Congrès de Saint-Imier

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Le congrès de Saint-Imier, tenu du 15 au dans la ville éponyme, est un congrès mené par l'Association internationale des travailleurs (AIT), plus connue sous le nom de première Internationale. Il s'agit d'un des événements fondamentaux de l'histoire du mouvement ouvrier, étant généralement considéré comme la naissance du mouvement anarchiste.

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Congrès de Saint-Imier
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Suite à la fondation de l'Internationale, de nombreuses factions s'y rassemblent, en particulier les bakouninistes ou anti-autoritaires, rassemblant des anarchistes, collectivistes ou socialistes anti-autoritaires, qui recouvrent la majorité de l'organisation, et les marxistes et blanquistes, alliés et contrôlant le Conseil général de l'AIT. Alors que ces groupes commencent alliés au sein de l'organisation, des conflits personnels et théoriques naissent entre eux, cristallisés dans l'opposition grandissante entre Mikhaïl Bakounine et Karl Marx. Les deux tendances, de plus en plus opposées, sont au bord de la rupture lors du congrès de La Haye, où Marx, qui contrôle sa gestion, parvient à faire voter l'expulsion de Bakounine et de James Guillaume, un de ses alliés suisses.

Cette décision marque une rupture entre les deux mouvances et les bakouninistes, pris de court et pressés par le temps, décident d'organiser un contre-congrès à Saint-Imier. Ils y sont rejoints par une quinzaine de délégués et décident alors d'invalider les décisions prises à La Haye et de refonder l'Internationale sur des statuts assurant l'autonomie et la liberté des fédérations qui la composent. La majeure partie de l'Internationale rejoint cette recomposition, sans les marxistes et leurs alliés blanquistes. Historiographiquement, elle est appelée Internationale anti-autoritaire pour la distinguer de l'Internationale unifiée qui précède et de l'Internationale marxiste qui est parallèle.

Le congrès de Saint-Imier est souvent considéré comme la ou l'une des fondations du mouvement anarchiste et reçoit divers hommages au fil du temps, un des plus récents étant l'organisation d'Anarchy 2023, un rassemblement anarchiste de grande ampleur, pour célébrer les 150 ans du congrès.

Histoire

Contexte

Fondation de la première Internationale et conflits

Fondation de la première Internationale en 1864 à Londres

L'Association internationale des travailleurs (AIT) ou la première Internationale, est une association de travailleurs fondée à Londres en 1864. Il s'agit d'une organisation fondamentale de l'histoire du mouvement ouvrier, réunissant rapidement de nombreuses figures liées à son histoire, comme Karl Marx, James Guillaume, Friedrich Engels, Errico Malatesta ou encore Carlo Cafiero[1]. Différents mouvements politiques y sont représentés, allant du marxisme à l'anarchisme en passant par des socialistes plus modérés ou encore des proudhoniens[1].

Congrès de Genève, premier congrès de la première Internationale (1866)

Lors des congrès que tient l'organisation, des points centraux de l'anarchisme, du marxisme, du syndicalisme ou encore du socialisme sont débattus et l'AIT sert de fondement théorique et pratique importante pour la naissance du mouvement ouvrier[1]. Peu à peu, deux tendances principales s'imposent au sein de l'organisation, une tendance marxiste, réunie autour de Karl Marx et de ses alliés, et une tendance anti-autoritaire et collectiviste, réunissant aussi des socialistes modérés et d'autres groupes, qui se cristallise autour de Mikhaïl Bakounine et de ses alliés et dont une grosse partie deviendra le mouvement anarchiste[1]. Bakounine est un révolutionnaire russe avec un certain prestige, qui rejoint l'AIT en 1868 à Genève et y participe activement à la fondation de plusieurs groupes de l'Internationale, comme la Fédération jurassienne[1],[2].

Au départ, ces deux factions sont alliées au sein de l'AIT, Bakounine cherchant à faire publier Le Capital de Marx en Russie, et Cafiero le traduisant en italien, mais peu à peu, des conflits théoriques et personnels commencent à opposer les deux groupes[2]. De nombreux points théoriques et pratiques les séparent : Bakounine pense que les criminels, travailleuses du sexe, prisonniers, mendiants et autres groupes déclassés peuvent être des forces révolutionnaires tandis que Marx leur voue un « mépris abyssal », selon l'historien Hans Gerth[2]. Par ailleurs, à la différence des marxistes, qui pensent que pour atteindre le communisme, où tous les biens sont possédés en commun, il faudrait conserver l'État un certain temps, une phase supposément transitoire désignée sous le nom de dictature du prolétariat, Bakounine estime que cette phase transitoire est très problématique et mène vers la dictature[3].

