Marais Wiels
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| Marais Wiels | |
Marais Wiels, vue sud-nord du site. | |
| Situation | |
|---|---|
| Coordonnées | 50° 49′ 33″ nord, 4° 19′ 33″ est |
| Pays | |
| Subdivision administrative | |
| Subdivision administrative | Forest |
| Ville | Bruxelles |
| Quartier(s) | Wiels |
| Morphologie | |
| Type | Zone humide |
| Fonction(s) urbaine(s) | Couloir écologique, lieu de biodiversité, lutte contre les îlots de chaleur, mitigation eaux de pluie |
| Superficie | 8 752 m2 |
| Histoire | |
| Création | 2008 : apparition du Marais Wiels et de son écosystème |
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Le Marais Wiels (en néerlandais : Moeras Wiels) est un plan d'eau et une zone humide urbaine située à Forest, en Région de Bruxelles-Capitale (Belgique). Issu de l'abandon d'un chantier de construction en 2007, le site s'est progressivement transformé en un écosystème naturel. Il abrite une biodiversité remarquable, et joue tout à la fois un rôle de bassin de rétention d'eau, d'îlot de fraîcheur urbaine et d'espace vert dans un quartier qui en compte peu. Depuis , le Marais Wiels est la propriété de la Région bruxelloise.
Le Marais Wiels se trouve dans la vallée de la Senne, à Forest, à environ 1,5 km de la gare de Bruxelles-Midi. Il occupe un long terrain, bordé par le talus de la ligne de chemin de fer 124 (Luttre-Bruxelles) à l'ouest et l'avenue Van Volxem. Ses berges se situent à une altitude de 20 m au-dessus du niveau de la mer, tout comme celles de la Senne toute proche.
Jusqu'à la seconde moitié du XIXe siècle, ainsi que nous l'apprennent les cartes topographiques anciennes[1],[2], le site de l'actuel Marais Wiels, tout en étant proche du versant est de la vallée, faisait partie de la grande plaine alluviale de la Senne, constituée de prairies humides, voire marécageuses, fréquemment inondées en période de crues et pratiquement vierge de toute construction.
L'ouverture de la ligne de chemin de fer Luttre-Bruxelles (ligne 124) en 1873 et de l'avenue Van Volxem (1874) marquent la transformation de cette partie de la commune de Forest, qui connait, à partir de cette époque, un important développement industriel et s'urbanise progressivement.
À la fin du XIXe siècle, les frères Wielemans achètent le terrain pour y installer la brasserie Wielemans-Ceuppens, active de 1881 à 1988. L'industrialisation du site entraîne l'imperméabilisation totale des sols. L'activité brassicole connait son heure de gloire puis décline pour s'arrêter totalement en 1988, le secteur brassicole connaissant des restructurations : le groupe Interbrew absorbe finalement la Brasserie Wielemans Ceuppens[3].
Les bâtiments sont rasés peu après la fermeture, à l'exception de l'immeuble de bureaux (dit « Métropole », 1890, architecte Gédéon Bordiau), la salle des machines (dit « le Brass », 1901) et la tour de brassage (dit « le WIELS », 1931, architecte Adrien Blomme). Sauvegardés grâce à l'action de la Fonderie, association bruxelloise qui défend le patrimoine industriel, ces trois bâtiments sont depuis 1993 classés comme monuments[4] et appartiennent désormais à la Région de Bruxelles-Capitale.
Formation du marais
En 2007, des travaux d'excavation menés pour la construction de bureaux provoquent une remontée d'eau de la nappe phréatique. Le chantier est suspendu en 2008[5] en raison de la crise financière, laissant place à un plan d'eau naturel[6]. Progressivement, une faune et une flore typiques des zones humides s'y installent, donnant naissance au « Marais Wiels ». Il fut nommé ainsi par Léon Meganck, biologiste et défenseur du patrimoine naturel à Forest[7]. Il réalisa en 2015 un premier relevé de la flore et de la faune du Marais. Il donna le nom de « marais » car la biodiversité qu'il y releva était similaire à celle d'un marais.
Statut juridique et projets d'aménagement
Jusqu'en , le Marais Wiels était une propriété privée de JCXImmo[8] qui entendait développer un projet immobilier et faire disparaître le Marais. Grâce à la mobilisation citoyenne[9], au moment des enquêtes publiques, en 2017, une demande de permis pour la construction d'immeubles de logements est refusée à l'unanimité par la commission de concertation, et un projet adapté en 2018 reçoit un avis défavorable de la Commission de Concertation et du collège communal de Forest[10],[11].
En 2020, la Région de Bruxelles-Capitale acquiert le site[12], dans le cadre des mesures de relance et de l'opérationnalité du contrat de rénovation urbaine n° 4 (CRU4)[13],[14]. La Région répond ainsi à une recommandation de Perspective.brussels visant à créer des espaces verts en milieu urbain dense. Cependant, l'accord politique prévoit la construction de 80 logements, ainsi que l'extension du bâtiment Métropole et la réalisation d'un parc infrastructurel[15], mettant en péril l'équilibre écologique du marais.
