Ligues anarchistes
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Les ligues anarchistes sont un ensemble d'au moins deux ligues, la Ligue des antipatriotes et la Ligue des antipropriétaires, fondées en France en 1886 en réaction à la fondation de la Ligue des patriotes.

Les deux organisations, qui réunissent souvent les mêmes personnes et qui ont leur assise principalement à Paris, s'engagent dans une diversité de tactiques, allant de la propagande antimilitariste légale à des activités comme la généralisation du déménagement à la cloche de bois, une pratique illégaliste considérée comme l'ancêtre du squat.
Les ligues, auxquelles d'autres groupes comme le Cercle international pourraient être ajoutés, participent à réunifier le mouvement anarchiste en France après la destruction de ses structures causée par la répression de 1883. Elles sont actives jusqu'aux années 1890.
Histoire
Contexte
Le mouvement anarchiste naît vers le congrès de Saint-Imier (1872) avant de se propager. Au départ, les anarchistes sont réunis dans l'Internationale anti-autoritaire, qui évolue en Internationale noire au début des années 1880.
Cette organisation disparaît au cours des années 1880, tout comme les premières fédérations anarchistes en France, gravitant autour de Lyon et du Rhône, qui sont supprimées par ceux-ci pour échapper à la répression de 1883[1]. Cela laisse les anarchistes en France sans structures pouvant les fédérer au delà de groupes locaux[1]. Cette situation ne tient pas longtemps car, dès 1883, les autorités remarquent que les anarchistes recommencent à se coordonner entre groupes d'une manière assez uniforme, malgré la suppression des fédérations[2]. Ils lancent ainsi le compagnonnage anarchiste[2].
Ligues anarchistes

Alors que le premier centre du mouvement en France, Lyon, est progressivement dépassé par Paris, les anarchistes de la capitale et des environs lancent plusieurs ligues[3]. La première de ces ligues, la Ligue des antipatriotes, est fondée en août 1886 par le groupe de la Jeunesse anarchiste de Belleville[2],[3].
Il s'agit d'une organisation fondée pour contrecarrer la Ligue des patriotes récemment fondée et mener une propagande antipatriote et antimilitariste[3]. Elle est surtout active autour de Paris mais peut aussi agir en province, et se compose de nombreux groupes anarchistes préexistants, qui la rejoignent[2],[3]. Le plan de ses fondateurs est d'effectuer une subdivision de la ligue par sections correspondant à chaque arrondissement de Paris, soit une division de vingt rien que dans la capitale[2]. Elle publie notamment un Manifeste aux conscrits en 1886, qu'elle parvient à partager dans le pays et à l'étranger[3].
Quatre mois plus tard, en décembre, Jean Couchot fonde la Ligue des antipropriétaires, qui est une organisation parallèle à la première réunissant souvent les mêmes personnes[4],[2],[3]. Elle ne dispose ni de règlement, ni de statuts, ni de siège social, selon l'historien Jean Maitron, et s'engage surtout dans des activités illégalistes de déménagement à la cloche de bois[4],[2],[3]. Cette pratique, que Couchot mène déjà avant de fonder l'organisation, consiste dans le fait de déménager discrètement des locataires en défaut de paiement[5]. Il s'agit là d'une des méthodes annonçant la pratique du squat[5].
Dans la grande majorité des cas, ces déménagements s'effectuent en silence et pacifiquement dans la nuit, mais il peut arriver que des conflits émergent pendant l'action entre les concierges ou policiers et les anarchistes en train de s'extraire du logement[4]. Par exemple, en 1887, Paolo Chiericotti et deux autres anarchistes italiens tentant de le faire se battent avec leur propriétaire[6],[7]. À la suite de sa plainte et de la condamnation d'un des trois, son commerce est visé par un attentat dans la nuit[8]. Selon la police, les antipropriétaires se seraient surtout réunis à l'approche du terme, proposant aux personnes intéressées de les aider à mener des déménagements à la cloche de bois[4]. Ils auraient aussi été soutenus par la Chambre syndicale des hommes de peine, dont un certain nombre de membres seraient aussi membres de la Ligue[4].
Postérité
Rôle de coordination et d'unification du mouvement
Ces ligues, qui sont actives entre la fin des années 1880 et le début des années 1890, sont à mettre en relation avec d'autres organisations ou groupes actifs pendant cette période, comme le Cercle international de Paris, dans le fait de réunir différents groupes et participer à unifier l'action et la pensée des anarchistes en France[2].
L'historien Vivien Bouhey les intègre à sa liste d'éléments centraux expliquant la coordination du mouvement à cette période, écrivant à leur sujet[9]:
Ces individus ou ces groupes ne vivent pas isolés les uns des autres comme on a pu l'écrire jusqu'à aujourd'hui. Bien au contraire, ils sont en général en contact permanent, et ce de plusieurs manières :
[...] 5. Grâce à des « caisses de secours aux détenus », qui, à l'échelle locale, nationale voire internationale, font jouer l'entraide entre compagnons ; 6. Grâce à des « ligues », qui, au plan local, régional ou national, fédèrent un certain nombre de groupements ; 7. Grâce à une minorité de « compagnons gyrovagues », qui font office d'agents de liaison en transmettant les nouvelles d'un groupe à l'autre ; [...]