Carlo Cafiero, une des figures de la fédération italienne (ici en 1878)

Ces conflits théoriques et personnels découlent sur l'organisation : Marx et ses alliés, comme Engels ou son gendre, Paul Lafargue, souhaitent que l'Internationale soit une organisation centralisée et contrôlée par le Conseil général qu'ils contrôlent et duquel ils réussissent, à la suite d'une réunion réunissant environ vingt personnes, le Congrès de Londres, à faire voter l'augmentation de ses pouvoirs[1],[2],[4],[5],[6]. De leur côté, les bakouninistes souhaitent rester sur les statuts initiaux de l'organisation, qui donnent une forte autonomie aux fédérations nationales ou régionales et ne font de ce Conseil général qu'un organe de coordination entre les différentes fédérations : ils n'acceptent pas les évolutions des statuts voulus par Marx et demandent un congrès[4],[5],[6]. Ils voient cette progression de Marx comme très problématique et de nombreuses fédérations sont au bord de la rupture avec lui et le parti qu'il est en train de constituer à l'intérieur de la première Internationale[5].

Ces conflits sont renforcés sur la « course aux adhésions » que se mènent les deux mouvements pour réunir un maximum de soutien dans le mouvement ouvrier[2],[5]. Les bakouninistes parviennent à avoir une très forte assise en Espagne, dont la fédération prend des lignes franchement bakouninistes, en Italie, en Suisse et en France - l'Internationale y étant interdite[2],[5],[6]. En tout, il est estimé qu'une majorité des fédérations et militants de l'AIT soutient Bakounine dans son conflit avec le Conseil général constitué par les marxistes[1]. Cela est du en partie au fait que la fédération espagnole a elle toute seule forme une grosse partie des membres de la première Internationale[1].

Congrès de Rimini puis de La Haye

Décisions prises au congrès de Rimini et marquant la rupture entre la fédération italienne et les marxistes

Avec le prochain congrès de l'Internationale en approche, ces conflits devant être un débat important à venir et à être tranché, la fédération italienne, très franchement alignée sur Bakounine et composée de figures comme Carlo Cafiero, Andrea Costa ou Errico Malatesta, appelle à un congrès national au début de l'été 1872 pour décider de ce que leur fédération choisira[4]. Alors qu'ils sont en cours de préparation pour ce congrès, ils apprennent que le Conseil général marxiste a choisi comme lieu de rassemblement, La Haye, un choix stratégique destiné à empêcher une forte participation des fédérations bakouninistes[4]. Lui-même est recherché par la police en France et en Allemagne pour sa participation aux Communes et ne peut se déplacer à la Haye - la manœuvre vise aussi à faire évoluer le lieu central de l'Internationale, jusqu'ici situé en Suisse, où se déroulent plusieurs congrès précédents, vers des espaces moins contrôlés par les anarchistes et leurs alliés[5].

Délégués invectivés par la foule néerlandaise à la fin du congrès de La Haye dans L'Illustration

Dans ce cadre, alors que Bakounine et la fédération jurassienne, composée de figures comme James Guillaume, choisissent de finalement accepter le lieu de congrès et de chercher à rassembler des forces en matière de délégués pouvant s'y rendre - ce qui est rendu difficile par le fait que leurs bases de soutien sont situées en Espagne, Italie, France - où l'Internationale est interdite, la fédération italienne se réunit à Rimini[4],[5]. Au regard des nouvelles évolutions de la situation, les délégués italiens, qui sont mis face au lieu du congrès, considéré comme particulièrement peu neutre par les bakouninistes, et au passage en force de l'ajout aux statuts de la déclaration renforçant considérablement les pouvoirs et attributions du Conseil général marxiste, votent la rupture avec le Conseil général[4]. La fédération italienne décide d'appeler à réunir les délégués des fédérations socialistes, anarchistes et autres mouvances du camp anti-autoritaire dans un congrès à Neuchâtel, pour exclure Marx et ses alliés de l'organisation et revenir aux statuts antérieurs de l'Internationale[4].

Gravure représentant Engels et Marx au congrès de La Haye (date inconnue)

Selon James Guillaume, à la suite de la décision de la fédération italienne d'exclure Marx et de réunir, séance tenante, un congrès anti-autoritaire en Suisse, Bakounine et lui auraient négocié avec eux pour leur demander de retarder le congrès au moins jusqu'après le congrès de la Haye - ce qui est accepté[5]. Ils se font les adeptes d'une stratégie de concorde, soutenant d'envoyer le plus de délégués possibles au congrès de la Haye quand même, bien que la gestion du congrès soit sous le contrôle des marxistes[5].

