Lily Braun
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| Naissance | |
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| Décès | |
| Sépulture |
Kleinmachnow Evangelical Forest Cemetery (d) |
| Nom de naissance |
Amalie von Kretschmann |
| Nationalité | |
| Activités | |
| Père |
Hans von Kretschmann (d) |
| Mère |
Jenny von Kretschmann (d) |
| Conjoints |
Georg von Gizycki (d) (de à ) Heinrich Braun (de à ) |
| Enfant |
Otto Braun (en) |
| Parti politique | |
|---|---|
| Partenaires |
Minna Cauer (depuis ), Friedrich Wilhelm Foerster (depuis ), Heinrich Braun |
Lily Braun, née Amalie von Kretschmann le à Halberstadt et morte le à Berlin, est une écrivaine et militante féministe allemande.
Elle est connue pour ses essais et romans sociaux, Die Frauenfrage, ihre geschichtliche Entwicklung und wirtschaftliche Seite (1901), Die Die Mutterschaftsversicherung (1906), Im Schatten der Titanen (1908) et les Memoiren einer Sozialistin (1909–1911), ainsi que pour sa défense de l’émancipation des femmes et de la protection des mères.
Origine familiale et éducation
Lily Braun, née Amalia Jenny Emilie Klothilde Johanna von Kretschmann[1], voit le jour le , dans la province prussienne de Saxe. Son père, Hans von Kretschmann (de), est général d’infanterie dans l’armée prussienne, et sa mère, Jenny, née von Gustedt, appartient également à la noblesse prussienne[2],[3],[4].
Sa grand-mère, Jenny von Gustedt, était la fille illégitime de Diana von Pappenheim et de Jérôme Bonaparte. Elle entretient avec elle une relation proche et déterminante. Elle se reconnaît dans le tempérament rebelle de sa petite-fille et lui lègue, en héritage spirituel, ses lettres et journaux intimes, à partir desquels Braun réalisera sa première publication[1],[5].
Élevée selon les vertus prussiennes d’ordre et de discipline, elle passe son enfance dans différents lieux, en raison de la carrière militaire de son père[3]. Elle grandit dans un environnement marqué par le conservatisme et la bigoterie. Selon ses propres dires, elle se divertit jusqu’à l’âge de 25 ans par la danse et les flirts dans les cercles impériaux et aristocratiques de son entourage[6].
D'après Elisabeth Fetscher, sa sensibilité précoce aux injustices sociales et aux cruautés « est peut-être aussi une part d’opposition inconsciente à un foyer parental ultra-conservateur et bigot », où régnait une grande froideur entre les parents[6].
En 1889, son père tombe en disgrâce auprès de l’empereur et perd sa fonction[6]. L’année suivante, après son renvoi de l’armée, la famille connaît d’importantes difficultés matérielles[1]. Lily Braun saisit cette période pour s’émanciper du rôle traditionnel d’épouse d’officier et chercher à mener une vie plus autonome[1]. Comme beaucoup de femmes de son époque, elle ne reçoit pas de formation formelle. Elle s’installe à Berlin, où elle vit de travaux d’histoire littéraire[4].
Carrière et engagements politiques
Passionnée et engagée, elle s’intéresse très tôt aux idées progressistes[2]. À Berlin, elle entre en contact avec les milieux politiques et réformateurs sociaux. Elle y rencontre son premier mari, le philosophe et réformateur Georg von Gizycki (de), qui lui ouvre un nouvel horizon intellectuel et moral[1]. A ses côtés, elle adopte des convictions athées, pacifistes et féministes[2], s’engage dans le cercle de la Deutsche Gesellschaft für ethische Kultur et collabore à la publication de la revue Ethische Kultur[4]. Elle fait la connaissance de la militante féministe Minna Cauer et découvre la social-démocratie à travers la lecture de Die Frau und der Sozialismus d’August Bebel[1].
Après sa mort en 1895, elle se consacre à l’amélioration de la condition économique, sociale et intellectuelle des femmes[4]. Sous le nom de Lily von Gizycki, elle publie avec Minna Cauer le premier numéro de la revue Die Frauenbewegung (de) et devient membre de l’association Frauenwohl (en). Elle exprime sa sympathie pour l’aile radicale du mouvement féministe bourgeois, tout en critiquant son orientation trop centrée sur les intérêts des femmes de la bourgeoisie[1],[2]'
En 1896, elle est invitée par Lina Morgenstern au Congrès international des œuvres et aspirations féminines, organisé à Berlin. Elle y dénonce les limites du mouvement féministe bourgeois et invite à deux réunions parallèles du mouvement des femmes prolétaires[1].
- Photo de groupe de l’Association pour le suffrage des femmes : de gauche à droite, Anita Augspurg, Marie Stritt, Lily von Gizycki, Minna Cauer et Sophia Goudstikker, en 1896.
- Article de la Berliner Illustrirte Zeitung du 20 septembre 1896 sur le Congrès international des femmes à Berlin, auquel participe Lily Braun.
