Mangalsutra
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Un mangalsutra (en sanskrit : मङ्गलसूत्रम् (maṅgalasūtram), alternativement mangala sutra, signifiant littéralement « fil de bon augure »[1]), ou tali (ISO: tāḷi), est, dans le sous-continent indien, un collier porté par certaines femmes mariées, servant de marqueur visuel de leur état matrimonial[2]. Il s'inscrit typiquement dans le cadre des mariages hindous, durant lesquels peut être conduite une cérémonie appelée Mangalya Dharanam (sanscrit pour « qui porte le bon augure »), où l'époux attache le collier autour du cou de la conjointe. Selon les régions et les communautés, son port est aussi attesté parmi des non-hindous, les rites et les croyances qui lui sont associés étant ainsi variables. De même, ce bijou et son usage cérémoniel ne constituent pas un élément systématique des traditions matrimoniales hindoues, en effet ils sont absents — du moins historiquement — dans plusieurs milieux.
Le Mangala sutra, qui est noué autour du cou de la mariée, doit coutumièrement être porté par celle-ci pour le reste de son mariage. Il s'agit généralement d'un collier de perles noires enfilées à partir d'un fil noir ou jaune enduit de curcuma. Parfois, des perles dorées, blanches ou rouges sont également ajoutées au mangalsutra, selon les régions.
L’idée du fil sacré existe depuis des siècles, remontant même à l'Inde antique. Mais la nature de ces chaînes auspicieuses a évolué au fil du temps et varie considérablement selon les différentes communautés. L'attachement du mangalsutra est aujourd'hui une pratique sociale répandue en Inde, au Népal et au Sri Lanka.
- Cérémonie du Mangalya Dharanam
- Présentation du mangalsutra avant d'être remis aux époux, lors d'une cérémonie reddy.
- La cérémonie de nouage du mangalsutra, dans un mariage contemporain nord-indien.
- L'attache du mangalsutra durant une cérémonie télougoue, dans le cadre d'une union mixte.
Le mangalsutra (nuptial chain en anglais) prend différents noms selon les langues, bien que sa racine sanskrite मङ्गलसूत्रम् (maṅgalasūtram) soit la plus répandue. On l'appelle ainsi mangalyam (மாங்கல்யம்) ou thirumangalyam (திருமாங்கல்யம்) en tamil, mongolsutro (মঙ্গলসূত্র) en bangla, mangala sutra (मंगळसूत्र) en marathi, mangalyasutra (ಮಾಂಗಲ್ಯ ಸೂತ್ರ) en kannada, mangalyamu (మాంగళ్యము) ou mangalasutramu (మంగళసూత్రము) en telugu, mangalasutra (ମଙ୍ଗଳସୂତ୍ର) en odia.
Il peut être remarqué la racine dravidienne tali, courante parmi les langues d'Inde méridionale et de l'île de Ceylan :
- tali en télougou (తాళి), en canarais (ತಾಳಿ), en tamoul (தாலி), en toulou (ತಾಲಿ) et en malayalam (താലി)
- thella (තැල්ල) en cinghalais
En Inde du Sud, la notion de tali (puste (పుస్తె) en télougou, vati (वाटी) en marathe) désigne principalement le pendentif monté sur le collier, tandis que mangalasutra ou mangalyam se réfère au collier dans son ensemble, conformément à la signification originelle du terme.
Histoire
Le mangalsutra est mentionné au moins depuis le IVe siècle de l'ère commune sous le nom de Mangalya sutra dans l'ouvrage Lalita Sahasranama[3], ainsi que dans le Purananuru, un corpus de la littérature Sangam, qui mentionne une chaîne nuptiale sacrée portée par les femmes du pays Ay[4]. En outre, certains textes au VIe siècle indiquent qu'un seul fil jaune était noué autour de la mariée pour la protéger des autres hommes et des mauvais esprits.
La signification du mangalsutra a été réitérée par Adi Shankara dans son célèbre livre Soundarya Lahari. Selon la tradition hindoue, le mangasutra est porté pendant toute la longue vie du mari. Conformément aux coutumes religieuses et aux attentes sociales, les femmes mariées devraient porter le mangalsutra tout au long de leur vie, car on pense que cette pratique améliore le bien-être de leur époux. Dans l’antiquité, les bijoux de mariée servaient également de garantie financière contre la vieillesse et le veuvage, même si les femmes avaient des droits de propriété[5],[6].
Il existe de nombreuses communautés en Inde, parmi lesquelles le mangalsutra semble absent, et d'autres formes de signes matrimoniaux ont pris leur place. Par exemple, dans une grande partie du nord de l’Inde, la bague d’orteil et les bracelets en verre indiquent l’état civil d’une femme. Il s'agit notamment des choora des penjâbies, ou encore du shakha pola des bengâlies, paires de bracelets en coquillage et en corail rouge. Au Cachemire, les femmes de la communauté des brahmanes reçoivent une paire de dejhoor à leur noce, un pendant d'oreille aux formes variables selon les familles, les clans et les régions de la vallée.
