Madras (tissu)
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Le madras est une étoffe à chaîne de soie et à trame de coton, de couleurs vives formant des carreaux ou des rayures. Il est associé à la culture antillaise.
Au XVIIe siècle, les navires hollandais atteignirent les côtes de l'Inde méridionale. Ils établirent leur premier fort à Paliacate (en), puis un comptoir commercial à Sadras (en), une colonie de tisserands réputée pour son coton de haute qualité. Parmi les produits qu'ils commercialisaient, on trouvait notamment le longhi (un vêtement modeste semblable à un sarong, enroulé autour de la taille et descendant jusqu'aux chevilles, porté encore aujourd'hui dans divers pays d'Asie du Sud-Est). Ce tissu, aux motifs à carreaux éclatants teints avec des colorants naturels, devint extrêmement populaire aux Pays-Bas et fut connu sous le nom de carreaux de palaicatta[réf. nécessaire].
Palaicatta était le nom néerlandais du paliacate. Par conséquent, lorsque les forces coloniales britanniques commencèrent à s'implanter dans ces régions, ce tissu fut appelé « Madras Checks ». D'énormes quantités de ce tissu furent exportées vers l'Europe[réf. nécessaire].
En 1640, Francis Day, premier directeur de la Compagnie britannique des Indes orientales, obtint auprès des autorités locales, l’autorisation d’établir une colonie britannique à Madraspatnam, un village de pêcheurs situé sur la côte de Coromandel. C’est, à la fois, la position géographie du village et le potentiel de l’artisanat textile régional qui attirèrent l’attention des colons. Avec la construction du fort Saint-George, débuta l’irrésistible ascension d’un carré de coton qui deviendra le mouchoir-madras et le développement de la ville de Madras (rebaptisée Chennai en 1996). En prévision de l’accroissement de la demande, les britanniques incitèrent les artisans teinturiers et tisserands à s’installer dans la région du fort Saint-Georges en contrepartie d’une exemption d’impôts. L’opération fut une réussite, donnant l’impulsion nécessaire à la fondation de ce qui deviendra un des plus grands centres textiles de l’Inde coloniale[1].
Le Madras fut diffusé à l’initiative des colons via les Compagnies des Indes anglaises, françaises et hollandaises dans les colonies afin de conquérir le nouveau marché que représentait les blancs créoles. Le Madras est arrivé aux îles avant l’immigration indienne au XIXe siècle[réf. nécessaire].
Quant à savoir si ce tissu apparaît dans les colonies dès le XVIIe siècle, c'est peu probable, car le mot n'est attesté en français qu'à la fin du XVIIIe siècle. À moins qu'il ne s'agisse d'exportation de palicate, nommé par la suite madras. Il est dit que le port du Madras sur la tête fut popularisé auprès de la bourgeoisie française par Joséphine de Bauharnais, créole blanche de la Martinique. Il se disait que même son époux Napoléon Bonaparte ne pouvait quitter son madras comme l’atteste la peinture Napoléon Ier dictant ses mémoires au général Gourgaud du peintre Charles Auguste Steuben datant des années 1820 où on peut le voir dans son intimité coiffé d’un fichu à carreaux. Ou encore le portrait d’Emilie de Bauharnais, nièce par alliance de l'impératrice Joséphine arborant une étoffe semblable a un paliacate ou un madras[réf. nécessaire].
L’étoffe était vendu sous forme de mouchoir ou par coujou (distance entre deux point maissé par les clou qui permettaient de tendre la toile lors de sa confection). Le madras au coujou étant deux fois plus cher, c’est celui sous forme de mouchoir qui eu le plus de succès[réf. nécessaire].
En effet le madras au format mouchoir était utilisé pour fabriquer les coiffes créoles ; les maré-tèt ou tèt-maré. Le Madras vendu au coujou était quant à lui utilisé pour la confection de jupe et de robes[réf. nécessaire].
D’abord snobé par le public cible, le madras fut récupéré par les femmes de couleurs libres friandes de mode.