De la réforme sociale au socialisme
Dans ce contexte de débats idéologiques et stratégiques, Lily Braun analyse la condition des ouvrières. Dans ses conférences et articles, elle dénonce les injustices qu’elles subissent et formule des revendications précises, telles que la protection de la maternité. Elle compte parmi les premières à dénoncer ces insuffisances et à réclamer une assurance maternité complète[1].
Elle propose également de repenser l’organisation familiale afin de mieux l’adapter à l’activité professionnelle croissante des femmes. Son objectif est aussi de réduire leur charge domestique. Son idée de coopératives ménagères s’inscrit dans le débat sur les maisons à cuisine unique, apparu aux États-Unis puis repris en Allemagne dans les années 1890. Ces projets d’habitat coopératif visaient à organiser collectivement les tâches domestiques, comme la cuisine, la lessive ou l’entretien, au bénéfice des familles ouvrières et des femmes actives vivant seules[1].
Peu après, elle s’éloigne du mouvement féministe bourgeois et rejoint le Parti social-démocrate d’Allemagne, provoquant une rupture définitive avec sa famille[4].
Divergences au sein du mouvement social-démocrate
Au sein du SPD, Lily Braun se retrouve isolée, la plupart des militantes venant du milieu ouvrier[3]. Le mouvement des femmes prolétaires, comme le parti lui-même, est alors divisé. Pour certaines, une réforme de la société vers le socialisme est possible et souhaitable ; pour d’autres, seul un changement révolutionnaire peut permettre d’y parvenir[1].
À son entrée dans le parti, des dirigeantes telles qu’Ottilie Baader et Clara Zetkin accueillent favorablement sa collaboration à la revue Die Gleichheit. Par la suite, Zetkin la considère comme une adversaire, estimant que l’émancipation des femmes ne pouvait passer que par la victoire de la classe ouvrière. Issue de l’aristocratie et encore peu expérimentée, Braun peine à défendre ses positions et à obtenir du soutien pour ses idées, telles que les coopératives ménagères ou l’assurance maternité. Zetkin juge ses propositions fragmentaires et inutiles. La militante Anna Blos écrira plus tard : « Ce combat contre Lily Braun, que Clara Zetkin mena avec ses partisans, est un chapitre bien triste. Que de bonnes choses ces deux femmes remarquables auraient pu accomplir ensemble, ou du moins côte à côte »[1].
Braun défend la protection juridique des mères et des enfants, en particulier des mères célibataires, et milite pour l’indépendance économique des femmes. Dans ses écrits, elle cherche à concilier féminisme bourgeois et socialisme démocratique, privilégiant la réforme là où Zetkin prône la révolution. Malgré leurs divergences, les deux femmes poursuivent plusieurs objectifs communs[3].
Elle plaide en vain pour une coopération entre la social-démocratie et le mouvement féministe bourgeois[4]. Les sociales-démocrates la jugent alors trop modérée, tandis que les représentantes du mouvement féministe bourgeois la considèrent trop radicale. Clara Zetkin et Ottilie Baader lui reprochent de ne pas posséder, selon leur expression, « l’esprit prolétarien »[6].
Dans les années suivantes, Lily Braun se consacre à l’écriture littéraire et publie plusieurs essais et ouvrages sur la condition féminine, la réforme sociale et le socialisme[1].
Travaux et publications
Elle est l’autrice de plusieurs ouvrages, dont Die Frauenfrage, ihre geschichtliche Entwicklung und wirtschaftliche Seite en 1901, qui la fait connaître en Allemagne[3]. Inspirée par les réflexions d’August Bebel dans Die Frau und der Sozialismus, elle y analyse la condition féminine sous un angle historique. L’ouvrage se concentre sur la situation des ouvrières et les questions économiques et sociales qui les concernent. Elle y développe des analyses précises et des revendications concrètes en faveur de leur émancipation. Selon elle, le capitalisme détruit la famille et rend le socialisme inévitable. Son approche s’inscrit dans une perspective historique et internationale, caractéristique de ses écrits[1]. Le livre, qui cherche à concilier maternité et activité professionnelle, suscite des débats mais reçoit un accueil mitigé[6].
Entre 1903 et 1907, elle fonde et dirige avec son second mari Heinrich Braun, la revue hebdomadaire Die neue Gesellschaft (de)[2], proche de l’aile révisionniste du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD). Ensemble, ils cherchent à rapprocher les intellectuels des questions socialistes, mais sont confrontés à de nombreuses hostilités[6]. Cette orientation, favorable à une politique pragmatique, provoque des tensions internes, et les positions indépendantes de Braun à l’égard de l’orthodoxie du parti la conduisent finalement à le quitter[2].
En 1906, elle publie Die Mutterschaftsversicherung, où elle revendique une meilleure protection des mères travailleuses[3]. Deux ans plus tard, elle fait paraître Im Schatten der Titanen. Le roman s'inspire de la vie de sa grand-mère Jenny von Pappenheim, qui appartenait au cercle d’amis de Johann Wolfgang von Goethe[4].
