et une série d'intimidations pour reprendre le monopole du transport. Plusieurs chauffeurs et directeurs de magasins ou de sites Lidl ont été agressés, menacés et intimidés… Même l'appel à des escortes armées pour leurs camions n'arrête pas les intimidations. Des responsables de Lidl décident de rencontrer Francesco Ventrici pour négocier. Celui ci aurait déclaré pendant l'entretien : « vous voulez la guerre mais en Calabre même le pape ne la gagne pas, la guerre ». Le même jour des chauffeurs de Lidl se font agresser par des hommes armés. Lidl décide de céder pour éviter d'autres violences et redonne le monopole du transport à Ventrici jusqu'à son arrestation quelques années plus tard[108].

En 2017, la police Italienne arrête 15 personnes dans le cadre d'une enquête sur des soupçons d'infiltration de la mafia calabraise au sein de plusieurs succursales italiennes de la chaîne allemande de supermarchés Lidl. Les 15 personnes arrêtées, dont un conseiller municipal de Milan, sont soupçonnées d'avoir versé des sommes d'argent à la famille Laudani (it), un clan de la 'Ndrangheta, afin d'obtenir des marchés ou des travaux avec Lidl, selon la procureure adjointe de Milan, Ilda Boccassini. Les membres du clan "étaient en mesure de garantir un monopole sur ces marchés", a expliqué un responsable de l'enquête. La direction du groupe Lidl indique qu'elle n'était pas au courant de cette histoire et qu'elle apporte son entière coopération à la police[109],[110].

En 2024, une nouvelle affaire d'extorsion vient mettre en lumière la pression qu'exerce les clans calabrais sur Lidl Italia en Calabre. Selon les enquêteurs, le supermarché Lidl de Gallico, depuis son ouverture, avait été contraint par la mafia d'embaucher des travailleurs liés à divers représentants de la 'Ndrangheta. Les chefs de gangs locaux avaient fait embaucher leurs familles à des postes importants chez Lidl. En mai 2018 la femme de Domenico Marcianò un chef de gang avait obtenu une promotion à la suite d'un appel téléphonique de ce dernier au directeur régional de Lidl, cette promotion avait été obtenue sous la menace après que la femme de Marcianò s'est plaint à son mari de ses conditions de travail. Lors de l'appel enregistré par la police Domenico Marcianò menace à demi-mot le directeur régional, celui-ci aurait rassuré Marcianò en lui disant que sa femme aurait une promotion sous 5 jours ce qui a été le cas[111],[112].

Responsabilité sociale et environnementale (RSE) et soutenabilité

Le groupe Lidl communique sur ces sujets. Il a ainsi fait savoir (le 21 mars 2024, Journée internationale des forêts) qu'il collabore depuis 2017 avec la fondation Earthworm Foundation, via le financement d'une méthodologie ZDC (Zéro Déforestation ni Conversion) portée par Earthworm qui fait des audits satellitaires et de terrains de producteurs localisés au Brésil afin de caractériser les flux de soja entre la zone de production et le cargo et de s'assurer que les flux de soja ne proviennent pas de terres déforestées ou converties après le 1er janvier 2020. Le premier cargo affrétant 50 000 tonnes de soja ZDC brésilien a accosté à Saint-Nazaire en mai 2022. ; et via deux groupes de travail avec sa chaine d'approvisionnement, sur le thème de la la déforestation importée liée aux imports de soja ( 1 000 tonnes de soja importé substituées en 2022 par des protéines végétales françaises et européennes), le groupe a rejoint l'Alliance pour la préservation des forêts (AFP)[113] ; il communique aussi sur plus de 10 ans de partenariat avec les banques alimentaires [114] et affirme soutenir une agriculture plus durable (« sur la base de 14 grands enjeux environnementaux, Lidl a défini 53 objectifs dont 24 relatifs à la biodiversité sur les enjeux : « Pesticides », « Santé des sols et des paysages » et « Déforestation » (...)• Autour de l'agriculture régénératrice (gamme de pommes de terre « Terre de progrès »), 2) Sur le financement de jachères fleuries (« projet Coup d'Pousse » pour les producteurs de pommes de terre et oignons), 3) Sur la réduction de pesticides (projet de bananeraie pilote en Colombie) ; et enfin (4) un projet de revenu décent (dans le secteur de la banane en Côte d'Ivoire) (...) Sur l'enjeu « santé des sols et des paysages » en particulier, Lidl a fixé les objectifs d'atteindre 10% d'Infrastructures Agro-écologiques sur chaque exploitation d'ici 2030 et de sensibiliser 100 % des producteurs de pommes de terre aux pratiques régénératrices des sols d'ici 2025 »[115].

Notes et références

Voir aussi

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