Malheureusement pour eux, le congrès de La Haye, où ils se rendent, sans l'appui des délégués italiens absents, est organisé par Marx et ses alliés, qui s'assurent d'avoir la majorité à travers plusieurs procédés relativement discutables, comme le fait qu'une partie de leurs délégués n'a pas de mandats légaux ou sont invérifiables - ils essaient aussi d'empêcher à la Fédération espagnole, la plus large en termes d'adhérents, de loin, de participer[1],[2],[6]. Bakounine ne peut s'y rendre, car il faudrait passer à travers l'Allemagne ou la France, deux pays où il est recherché activement pour sa récente participation à la Commune de Lyon : il est donc remplacé par James Guillaume et Adhémar Schwitzguébel, deux suisses qui le représentent lui et la Fédération jurassienne[5]. Le congrès, dont toutes les décisions s'alignent avec les positions marxistes, vote l'exclusion de Bakounine et de Guillaume de l'Internationale[1],[2] - il échoue à voter celle de Schwitzguébel, qui proteste en déclarant qu'il est solidaire des deux autres et devrait être exclu aussi[5]. Le congrès de La Haye se clôture le [5].

Congrès de Saint-Imier

Un instant crucial pour « sauver » la première Internationale dans le cadre des conflits intestins et congrès préparatoire

Symbole de la Fédération jurassienne

L'exclusion de Bakounine et Guillaume à La Haye met les bakouninistes en nette difficulté - s'ils le laissent se dérouler sans rien faire, cela équivaut à adopter la vision marxiste - alors même que la majorité des fédérations de la première Internationale penche plutôt du côté de Bakounine[1],[4]. La Fédération jurassienne décide alors de se « se rabattre » sur le plan proposé par la Fédération italienne à Rimini : organiser un congrès anti-autoritaire en Suisse et reprendre le contrôle de l'Internationale[4]. Étant donné la situation critique, le congrès doit s'ouvrir au plus vite, pour ne pas laisser de temps s'écouler entre La Haye et le congrès à venir[4].

Il est décidé de réunir le congrès à Saint-Imier, une ville de l'espace Mittelland, et le congrès doit s'ouvrir le , soit une semaine environ après celui de La Haye[7]. Cette rapidité d'exécution après La Haye explique le peu de délégués, car les bakouninistes, anti-autoritaires et anarchistes assemblent leurs forces dans la précipitation[7].

Le matin du 15, un congrès de la Fédération jurassienne prend deux résolutions acceptant la tenue du congrès international plus tard dans la journée, refusant l'exclusion de Bakounine et Guillaume eu égard à la tenue du congrès de La Haye et l'assurance que la Fédération jurassienne accepte l'initiative lancée par la Fédération italienne de réunir le congrès de Saint-Imier, afin de reformer l'Internationale sans les autoritaires, c'est-à-dire les marxistes et blanquistes[7]. Ce congrès se compose des délégués suivants[7] :

Michel Bakounine (Sonvillier), Charles Besnay (Neuchâtel), Fritz Chautems (Graveurs et guillocheurs du Locle), Édouard Collier (La Chaux-de-Fonds), François Delacoste (La Chaux-de-Fonds), Ali Eberhardt (Saint-Imier), Justin Guerber (Sonvillier), James Guillaume (Neuchâtel), Adolphe Herter (Graveurs et guillocheurs de Courtelary), Waldemar Holstein (Slaves de Zurich), Paul Humbert (Graveurs et guillocheurs du Locle), Paul Junet (Graveurs et guillocheurs de Courtelary), Georges Lachat (Moutier), Zemphiri Rouleff (Slaves de Zurich), Samuel Schneider (Saint-Imier), Léon Schwitzguébel (Bienne).

Par ailleurs, la Fédération jurassienne décide que Guillaume et Adhémar Schwitzguébel seront les délégués de la Fédération pendant le congrès de Saint-Imier à venir[7].

Délégués et organisation

Une heure plus tard, le congrès de Saint-Imier s'ouvre dans la même pièce de l'hôtel de ville. Quinze délégués se retrouvent à Saint-Imier, dont quatre pour la Fédération espagnole, six pour la Fédération italienne, deux Français délégués de plusieurs sections clandestines - l'Internationale étant interdite en France, un délégué pour deux sections américaines et enfin les deux délégués de la Fédération jurassienne[7]. Les noms des délégués sont les suivants[7] :

Charles Alerini (Fédération espagnole), Michel Bakounine (Fédération italienne), Carlo Cafiero (Fédération italienne), Camille Camet (Sections de France), Andrea Costa (Fédération italienne), Giuseppe Fanelli (Fédération italienne), Rafael Farga i Pellicer (Fédération espagnole), James Guillaume (Fédération jurassienne), Gustave Lefrançais (Sections d’Amérique), Errico Malatesta (Fédération italienne), Marselau (Fédération espagnole), Morago (Fédération espagnole), Nabruzzi (Fédération italienne), Jean-Louis Pindy (Sections de France), Adhémar Schwitzguébel (Fédération jurassienne).

