Louis de Berquin
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Vieux-Berquin
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Vers 1480 Vieux-Berquin |
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| Personnes liées |
Érasme (épistolier), Anne de Montmorency (épistolier) |
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Louis de Berquin, né vers 1480 à Vieux-Berquin et exécuté, le , en place de Grève à Paris, est un avocat, fonctionnaire, linguiste et réformateur religieux français.
Louis de Berquin, gentilhomme d’Artois[1], a entrepris, vers 1510, d’étudier le droit à l’université d'Orléans, où règne alors l’esprit humaniste[2], et où il rencontre Nicolas Bérauld, dont il deviendra l’ami intime[3], et qui le mettra en relation avec les plus grands esprits de son temps, comme Érasme, le « prince des humanistes », Érasme ou Guillaume Budé[4], qui le mettront, en retour, au contact de hautes personnalités politiques ou religieuses comme Étienne Poncher, Germain de Brie ou Jean Standonck[5].
Comme Béraud, il effectue des traductions d’Ange Politien, Pline, Lucien et se fait connaitre. L’éditeur Josse Bade dit de lui qu’il est « le plus savant de la noblesse »[6]. Chrétien observateur des lois de l’Église, à la fois austère et libre, n’aime ni les théologiens ni les moines[7]:455, et dénonce l’autorité pontificale et les pratiques religieuses trop proches de l’idolâtrie païenne d’un clergé défaillant. Comme Érasme, pour lequel il éprouve une grande admiration, il réclame également l’accessibilité à tous de traduction des Saintes Écritures en langue vernaculaire[5].
Dénoncé comme catholique douteux, pour avoir critiqué en privé le proviseur du collège d'Harcourt, Guillaume Duchesne, théologien de la plus grande autorité dans l’école et l’Église, Guillaume Roger, procureur-général au parlement de Paris, députe à son domicile Jacques de Mailly, huissier de la cour, avec l’ordre de saisir, dans ses livres et ses papiers, tout document suspect d’hérésie. Celui-ci saisit divers écrits de Luther, de Mélanchthon et Bodenstein, des traductions de livres latins en langue vulgaire et quelques traités originaux de Berquin, latins ou français, intitulés De l’usage et de l’utilité de la messe, le Miroir des théologastres, le Débat de piété et superstition, qu’il fait transporter au greffe de la cour[7]:455.
Ses écrits ne font que critiquer la trop fréquente invocation de la Sainte-Vierge au détriment de son Fils et de l’Esprit-Saint, mais la faculté de théologie, estimant l’affaire est de sa compétence, requiert du Parlement que les objets saisis lui soient livrés. Le juge ecclésiastique déclare les livres et les codicilles trouvés au domicile de Berquin impies, schismatiques, hérétiques, et invite en conséquence le juge civil à les faire bruler. Convaincu de complicité dans toutes les abominations de l'hérésie luthérienne, l’auteur ou possesseur de ces livres et de ces écritures est contraint d'abjurer publiquement son erreur, et il lui sera désormais interdit de faire ou de traduire aucun ouvrage touchant les articles de la foi[8].
Le , il est interrogé par la cour, puis arrêté et incarcéré dans la tour carrée de la Conciergerie. Cinq jours plus tard, la cour le renvoie devant l’évêque de Paris. La peine réservée, depuis Constantin, au crime d’hérésie étant le bûcher, les amis de Berquin se mobilisent en sa faveur auprès de François Ier, dont les relations avec l’antique Sorbonne n’étaient alors pas au mieux. Celui-ci ayant envoyé le capitaine Frédéric et des archers de sa garde, à Paris, avec ordre de libérer immédiatement Berquin, la chambre du conseil doit se contenter de faire bruler, le même jour, ses livres et ses codicilles saisis et censurés, sur la place Notre-Dame[7]:458. Lorsque l’accusé parait enfin devant le grand-conseil, le chancelier Duprat, très politique et, malgré sa robe, très peu dévot, lui fait quelques réprimandes, pour avoir écrit avec trop de liberté sur divers articles de la croyance religieuse. Ayant accédé à sa demande de témoigner de son regret d’avoir offensé l’église, Berquin est remis sur-le-champ en liberté[8].
