Liste Swadesh
liste de mots
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La liste Swadesh est une liste de mots appartenant à une partie du lexique la plus résistante au changement, établie par le linguiste et anthropologue américain Morris Swadesh, dans les années 1940-1950. Elle s'utilise en linguistique comparée, linguistique historique ainsi qu'en anthropologie notamment pour identifier le lexique fondamental de toute langue étudiée pour la première fois, ainsi qu'établir le degré de proximité de deux ou plusieurs langues.
Établissement de la liste
Pour créer sa liste, Swadesh a choisi un lexique de base que l’on retrouve dans le plus de langues possible, le plus indépendant possible de l’environnement naturel et de la culture locale. Il a commencé par une liste de 225 mots[1], qu’il a réduite plus tard à 215[2], puis à 200[3], arrivant finalement à une variante de 100 mots[4]. On utilise fréquemment une liste de 207 mots, formée de la liste de 200, plus sept de la liste de 100 absents de celle de 200[5].
Utilisation
Mesure du degré de parenté de deux langues
Swadesh a utilisé sa liste pour mesurer la ressemblance, c’est-à-dire le degré de parenté de deux langues, par la méthode quantitative de la lexicostatistique, en établissant le pourcentage de mots d’origine commune. Plus la ressemblance entre les lexiques des deux langues est grande, plus elles sont proches génétiquement, et plus le temps écoulé depuis le moment où elles se sont séparées est court. Selon lui, si le lexique de base de deux langues contient des mots apparentés à raison de 70 %, on peut considérer qu’elles ont évolué à partir d’une même langue. Si ce pourcentage dépasse 90 %, alors ces langues sont des parentes proches.
Établir le degré de proximité de deux ou plusieurs langues données permet ensuite d'établir, à partir d’une matrice de ressemblances quantitativement pertinentes, un dendrogramme à portée phénétiques ou cladistiques des langues comparées. L'élicitation des concepts de la liste dans un ensemble précis de langues permet donc de mesurer les distances interlinguistiques à des fins phylogénétiques.
Datation des langues d’origine (la glottochronologie)
Dans ce but, Swadesh a pris comme postulat que le taux de perte du lexique de base initial ne change pratiquement pas, les mots étant remplacés à un rythme à peu près constant, alors que dans le cas du reste du lexique, qui est étroitement lié à des facteurs culturels, le taux de perte variant en fonction des contacts que les locuteurs ont eu avec des cultures qui leur sont étrangères. À cause de ce postulat, la méthode de datation des langues proposée par Swadesh fut comparée à la détermination de l’âge des fossiles à partir de la désintégration radioactive du carbone 14, qui est constante.
À la suite d’une recherche sur treize langues (indo-européennes pour la plupart mais incluant le chinois[note 1]) qui ont des attestations écrites sur une longue période, à partir de la liste Swadesh de 100 mots, on a calculé un taux de conservation de 86 % sur une période de 1 000 ans, qu’on a considéré comme constant et généralisé à toutes les langues.
Étant donné le pourcentage de mots d’origine commune et le taux de conservation du lexique de base sur 1 000 ans, le temps écoulé depuis la séparation de deux langues qui résultent d’une même langue d’origine peut être déterminé, avec une marge d’erreur calculable, selon la formule :
où c est le pourcentage de mots d’origine commune et r – le taux de conservation.
Par exemple, si le lexique de base de deux langues est apparenté à 70 %, alors on peut considérer qu’elles ont évolué à partir d’une même langue qui a existé douze siècles auparavant.
Discussions sur la pertinence de la liste
L’utilisation de la liste Swadesh fut contestée dès le début. On lui oppose les objections suivantes :
- Le lexique de base n’est pas exempt d’emprunts de manière égale dans toutes les cultures. Par exemple, un objet naturel comme le soleil peut tenir du lexique religieux (tel est le cas en Asie du Sud) et, de ce fait, sa dénomination est empruntée. Par ailleurs, des mots du lexique de base peuvent devenir tabous et être remplacés par d’autres, d’une langue voisine, pour compenser l’interdiction. Le lexique de base n’est pas non plus indépendant du statut socio-culturel des locuteurs. Par exemple, dans le lexique de base des langues dravidiennes, il y a relativement beaucoup d’emprunts au sanskrit, d’autant plus que le locuteur est plus instruit[7].