Lefrançais, Cafiero et Marselau sont élus présidents du congrès tandis qu'Alerini, Chopard et Costa sont élus secrétaires en charge de la traduction, car le congrès se déroule en trois langues, en italien, espagnol et français[7]. Chaque délégué soutient que ses choix n'engagent que lui et attendent l'approbation ultérieure des Fédérations qu'ils représentent[7].

Points abordés et mesures adoptées

Résolutions du congrès dans le journal belge L'Internationale (Archives de la PP de Paris - Ba 475 - collection d'Archives Anarchistes)

Le premier jour, le congrès décide quelles sont les questions à l'ordre du jour et en retient quatre, formant quatre commissions différentes pour chacun des points en question[7] :

  1. Attitude des Fédérations réunies en Congrès à Saint-Imier, en présence des résolutions du Congrès de la Haye et du Conseil général.
  2. Pacte d’amitié, de solidarité et de défense mutuelle entre les Fédérations libres.
  3. Nature de l’action politique du prolétariat.
  4. Organisation de la résistance du travail. — Statistique

Le lendemain, les délégués se retrouvent et chaque commission présente son rapport et une proposition de résolution à adopter[7]. Puisque les délégués passent la journée et la soirée du 15 en pleines discussions, tous les membres sont en accord avec les rapports et mesures. Elles sont donc toutes adoptées à l'unanimité par les délégués[7],[8]. La première résolution adopte le rejet du congrès de La Haye et du Conseil général et annonce établir un « nouveau pacte de solidarité » entre les Fédérations pour éviter qu'une telle centralisation du pouvoir ne se reproduise au sein de l'Internationale[7],[8]. La deuxième est le pacte de solidarité en question, où chaque Fédération s'engage à rester en contact avec les autres et de défendre les autres Fédérations contre toute atteinte à leur liberté d'action, gouvernementale ou autre[7],[8]. La troisième résolution traite de l'action politique du prolétariat et se conclut par les trois points suivants[7],[8] :

  1. Que la destruction de tout pouvoir politique est le premier devoir du prolétariat.
  2. Que toute organisation d’un pouvoir politique soi-disant provisoire et révolutionnaire pour amener cette destruction ne peut être qu’une tromperie de plus et serait aussi dangereuse pour le prolétariat que tous les gouvernements existant aujourd’hui ;
  3. Que, repoussant tout compromis pour arriver à l’accomplissement de la Révolution sociale, les prolétaires de tous les pays doivent établir, en dehors de toute politique bourgeoise, la solidarité de l’action révolutionnaire.

Ces trois points, qui sont depuis souvent repris et synthétisent une partie de l'idéologie anarchiste, ne sont pas réellement centraux pour les délégués de cette période, qui sont beaucoup plus intéressés dans la question du pacte de solidarité - ainsi, l'organisation est relativement ouverte aux socialistes pendant ses premières années[8].

La quatrième résolution concerne l'utilisation de la grève générale et de l'action syndicale pour mener la Révolution sociale : le congrès l'adopte tout en se déclarant conscient de ses limites et en souhaitant préparer un « projet d’organisation universelle de la résistance » pour organiser la lutte révolutionnaire de manière plus efficace[8]. Enfin, le congrès décide d'envoyer des copies de ces résolutions à toutes les fédérations ouvrières du monde, demander leur approbation et qu'elles rejoignent l'Internationale[7].

Les délégués se séparent aux cris de « Vive la révolution sociale »[7].

Réception

Bien que le congrès soit organisé à la toute hâte, une majorité des Fédérations de l'Internationale l'accepte et d'autres le rejoignent et acceptent ces décisions sans avoir été représentées au congrès de Saint-Imier[1],[6]. Cinq ans plus tard, lors du congrès de Vervier mené par l'Internationale anti-autoritaire, les délégués, fédérations et groupes membres sont de France, Suisse, Italie, Allemagne, Espagne, Belgique, Grèce, d'Uruguay, d'Argentine et du Mexique, ce qui témoigne de l'expansion de l'Internationale anti-autoritaire[6].