Retourné dans ses terres, en Picardie, Berquin, de sa retraite, continue à écrire, et traduit de petits ouvrages d’Érasme, qu’il a coutume d’appeler son maitre. Cherchant également à confondre ses juges, il rédige également une apologie des maximes condamnées dans ses précédents écrits, dont il fait parvenir une copie à Érasme. Effrayé de la témérité de son disciple, ce dernier l’incite à la prudence, lui recommande de supprimer son apologie et de faire profil bas. Berquin passe outre et répand son apologie, et fait imprimer sans permission, c’est-à-dire en secret, ses traductions d’Érasme, alors que la faculté de théologie de Paris avait censuré la Déclamation des louanges du mariage, contenant dix-huit propositions contre le célibat, le Symbole des apôtres, où l’auteur semblait dire que la foi seule justifie, Briève admonition de la manière de prier, soutenant qu’il est bon de prier Dieu dans une langue que l’on comprend, et la Déclamation de la paix, contenant une mordante critique des moines. La faculté avait censuré toutes ces propositions d’Érasme sous son nom, mais elle avait censuré Berquin, en même temps, pour les avoir traduites en langue vulgaire[7]:463.
Après la défaite de Pavie, le Parlement revient à la charge, pour exiger de la régente Louis de Savoie, qu’elle leur livre Berquin. L'avocat du roi, Pierre Lizet assure que les malheurs de la France proviennent de l’hérésie en son sein[9]. Le , poussé par Noël Bédier, l’évêque d’Amiens demande au Parlement la permission de prise de corps de Berquin, qui réside dans son diocèse. Le , il est réincarcéré à la Conciergerie, et tous ses livres sont saisis. À nouveau, les voix s’élèvent en sa faveur auprès de la régente, dont celle de Marguerite de Navarre, qui va jusqu’à écrire à son frère, toujours prisonnier, qui envoie à la régente l’ordre pour le Parlement de suspendre jusqu’à son retour le procès de Berquin, comme ceux de Lefèvre, Caroli, Roussel et de tous les autres docteurs suspects d’hérésie, mais le Parlement décide de passer outre, en l’absence de lettre patente. Berquin tente de récuser ses juges, puis cherche à faire ajourner son procès, puis d’introduire un appel. Inversement, le Parlement fait tout pour expédier le procès, redoutant un secours extérieur en faveur de l’accusé[7]:465.
À nouveau condamné à voir ses livres brulés en sa présence, il devra également déclarer, selon la formule prescrite, approuver une aussi juste condamnation. Ensuite il méritera la pitié de l’église en ne lui refusant aucune des satisfactions qu’elle exigera, sinon il sera livré lui-même au bûcher. La soudaine libération du roi parait un moment changer la donne lorsque celui envoie, le , une lettre patente ordonnant de surseoir à l’exécution de la sentence. Le , le président Antoine Le Viste répond au roi que le parlement ne fait qu’exécuter la volonté de la Régente qui l’a prié d’arrêter la « pestifère contagion de l’hérésie luthérienne. » Berquin, qui demeure prisonnier, mais se croit sauvé, envoie, le , le récit de sa mésaventure à Érasme[7]:470.
Lorsque Berquin, toujours incarcéré, s'attriste et devient malade, le roi dépêche deux archers, le avec l’ordre de le transférer au Louvre. Cet ordre est formellement refusé, pour des sécurités, par le parlement, qui condescend néanmoins à laisser lire les épitres de saint Jérôme en latin au prisonnier. Le , le roi envoie le prévôt Jean de La Barre chercher Berquin à la Conciergerie pour le mener au Louvre, d’où il ne tarde pas à être libéré par Anne de Montmorency, à la demande de Marguerite de Navarre, qui le fait entrer au service de son mari. Cependant, pour avoir été empêchée par sa remise en liberté, sa condamnation comme hérétique et relaps tient toujours[7]:475.
Loin de faire profil bas, comme le lui conseille Érasme, il cherche à obtenir un arrêt déclarant impies les opinions de ses juges et, à cette fin, extrait douze propositions de Bédier contre Érasme et Lefèvre, et remporte une demi-victoire lorsque l’Université, consultée sur les douze propositions de Bédier, sans les condamner, ne consent à les approuver, et s’abstient de prononcer un jugement les porter au roi. Cependant, le Parlement est à la manœuvre, flattant François 1er, qui avait horreur de toute sédition, en tâchant de le convaincre que les novateurs pourraient bien porter dommage à son autorité, comme cela était arrivé aux princes d’Allemagne[7]:477.
