Maison forte de Reignac
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Jean-Max Touron |
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La maison forte de Reignac est un château situé sur la commune de Tursac en Dordogne, et demeure le dernier exemple intact de château-falaise en France.
Elle fait l'objet d'une protection au titre des monuments historiques.
La maison forte de Reignac est située dans le quart sud-est du département de la Dordogne, en Périgord noir, sur la commune de Tursac, à un kilomètre et demi au nord du bourg. Elle est implantée à flanc de falaise, sur la rive gauche de la Vézère, le long de la route départementale 706.
Histoire

Préhistoire
Comme de nombreux sites de la vallée de la Vézère, celui de la falaise de Reignac a été occupé à l'époque préhistorique. Les premières fouilles en 1952 ont mis au jour un gisement important de silex taillés datant du Magdalénien[1],[2]. Des hommes appelés « Cro-Magnons » se sont établis sous ces abris en y laissant de nombreuses traces »[3]. Une occupation jusqu'au Hallstatt final (âge du fer) est attestée[2].
Moyen Âge
Une première mention du site apparait dès 1386 sous le nom de Rinhacum, du nom de Rénius (son propriétaire) suivi du acum, le tout correspondant à la « propriété de Rénius. Cette période n'est pas anodine : c'est la guerre de Cent Ans. Cet habitat défensif est construit dans ce contexte pour se protéger de pillards ou de brigands. « [...] le seigneur des lieux vit entouré de sa famille et de ses gens de maison. Il exerce son pouvoir et juge sur ses terres les délits mineurs. Le droit de haute et basse justice était exercé par le seigneur de la cité troglodytique de la Roque Saint-Christophe » (à deux kilomètres). Jaquemet de Reignac en sera le seigneur le plus cruel[4],[5].
À cette période, les renfoncements rocheux, anciens habitats des « Cro-Magnons », sont déblayés[2], en vue d'être réaménagés. L'élévation de la façade est effectuée au XIVe siècle. Outre l'abri naturel, l'emplacement est stratégique : il est en hauteur, à flanc de falaise et offre avec ses terrasses aménagées d'excellents points d'observation, à 40 mètres de haut ; c'est ce que l'on dénomme typologiquement un « château-falaise », c'est-à-dire un type de château construit contre des parois rocheuses. Les potentiels brigands ne peuvent donc venir que de face.
Période moderne
C'est aussi dans ce contexte que des fortifications sont mises en place tout au long de l'occupation (bouches à feu, bretèche, assommoirs, remparts). Au début du XVIe siècle, en 1508, des ouvertures sont créées ; c'est l'état visible de la façade au XXIe siècle. Au même moment apparaissent les premières armes à feu, et l'architecture évolue en conséquence.
Période contemporaine
En , le comte Alphonse Claret de Fleurieu fait installer les peintres japonais Foujita et Kawashima dans la maison forte puis, au départ de Kawashima à l'automne suivant, accueille Foujita dans son château de Marzac que le peintre va quitter en [6].
La maison forte est habitée jusqu'en 1931.
Ses façades et toitures sont inscrites au titre des monuments historiques le [7].
Description
Devant le bâtiment principal se présente une terrasse mesurant 45 mètres de long par 12 à 15 mètres de large. Cette terrasse est agrémentée de fortifications : au devant un rempart de quatre mètres de haut[8] ; à droite et à gauche de la terrasse étaient disposées deux portes en plein-cintre, seule celle de droite subsiste. Sur la clé de voûte de celle de droite l'inscription en latin INMOTA/MANEBIT/1667 qui signifie « elle demeurera inchangée », est toujours visible[9],[8]. Cette inscription, vraisemblablement postérieure aux deux portes et au rempart, est alors le témoignage d'un remaniement. Le bâtiment principal mesure 25 mètres de long par 7,5 mètres de large. Il est construit avec des pierres en moyen appareil pour sa partie basse gauche (pierre de taille), et en petit appareil pour le reste de l'édifice. Il est agrémenté de fenêtres et l'une d'elles porte une inscription gravée sur l'ébrasement d'une baie (1508 surmonté de chaque côté par une fleur de lys). Cette inscription est probablement contemporaine de la mise en place des fenêtres au début du XVIe siècle. En tout le bâtiment compte 19 fenêtres dont certaines sont à meneau ; en plus de celles-ci, une ouverture se situe sur la partie gauche du mur pignon, juste en-dessous du pan de toit. L'angle supérieur droit de la façade a été repris[8]. Deux portes sont présentes : l'une sur le mur gouttereau gauche, et l'autre, au milieu du mur pignon, est fortifiée au moyen d'une bretèche présente au premier étage, avec des mâchicoulis qui servent alors d'assommoirs. De plus, l'ensemble est renforcé par des canonnières présentes sous chaque fenêtre, modifiées sans doute en même temps que les fenêtres au début du XVIe siècle, dans le contexte des guerres de la Ligue.