L'Internationale marxiste, vidée de ses forces anti-autoritaires et anarchistes, se divise entre marxistes et blanquistes dans les années qui suivent le congrès de Saint-Imier, les premiers parvenant à écarter les seconds - ce qui mène à sa disparition en 1876, quatre ans plus tard[4].

Postérité

Une recomposition plutôt qu'une refondation de la première Internationale

Internationale anti-autoritaire et groupes anarchistes au début des années 1880[9],[10],[11].

Il est notable que tous les délégués de Saint-Imier ne soient pas anarchistes ou collectivistes : en effet, plutôt que d'envisager la fondation d'une nouvelle organisation qui serait pleinement anarchiste, les délégués et bakouninistes cherchent au contraire à sauvegarder l'Internationale, vue comme une organisation inclusive de plusieurs tendances[6]. Ainsi, Gustave Lefrançais, un français délégué de deux sections américaines (3 et 22) et vétéran de la Commune de Paris, n'est pas un anarchiste à proprement parler mais simplement sympathisant et en accord avec les idées du congrès de Saint-Imier[6].

L'Internationale anti-autoritaire à venir est par ailleurs ouverte à un certain nombre de socialistes, ce qui provoque des débats entre socialistes et anarchistes au sein de l'organisation jusqu'à 1873-1874 au moins[6]. Le congrès de Vervier, cinq ans plus tard, est nettement moins favorable aux socialistes étatiques[6]. Ces orientations d'ouverture à la fois dans le congrès et l'Internationale anti-autoritaire sont notamment dues à l'influence de Guillaume, qui convainc Bakounine qu'une Internationale purement anarchiste ne recevra pas le soutien d'une majorité des fédérations[8].

L'historienne suisse Marianne Enckell décrit le congrès de la sorte[8] :

Le congrès international de Saint-Imier ouvre la série des congrès de ce que l’on appellera l’« Internationale anti-autoritaire ». L’histoire n’en a guère gardé le souvenir, et ne connaît l’AIT que jusqu’en 1872. Or, si le congrès avait été le prélude à une longue agonie de l’« Internationale marxiste », une autre organisation, plus modeste, plus restreinte, mais qui vécut presque aussi longtemps que la précédente, était en train de naître, tissant des liens étroits entre les ouvriers de plusieurs pays d’Europe et du Nouveau Monde. [...] Les résolutions du congrès de Saint-Imier et la constitution d’un lien fédératif entre les Fédérations de l’Internationale – et les groupes nouveaux qui viendraient se joindre à elles – marquent la rupture cette fois-ci définitive avec le Conseil général. Celui-ci d’ailleurs n’est plus qu’un fantôme depuis qu’il a été transféré à New York, puisqu’aucune organisation réelle ne lui a fait allégeance, puisqu’il est manipulé de Londres, puis abandonné par Marx et Engels, puisque l’AIT sous sa forme orthodoxe cesse d’exister en 1876 mais qu’elle était moribonde depuis 1872.

Fondation du mouvement anarchiste

Historiographiquement, ce congrès marque la naissance de l'Internationale anti-autoritaire, c'est-à-dire cette partie anti-autoritaire de la première Internationale rassemblant différentes tendances dont un nombre notable rejoint le mouvement anarchiste par la suite[12],[6]. Il s'agit d'une organisation fondamentale dans l'histoire anarchiste, devenant - bien que ce ne soit pas envisagé comme tel au départ - la première organisation anarchiste[6]. Elle influence l'anarchisme sur de nombreux points de théorie et de pratique si bien que ce congrès, par les points qu'il prend et cette orientation, est généralement considéré comme la fondation ou l'une des fondations principales du mouvement anarchiste[3],[6],[13].

Principal lieu de camping pendant Anarchy 2023

L'Internationale anti-autoritaire disparaît dans les années 1880, laissant place à d'autres formes d'organisation et de coordination chez les anarchistes, comme le compagnonnage ou l'anarcho-syndicalisme[3].

Hommages et influences

En 1922, le journal anarchiste Le Réveil réactualise le congrès pour ses cinquante ans, en soutenant que les principes qui y seraient exprimés seraient des principes fondamentaux du mouvement anarchiste[14].

En 2012, 4000 anarchistes se réunissent à Saint-Imier[15].

En 2023, l'année étant décalée d'un an à cause de la pandémie de COVID-19, l'Internationale des fédérations anarchistes (IFA), l'une des principales organisations anarchistes de l'anarchisme contemporain, organise Anarchy 2023, un rassemblement anarchiste de grande ampleur à Saint-Imier pour les 150 ans du congrès[16],[17]. Il s'agit possiblement du plus grand rassemblement anarchiste du XXIe siècle[18],[19].

Sources primaires

Œuvres en hommage

Références

Voir aussi

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