Lydia Oswald
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Saint-Gall
Zurich
| Nom de naissance | Lydia Greta Oswald |
|---|---|
| Alias |
La Mata Hari suisse ou l'espionne aux yeux vert émeraude |
| Naissance |
Saint-Gall |
| Décès |
(à 75 ans) Zurich |
| Nationalité | Suisse |
| Profession | |
| Autres activités | |
| Ascendants |
Heinrich Oswald |
Lydia Oswald est une espionne nazie, journaliste et auteure suisse, née à Saint-Gall le et morte à Zurich le .
Aventurière et demi-mondaine, la presse surnomme Lydia Oswald « la Mata Hari suisse ».
Contexte familial
Lydia Greta Oswald est née à Saint-Gall le d'un père suisse et d'une mère allemande. La famille compte quatre enfants mais le père, Heinrich Oswald, abandonne le foyer en 1923[1].
Elle effectue un apprentissage dans une maison de couture zurichoise. Elle s'est ensuite rendue au Mexique via Marseille, Alger et San Francisco[1].
Espionne allemande
En , elle est recrutée par l'Abwehr à Genève[2] et initiée probablement par Elsbeth Schragmüller, cheffe de l'espionnage allemand contre la France[3]. Lydia Oswald suit une formation d'espionne à Lindau, sur le lac de Constance. Le traité de Versailles et surtout celui des accords de Locarno interdisent toute activité d'espionnage de la part des Allemands, mais cela n'empêche pas les services de renseignements allemands de poursuivre leurs activités en secret[4].
Lydia Oswald séjourne à Paris, puis à Marseille, et à partir de 1935 dans les ports militaires de Toulon et de Brest, où elle arrive le . Ses différents voyages la font repérer par le service de contre-espionnage français[2].
À Brest, elle entame une relation avec un lieutenant de vaisseau, René Guignard, 29 ans, afin d'obtenir facilement le plus d'informations possible sur les installations militaires. Ce dernier lui présente un de ses amis, le lieutenant de corvette Jean de Forceville, 28 ans. Guignard doit partir en service pour les Antilles en . Pendant son absence, Jean de Forceville est à son tour sous le charme de Lydia Oswald et lui fait visiter des navires de guerre[2].
Les autorités décident de passer à l'action et le , Oswald est arrêtée à la gare de Brest[5]. Une perquisition dans sa chambre d'hôtel permet de retrouver sa correspondance, de nombreux documents et un bordereau de dépôt de 5 000 francs, vraisemblablement d'Allemagne. On retrouve également une note d'une certaine Fraulein Doktor, qui n'est autre qu'Elsbeth Schragmüller.
Son procès s'ouvre le à Brest[6]. Elle avoue sa mission d'espionne, mais affirme ne pas être une professionnelle. Lydia Oswald est surnommée par la presse : « la Mata Hari suisse » ou « l'espionne aux yeux vert émeraude ». Elle est condamnée à neuf mois de prison et une fois sa peine accomplie à la prison de Pontaniou, elle est expulsée vers la Suisse.
René Guignard et Jean de Forceville — placés en détention dans une enceinte militaire — sont finalement acquittés, mais la Marine décide leur retrait par une mise en non-activité. Forceville avait fait une tentative de suicide dans sa prison[7] .
Journaliste

En 1936, Lydia Oswald fait la connaissance du réalisateur, scénariste, caméraman, producteur et sympathisant nazi Hans Leuenberger (1909-1979)[8]. Le couple a pour projet la réalisation d'un film, Traverser l'Asie en voiture[9]. Ils effectuent un long voyage de à qui les mène de la Suisse à travers la Turquie, la Syrie, l'Irak, l'Inde, la Birmanie, le Siam, l'Indochine, la Chine[10] et le Japon[11].
Leur périple connaît des mésaventures dès le commencement. Ils sont arrêtés au mois de en Turquie car Oswald et Leuenberger pénètrent dans une zone militaire. Lydia Oswald poursuivait-elle son activité d'espionne dans cette région[12] ? En Perse, leurs visas sont refusés. À Bombay, les amants sont jugés indésirables par les Britanniques et sont assignés à résidence.