Dans les années suivantes, Lily Braun se consacre à l’écriture littéraire. Entre 1909 et 1911, elle rédige son autobiographie en deux volumes, Memoiren einer Sozialistin (Lehrjahre et Kampfjahre)[1][4]. L’ouvrage, qui mêle réalité et fiction, renforce sa notoriété en tant qu’écrivaine[3]. Elle y retrace son parcours dans le mouvement social-démocrate et féministe, dans un récit où se mêlent autobiographie et fiction. L’ouvrage rencontre le succès à sa parution, bien que controversé, et connaît plusieurs rééditions. Elle y écrit [6]:
« Des droits égaux pour tous, hommes et femmes, la liberté de conviction, la garantie de l’existence, la paix entre les peuples, l’art, la science et la nature comme biens communs, le travail comme devoir pour chacun, le libre développement de la personnalité sans entraves de caste, de race, de sexe ou de richesse : comment quiconque, pensant au-delà des limites de ses quatre murs, pouvait-il se refuser à reconnaître la justesse et la nécessité de ces revendications ? »[6].
Le succès de ses livres répond aussi à une nécessité financière : elle doit subvenir seule à ses besoins, rembourser les dettes de son père et combler les pertes causées par l’échec de la revue Die Neue Gesellschaft[1]. En 1912, elle écrit Mutterschaft, qui aborde les difficultés des femmes face à la maternité à travers deux figures, l’une bourgeoise et l’autre ouvrière, pour dénoncer les contraintes sociales qui empêchent les mères d’épanouir pleinement leur rôle. Cette œuvre marque aussi l’évolution de sa pensée : elle y valorise la maternité, qu’elle considère comme l’accomplissement essentiel du féminin et une mission sociale primordiale[1].
« Depuis des décennies, le mouvement des femmes allemand travaille à conquérir pour le sexe féminin de nouvelles professions et de nouveaux droits. Quand il s’est agi de s’opposer au Code civil, même les plus réservées se sont jointes au flot de l’indignation : il fallait bien gagner un bien aussi précieux que le libre droit de la femme à disposer de ses biens ! Mais peu semblent comprendre que rien ne prive autant la femme de ses droits et ne l’abaisse davantage que le mépris de la maternité et la négligence forcée de l’enfant. La maternité est l’apogée de la féminité, et aucune émancipation juridique des femmes ne saurait dissimuler l’asservissement réel du sexe féminin tant qu’une femme enceinte ploie sous le fardeau, qu’une accouchée est contrainte de travailler malgré son épuisement, qu’un nourrisson abandonné pleure sa mère. S’il est une tâche que le sexe féminin devrait accomplir avec enthousiasme et courage, c’est bien celle-ci ! »[1].
Vie privée et mort
En 1893, Lily Braun épouse le philosophe Georg von Gizycki. Ce mariage provoque de fortes tensions avec sa famille, opposée aux convictions politiques de son mari[1]. Veuve en 1895, elle se remarie l’année suivante avec le publiciste et homme politique social-démocrate Heinrich Braun. Le couple a un fils, Otto Braun (poète) (de)[2],[4].
Pendant la Première Guerre mondiale, elle soutient la position du SPD favorable au conflit et encourage son fils, qui s’engage à 17 ans en 1914. Selon sa camarade Adele Schreiber, elle accueillit la guerre « avec une joie que la plupart d’entre nous ne partageaient pas »[1]. Très inquiète pour son sort au front, elle meurt d'une attaque cérébrale le à son domicile de Zehlendorf[2],[3],[6]. Otto Braun est tué sur le front occidental en 1918[1].
Elle est inhumée dans le jardin de sa maison à Berlin-Zehlendorf (aujourd’hui Kleinmachnow), où se trouve encore une pierre commémorative[1]. Braun est reconnue pour ses talents d’oratrice et son tempérament passionné[6].
- Son fils Otto Braun, à 17 ans (1914)
- La villa de la famille Lily Braun et Heinrich Braun à Kleinmachnow, près de Berlin, construite en 1909.
- Sculpture « Gartenplastik mit Vogeltränke » d’Ute Greiner, 1989, Lily-Braun-Straße 54.
- Monument funéraire de Lily Braun et de son fils Otto Braun, réalisé par Hugo Lederer en 1926.
Postérité
Lily Braun est considérée comme une figure importante du mouvement des femmes socialistes. Ses œuvres sont étudiées dans la recherche historique sur le genre. Sa vie a inspiré plusieurs représentations littéraires et artistiques, notamment la biographie de Dieter Borkowski (de), le roman de Julia von Brencken et le film Zerbrochene Brücken (Ponts brisés)[1].
Son fonds d’archives personnelles n’a pas été conservé. Quelques lettres sont conservées au Archiv der deutschen Frauenbewegung (Archives du mouvement des femmes allemandes) et dans le fonds de l’historienne Julie Braun-Vogelstein (en) à l’Institut Leo Baeck de New York. Proche du couple Braun, cette dernière épousa Heinrich Braun après la mort de Lily Braun et publia plusieurs biographies consacrées à la famille dans les années 1920 et 1930[1].