Mobilisations citoyennes et associatives pour la sauvegarde du site
Dès 2016, des citoyens[16], organisent des visites guidées (faune, flore, histoire et gestion de l'eau), mènent un travail de plaidoyer, rencontrent des acteurs institutionnels, participent activement aux enquêtes publiques en partenariat avec diverses associations et collectifs de la capitale (EGEB, IEB, Natagora, par la suite le Tuiniersforum des Jardiniers, We Are Nature, etc.). À partir de 2019, des citoyens organisent tous les dimanche des actions de nettoyage qui seront nommées « Crade Party » (« crade » signifiant très sale, crasseux)[17],[18]. En 2024, la Commission Royale des Monuments et des Sites émet un avis favorable à la demande de classement du site naturel patrimonial[19].
Écosystèmes, flore et faune
Le Marais Wiels abrite une biodiversité remarquable pour un milieu urbain. Des observations menées par des naturalistes et des associations comme Natagora y ont recensé et enregistré quelques 430 espèces animales et végétales sur la plate-forme Observations.be, dont plusieurs espèces rares et intéressantes.
Le site est composé de plusieurs écosystèmes. Le plan d'eau, bien dégagé, accueille des oiseaux aquatiques. Les roselières immergées constituées de roseaux communs (phragmites australis) constituent l'un des éléments les plus remarquables du site. Le Phragmites australis joue, en tant que plante aquatique, un rôle clé dans la filtration naturelle de l'eau et la stabilisation des berges. Les roseaux permettent également de maintenir l'humidité du sol[20].
Les roselières, en outre, sont un lieu de refuge et de nidification de nombreux animaux des milieux aquatiques. Elles sont d'ailleurs reconnues par l'ordonnance nature de la Région de Bruxelles Capitale comme habitat d'intérêt régional en « raison de leur importance pour le patrimoine naturel régional »[21].
Le Marais est ponctué de bouquets de saules et ses berges comportent une végétation variée. Le talus du chemin de fer est colonisé par une végétation rudérale, mais néanmoins refuge pour la faune. Situé non loin de la Senne à ciel ouvert, le Marais joue aussi un rôle de maillon du réseau régional des corridors biologiques[22].
La flore est constituée d'espèces caractéristiques des milieux humides, avec quelques taxons rares à très rares à l'échelle de la Belgique : characées, argousier, etc.
Le marais compte 95 espèces d'oiseaux observées, 22 espèces de libellules, 17 espèces d'hyménoptères et 8 espèces d'orthoptères, portant au total 311 espèces identifiées. Parmi celles-ci, certaines sont rares ou même très rares à l'échelle de la Belgique[23].
Parmi les espèces emblématiques du site, le grèbe castagneux et des couples de cygnes. En 2022, un couple de cygnes y a donné naissance à six cygnons. Depuis, des cygnes reviennent chaque année pour former de nouvelles petites familles.
En 2026, un butor étoilé choisit le Marais Wiels pour halte migratoire.
Recherche
Le Marais Wiels a fait l'objet d'un intérêt particulier dans le cadre des recherches « cocreate », soutenues par Innoviris (service bruxellois de soutien à la recherche scientifique) : Brusseau (2017-2019)[24] à propos d'une gestion paysagère des eaux pluviales et Smart Water[25], à propos de la qualité chimique et biologique des eaux de surface. Ces recherches, la première en particulier, ont contribué à une prise de conscience de l'importance écologique du site.
Dynamique culturelle et artistique
En 2023, les frères Tom Valckenaere et Nicolas Valckenaere ont mené un projet artistique consistant en un inventaire d'une durée d'un an au Marais Wiels. Leur projet consistait à recenser de manière systématique les espèces présentes, en particulier les macroinvertébrés aquatiques (larves d'insectes, crustacés, zooplancton), afin d'évaluer la qualité écologique du site au moyen de bioindicateurs. Cette initiative visait à documenter la biodiversité de ce marais urbain, né sur une friche voisine du centre d'art Wiels, et à sensibiliser le public à l'intérêt scientifique et environnemental de cet écosystème considéré comme remarquable malgré les pressions liées aux projets d'aménagement environnants[26].
Les murs aux alentours du Marais Wiels sont régulièrement le théâtre d'intervention éphémères d'artistes street art[27].
Jumelages

En , le Marais Wiels a été officiellement jumelé avec le Lago Bullicante (ou Lago ex SNIA–Viscosa), situé à Rome, en Italie. Ce plan d'eau est né en 1992 dans des circonstances similaires, après la fracture d'un aquifère sur un ancien site industriel. Le Lago Bullicante a été reconnu comme Monument naturel par la région du Latium en 2021.
En 2025, un deuxième jumelage a été établi entre le Marais Wiels et le Marais Biestebroeck sur le Broekbeek, à Anderlecht, à environ 2,3 km à l'ouest du marais. Ces partenariats ont pour objectif de valoriser les initiatives locales en faveur de la reconversion écologique et de la coopération entre espaces naturels urbains.