L'intérieur du bâtiment est beaucoup plus vaste qu'il n'y paraît. Les fouilles menées par des préhistoriens dans les années 1950 ont révélé un dégagement des renfoncements troglodytiques dès les premières phases d'occupation, sans doute vers le milieu du XIVe siècle. La porte d'entrée (celle du mur pignon) mène à un vestibule-cage d'escalier ; la seconde pièce à droite est la cuisine avec un âtre et un évier en pierre. Le sol est recouvert d'un pavement en pichat (pierres disposées sur leurs faces saillantes) caractéristique des maisons fortes périgordines[10]. S'ensuit une grande salle qui se situe complètement dans le renfoncement rocheux, dédiée en 2025 à une exposition sur la période préhistorique du site. Dans le prolongement de cette salle se trouve la grande salle d'honneur qui débouche sur l'escalier principal (maçonné) de l'édifice. Celui-ci permet d'accéder à un premier niveau où se situe un dortoir enclavé sous un plafond rocheux très oblique, puis à un second niveau permettant l'accès, d'une part, à une grande salle nommée « salle des grands hommes », et d'autre part, à une sorte de petit hall qui dessert l'entrée de plusieurs pièces : une chambre, un cachot ainsi qu'une salle d'armes. Dans la partie gauche du bâtiment, on peut noter la présence d'une chambre et d'une chapelle au-dessus. Dans le hall évoqué précédemment, se trouve également un escalier qui permet de se mouvoir à un niveau supérieur qui forme la terrasse sommitale. Avant d'accéder à celle-ci, deux espaces réduits — sortes de courtines s'insérant dans le volume de la falaise — permettent potentiellement le guet ou le jet de projectiles. Point de guet et de communication, la terrasse joue un rôle défensif important[11].
Statut de l'édifice
L'édifice est doté d'une grande surface et de beaucoup de pièces, ce qui diffère grandement de la typologie des maisons fortes définie par Jean-Marie Bélingard[10]. L'aspect principal d'une maison forte est qu'elle correspond à un besoin de défense et de fortification dans un contexte de production[10]. Ici, l'emplacement est réfléchi dans une logique défensive ce qui n'exclut pas son aspect de centre de production. La multitude de pièces induit une utilisation différente d'un simple logement de « fermier aisé » : certains espaces comme la salle d'honneur ou celle des grands hommes sont des espaces de possible réception et de rassemblement. Cette réalité renvoie au triptyque carolingien que sont : l'aula (la salle publique, où ont lieu les rassemblements), la capella (la chapelle) et la camera (les appartements seigneuriaux), organisation architecturale inhérente au château[12]. Cet ensemble n'a pas besoin d'être forcément complet, seulement deux de ces espaces peuvent être présents. Même si les espaces ont changé de fonctions, de telles superficies correspondent pleinement à cette organisation spéciale. Bien que la typologie des maisons fortes reste générale et tente de rassembler des aspects pouvant ne pas être tous réunis pour correspondre à celle-ci, cet édifice s'apparente par sa fonction et son emplacement d'avantage à un château qu'à une maison forte.
Folklore et légendes
Jaquemet de Reignac aurait eu une grande part d'ombre, surnommé le « bouc de Reignac » en raison de sa cruauté[13]. Eugène Le Roy y fait allusion dans son roman Jacquou le Croquant[14],[15]. Au XXIe siècle, le lieu est réputé hanté et attire l'attention des médias ou des amateurs de paranormal[16],[17].