Loi de Verner

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Karl Verner en 1878.

La loi de Verner est une loi de phonétique historique dont la découverte a marqué l'une des étapes majeures de la linguistique comparée : elle complète en effet la loi de Grimm et permet d'en expliquer les apparentes irrégularités, la faisant ainsi réellement accéder au statut de « loi ». C'est Karl Verner (1846-1896), linguiste danois, qui, en 1875, a trouvé la solution au problème apparent : alors que la loi de Grimm prévoit que les occlusives sourdes de l'indo-européen deviennent des fricatives sourdes en proto-germanique, dans certains cas ces fricatives sont sonores. Or, la comparaison avec d'autres langues indo-européennes montre bien que le phonème de départ est une consonne sourde. Le problème était important puisqu'il ne permettait pas à la loi de Grimm d'être systématique et sans exception, ce qui est la condition sine qua non pour que des changements phonétiques soient qualifiés de loi scientifique.

Note : les transcriptions citées entre crochets sont en API. Les étymons proto-germaniques sont en transcription des langues germaniques (consulter aussi Transcription de l'indo-européen et Transcription des langues indiennes).

Verner, pour comprendre l'origine de ces irrégularités apparentes de la loi de Grimm dans les langues germaniques, a pris en compte la place de l'accent de hauteur indo-européen (qui nous est connu, entre autres, par le sanskrit védique et le grec), en comparant les mots pour « père » et « frère » :

  • indo-européen *ph₂tḗr et *bʰréh₂tēr ;
  • sanskrit pitár- et brā́tar- ;
  • grec patḗr et phrátēr « membre d'un clan » ;
  • gotique fadar [faðar] et brōþar [broːθar].

Dans *ph₂tḗr, le *h se lit avec le « 2 » en indice : *h₂ note une laryngale de pouvoir colorant donnant, en se vocalisant, une voyelle de timbre /a/. Il ne s'agit pas d'un *p aspiré, qu'on noterait *pʰ.

Si la loi de Grimm s'était appliquée correctement, l'on aurait en gotique **faþar et brōþar, puisque le *t indo-européen passe au þ [θ] germanique. Le passage de *t à đ [ð] ou à d s'explique par la place de l'accent indo-européen : celui-ci frappe dans *bʰréh₂tēr la voyelle située avant la consonne susceptible d'être modifiée par la loi de Grimm et la protège d'une évolution secondaire, que l'on trouve sinon partout ailleurs, sauf à l'initiale. La loi de Verner s'énonce ainsi : « les fricatives germaniques se voisent sauf à l'initiale et sauf si la syllabe précédente était tonique en indo-européen ». Cette dernière mention a son importance puisque l'accent indo-européen a été entièrement modifié en germanique commun, par un changement de nature (l'accent de hauteur est devenu accent d'intensité), et les deux ne coïncident plus. Il faut ajouter à cela que la fricative indo-européenne *s est aussi concernée et qu'elle se voise en [z], sauf si la voyelle qui précède est tonique. Cette consonne, en revanche, ne provient pas d'une ancienne occlusive sourde indo-européenne. À l'exception du gotique, ce [z] est passé à [r].

On peut résumer les modifications subies par les consonnes concernées ainsi :

Indo-européen   Germanique (loi de Grimm)   Germanique (Grimm + Verner)
*σp *σt *σk *σ s [ɸ] (f)[θ] (þ) [x] (χ) [] (χʷ) [s] [β] (ƀ)[ð] (đ) [ɣ] (ǥ) [ɣʷ] (ǥʷ) [z]
*σ́p *σ́t *σ́k *σ́ *σ́s [ɸ][θ] [x] [] [s]

Légende : σ représente n'importe quelle syllabe atone, σ́ n'importe quelle syllabe tonique. Sont indiqués entre parenthèses les symboles de la transcription des langues germaniques ; les symboles entre crochets suivent l'API.

Exemples

Résumé

Voir aussi

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