L'historienne des bijoux indiens, Usha Balakrishnan, explique que la pratique consistant à orner rituellement la mariée d'un mangalsutra pour célébrer le mariage est un concept moderne, rendu possible grâce aux stratégies marketing des entreprises. Elle dit aussi que,
"Dans l'Inde ancienne, il n'y avait aucune idée d'un mariage célébré par un mangalsutra tel que nous le connaissons aujourd'hui avec des diamants, des pendentifs et autres." [5]
Le concept du mangalsutra a évolué au fil des siècles et est devenu partie intégrante des mariages au sein de plusieurs communautés indiennes.
Variations

Les mangalsutras sont réalisés dans une grande variété de modèles, particulièrement divers en Inde méridionale, où leur port semble plus ancré qu'ailleurs. Les bijoux et les pratiques associées changent fortement selon les régions, les religions, les castes et les familles. Toutefois, des modèles récurrents peuvent être distingués par leur pendentif, prenant la forme de disque (bottu ou pottu), de feuille (ela) ou de figures composites (avec noms spécifiques). Les premiers sont caractéristiques du Deccan, retrouvés notamment chez les télingas, les marathes et les canarais. Les seconds sont typiques des malayâlis, tandis que la troisième sorte est commune en pays tamoul. Le modèle est choisi par la famille du marié selon les coutumes en vigueur.
En Andhra Pradesh et au Télangana, le Lakshmi tali est le type de mangalsutra courant, avec des disques d'or de la taille d'une pièce de monnaie, ornés de l'image ou de symboles de la déesse auspicieuse. Ils sont généralement au nombre de deux, montés sur une chaîne de perles majoritairement noires, séparés l'un de l'autre par 2 à 3 perles de types différents. Selon les traditions individuelles, il peut être exigé que chacun des disques soit fourni par la famille des deux conjoints[7]. Les femmes mariées de la communauté concanaise (Goanais, Mangaloréens, East Indians de Bombay, Gaud Sarasvat Brahmins et autres, hindous et chrétiens confondus) peuvent porter jusqu'à trois colliers nuptiaux. Respectivement le dharemani ou muhurtmani, une chaîne comportant une grosse perle dorée, le mangalasutra, monté d'un ou deux disques d'or, et le kasitali, un collier avec des perles d'or et de corail. Dans les États du Maharashtra et du Karnataka, le pendentif le plus répandu prend la forme de disque creux (comme un bol) appelé vati, communément au nombre de deux chez les marathes et d'un chez les canarais.
Des communautés non hindoues utilisent également des colliers nuptiaux similaires au mangalsutra, telles que les Syrian Christians (chrétiens orientaux), les Jaïns du Tamil Nadu (appelés aussi Nainar), les Mappilas du Kerala ou les Dakhnis d'Hyderabad (musulmans)[8],[9],[10]. Ils furent aussi un bijou de noce chez les juifs indiens du Concan (les Bene Israël) et de Cochin (les Malabaris et les Paradesis)[11],[12],[13]. Les pratiques qui leur sont associées peuvent être proches de celles observées en milieu hindou, tout en s'en distinguant par rapport à leur charge rituelle. Si l'attachement du collier par le marié ou son port durant la vie conjugale constituent des traits communs, certaines variations existent. La transmission du bijou peut se faire entre la belle-mère et la bru dans quelques communautés musulmanes, ou entre la belle-sœur et la conjointe chez les juifs de Cochin[10],[12]. Les formes varient également, le minnu, pendentif des chrétiennes de Saint Thomas, comporte une croix, tandis que le kali poath (kali poth ou kalipoth ka laccha) des musulmanes deccanaises se caractérise par sa disposition particulière de perles noires.
Les modèles de mangalsutra tendent désormais à se simplifier et à s'adapter aux tendances contemporaines, influencées par la culture populaire (littérature, théâtre puis cinéma, productions télévisuelles, etc.), qui a aussi largement contribué à la diffusion du bijou dans une large partie du sous-continent indien moderne, particulièrement au nord. Dans ce contexte géoculturel, la portée symbolique du mangalsutra se démarque par une plus grande versatilité, ne prêtant pas d'attention significative au pendentif, comme c'est historiquement le cas en Inde méridionale.
Les Gujaratis et les Marwaris du Rajasthan utilisent souvent un pendentif en diamant dans une chaîne en or qui est simplement de nature ornementale et ne remplace pas le mangalsutra au sens traditionnel, un collier habituellement fait de perles noires.
Galerie
- Le minnu, pendentif de mangalsutra utilisé par les chrétiens de saint Thomas au Kerala, avec une croix de 21 perles.
- Un pendant de mangala sutra dit Pillaiyar thali, ou mangalsutra de Ganesh. En usage au Tamil Nadu.
- Un pendant de mangala sutra dit thamarai thali, ou mangalsutra de lotus. En usage au Tamil Nadu.
- Un pendant de mangala sutra dit thennaimara thali, ou mangalsutra de cocotier. En usage au Tamil Nadu.
- Un pendant de mangala sutra particulier à la communauté Gounder ou Konguvellalar, une caste du Tamil Nadu.
- Un pendant de mangala sutra particulier à la communauté Vanniyar, une caste du Tamil Nadu.
- Un pendant de mangalsutra dit Elai thali (de type Bottu), retrouvé chez les Vokkaligas du Tamil Nadu, une caste canaraise.