Avec le temps la composition du Madras a évolué, d’abord en fibres de bananes, celles-ci seront remplacées car des fibres de coton plus solides et sans odeur. Les madras les plus riches pouvaient également être composées de soie[2].
Délaissé vers la fin XXe siècle par les antillaises qui souhaitaient se rapprocher des tendances européennes et états-uniennes, le madras revient peu à peu dans les placards des antillais et antillais souhaitant porter fièrement leur culture.
De nos jours le madras est vendu au mètre, il est utilisé dans la confection de vêtements, de linge de maison ou encore de déguisements. Les communautés créoles, des Antilles en passant par la Guyane, la Louisiane jusqu’à La Réunion en ont fait un élément majeur de leur tradition vestimentaire, un lien directe a leur culture.
Les couleurs du madras et fabrications
Le tissu madras possède en majorité 3 couleurs :
- Le jaune : qui est obtenu avec du suc de curcuma et symbolise le printemps
- Le rouge : obtenu à partir d'une cochenille et symbolise le mariage
- Le bleu : fait à partir de l'indigo et symbolise Krishna
Le tissu madras est souvent accompagné de dentelle blanche.
Le tissu madras en Guadeloupe et en Martinique est utilisé dans la confection de nombreuses choses comme les robes les chemises les jupes mais aussi les nappes ou les torchons. Il peut être utilisé comme accessoire pour les coiffures [3].
Bleeding Madras
Le Bleeding Madras est la forme originelle du tissu madras, tel qu’il était historiquement tissé à la main dans la région de Chennai. Le coton indien utilisé, à fibre courte et non peigné, produit des irrégularités dans le fil appelées slubs, qui donnent au tissu son aspect vivant et texturé.
Par ailleurs les colorants naturels utilisés sur les fils (indigo, curcuma, cochenille) ne sont pas fixés chimiquement. Ainsi, les couleurs dégorgent au lavage, ce qui modifie l’apparence du tissu au fil du temps. Le tissu saigne (bleeding) en quelque sorte c’est-à-dire qu’il dégorge, délave, bave légèrement lors des lavages.
Dans les années 1950, le Bleeding Madras est importé aux États-Unis, notamment par Brooks Brothers. Les clients se plaignent rapidement que leurs chemises se décolorent. Plutôt que d’éviter le problème, le publicitaire David Ogilvy (1911–1999) décide de l’exploiter. Considéré comme l’un des fondateurs de la publicité moderne, Ogilvy transforme cette fragilité en force : il lance une campagne sous le slogan provocateur "Guaranteed to bleed". Il y raconte que ce tissu se transforme avec vous, au fil du temps, et que son instabilité est précisément ce qui le rend intéressant.
Ce slogan est parfois visible sur des anciennes étiquettes de chemises en Bleeding Madras[4].
Propriétés Techniques
Le madras est une étoffe en toile d’armure chaine et trame. Il est composé de coton mais peut à de rare occasion être composé de soie[5].
Il est vendu sur une laize pouvant varier de 110 a 160 cm[6].
La densité d’un madras peut varié de 80 g/m2 à 170 g/m2[7].
Le madras à l’avantage d’être respirant, se repasse aisément et sèche vite. Néanmoins il aura tendance à être facilement froissé et du a son mode de fabrication les madras possède toujours un écart angulaire non négligeable[8].
Il existe des madras uni, à rayures ou à carreaux[8].
Madras ou Tartan
Bien qu’il s’agisse de deux tissus à carreaux, le madras et le tartan sont deux tissus différents[8].
Tandis que le madras possède une armure toile, le tartan a un armure Sergé. Ce mode de tissage laisse apparaître sur l’étoffe de petite diagonale[9].
Le madras aura tendance à être en coton alors que tartan est plutôt en laine. L’un laisse respirer le corps, l’autre le garde au chaud[9].
Enfin les couleurs du madras sont plus vive et chatoyantes quand le tartan est plutôt sobre et strictes[10].
