Lymphome primitif vitro-rétinien
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Le lymphome primitif vitréo-rétinien est une néoplasie maligne rare des cellules B, caractérisée par une faible survie globale à long terme en raison de l’atteinte du système nerveux central. Le lymphome primitif vitréo-rétinien peut potentiellement affecter toutes les structures oculaires, mais l’humeur vitrée, l’épithélium pigmentaire rétinien et les couches rétiniennes sont les plus fréquemment touchés [1],[2],[3]. La 5e édition de la Classification de l’Organisation mondiale de la santé des tumeurs hématolymphoïdes a classé en 2022 le lymphome primitif vitréo-rétinien dans le groupe des lymphomes des sites immunoprivilégiés, aux côtés du lymphome testiculaire et du lymphome primitif du système nerveux central[4].
Le lymphome primitif vitréo-rétinien et le lymphome primitif du système nerveux central sont étroitement liés : 80 % des lymphomes primitifs vitréo-rétiniens évoluent vers un lymphome primitif du système nerveux central, tandis que 20 % des patients atteints de lymphome primitif du système nerveux central présentent un lymphome primitif vitréo-rétinien au cours de l’histoire naturelle de la maladie. Le lymphome primitif vitréo-rétinien est généralement considéré comme un lymphome primitif du vitré et de la rétine, même en présence d’un lymphome primitif du système nerveux central. Néanmoins, il arrive rarement que le lymphome vitréo-rétinien se manifeste comme une localisation d’un lymphome systémique ; dans ce cas, on parle de lymphome vitréo-rétinien secondaire[5].
L’incidence du lymphome primitif vitréo-rétinien n’a pas encore été clairement quantifiée, en raison du manque d’études multicentriques internationales, de la rareté de la maladie et du taux élevé d’erreurs diagnostiques. On estime approximativement son incidence entre 0,027 et 0,047 pour 100 000 personnes-années[6],[7]. Des statistiques plus récentes indiquent toutefois une incidence beaucoup plus élevée (1 pour 100 000 personnes-années), principalement en raison d’une meilleure vigilance diagnostique et de l’amélioration des outils de diagnostic. Le lymphome primitif vitréo-rétinien touche principalement les patients dans la sixième ou septième décennie de vie, bien que quelques cas aient été rapportés chez de jeunes patients immunodéprimés. Il affecte les hommes et les femmes de manière égale, sans prédilection ethnique[8],[9],[10].
On sait peu de choses sur la pathogénie du lymphome vitréo-rétinien en raison du faible nombre d’échantillons cytologiques disponibles. Cependant, le lymphome vitréo-rétinien et le lymphome primitif du système nerveux central partagent de nombreuses caractéristiques, ce qui permet de supposer une étiopathogénie similaire[1],[11]. Le lymphome vitréo-rétinien touche rarement des sites autres que le système nerveux central et les testicules. La rétine, le système nerveux central et les testicules sont en effet des sanctuaires immunologiques, et les lymphomes qui s’y développent ont été regroupés par la 5e édition de la Classification de l’OMS des tumeurs hématolymphoïdes dans le groupe des lymphomes des sites immunoprivilégiés[11],[12].
Deux principales théories ont été proposées pour expliquer le développement du lymphome vitréo-rétinien :
- la première théorie suppose qu’une cellule B maligne systémique migre et s’implante dans la rétine et l’humeur vitrée ;
- la seconde théorie avance qu’une cellule B inflammatoire localisée dans l’œil acquiert des mutations génétiques oncogéniques, avec un rôle hypothétique du virus d’Epstein-Barr ou de Toxoplasma gondii [13],[14].
Le processus de migration vers la rétine est crucial : il est à noter que les cellules B malignes du lymphome vitréo-rétinien expriment de manière ectopique les récepteurs CXCR5 et CXCR4, qui interagissent respectivement avec les chimiokines du RPE, CXCL13 et CXCL12[15]. Sur le plan immunohistochimique, les cellules tumorales du lymphome vitréo-rétinien sont positives pour les marqueurs pan-B CD20 et CD79a, et négatives pour le marqueur pan-T CD3[11]. La mutation MYD88 L265P est fréquemment retrouvée dans les échantillons du lymphome vitréo-rétinien. Le gène MYD88 code une protéine impliquée dans la voie de signalisation des récepteurs Toll-like, et sa mutation pourrait favoriser la prolifération et l’immortalisation cellulaires[16],[17]. Un pourcentage significatif d’échantillons de lymphome vitréo-rétinien présente des mutations du gène CD79b, impliqué dans la signalisation du récepteur des cellules B, contribuant ainsi à une hyperactivation de la voie NF-κB[17],[18]. Enfin, le séquençage des immunoglobulines des échantillons de VRL a révélé un taux élevé de récurrence du gène IGHV4-34 (64 %), suggérant que la sélection antigénique joue un rôle dans l’étiopathogénie du lymphome vitréo-rétinien[19].