Leurs récits de voyage sont financés et publiés par le magazine Schweizer Illustrierte Zeitung et connaissent un succès auprès du public. Cette notoriété va servir leurs idées politiques.
En 1938 est publiée une brochure d'Oswald, intitulée : « Encore d'autres mercenaires ? Expériences d'un national-socialiste suisse », contre laquelle le Journal suisse des enseignants met en garde, car il s'agit d'une publication de propagande national-socialiste destinée aux femmes suisses[13].
Ensuite, Oswald et Leuenberger réalisent le documentaire Ukraine 1943, « qui aurait fait la fierté de la propagande allemande » d'après le journaliste et dessinateur Carl Böckli[note 1],[14]. Le film étant soudainement devenu obsolète en raison de la guerre, il est projeté en Suisse par les associations cinématographiques de ce pays afin d'en amortir les coûts[14],[15].
Après-guerre
Avec la chute du Troisième Reich, Hans Leuenberger et Lydia Oswald cessent momentanément leur activité journalistique. Aucun délit n'est retenu contre eux par les Alliés et ils ne sont pas inquiétés par la justice bien qu'ils soient des sympathisants et des agents de la propagande du nazisme. Lydia Oswald aurait également travaillé pour la Gestapo en 1941[16].
Dès 1946, Leuenberger et Oswald parcourent l'Amérique du Sud, puis le continent africain et réalisent plusieurs films documentaires. Le couple finit par se séparer à partir de 1950 et Lydia Oswald devient la secrétaire et la maîtresse du journaliste américain d'origine allemande Karl Henry von Wiegand (1874-1961)[note 2],[17], directeur pour l'Europe, du groupe de presse américain Hearst[18].
Karl von Wiegand a interviewé en 1921 un idéologue inconnu d'extrême droite, Adolf Hitler. Wiegand est l'un des premiers journalistes à prendre Hitler au sérieux. Son article est publié au mois de , un an avant le putsch manqué de Munich[19]. Le , Wiegand avec d'autres reporters américains, Hans von Kaltenborn (CBS) et Ludwig « Louis » Paul Lochner (Associated Press), sont reçus par Hitler au Nid d'Aigle à Obersalzberg[20],[21].
En 1940, un mois après l'invasion de la France par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, Wiegand obtient un nouvel entretien avec Hitler[19].
Lydia Oswald accompagne Wiegand dans ses nombreux déplacements. En 1954, elle demeure à Rome avant de se retirer à Zurich où décède Wiegand, le . Elle meurt dans cette même ville, le [17].
Agent double ?
Une enquête du Foreign Service des États-Unis mentionne dans un document confidentiel en date du et à destination du service de sécurité britannique, que[22] :
« Lydia Oswald, née le à Saint-Gall, en Suisse, est soupçonnée d'être un agent soviétique. Début 1951, elle se trouvait apparemment à Madrid, en Espagne, et de là, elle se serait rendue au Maroc avec Carl Heinz von Wiegand. »
Cette information est à situer dans le contexte du maccarthysme qui règne aux États-Unis pour cette période. Lydia Oswald était-elle un agent double ou après la guerre, s'est-elle mise réellement au service de l'Union soviétique ? Dans tous les cas, Lydia Oswald reste sous la surveillance constante des différents services de renseignements.
Représentations culturelles
Documentaires
- 2020 : reportage historique, « Brest : L'espionne aux yeux vert émeraude » (Brest: Die Spionin mit den smaragdgrünen Augen), diffusé sur Arte, le dans la série, Culture et Pop Art[23].
- L'édition française est présentée par Linda Lorin dans l'émission Invitation au voyage, sous le titre de : À Brest, l'espionne aux yeux d'émeraude.
Bandes dessinées
Deux albums du dessinateur Briac Queillé ont pour trame, l'affaire Lydia Oswald[24] :
- Quitter Brest, Sixto éditions, Nantes, 6 novembre 2015
Scénario : Yvon Coquil - Dessin : Briac Queillé - (ISBN 979-1-09093-911-0)
- Avel reter, Nadoz-Vor Embannadurioù, Brest, 1er octobre 2016
Scénario et dessin : Briac Queillé - (ISBN 979-1-09324-107-4)