- Certains mots ne se retrouvent pas dans toutes les langues, à cause de spécificités de l’environnement naturel, par exemple du climat[8]. Ainsi, les mots « neige » et « glace » sont-ils absents des langues des tropiques. De plus, dans la liste de 207 mots, il y a des mots qui ne se retrouvent pas dans toutes les langues pour des raisons culturelles (Swadesh lui-même a réduit sa liste à cent mots).
- Un mot peut avoir pour correspondant dans une autre langue, non pas un mot, mais plusieurs, voire des affixes, parmi lesquels il faut choisir, ce qui rend plus arbitraire la comparaison des langues[9].
- Il est fort peu probable que le taux de conservation soit constant pour toutes les langues et à toutes les époques[8]. Dans des conditions particulières qui tiennent de l’isolement du groupe de locuteurs, de sa cohésion sociale, de l’éventuelle observation d’une norme littéraire ou religieuse, ce taux peut varier considérablement[10]. Il existe en Europe l'exemple de l’islandais, langue d’une stabilité exceptionnelle, ce qui invalide partiellement la méthode, infirmant son universalité. En effet, le taux de perte de l’islandais n’est que de 4 %, alors que celui du norvégien littéraire est de 20 %, bien que ces deux langues soient très proches génétiquement l’une de l’autre[11].
- L’identification des mots apparentés est problématique. Lorsqu’on applique la technique de la lexicostatistique, à défaut d’une autre possibilité, sur une aire géographique très étendue et sur des centaines de langues pour lesquelles l’information est très lacunaire, les descriptions étant partielles et récentes, il est impossible, faute de matière première, d’établir les lois des changements phonétiques. De ce fait, l’élimination du lexique emprunté, qui devrait se fonder sur la connaissance de ces lois, est très difficile. Par conséquent, l’identification du lexique réellement apparenté et, donc, hérité en parallèle, est problématique.
- L’identification des mots apparentés est en général aléatoire[10]. Des mots très différents peuvent avoir la même origine, par exemple le mot français « chef » (au sens premier de « tête ») et le mot anglais head « tête ». Les deux proviennent de la racine indo-européenne *kauput-, *kaput-. En revanche, des mots qui se ressemblent peuvent ne pas être directement apparentés, par exemple le mot latin dies et l’anglais day, les deux signifiant « jour ». Le mot latin a pour origine *dyḗws « ciel », et l’anglais – *dʰegʷh- « brûler, brûlant ». Un autre exemple de ressemblance sans fondement est le latin habere et l’allemand haben « avoir ». L’origine du mot latin est *gʰh₁bʰ- « prendre » et celle du mot allemand – *keh₂p- « saisir, attraper ».[réf. nécessaire]
Malgré les objections, on reconnaît que la liste Swadesh et la lexicostatistique peuvent servir pour les investigations linguistiques de base, dans les situations où ni les techniques comparatives classiques ni la reconstitution interne ne sont praticables, ce qui était d’ailleurs l’idée de départ de Swadesh[8], ou comme simple outil de classification génétique préliminaire en anthropométrie[12],[13].
Un exemple d’une telle situation est celui où l’on ne dispose que de listes incomplètes de lexique, comme dans le cas de groupes de langues très grands, récemment attestées, telles les langues austronésiennes (1 000 environ) ou celles des aborigènes d'Australie (autour de 250). Pour de telles langues, la liste Swadesh peut être utilisée pour faire une première ébauche de leur répartition en groupes et sous-groupes, servant de point de départ pour une investigation historique à part entière, qui continue les classements et les reconstitutions.