Dans la nuit du lundi de la Pentecôte, le , une statue de la Vierge ayant été abattue et mutilée au quartier Saint-Antoine, les réformés en ont été rendus responsables[5]. À la requête de Nicolas d’Anthuile, promoteur de la foi, le procès de Berquin reprend et, cette fois, le roi n’aide Berquin qu’en désignant lui-même la moitié de ses juges. Réincarcéré à la Conciergerie, certains de ses écrits portés hors de prison par un valet ayant été interceptés sont jugés hérétique, et il est reconnu coupable. L’arrêt du le condamne à la déchéance de ses honneurs, de ses titres, à faire amende honorable, puis à avoir la langue transpercée avec un fer rouge et le front flétri de la fleur de lis, avant d’être enfermé à perpétuité dans les prisons de l’évêque de Paris. Berquin, cependant, fait appel de cette sentence, qui devait être appliquée le jour même. Le tribunal commue alors la perpétuité et le condamne à être brulé avec ses livres, le jour même, « en grande diligence afin qu’il ne fût secouru du roi ni de Madame la régente qui étaient alors à Blois », dit le Journal d'un bourgeois de Paris[10], la précipitation avec laquelle la sentence a été rendue contre l’accusé ne s’expliquant que par le désir de dérober à la clémence royale une victime qu’elle aurait soustraite au bourreau[11]. Conduit dans un tombereau, vers trois heures de l'après-midi, sur le lieu de son supplice, place Maubert[12], il tente de parler à la foule, mais les cris des soldats couvrent sa voix[7]:475.
Bien qu’il ait été revendiqué comme un des leurs par les protestants, qui font du jour de sa mort une journée commémorative protestante, Berquin était, tout comme son maitre, Érasme qui n’a jamais voulu adopter la réforme protestante, soucieux de ne pas susciter de schisme à l’intérieur de l’Église. Bien que ses idées et ses critiques à l’égard du pape fussent proches de celles de Martin Luther, rien ne prouve qu’il ait jamais embrassé le luthéranisme. Il a également été signalé qu’il est douteux que François 1er, qui détestait Luther, ait cherché avec autant de constance à protéger Berquin, si celui-ci avait adopté la religion de Luther[5]:5. Toutes ses œuvres originales sont perdues ; seules demeurent quelques-unes de ses traductions d’Érasme[13].
Notes et références
- ↑ Paul Beuzart, « Sur l’origine de Louis de Berquin », Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français, Paris, vol. 35, no 87, , p. 45-49 (ISSN 2420-109X, lire en ligne).
- ↑ Alain Joblin, « Un disciple « nordiste » de Luther : Louis de Berquin (vers 1480-1529) », Revue du Nord, vol. 421, no 3, , p. 537-550 (ISSN 0035-2624, DOI 10.3917/rdn.421.0537, lire en ligne).
- ↑ Margaret Mann, « Louis de Berquin et l’Enchiridion d’Érasme », Revue du seizième siècle, Paris, vol. 18, , p. 89-103 (ISSN 0151-1823, lire en ligne).
- ↑ Romain Rolland, « Le Dernier Procès de Louis de Berquin (1527-29) », Mélanges d'archéologie et d'histoire, Paris, t. 12, , p. 314-25 (ISSN 2036-0258, lire en ligne).
- 1 2 3 4 Alain Joblin, Louis de Berquin : de l'humanisme au bûcher, Maisons-Laffitte, Ampelos, , 120 p., in-16 (ISBN 978-2-35618-248-7, OCLC 1406022218, lire en ligne), p. 1
- ↑ Auguste Wicquot, « François Balduin d’Arras : jurisconsulte, historien et théologien diplomate (1520-1573) », Mémoires de l’Académie impériale des sciences, lettres et arts d'Arras, Arras, 2e série, t. 20, , 21 cm, p. 140-90 (OCLC 243876970, lire en ligne).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Barthélemy Hauréau, « Louis de Berquin : 1523-1529 », Revue des Deux Mondes, Paris, vol. 79, no 2, , p. 454-81 (ISSN 0035-1962, lire en ligne).
- 1 2 Nathanaël Weiss, « Louis de Berquin, son premier procès et sa rétractation d’après quelques documents inédits (1523) », Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français, Paris, vol. 67, no 3, , p. 162-83 (ISSN 2420-109X, lire en ligne).
- ↑ « Lettre de la sacrée faculté de théologie de Paris à Guillaume Petit, évêque de Troyes, confesseur du roi, au sujet de Berquin (1523) », Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français, Paris, vol. 67, no 3, , p. 209-11 (ISSN 2420-109X, lire en ligne).
- ↑ Henri Martin, Histoire de France, t. VIII, p. 162.
- ↑ Charles Read, « L’Arrêt du Parlement de Paris », Bulletin historique et littéraire (Société de l'Histoire du Protestantisme Français), Paris, vol. 30, no 3, , p. 113-17 (ISSN 2420-6385, lire en ligne).
- ↑ Michel de Castelnau, Mémoires, t. 1, Paris, Maisonneuve et Cie, , 3 vols. (OCLC 4448166, lire en ligne), p. 405
- ↑ Margaret Mann, « Louis de Berquin, traducteur d’Érasme », Revue du seizième siècle, Paris, vol. 18, , p. 309-23 (ISSN 0151-1823, lire en ligne).