Développements de la liste Swadesh
À partir des mêmes principes, d’autres linguistes ont à leur tour élaboré des listes de lexique de base, en éliminant des mots de la liste Swadesh et en introduisant d’autres mots et/ou sens. Un exemple est la liste de 114 sens proposée par une équipe de l’Université russe d’État de sciences humaines[14], qui se trouve à la base du projet Global Lexicostatistical Database (Base de données lexicostatistique globale) (GDL)[15]. Une autre base de données de ce genre est Indo-European Lexical Cognacy Database (Base de données de mots apparentés indo-européens), à laquelle travaille une équipe de l’Institut de psycho-linguistique Max-Planck de Nimègue (Pays-Bas)[16], à partir d’une liste de 200 mots proposée par Isidore Dyen[17].
Liste Swadesh de 207 mots du français
La liste en français est l'équivalent de la liste en anglais. Elle reste un outil de base pour l'élaboration de nouvelles ontologies en raison de son universalité[18]. Outre la liste en anglais des 207 mots figurant en annexe de cette publication, il est possible de se référer à celle classée par ordre alphatique établie par le Rosetta Project, comportant les déclinaisons acceptées de chaque mot (par exemple : petit, petite)[19].
Les mots en gras figurent également dans la liste de 100 mots[note 2].
- je
- tu, vous (formel)
- il
- nous
- vous (pluriel)
- ils
- ceci, celui-ci
- cela, celui-là
- ici
- là
- qui
- quoi
- où
- quand
- comment
- ne ... pas
- tout
- beaucoup
- quelques
- peu
- autre
- un
- deux
- trois
- quatre
- cinq
- grand
- long
- large
- épais
- lourd
- petit
- court
- étroit
- mince
- femme
- homme (mâle adulte)
- homme (être humain)
- enfant
- femme (épouse)
- mari
- mère
- père
- animal
- poisson
- oiseau
- chien
- pou
- serpent
- ver
- arbre
- forêt
- bâton
- fruit
- graine
- feuille (d'un végétal)
- racine
- écorce
- fleur
- herbe
- corde
- peau
- viande
- sang
- os
- graisse
- œuf
- corne
- queue (d'un animal)
- plume (d'un oiseau)
- cheveux
- tête
- oreille
- œil
- nez
- bouche
- dent
- langue (organe)
- ongle
- pied
- jambe
- genou
- main
- aile
- ventre
- entrailles, intestins
- cou
- dos
- poitrine
- cœur (organe)
- foie
- boire
- manger
- mordre
- sucer
- cracher
- vomir
- souffler
- respirer
- rire
- voir
- entendre
- savoir
- penser
- sentir (odorat)
- craindre
- dormir
- vivre
- mourir
- tuer
- se battre
- chasser (le gibier)
- frapper
- couper
- fendre
- poignarder
- gratter
- creuser
- nager
- voler (dans l'air)
- marcher
- venir
- s'étendre, être étendu
- s'asseoir, être assis
- se lever, se tenir debout
- tourner (intransitif)
- tomber
- donner
- tenir
- serrer, presser
- frotter
- laver
- essuyer
- tirer
- pousser
- jeter, lancer
- lier
- coudre
- compter
- dire
- chanter
- jouer (s'amuser)
- flotter
- couler (liquide)
- geler
- gonfler (intransitif)
- soleil
- lune
- étoile
- eau
- pluie
- rivière
- lac
- mer
- sel
- pierre
- sable
- poussière
- terre (sol)
- nuage
- brouillard
- ciel
- vent
- neige
- glace
- fumée
- feu
- cendre
- brûler (intransitif)
- route
- montagne
- rouge
- vert
- jaune
- blanc
- noir
- nuit
- jour
- an, année
- chaud (température)
- froid (température)
- plein
- nouveau
- vieux
- bon
- mauvais
- pourri
- sale
- droit (rectiligne)
- rond
- tranchant
- émoussé
- lisse
- mouillé, humide
- sec
- juste, correct
- près
- loin
- droite
- gauche
- à
- dans
- avec (ensemble)
- et
- si (condition)
- parce que
- nom
